‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des Pères (volume 2)Chapitre 15 sur 92 · SCOLIE TROISIÈME · texte numérisé non relu

SCOLIE TROISIÈME

Pour que l'acte de foi soit raisonnable, l'esprit doit avoir préalablement la perception de quelque motif accommodé à sa nature et suffisant pour le déterminer.

Cette nouvelle proposition se démontre par ces paroles de Notre-Seigneur : « Si je n'avais pas fait parmi eux (les Juifs) » des œuvres qu'aucun autre n'a faites, ils n'auraient point de » péché. )) (Joann., XV, 24).

La foi actuelle ne saurait donc être obligatoire, à moins qu'on n'ait pour en produire les actes un motif accommodé à notre nature raisonnable, c'est-à-dire, qui non-seulement soit perçu de notre esprit en même temps que les objets particuliers de notre foi, mais qui encore fasse sur nous une impression assez forte pour assurer notre croyance. Ce motif du reste, du genre de ceux qu'on appelle motifs de crédibilité et qu'il faut bien se garder de confondre avec le motif essentiel ou l'objet formel de la foi, qui n'est autre, comme nous l'avons déjà fait entendre, que la véracité divine, peut se diversifier selon les individus, et ne saurait être en particulier le même pour ceux à qui la révélation est simplement transmise, que pour celui qui la recevrait immédiatement de son auteur.

La même vérité peut se prouver par les témoignages des Pères. Saint Ambroise fait observer (Expos, in Luc. I. 2, n. 19), que l'ange Gabriel présenta à la sainte Vierge un motif particulier de croire à ses paroles, par l'exemple qu'il lui rapporta de sainte Elisabeth devenue enceinte; quoique stérile et avancée en âge, et il prononce à ce sujet cette sorte de sentence : « C'est » une règle sans exception, quand on exige la foi, d'en proposer » les motifs; Morale est omnibus, ut qui fidem exigunt, fidem » adstruant. » Il soutient ailleurs que la foi a des degrés, et est susceptible de progrès; ce que l'on concevrait difficilement, si les motifs de crédibilité étaient invariablement les mêmes.

Saint Augustin, fidèle disciple du saint évêque de Milan, énonce en d'autres termes absolument la même doctrine. Il dit dans sa lettre 120 ; « La raison qui nous persuade de croire » sans raisonner précède elle-même la foi ; Procul dubio quanlu- » lacumque ratio quœ hoc persuadet, etiam ipsa antecedit fidem. » Il faut donc, d'après la doctrine de ce Père, une raison de croire, pour que notre foi soit raisonnable; et cette raison consiste évidemment dans certains motifs de crédibilité.

Saint Augustin dit encore que la raison doit être écoutée, lorsqu'il s'agit pour nous de savoir à quelle autorité nous devons déférer (de verâ Rel., XXIV, n. 45). Or, ce serait faire dire à ce saint docteur le contraire de ce qu'il a enseigné en mille autres passages, que d'inférer de ces dernières paroles que le raisonnement doive précéder la foi; ce qu'il faut en conclure, c'est donc que la foi doit être précédée en nous de quelque raison qui nous serve de motif, en se gardant bien de confondre cette raison qui peut faire impression sur notre esprit indépendamment de notre volonté, avec le raisonnement qui est un travail de notre intelligence. Cette différence des raisons qui peuvent agir sur nous, d'avec le raisonnement qui est un acte de notre esprit même, n'a pas échappé non plus à l'évêque d'Hippone : « La » raison, dit-il (de Quantit. anim., XXVll, n. 55), est une vue » de l'esprit, et le raisonnement est la recherche de cette raison, » un moyen mis en œuvre pour atteindre à cette vue ; Ut ratio » sit quidam mentis aspectus, ratiocinatio autem rationis inqui- » sitiu, id est, aspectûs illius, per ea quœ aspicienda sunt, motio. » Saint Augustin reconnaît, aussi bien que saint Ambroise, que ces motifs de crédibilité, préliminaires à l'acte de foi, ne sont pas les mêmes pour tout le monde : « Sainte Eglise catholique, » s'ccrie-t-il (de Moribus Eccl. Cath., XXX, n. 65), vous formez

» et vous instruisez les crrfaala par des leçons en quelque sorte

)> enfantines, les jeunes gens et les hommes faits par une doc-

)> trine plus forte, les vieillards par les maximes épurées de la

» sagesse, lous sans exception d'une manière proportionnée non-

)> seulement à leur âge, mais encore au progrès de leur intelli-

)> gence. Tu pueriliter pueros, fortiter juvenes, quklè senes, prout

» cujusque non corporis tanlùin, sed et animi œtas est, exerces ac

» doces. »

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