PREMIER PÈRE, ATTEINTE QUI A PORTE LES TENEBRES DANS SON
» intelligence et a incliné sa volonté au mal. Telle est la cause
» par suite de laquelle les plus célèbres philosophes de l'anti-
» quité, tout en écrivant admirablement sur bien des sujets,
» ont souillé leur enseignement par les erreurs les plus graves;
» et de là ce combat continuel que nous éprouvons en nous-
» mêmes, et qui fait dire à l'Apôtre : « Je sens dans mes
)> membres une loi qui se révolte contre la loi de mon esprit. »
» Puis donc qu'il est constant que par la faute originelle, pro-
» pagée dans tous les fils d'Adam, la lumière de la raison a été
» amoindrie, et que le genre humain est misérablement déchu
» de l'ancien état de justice et d'innocence, qui pourra croire
» la raison suffisante pour acquérir la vérité? Pour ne pas
» chanceler et tomber au milieu de tant de périls et dans une si
» grande débilité de nos forces, qui pourra nier la nécessité des
» secours de la religion divine et de la grâce céleste pour le
» salut? Secours que Dieu dans sa bonté donne abondamment
» à ceux qui les demandent par une humble prière ; car il est
» écrit : « Dieu résiste aux superbes, et donne sa grâce aux
» humbles. » C'est pourquoi, se tournant vers son Père, le
» Christ Notre-Seigneur a affirmé que les mystères sublimes de
« la vérité ne sont pas découverts aux prudents et aux sages de
» ce siècle, qui s'enorgueillissent de leur génie et de leur science,
DANS SES RAPPORTS AVEC LA RAISON. \o7
» et qui refusent de rendre obéissance à la foi ; mais qu'ils )> sont révélés aux hommes humbles et simples, qui mettent leur » appui et leur repos dans les oracles de la foi divine. Il faut » que vous inculquiez cet enseignement salutaire dans l'esprit w de ceux qui exagèrent la force de la raison humaine, au point » d'oser par son moyen scruter et expliquer les mystères mêmes, » entreprise d'un ridicule et d'une folie que rien ne surpasse. )> Efforcez-vous de les retirer d'une si grande perversité d'esprit, » en leur faisant comprendre que l'autorité de la foi divine est » le plus beau don fait aux hommes par la providence de Dieu; » qu'elle est comme le flambeau dans les ténèbres et le guide » qui nous conduit à la vie; qu'elle est enfin absolument néces- » saire pour le salut. Car « sans la foi il est impossible de plaire » à Dieu, )> et « celui qui ne croira point sera condamné. »
Nous avons ajouté que la raison peut en outre se trouver affaiblie par les erreurs qui, de siècle en siècle, ont été plus ou moins répandues dans le genre humain. Qui doute, en effet, qu'elle ne soit plus faible, toutes choses d'ailleurs égales, dans un enfant idolâtre, que dans un autre qu'aurait d'avance éclairé de son flambeau la lumière du christianisme? Ceci n'a pas besoin, ce semble, d'être démontré.
Application des principes développés dans les théorèmes précédents à l'examen de la doctrine philosophique de M. Gatien-Âmoult.
Il sera facile de répondre, d'après les principes que nous venons d'exposer, aux asstrtions anti-chrétiennes émises par M. Gatien-Arnoult dans son ouvrage intitulé : Doctrine philosophique. Nous choisissons de préférence à tout autre, pour le réfuter, cet adversaire, peut-être involontaire, de nos dogmes, parce que nous ne connaissons personne qui ait mieux dessiné que lui la position d'un philosophe rationaliste en face de l'autorité de l'Eglise.
