‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des Pères (volume 2)Chapitre 41 sur 92 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

écrit de longues pièces justificatives, qui sont en grande partie la reproduction presque complète de nos premiers opuscules. Comme notre vie s'est à peu près tout entière consumée à discuter la question principale débattue dans celui-ci, il résulte de là une certaine unité de vues dans tous nos travaux personnels qu'il nous serait difficile de remplacer par ceux d'autrui. Que ce soit là notre excuse auprès de ceux qui prendront la peine de nous lire.

A l'exemple du cardinal d'Astros, dont nous rapporterons plus loin le témoignage, mais avec bien plus de sujet que ce savant et illustre prélat, nous soumettons tous nos écrits, non-seulement au jugement de l'Eglise, mais encore à de plus habiles que nous.

« L'héritage des ancêtres c'est la vraie foi, » a dit énergiquement le Grégoire VII du quatrième siècle de l'Eglise : Hœreditas majorum fîdes vera est (1). Or, quels soins n'apporte-t-on pas d'ordinaire à conserver une riche succession ! C'est dans ce but qu'on se fatigue en démarches, qu'on se tourmente en procès, qu'on se consume en travaux, qu'on s'épuise en veilles ; dans ce but, qu'on franchit les fleuves, qu'on traverse les mers, qu'on entreprend de longs et pénibles voyages; dans ce but, qu'on se prive quelquefois du nécessaire, qu'on s'impose au moins de sévères économies, qu'on se résigne à de rigoureux sacrifices.

L'héritage de la foi, plus précieux que tous les biens terrestres, mérite de notre part une attache bien plus vive. Qu'est-ce que des champs, des vignes et des bois, qu'est-ce que les palais les plus magnifiques et les habits les plus somptueux, comparés à l'or et aux pierreries que récèle la parole divine? Apportons donc tous nos soins à conserver dans son intégrité cette riche succession, et sachons la défendre contre le doute envahisseur.

(1) S. Ambr. in psalm. XXXVI.

Grandeur en convient. J'ai donc eu raison d'affirmer que les véritables protestants admettent des mystères, ainsi que les catholiques.

Si les observations contenues dans ma première lettre tendaient « à mettre en principe que l'on doit croire à l'autorité de l'Eglise, » sans avoir des raisons de croire qu'elle a reçu le droit d'ensei- » gner, » c'est que je me serais mal expliqué assurément; car j'ai toujours soutenu que la connaissance préliminaire de motifs quelconques était nécessaire à l'acte de foi. Mais est-ce notre raison particulière qui doit être juge de la valeur de ces motifs, et ne devons-nous pas nous en rapporter là-dessus, comme sur le reste, à l'Eglise elle-même? Voilà la difficulté.

Sa Grandeur me pardonnera-t-elle de lui faire observer qu'elle n'a pas cité intégralement, dans la lettre dont elle a bien voulu m'honorer, le texte de l'Evangile de saint Jean, chapitre XV, verset 24? Si non venissem, a commencé par dire Notre-Seigneur dans ce verset. La seule venue de Jésus-Christ a été pour les Juifs orgueilleux une occasion de péché et de ruine, en ce qu'au lieu de le recevoir malgré l'humilité de son apparition, ils ont refusé pour cela même de le reconnaître. Je dis pareillement que la simple existence de l'autorité de l'Eglise est pour plusieurs même de ceux qui vivent dans son sein une occasion de ruine, en les rendant plus coupables, puisque cette autorité seule, telle qu'elle s'impose à chacun de nous, est déjà une preuve suffisante de la vérité de son enseignement pour tout esprit qui est aidé de la grâce.

Une lecture récente de la Doctrine philosophique de M. Gatien- Àrnoult m'a convaincu, Monseigneur, que la première cause des égarements de cet incrédule, si nous mettons à part les dispositions de son cœur, qu'il n'est pas permis cle scruter, doit être rapportée à la prétention dont il se glorifie, de faire de sa raison le juge suprême de sa foi; d'où résulte cette conséquence naturelle, que « si la raison se trouve en contradiction avec une foi ou une » autorité quelconque, c'est toujours à elle qu'il appartient de » prononcer en dernier ressort; » que « dans l'alliance de la » raison et de la foi, la foi n'est que témoin, mais que la raison est » juge; » que « l'autorité est consultée, mais que c'est la raison » qui décide. » Or, le système qui fait dépendre notre soumission à l'Eglise d'un jugement préalable de notre raison particulière pose-t-il, Monseigneur, un principe qui diffère, quant au fond, du point de départ adopté par ce philosophe incrédule?

