‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des Pères (volume 2)Chapitre 23 sur 92 · THÉORÈME HUITIÈME · texte numérisé non relu

THÉORÈME HUITIÈME

Pour que la foi du eatliolique soit raisonnable, il sufist qu'elle s'appuie sur l'autorité de l'Eglise.

En effet, tout est compris dans l'enseignement de l'Eglise, et les vérités à croire, et les motifs de les croire; motifs qui empruntent une nouvelle force de l'autorité même qui nous les présente. N'est-il pas vrai en effet, que le fait miraculeux de la conversion de saint Paul, par exemple, qu'un savant anglais a fait valoir avec raison comme suffisant à lui seul pour prouver la vérité de la religion chrétienne (I), c'est-à-dire comme motif suffisant de crédibilité, est admis avec bien plus de certitude par le plus simple paysan catholique sur la seule proposition de l'Eglise qui le lui enseigne, qu'il ne l'était par ce savant anglicau lui-même qui se l'était démontré? Ainsi en est-il de toutes les autres preuves de la religion, tirées soit des miracles, soit des prophéties, par le calviniste Abbadie ; ainsi en est-il de l'existence même de la révélation, démontrée par Samuel Clarke; ainsi en est-il de l'existence même de Dieu, prouvée par Jacquelot. Toutes ces vérités appelées préambules de la foi par les théologiens sur l'autorité de saint Thomas, et qui le sont en effet pour quiconque, n'en ayant pas encore la foi proprement dite, en a cependant l'intelligence, sont articles de foi pour le catholique, qui les admet comme révélées de Dieu, sur la seule proposition que lui en fait l'Eglise, n'importe qu'il se les soit démontrées ou non à

(1) La religion chrétienne démontrée par la conversion et l'apostolat de saint Paul, par Georges Litlleton.

l'aide des lumières de sa propre raison. Nos adversaires soutiennent à juste droit qu'il est raisonnable pour eux de croire ces vérités après qu'ils se les sont démontrées, c'est-à-dire après qu'ils se les sont déclarées certaines à eux-mêmes; mais combien n'est-il pas plus raisonnable encore de les croire, du moment où elles nous sont déclarées certaines par la plus grande autorité visible, qui est l'Eglise? En un mot, toute la question se réduit ici à savoir lequel est le plus raisonnable, ou d'admettre ces vérités sur le seul témoignage de sa raison particulière, ou de les admettre sur l'autorité de l'Eglise catholique. Nous disons, nous, qu'il est plus raisonnable de les croire sur l'autorité de l'Eglise entière, que sur le témoignage de notre seule raison, et tout homme de bonne foi, s'il est, nous ne disons pas chrétien, mais seulement accessible sur ce point aux premiers principes du sens commun , répondra et pensera comme nous.

COROLLAIRE PREMIER

Le catholique n'a pas besoin de s'assurer par lui-même, avant de faire son acte de foi, que l'enseignement de l'Eglise n'a rien d'opposé à la droite raison et à la saine morale.

Car, du moment où l'enseignement de l'Eglise s'identifie aux yeux du catholique avec celui de Dieu , il est d'avance assuré qu'il n'a rien d'opposé à la droite raison et à la saine morale, puisque Dieu, auteur de l'une comme de l'autre, ne peut pas se mettre en opposition avec lui-même. Veram vero minime contradic4t, etc., a dit Léon X (1), et, comme l'a dit à son tour le pape régnant Pie IX, Etsi ftdes sit suprà rationem, nulla tamen vera dtssensio, rmllum dissidium inter ipsas inveniri unquàm potest, càni ambœ abitno, eodemque immutabili ver itatis fonte, Deo optimo maximo, oriantur, atque ità sibi opem mutuam ferant (2).

(1) « La vérité ne saurait être opposée à elle-même. » Bulle Jpostolici regiminis, publiée avec l'approbation des Pères du 5e concile général de Latran. De ce principe, Léon X inférait que toute assertion contraire a une vérité de foi était fausse par cela seul. Les rationalistes voudraient en inférer au contraire qu'un dogme doit être déclaré faux, par cela seul qu'il leur semble contredire une vérité de raison : c'est-à-dire que LéonX donne la révélation pour règle de ce qui doit être admis par la raison, et que les rationalistes au contraire donnent la raison pour règle de ce qui doit être admis comme révélé. Lequel des deux, lecteur, vous semble le plus raisonnable ?

(2) Encyclique du 9 novembre 18^6. En voici la traduction littérale :

Ce qu'a dit Origène (Cont. Celsum, lib. H, n. 50 et 51), qu'il est bon d'examiner la vie de ceux qui se portent pour thaumaturges, et les effets moraux de la doctrine qu'ils enseignent, pour juger de la vérité de leurs enseignements comme de leurs miracles, ne contredit en rien ce que nous soutenons ici. Car ceux. à qui Origène recommandait cet examen, étaient des philosophes incrédules, ou tout au moins indécis en fait de religion; au lieu que ceux dont nous voulons parler, et à qui nous ne croyons pas cet examen nécessaire, ce sont les catholiques élevés au sein de l'Eglise, dont ils ont sucé la doctrine avec le lait dès le moment de leur entrée dans la vie sociale. Les premiers ont des préjugés à combattre, et par conséquent sont tenus d'examiner; les seconds au contraire n'ont aucun motif légitime de tenir pour suspecte la doctrine qui leur est proposée. Ce qui est antidote pour ceux-là, deviendrait un médicament dangereux et peut-être un poison mortel pour ceux-ci.

COROLLAIRE DEUXIÈME

Les mystères de la foi sont évidemment croyables pour le catholique, par cela seul qu'ils lui sont proposés par l'Eglise comme manifestement révélés de Dieu.

Car il est moralement évident pour quiconque n'a pas abjuré le sens commun, que l'Eglise, société divine, ne peut ni se tromper ni nous tromper, lorsqu'elle nous propose ces mystères comme manifestement révélés de Dieu.

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