« Puisqu'il est rigoureusement vrai, disait-il (p. 420etsuiv.), )> que le seul moyen de connaître un objet quelconque est de » faire délibérément ou avec préméditation et sciemment le y> même travail que chacun fait spontanément ou naturellement, » à son insu, pour atteindre le même but, ceci devant être 3) exact pour l'objet de la théologie comme pour ceux de toutes
» les autres sciences, sans exception, ne s'ensuit-il pas aussitôt » que la vraie méthode théologique est celle qui est réellement » suivie par tout le monde, ignorants et savants, môme par - » ceux qui disent se servir d'une autre, et qu'elle consiste à » employer simultanément V autorité et la critique individuelle, » tour-à-tour en appelant aux traditions universelles, à la parole » chrétienne, à l'opinion, pour motiver sa propre croyance, » et soumettant ces mêmes traditions, paroles et opinions aa » jugement arbitral du sentiment, de l'imagination et de la ] » réflexion? En d'autres termes, ne s'ensuit-il pas que la vraie » méthode théologique est l'alliance de la raison et de la foi, ou » celle de la réflexion et de l'autorité? »
M. G. -A. aurait pu faire observer à ses élèves, que suivant la doctrine catholique, qu'il voulait se donner l'air de respecter, l'autorité est ici une autorité divine, et la réflexion un travail de la raison humaine, et qu'il n'appartient pas à l'homme de soumettre à son jugement arbitral, à sa critique individuelle, non pas seulement l'ouvrage de tous les siècles et les traditions universelles du genre humain, mais l'œuvre de Dieu luimême.
« Cela, en effet, paraît certain, du moins au premier abord. » Et c'est aussi ma première conclusion ; mais conclusion pro- » visoire, à laquelle je ne m'arrête pas, car elle laisse encore » derrière elle deux grandes questions sans réponse, savoir :
» 1° Laquelle des deux faut-il commencer par interroger, la » raison ou la foi? En d'autres termes, est-ce la raison qui doit » s'appuyer sur la foi, ou la foi qu'il faut appuyer sur la » raison?
» 2° Si la raison et la foi se trouvent en contradiction, à » laquelle faut-J s'en rapporter déiinitivement? Car tel est, » Messieurs, le point essentiel et vraiment fondamental de la » question, comme elle se pose aujourd'hui. Examinons-la donc » en ses deux parties. »
Nous nous plaisons à rendre hommage à la netteté avec laquelle M. G. -A. pose ici les deux questions qui vont être le sujet du débat entre nous. Examinons-les donc avec lui.
« La première, Messieurs, est extrêmement simple. Car » d'abord et en fait, à suivre attentivement la marche de l'iny> telligence humaine dans les individus réunis en société, il est » incontestable qu'ils commencent tous par recevoir l'enseigne- » ment d'autres personnes en qui ils ont foi ou dont l'autorité
» leur sert de règle, et que c'est au moyen de cette autorité ou » par cette foi qu'ils se développent. Mais il est aussi vrai » qu'après un temps plus ou moins long et successivement » développé, la même intelligence finit par avoir confiance en » elle-même et se faire juge de la vérité des croyances qui lui » ont été imposées ou qu'elle a adoptées. »
C'était commencer bien, mais pour finir fort mal. M. G. -A. paraît confondre ici à dessein les rêves de la jeunesse, et les folles idées d'indépendance dont elle se nourrit, avec les sages conseils de la raison.
« Ce qui a lieu dans les individus a également lieu dans les » peuples et dans l'humanité. Au moyen-âge en particulier, qui » fut l'ère seconde de cette humanité, comme on sait, la raison, » d'abord nulle, commença ensuite, sous le nom de philosophie, » à être absolument subordonnée à la foi, qu'on appelait théo- » logie : Philosophia Theolog^œ ancilla. Plus tard, il y eut alliance » entre l'une et l'autre, de sorte qu'elles étaient, pour ainsi » dire, sur le même pied : Philosophia par Théologies. Enfin la » raison se fit juge suprême. »
Dire que la raison est le juge suprême de la foi, ou que l'évidence rationnelle est la base supérieure et dernière de la certitude humaine, même par rapport aux traditions universelles, comme on l'enseignait il y a quelques années, ou que Descaries a eu raison de placer la certitude suprême dans l'évidence, et dans la raison qui aperçoit et affirme l'évidence, comme on l'enseigne encore aujourd'hui (Philosophie et Religion, page 140), n'est-ce pas, en effet, à part la différence d'expressions, dire absolument la même chose? Toutefois, c'est vainement que M. G. -A. paraît se promettre ici le triomphe définitif de la philosophie sur son antique souveraine : car, du moment où elle aurait consommé son acte d'indépendance à l'égard de la religion, il n'y aurait plus de philosophie, mais seulement des philosophes en guerre continuelle les uns contre les autres, ainsi qu'avec eux-mêmes, dans une anarchie complète.