Oubliant un moment ma propre indignité, osera i-je recommander aux prières de Sa Grandeur la conversion, objet de tous mes vœux, qui est le but immédiat de l'ouvrage nouvellement soumis à son examen, et implorer pour moi-même sa bénédiction paternelle?

Je suis avec un très-profond respect, etc.

Nouvelle réponse de feu Monseigneur d'Astros, Archevêque de

Toulouse.

17 juillet.

Monsieur le Curé,

Je n'ai pas sous les yeux la première lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, me trouvant dans ce moment-ci à la campagne; mais, s'il m'en souvient bien, je n'avais nullement à me plaindre de défaut d'égard de votre part.

Si j'ai dit que Dieu nous conduisait, ou conduisait les mécréants à la foi par la seule raison, comme si la grâce intérieure n'était pas nécessaire, ou que Dieu n'eût pas le pouvoir de convertir une âme sans nos raisonnements, j'aurais dit une grande erreur. Je suis bien aise de désavouer une semblable pensée.

Du reste, je soumets tout ce que j'ai dit, non-seulement à VEglise, au Saint-Siège, mais à de plus habiles que moi.

J'ai l'honneur d'être avec une considération distinguée, Monsieur, votre très-humble et très-obéissent serviteur,

Archevêque de Toulouse.

Lettre au R. P. de Ravignan.

23 juillet 1842.

Mon Révérend Père,

Le silence gardé par Votre Révérence, touchant la proposition qui lui était attribuée dans VUnivers, m'a obligé, mon Révérend Pè-'e, à contredire publiquement, dans la Défense de l'ordre surnaturel (1), comme je l'avais fait déjà dans des lettres

(i) Défense de l'ordre surnaturel, page 72 et suiv. Je vais reproduire ici ce passage en entier, comme pouvant servir, par les autorités que j'y citais, à confirmer de plus en plus ma thèse principale.

« jNous avons lu dans un certain journal cette assertion singulière : « L'enseignement catholique se résume dans ces courtes paroles de » saint Augustin et de saint Thomas : Nul ne croit, qu'il n'ait auparavant » pensé, jugé qu'il devait croire. »

De grâce, où saint Augustin et saint Thomas ont-ils dit ces choses prodigieuses (a)? Us ne l'ont fait nulle part; nous pouvons même ajouter que les mots judicare, judicium,- rapportés à la créature raisonnable luisant un acte de foi en Dieu, n'appartiennent pas à la langue de ces deux Pères. Mais à Dieu le jugement, et à l'homme la foi; à Dieu le

m (a) L'assertion attribuée ici à saint Augustin et à saint Thomas ne nous paraît plus si prodigieuse, depuis que nous nous sommes convaincu que le mot juger pouvait être fort bien pris dans le sens de percevoir, et qu'il peut d'ailleurs s'interpréter en cet endroit d'un jugement de la conscience.

particulières, cette étrange assertion, que « nul ne croit, qu'il n'ait » auparavant jugé qu'il devait croire. » Depuis l'impression de mon ouvrage y j'ai eu la douleur de lire dans le même journal

commandement, et à l'homme l'obéissance : tel est constamment leur langage.

