THÉORÈME TREIZIÈME
Une autre cause de l'infériorité de la raison par rapport &
l'autorité de la foi, c'est, outre celle qui résulte de sa nature
même, que sa lumière a été amoindrie en chacun de nous
par la chute originelle, et peut-être aussi parles erreurs
plais ou moins répandues dans le genre humain.
Nous sommes heureux de n'avoir pas besoin ici d'autres preuves de la vérité de notre proposition, que de celle qui nous en est fournie par le pape Pie IX dans sa célèbre allocution du 9 décembre 1854. Il nous suffira d'en citer en entier le passage qui s'y rapporte.
« Il y a aussi, Vénérables Frères (I), des hommes distingués par
(i) Sunt praetereà, Venerabiles Fratres, viri quidam eruditione prêtantes, qui religionem munus esse fatentur longé praestantissimum à î)eo hominibus datum, humanam nihilominùs rationem tanto habentin pretio, tantoperèextollunt, ut vel ipsi religioni aequiparandam stultissimè putent. Hïnc ex vanâ ipsorum opinione theologicae disciplina; perindè ac philosophiez tractandae sunt; cùm tameri illae fidei dogmatibus innitantur, quibus nihil firmius, nihil stabilius, istae verô humanà explicentur atque illustrentur ratione, quâ nihil incertius, utpote quae varia est pro ingeniorum varietate, innumerisque fallaciis, et praestigiis obnoxia. Ità quidem rejectà Ecclesiae auctoritale difficillimis quibusque, reconditisque quaestionibus latissimus patuit campus, ratioque humana infirmis suis confisa viribus licentiùs excurrens turpissimos in errores lapsa est, quos hîc referre nec vacat nec lubet, quippe vobis probe cognitos atque exploratos, quique in religionis et civilis rei detrimentum, illudque maximum redundàrunt. Quamobrem istis hominibus, qui plus aequo vires efferunt humanae rationis, ostendere oportet, plané id esse contrarium verissimae illi sententiaa Doctoris gentium : « Si quis putat se aliquid esse, cùm nihil sit, ipse se seducit (Galat., FI, 2). » Demonslrandum illis est quanta; sit arrogantiae pervestigare mysteria, quae revelare nobis dignatus est clementissimus Deus, eademque assequi, complectique audere humanae mentis imbecillitate et angusliis, cùm longissimè ea vires excédant nostri intelleclùs, qui ex apostoli ejusdem dicto captivandus est in obsequium fidei (Rom., XVI, c26).
» Atque hujusmodi humanae rationis sectatores, seu cul tores potiùs, qui eam sibi certam veluti magistram proponunt, ejusque ductu fausta sibi omnia pollicentur, obliti certè sunt quàm grave et acerbum ex culpà
DANS SES RAPPORTS AVEC LA RAISON. \û*3
)) Icnr science, qui avouent que la religion est le plus grand des 7> bienfaits que Dieu ait accordés aux hommes, mais qui ont » néanmoins une si grande idée de la raison humaine, qui » l'exaltent tellement, qu'ils ont la folie de Yégaler à la religion » elle-même. Selon la vaine opinion de ces hommes, les sciences ?) théologiques devraient être traitées de la même manière que » les sciences philosophiques. Ils oublient que les premières » s'appuient sur les dogmes de la foi, qui sont ce qu'il y a de plus » fixe et de plus certain, tandis que les secondes ne sont éclairées » et expliquées que par la raison humaine, dont rien n'égale ïin- » certitude; car elle change selon la diversité des esprits, et elle » est sujette à des erreurs et à des illusions sans nombre. Aussi » l'autorité de l'Eglise une fois rejetée, le champ s'est trouvé -» largement ouvert aux questions les plus difficiles et les plus -» abstraites, et la raison humaine, trop confiante dans ses forces » débiles, est tombée dans les plus honteuses erreurs. Il n'est ni » possible ni utile de signaler ici en détail ces aberrations; vous
primi parentis inflictum sit vulnus humanse naturae, quippe quôd et obfusse tenebrœ menti, et prona effecta ad malum voluntas. Hinc celeberrimi ex antiquissimà aetale philosophi, quamvis mulla praeclarè scripserint, doctrinas tamen suas gravissimis erroribus contaminàrunt; hinc assiduum illud certamen quod in nobis experimur, de quo loquitur Apostolus : « Sentio in membris meis legem repugnantem legi mentis meœ (Rom., VU , 23). Nùnc quandô ex originis labe in universos Adami posteros propagalà extenualum esse constet rationis lumen, et ex prislino justitiae atque innocentiœ statu miserrimè dceiderit humanum genus, ecquis satis esse rationem ducat ad assequendam veritalem? ecquis in tantis periculis, atque in tantà virium infirmitaie, ne labatur et corruat, T^ecessaria sibi neget ad salutem religionis divinse, et gralise cœlestis auxilia? Quae quidem auxilia benignissimè iis largitur Deus, qui limnili prece eadem flagitent, cùm scriptum sit, : « Deus superbis resislit, humilibusautem dat gratiarn (Jac, IV, 6). » Idcircô conversus olim ad Patrem Christus Dominus altissima veritalum areana patefacta haud esse affirmavit prudenlibus et sapientibus hujus sseculi, qui ingenio doctrinâque suâsuperbiunt, et prsestare negant obsequium fidei, sed verè humilibus ac simplicibus hominibus, qui fidei divinae oraculo nituntur et conquiescunt (Matth., XI, 25). Salutare hoc documentum eorum animis inculcetis oportet, qui humanse rationis vim usque adeô exaggerant, illius ut ope mysteria ipsa scrutari audeant atque explicare, quo nihil ineptius, nihil insanius. Revocare illos contendite à tantà mentis perversitate, exponentes itimirùm nihil esse praeslabilius à providentià Dei concessum hominibus , quàm fidei divinae auctoritatem, hanc nobis esse quasi facem in tenebris, banc ducem quam sequamur ad vilam, hanc necessariam prorsus esse ad s;dulem, utpotè quôd « sine fide impossibile est placere Deo » (Hcbr., XI, 6), et « qui non crediderit condemnabitur » (Marc, XVI, 16).
» les connaissez trop bien, et vous avez pu voir combien elles
» ont été fatales aux intérêts de la religion et de la société.
» C'est pourquoi il faut montrer à ces hommes, qui exaltent
» outre mesure les forces de la raison humaine, que c'est là se
» mettre en opposition directe avec cette parole si vraie du
» Docteur des nations : « Si quelqu'un croit être quelque chose,
» alors qu'il n'est rien, il se trompe lui-même. » Il faut leur
» faire voir tout ce qu'il y a d'arrogance à scruter les mystères
» que Dieu, dans son infinie bonté, a daigné nous révéler, et à
» prétendre les atteindre et les comprendre par les forces affaiblies
» et brisées de l'esprit humain, dont ils dépassent de beaucoup la
» portée, et que nous devons, suivant la parole du même apôtre,
» tenir captif dans l'obéissance de la foi. »
w Ces partisans, ou plutôt ces adorateurs de la raison humaine,
» qui la prennent en quelque sorte pour maîtresse infaillible,
» qui se promettent de trouver sous ses auspices toute espèce
» de bonheur, ont sans doute oublié quelle grave et terrible