Ce n'est pas nous, au reste, qui donnons l'évidence rationnelle pour base de toute certitude, même en philosophie. Quant à l'Eglise catholique du moyen-âge, elle n'a point à chercher, nous le savons bien, son héritière légitime parmi les églises prétendues réformées du seizième siècle, non plus que parmi les philosophes du dix-septième, ou les éclectiques, panthéistes, rationalistes et autres de nos jours ; indépendante des siècles et
assurée de son immortalité, elle se rit de la présomption de ceux qui se flattent de chanter bientôt ses funérailles, et d'un œil inquiet sur leur propre avenir, elle les attend eux-mêmes à l'entrée de leur tombeau.
« De plus, les faits bien observés ne sont pas seulement des ; » faits, mais ils se montrent jcomme la conséquence d'une grande » loi, qui est la tendance invariable de la nature humaine.
» Or, vous savez que c'est à cette tendance qu'il faut obéir en » toute chose, volontairement et le sachant bien, comme on lui » cède involontairement ou spontanément et à son insu. Tous » lui obéissent en effet dans leurs recherches sur Dieu, comme » dans celles qui ont la nature ou l'homme pour objet. Et tous » font bien. »
Il serait bon de savoir si M. G. -A. a exactement observé les faits. Nous croyons qu'il n'a porté ses vues ni assez loin ni assez haut, et que ses préjugés philosophiques l'ont empêché de voir, au milieu de tant de petits faits qui ne méritent pas d'arrêter l'attention d'un vrai philosophe, le grand fait de la perpétuité de l'Eglise catholique. Ce seul fait annule toutes les inductions qu'il voudrait tirer des autres.
La tendance de la nature humaine à l'indépendance, qu'il dit invariable et à laquelle il croit devoir obéir comme à une loi, est un non-sens, telle qu'il la présente, puisqu'il lui donne pour objet de s'affranchir de toute loi. Elle n'est donc pas une loi elle-même.
« Donc, Messieurs, nous devons tous aussi faire de même. » C'est-à-dire que l'homme doit en effet commencer par la foi, » qui est une raison aveugle, ignorante et enveloppée, mais » qu'il doit finir par la raison, qui est une foi éclairée, savante )) et expliquée ou développée. Le propre de la foi est de croire, » l'homme véritable veut et doit savoir. Ici nous sommes tous » parvenus à l'âge d'hommes véritables ; nous tous aussi nous » devons donc maintenant chercher à savoir : et repoussant les )> habitudes des jours où nous ne marchions qu'à la lisière, » notre faible raison toujours soutenue par la foi, nous devons » essayer de marcher seuls, offrant à la foi l'appui de notre » raison. »
Grâce à Dieu, la foi n'a besoin de l'appui de la raison d'aucun homme, quelque grand génie qu'il puisse être ou se croire. Si elle est nécessaire à l'enfance pour lui apprendre à marcher, elle ne l'est pas moins à l'âge viril pour prévenir ses écarts. Elle n'est un appui pour l'enfance, que par les vérités dont elle lui présente l'aliment.
DANS SES RAPPORTS AVEC LA RAISON. \k\
Dans le progrès des années, elle offre à l'adolescence, à l'âge mûr, l'étude approfondie de ses propres titres; mais elle ne saurait, sans se contredire elle-même, autoriser qui que ce soit à les révoquer en doute. Le progrès, à ses yeux, ne consiste pas à tout démolir pour entreprendre ensuite la tâche impossible de tout relever; mais il consiste à apporter, s'il se peut, de nouvelles pierres, ou tout au moins de nouveaux ornements à l'édifice des dogmes qui constituent son patrimoine.
« C'est-à-dire en d'autres termes que, pour arriver à la vérité » sur Dieu, nous devons interroger notre propre raison, princi- » paiement, assidûment; et que c'est véritablement à elle seule n de nous conduire vers celui dont on a dit : Quœrite et invey> nietis. Telle est la réponse à la première question. »
Cette conclusion est vraiment le contre-pied des prémisses qui la précèdent. Tout-à-l'heure on nous représentait la foi comme conduisant l'enfant, pour ainsi dire, à la lisière; maintenant c'est à la raison seule à nous conduire vers celui qui a dit : Quœrite. En vérité, c'est là se jouer du raisonnement comme de ses auditeurs.
« II est vrai que la seconde (question) paraît d'abord présenter » plus de difficulté. Mais cette difficulté disparaît aussi devant » un simple fait.