Voici, au fait, ce qu'a dit saint Augustin : « Fidei simplicitate et sin- » ceritate lactati nutriamur in Christo; et cùm parvuli sumus, ma- » jores cibos non appetamus. » De agone Christ, cap. XXXIII, n. 55. Mais si le jugement de la raison précédait la foi même dans les enfants, ce ne serait plus la simplicité de la foi dont ils seraient allaités; mais le raisonnement, ou quelque chose de semblable, deviendrait comme le premier aliment dont ils seraient nourris. Saint Augustin a dit encore : « Jlli qui cùm in unitate atque communione catholicâ non sint, » christiano tamen nomine gloriantur , coguntur adversari cre- » deniibus, et audent imperitos quasi ratione traducere, quando » maxime cum istâ medicinâ Dominas venerit, ut fidem imperaret » (Epist. CXVIII, ad Dioscorum, c. V, n. 33). » Mais si, avant de croire à la parole de Jésus-Christ, nous consultons nos propres lumières pour juger par nous-mêmes que nous devons y croire, ce n'est plus au commandement de Jésus-Christ que nous voulons obéir, mais à nos seules lumières que nous osons déférer. Le même docteur a dit enfin : « Auc- » toritati credere magnum compendium est, et nullus labor (De » quant, animas, c. VI, n. 12). » Juctoritati credere, croire à l'autorité, est-ce juger avec notre seule raison qu'il faut croire ce qu'elle propose? N'est-ce pas au contraire soumettre sans raisonner notre esprit à ses enseignements?

Saint Thomas, de son côté, expliquant les conditions requises pour l'acte de foi, ne fait mention que de deux, sans y comprendre le jugement proprement dit; voici comme il s'exprime : « Dieen- » dum quod ad fidem duo requiruntur. Quorum unum est, ut ho- » mini credibilia proponantur, quod requiritur ad hoc, quod homo » aliquid explicite credat : aliud autem quod ad fidem requiritur, est » assensus credentis ad ea quœ proponuntur (2, 2. 1). » Ainsi, à nous en tenir aux paroles du docteur angélique, l'assentiment doit suivre immédiatement la proposition qui nous est faite des vérités révélées ; el cet assentiment est la foi elle-même, ainsi que le même docteur s'en explique un peu plus bas : « Quantum ad assensum qui est principalis actus » fidei. » Mais ce qu'il ajoute dans cet endroit nous paraît pour le moins aussi péremptoire : « Causam (assensïis interiorem) Pelagiani pone- » bant solum liberum arbitrium homiuis. »

Les pélagiens donc voulaient que notre libre arbitre fût l'unique cause qui nous portât intérieurement à croire les vérités révélées ; et, par conséquent, c'est favoriser leur erreur que de faire précéder comme nécessairement l'acte de foi d'un acte pur du libre arbitre : mais un jugement de la raison est un acte purement de celte espèce; c'est donc être pélagien, sous ce rapport, que de faire précéder comme nécessairement l'acte de foi d'un jugement de la raison.

Dans le système que nous discutons ici , ce jugement de la raison , qui n'a rien de surnaturel, et est évidemment un acte pur du libre arbitre, serait requis comme préliminaire essentiel pour un acte de foi, pour un acte tout entier surnaturel. Cette prétention ne revient-elle pas à celle des semi-pélagiens, qui attribuaient aux forces de la nature les commencements de l'acte de foi?

Pour mettre plus sûrement le faux Ravignan en contradiction avec lui-

(7 juin) d'autres fausses maximes encore plus choquantes, telles que celles-ci : « Croire, c'est voir ; l'Eglise, témoin des faits divins, » est un miroir perpétuel d'évidence ; » où vous semblez donner l'évidence des premières vérités de l'ordre naturel, et qui pis est, le raisonnement fondé sur des principes de cette espèce, comme des préliminaires essentiels à l'acte de foi. Il y a vraiment sujet, quand on entend dire ces choses, de se boucher les oreilles, et quand on les lit, de se couvrir les yeux et de verser des larmes arrières. Je réfuterais plus en détail ces assertions si contraires aux livres saints et à la doctrine constante de l'Eglise, si j étais assuré que ma lettre serait lue de celui à qui je crois devoir l'adresser présentement.

Je suis avec un profond respect, etc.

Réponse du R. P. de Ravignan.

Bordeaux, k août 18/j2.

