‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des Pères (volume 2)Chapitre 14 sur 92 · SCOLIE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCOLIE PREMIÈRE

L'audition de la parole divine, médiatement ou immédiatement révélée, doit précéder en nous l'acte de foi.

En effet, Notre-Scigneur dit dans l'Evangile selon saint Jean (XV, 22), que « s'il n'était point venu, et qu'il n'eût point parlé » aux Juifs, ceux-ci n'auraient point eu de péché. » Pour que l'acte de foi devienne obligatoire, il est donc indispensable d'avoir entendu auparavant la parole révélée.

L'Apôtre dit aussi : « La foi vient de ce qu'on a entendu; et » l'on a entendu, parce que la parole de Jésus-Christ a été » prêchée ; Fdes ex auditu, auditus autem per verbum Christi » (Rom., X, 17). » Si la foi vient de ce qu'on a entendu, si la foi vient de l'ouïe , l'audition de la parole divine doit donc nécessairement précéder la foi.

Saint Bernard, dans son traité adressé au célèbre Hugues de Saint- Victor, prouve par ces mêmes paroles de F Apôtre qu'on ne .doit pas damner indistinctement tous ceux qui n'auraient jamais entendu parler de la révélation chrétienne, et il énonce à ce sujet ce principe d'éternelle sagesse : « 11 serait injuste d'exiger » l'obéissance de ceux à qui la loi n'aurait point été intimée. » C. 4, n. 2.

SCOLIE DEUXIÈME

Quoiqu'il répugne à la foi proprement dite de voir intuitivement ce que l'on croit, la foi ne saurait cependant être déterminée à un mystère ou à un objet particulier quelconque, à. inoins qu'on n'ait une notion, au moins indicative ou symbolique, de ce mystère.

Nous appelons notion indicative ou symbolique la vue ou la perception de quelque signe ou de quelque symbole qui nous amène à la connaissance du mystère dont la croyance nous est proposée.

Nous prouvons notre proposition par cette parole de l'Apôtre : a Nous voyons maintenant comme dans un miroir et en énigme; » Videmus nunc per spéculum in œnigmate (1 Cor., Xi II, 42). » Nous voyons de cette manière imparfaite et obscure, mais enfin nous voyons ; et ce que nous voyons, ce sont des énigmes ou des symboles plus ou moins mystérieux.

Cette proposition est d'ailleurs une suite de la précédente.

Car si l'audition de la parole révélée doit précéder en nous la foi actuelle, il est également indispensable que nous ayons l'intelligence au moins des termes qu'on emploie pour nous transmettre cette parole, puisque autrement ce ne seraient que des sons qui ne diraient rien ni à notre esprit ni à notre cœur. Mais avoir l'intelligence de ces termes, c'est voir des yeux de notre esprit la chose que ces termes signifient : ce qui a fait dire à saint Augustin (Quœst. in Exod. LXXII), que ce mot voir,, videre, s'entend non-seulement des perceptions de l'organe visuel, mais encore des perceptions obtenues à l'aide des autres sens, et même des notions purement intellectuelles.

Le même Père a dit encore que la volonté ne se déterminerait à aucun acte, à moins de quelque perception ou notion, visum, qui l'y sollicite (De lib arbit. L 3, XXV, n. 74). Or, l'acte de foi est essentiellement volontaire ; il est commandé par la volonté, quoiqu'il ait son siège dans l'entendement. Il doit donc être précédé de quelque perception ou de quelque notion, en un mot de quelque vue de l'esprit, visum.

Page 1