» Ce fait, Messieurs, est que, du moment où l'homme com- » mence à user de sa raison et dans toutes les occasions où il » l'emploie, c'est toujours à elle qu'il s'en rapporte définiti- » vement et en dernière analyse. Même ceux qui disent le plus » hautement et le plus souvent incliner leur raison devant la » foi , s'en rapportent définitivement à cette même raison , » adoptant de préférence les opinions qu'ils ont trouvées réunir » le plus de motifs de certitude, après les avoir successivement » soumises à leur critique individuelle ou à un examen réfléchi. »
Cela peut être vrai de ceux (insistons sur ce point) qui, proclamant l'évidence rationnelle comme unique base de la certitude humaine, s'attribuent effectivement le droit d'examiner et de juger avant de croire et de se soumettre; oui, ceux-là s'en rapportent définitivement à leur raison,, adoptant de préférence les opinions (la foi, en effet, dans ce système n'est plus qu'une opinion ) qu'ils ont trouvées réunir le plus de motifs de certitude, après les avoir successivement soumises à leur critique individuelle ou à un examen plus ou moins réfléchi. Mais ce reproche ne saurait s'appliquer, à moins qu'on ne veuille jouer sur les mots
ou se jouer de ses auditeurs, à ceux qui, comme nous, croient l'Eglise sur la parole qu'elle annonce ou sur l'autorité de son enseignement, avant de vouloir se permettra aucun examen. Et M. G. -A. se contredit lui-même, puisqu'il a d'abord avoué que nous avons tous commencé par croire, c'est-à-dire sans que cette foi primitive ait été précédée d'aucun examen, ni même, pouvons-nous ajouter, d'aucun raisonnement.
« Tous, sans exception, sont d'accord sur ce point, en théorie » comme en pratique, quelque divisés qu'ils soient d'ailleurs » sur les objets de leur certitude. »
Que tous, en théorie comme en pratique, soient d'accord sur ce point, c'est-à-dire que tous s'accordent à n'adopter en définitive que les opinions dont leur raison s'accommode le mieux, c'est vraiment trop fort, et d'une fausseté trop visible. Ignore-t-il donc que la doctrine, c'est-à-dire la théorie de l'Eglise lui donne là-dessus un démenti journalier, en captivant deux cent millions de fidèles sous le joug de la foi des mystères? Ignore-t-il que les exemples des saints, et de tant d'illustres personnages qui se sont rétractés à la seule nouvelle de la condamnation de leurs écrits, d'un Fénelon par exemple, que la pratique de l'Eglise, en un mot, lui est de même contraire? ïgnore-t-il enfin que c'est un principe reçu parmi tous nous autres catholiques de faire à notre foi le sacrifice de notre raison, sur le dogme de la trinité en Dieu, sur celui de la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, sur tout ce qu'il y a de plus incompréhensible, de plus incroyable, de plus inacceptable, à part les contradictions évidentes, pour l'esprit humain? Nous l'invitons à étudier de nouveau , et les annales de l'Eglise , et telle exposition qu'il voudra de ses doctrines, qu'il semble avoir oubliées.
a Non-seulement ils s'accordent ainsi; mais ils ne peuvent » pas ne pas s'accorder : car c'est une loi de notre nature que » nous ayons confiance en nous-mêmes. Obéir à cette loi est » encore un devoir. »
Si c'est une loi de notre nature corrompue que nous ayons confiance en nous-mêmes, c'en est une autre de notre nature réformée par la grâce que nous ayons confiance de préférence en une autorité divine. M. G. -A. a reconnu l'existence de cette loi au moins pour l'enfance, et par conséquent, s'il veut être de bonne foi, pour tous ceux aussi qui sont dépourvus d'instruction, c'est-à dire, en fin de compte, pour plus des trois quarts du genre humain. Car combien y en a-t-il, de son aveu, dans le monde,
qui soient en état d'entreprendre et de conduire jusqu'au bout l'examen philosophique qu'il recommande ici à ses élèves?
a Or, ce devoir emporte évidemment celui de conserver à la » raison la suprématie qui, lui étant naturelle, ne peut jamais » non plus lui être enlevée. »
En dépit de cette prétendue suprématie de sa raison, M. G. -A. s'est vu subir de la part de son archevêque une condamnation de ses doctrines, à laquelle nous aimons à croire qu'il lui a été naturel de se soumettre. N'insistons pas sur ce point, pour ne pas avoir l'air de faire des personnalités.
