‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des Pères (volume 2)Chapitre 31 sur 92 · THÉORÈME QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

THÉORÈME QUATORZIÈME

L'acte réfléchi par lequel nous nous rendons compte à

nous-mêmes de notre propre existence ne précède pas

nécessairement en nous l'acte de foi en f>îeu.

Gela se prouve premièrement par le fait du premier homme , qui, d'après le sentiment le plus reçu en théologie, eut la foi actuelle dès le premier moment de son existence. Et c'est ce que doivent admettre aussi nos adversaires eux-mêmes, puisque, pour mieux soutenir, comme ils le font aujourd'hui, que l'homme a été créé parlant (1), ils mettent sur ses lèvres, au moment même de sa création, un hymne à la Divinité (2). N'est-ce pas là, en effet, confesser implicitement que le premier acte rationnel de l'homme nouvellement créé n'a pas été un retour psychologique sur lui-même, mais un acte expansif de foi, tel que le supposent les paroles qu'ils lui mettent à la bouche?

La même vérité se prouve en second lieu par toutes les raisons que nous avons tirées de l'Ecriture et des Pères, pour démontrer que l'acte de foi que doit faire l'enfant catholique dès le premier usage de sa raison ne suppose de sa part aucun raisonnement préalable, aucun jugement même proprement dit de sa raison comme devant nécessairement précéder cet acte en lui. Il est bien vrai qu'en disant, Je crois en Dieu, cet enfant affirme implicitement sa propre existence; mais tout ce qu'on doit inférer d'une observation semblable, c'est qu'une affirmation implicite de notre propre existence accompagne nécessairement notre acte de foi en Dieu, et non pas précisément qu'elle le précède.

Gela se prouve en troisième lieu par cette raison philosophique, que l'acte d'affirmer notre propre existence exige, comme nous le disions tout-à-1'heure, un retour sur nous-mêmes, labeur ingrat, comme le disait si bien M. de Bonald (5), et sans résultat possible, qui n'est autre chose que frapper sur le marteau; au lieu

(1) Nous pensons, nous, que l'homme a été créé écoutant, c'est-à-dire écoutant la parole divine, dont l'audition a nécessairement précédé en lui l'acte de foi : Fides ex auditu, auditus autem per verbum.

(2) « Dans ce moment suprême d'inspiration, sa poitrine (d'Adam) se soulève, sa langue se délie, la parole s'échappe de ses lèvres, et cette parole est un hymne d'adoration et d'amour qu'il adresse au Père de la vie. » Philosophie et religion, p. 546.

(5) Recherches philosophiques, pag. 50-51, édit. Vives.

vu. 10

OlG THÉORIE DE LA FOI

que l'acte de foi en Dieu, ayant pour objet l'objet même le plus propre à satisfaire notre esprit et notre cœur, n'exige de notre part qu'un assentiment parfaitement naturel, au moins sous ce rapport, à la parole divine, soit immédiatement révélée, soit humainement transmise.

Nous pouvons donc regarder notre proposition fondamentale îomme surabondamment démontrée, puisque dès notre début nous en avons établi la supériorité sur celle de Descartes, et que maintenant elle se trouve confirmée par tout cet enchaînement de preuves dont nous nous sommes appliqué jusqu'ici à dérouler le tableau.

Le mot foi est synonyme de confiance. Or, la confiance que nous pouvons avoir en quelqu'un n'est qu'imparfaite, si, avant de la lui donner sans réserve, nous tenons à expérimenter sa probité. Elle sera parfaite au contraire, si elle ressemble à celle qu'a l'enfant dans les auteurs de ses jours, à qui il s'attache aussitôt qu'il peut les connaître, sans qu'il lui vienne en pensée d'examiner si la nourriture qu'il reçoit d'eux lui sera nuisible, ou si les paroles qu'il leur entend dire ont pour but de le tromper.

Qu'il en soit donc de même de notre foi. Croyons en Dieu, comme en notre créateur et notre père; croyons à l'Eglise, comme à notre mère adoptive ; mais croyons sans hésiter, sans examiner, sans raisonner, sans prétendre élever notre propre jugement au-dessus de celui des maîtres divinement établis pour nous enseigner; ne refusons pas de supposer à la grâce divine, qui accompagne cet enseignement, autant de pouvoir et d'attrait pour le moins, qu'au penchant instinctif de la nature.

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