THÉORÈME ONZIÈME
Lorsque les affirmations de la foi catholique sont en opposition
avec les aflirmations de la raison humaine, c'est à celles
de la foi qu'il faut donner la préférence.
Pour avoir l'intelligence de cette nouvelle question , distinguons entre les affirmations et les données de la foi, entre les données et les affirmations de la raison.
Les données de la foi sont ce qu'on appelle en langage théologique les articles de foi, qui, comme l'a dit saint Thomas, sont pour la théologie ce que sont pour la philosophie les premiers principes. Les affirmations authentiques de la foi, ce sont les conséquences déduites de ces articles par l'Eglise, soit assemblée, soit dispersée, mais toujours avec une infaillible autorité.
Les données de la raison à leur tour, ce sont les premiers principes dont nous parlions tout-à-Fheure, c'est-à-dire les vérités
(i) « Cùm verum vero non contradicat, etc. » Nous rapporterons plus loin ce passage en entier.
(2) « Etsi fides sit supra rationem, nulla tamen vera dissensio, etc. » Ces paroles ont été rapportées plus haut, voyez à la page 119. Saint François de Sales avait dit de même dans ses Controverses, 2e part., sous ce titre , Règle naturelle : « La raison naturelle, et la foy, estant » émanées d'une mesme source, et origines d'un mesme aulheur, en, » divers ordres, ne peuvent estre contraires l'une à l'autre. »
de sens commun, à portée de notre intelligence, et dont le principal caractère est l'universalité avec laquelle on les trouve admis par tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux. Les affirmations de la raison, ce sont les conséquences réelles ou prétendues des premiers principes, ou en général toute assertion dont on n'a d'autre garantie que le jugement de sa propre raison, ou de la raison particulière d'autrui.
Cela posé, nous avons vu par le théorème précédent, qu'il ne saurait y avoir d'opposition ou de contradiction entre la foi et la raison proprement dite, et par la raison proprement dite nous avons entendu les vérités dont la raison a la certitude, c'est-àdire avant tout les données de la raison, puisqu'on ne saurait révoquer en doute celles-ci sans anéantir la raison elle-même. Il ne saurait donc y avoir d'opposition entre les données de la raison et les données de la foi. Mais il en est autrement des affirmations de la raison, qui, comme le prouverait au besoin l'expérience de chaque jour, sont loin d'être toujours conformes, et surtout conformes de tout point, à la vérité même naturelle, et qui par conséquent peuvent contredire aussi la vérité révélée.
Lors donc que l'on nous demande auxquelles des deux, c'est-àdire, des affirmations de la foi ou de celles de la raison, nous devons donner la préférence, c'est comme si l'on demandait auquel on doit plutôt croire, d'un témoignage infaillible, comme l'est en effet celui de l'Eglise, ou d'un témoignage sujet à l'erreur, tel que celui de la raison humaine.
Ici encore la question se trouve résolue par son simple exposé et par le simple bon sens.
On ne sera cependant pas fâché de recueillir sur ce point quelque oracle authentique de l'Eglise elle-même, à qui nous consentons que nos adversaires adressent le reproche de se faire juge dans sa propre cause, si l'on peut nous montrer quelque autre tribunal plus élevé que le sien, et qui produise tout aussi bien qu'elle les preuves de son infaillibilité. En attendant, écoutons ce qu'elle a dit dans une de ses plus solennelles assemblées, en reprenant la lecture commencée au théorème précédent, de la bulle Apostolici regiminis de Léon X (1) : « Gomme la vérité
(1) « Cùm verum vero minime contradicat, omnem assertionem veritati illuminât^ tidei contrariam, omnino falsam esse definimus, et ut aliter dogmatizare non liceat, districtiùs inhibemus : omnesque hujusmodi assertionibus inhérentes, veîuti damnatissimas haereses seminantes, Yitandos et puniendos fore decernimus. Insuper omnibus et singulis vi. 0
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» ne contredit point la vérité, nous déclarons aosolument » fausse toute assertion contraire à la vérité de ia foi divine, et )> nous défendons strictement d'enseigner différemment; et nous » ordonnons qu'on évite et qu'on punisse tous ceux qui s'attaw obéraient à de telles assertions, comme des hommes qui » cherchent à répandre de damnables hérésies. De plus, nous » prescrivons rigoureusement à tous et à chacun de ceux qui » donnent des leçons publiques de philosophie dans les univer- » sites et ailleurs, lorsqu'ils liront ou expliqueront à leurs élèves )> des principes ou des conclusions de philosophes qui s'écartent » notoirement de la foi orthodoxe. . ., d'employer tous leurs efforts » à faire ressortir à leurs yeux la vérité de la religion chrétienne, )> de la leur persuader de tout leur pouvoir, et d'appliquer tous » leurs soins à réfuter et à résoudre les arguments philosophiques » de cette espèce, puisqu'il n'est aucun de ces arguments qu'on )> ne puisse résoudre. »