« C'est-à-dire, Messieurs, que si la raison se trouve en con- » tradiciion avec une foi ou une autorité quelconque, c'est » toujours à elle qu'il appartient de prononcer en dernier » ressort. Dans l'alliance de la raison et de la foi, la foi n'est m que témoin; mais la raison est juge. L'autorité est consultée; » mais c'est la réflexion qui décide. Telle est la réponse à la » seconde question.
» Et ces deux questions ensemble jointes à ce qui précède , v nous donnent enfin la réponse générale que nous cherchons » depuis le commencement, savoir :
» Que la vraie méthode pour arriver à la vérité sur Dieu » consiste, en effet, dans l'alliance de la raison et de la foi, » mais avec la clause formelle que la raison demeure invaria- » blcment la régulatrice et le juge de la foi.
» Cette méthode est la seule légitime. »
Cette méthode, dirons-nous à notre tour, est, en effet, la seule légitime» si, comme le prétend M. G.-A., c'est une loi de notre nature que nous ayons confiance en nous-mêmes plutôt que dans les autres hommes, plutôt qu'en Dieu, ou si, comme le veut une certaine philosophie, l'évidence rationnelle est la base de la certitude humaine par rapport aux traditions universelles elles-mêmes. Mais pour convaincre cette méthode de fausseté, il n'y a qu'à remettre chaque chose à la place qui lui convient, en voyant seulement dans l'évidence rationnelle un motif de juger particulier aux vérités abstraites, mais inapplicable aux faits contingents, tels que sont, sans exception, tous les faits révélés, et dans la défiance de nous-mêmes, et la confiance en une raison plus forte que la nôtre, la vraie loi de notre nature intelligente, réformée par son divin auteur (1).
(i) Voyez, sur les doctrines de M. Gatien-Arnoult, le mandement de
ihk THÉORIE DE LA FOI
C'est celte loi salutaire, la même au fond que celle de l'humilité chrétienne, fondement de la logique comme de la morale (1 ) , qu'a proclamée du haut de la chaire apostolique le pape Grégoire XVI, d'heureuse mémoire, dans sa célèbre Encyclique Mirari vos du 15 août 1832, dont il sera bon de rappeler ici l'extrait suivant : « Embrassant dans votre affection paternelle, » y recommandait-il à tous les évêques, « ceux qui s'appliquent » aux sciences ecclésiastiques et aux questions de philosophie, » exhortez-les fortement à ne pas s'appuyer imprudemment sur » leur esprit seul, qui les éloignerait de la voie de la vérité et )> les entraînerait dans les routes des impies. Qu'ils se sou- » viennent que Dieu est le guide de la sagesse et le réformateur » des sages, et qu'il ne peut se faire que nous connaissions Dieu » sans Dieu, qui par son Verbe apprend aux hommes à con- » naître Dieu. Il est d'un orgueilleux, ou plutôt d'un insensé, » de peser dans une balance humaine les mystères de la foi qui » surpassent tout sentiment, et de se confier en sa propre » raison, qui est faible et débile par la condition de la nature » humaine (2). »
Il nous reste à justifier plus complètement que nous ne l'avons fait encore lenthymème, Je crois en Dieu, donc j'existe, qui nous a servi de point de départ pour toute cette étude; c'est ce que nous allons faire en posant le théorème suivant, qui sera le dernier.
RPr l'archevêque de Toulouse pour le carême de 1842, et à la fin de cette Théorie les Pièces justificatives.
(1) « L'humilité, fondement de la morale, est aussi le fondement de la logique. » Essai sur l'indifférence, t. II, ch. XIV.
(2) « Eos in primis affectu paterno complexi, qui ad sacras praîsertim disciplinas, et ad philosophicas qusestiones animum appulêre, hortatores, auctoresque iisdem sitis, ne solius ingenii sui viribus freti imprudenter à veritatis semitâ in viam abeant impiorum. Meminerint, Deum esse sapientiœ ducem, emendatoremque sapientium (Sap., Fil, 15), ac fieri non posse, ut sine Deo Deum discamus, qui per Verbum docet homines scire Deum (S. Iren^e., lib. IV, cap. X). Superbi, seu poliùs insipientis hominis est, fîdei mysteria, exsuperantia omnem sensum, humanis examinare ponderibùs, nostrseque mentis rationi confidere, quaa uaturae humanœ conJitione debilis est, et infirma. »
DANS SES RAPPORTS AVEC LA RAISON. ihii