Monsieur l'Abbé,

Si j'ai gardé le silence à l'égard des comptes-rendus de mes conférences, si j'ai éprouvé et si j'éprouve encore une véritable répugnance à m'entretenir à ce sujet avec vous, veuillez bien le croire, ce n'est assurément par aucun motif d'aigreur ou d'amourpropre. Je rends justice autant que personne à vos travaux consciencieux et au zèle qui vous fait combattre pour les saines doctrines.

même, je disais ensuite : « Des paroles remarquables d'un orateur de nos jours nous présentent une notion tout autrement exacte de la foi chrétienne, telle que celle-ci nous a été inculquée dès notre enfance. Nous allons nous permettre d'en faire l'extrait suivant : « Au » plus intime de l'âme, sujet de la foi, se trouve d'abord la grâce » surnaturelle, illustration divine, énergie divine, qui élève, éclaire, » échauffe, meut l'intelligence de l'ignorant comme celle du savant, et » devient comme un acte divin qui détermine dans l'homme l'adhésion » anticipée à la vérité révélée. Pour cette âme rendue docile par la » grâce et divinement inclinée à croire, l'énoncé de la vérité révélée !- suffit seul à créer une certitude supérieure à toute autre certitude. » Car la vérité n'a pas essentiellement besoin de preuves : pour s'em- ?> parer d'une âme docile et sincère, il lui suffit de se montrer dans une j) exposition vive et simple, ou sous les dehors plus a'trayants d'une ;> lumineuse parabole.

» Les discussions, les raisonnements sont rarement nécessaires; ils » sont plus rarement encore efficaces : ils ont vaincu et ramené bien peu » de cœurs égarés. On raisonne, on discute, et l'on discute encore. Du » reste, ces discussions, la vérité révélée sait les subir quand il le faut; » quelque acharnée que soit la lutte, elle est assurée de la victoire; les » aveugles volontaires peuvent seuls se dérober à ses divines clartés. » (Confér. de Notre-Dame, 3e dise.)

Et l'orateur qui prononçait toutes ces belles paroles était véritablement le R. P. de Raviçnan.

Mais depuis que la voionté de Dieu m'a imposé le ministère des conférences de Noire-Dame, voici la ligne que je me suis proposé de suivre invariablement, et que je suivrai toujours, permettezmoi de le dire.

Tout ce qui dépendra de moi pour éviter les analyses des journaux, je le ferai. Malgré tous mes efforts, je n'ai pu réussir jusqu'à ce jour. Je pense que parlant devant Monseigneur l'Archevêque de Paris et souvent d'autres Evêques, devant les grands- vicaires, le chapitre et bon nombre de prêtres distingués, devant une réunion d'hommes instruits, mon enseignement a toute la publicité, toute la sanction désirable. Je suis très-opposé, je l'avoue, à cette publicité moderne des enseignements de la chaire par les journaux. J'ai toujours sollicité sincèrement de Monseigneur l'Archevêque, de théologiens consommés, de mes supérieurs, de mes collègues les plus expérimentés leurs critiques , leurs conseils, leur censure sur ma doctrine.

Je dois à la vérité de dire que , depuis six ans entiers , pas une seule observation ne m'a été faite à cet égard, et pas plus cette dernière année que les autres.

Je n'attache aucun prix è ce que me font dire les journaux; je n'approuve nullement leurs comptes-rendus; ils ne sont point ma pensée ni ma parole. Ils sont souvent très-fautifs, très-inexacts, opposés à la vérité de la doctrine et de mes paroles; je les laisse. Je ne réponds que ne ce que j'ai dit en chaire. Je ne lis même pas ces analyses, et je voudrais que hors de Paris on les jugeât comme je les juge moi-même.

I) me semble toutefois que les analyses du Carême n'ont point manqué d'orthodoxie ; les analyses de Saint-Sé vérin, dans 1' {7m iws, ont été complètement fautives dans des points essentiels; par exemple, dans les phrases que vous me citez, et que je n'ai certes jamais dites : « Croire c'est voir, etc. » J'avais dit, j'en suis sûr, directement le contraire : Croire c'est ne pas voir. Je citais le mot de saint Augustin : « Quicl est fides, creclere quod non vides, » et la définition de saint Paul : « Argumentum non apparentium. » En vérité, comment me supposer une doctrine contraire?

Mais laissant de côté tous les journaux, jamais je ne réclamerai contre leurs assertions. Je ne réponds que de ma parole prononcée en chaire et devant mes juges naturels.

Monsieur l'Abbé, je ne m'offense nullement de ce que vous avez cru devoir mécrire sur mes étranges assertions, mes fausses et

choquantes maximes qui donnent sujet, quand on les entend,

de se boucher les oreilles, et quand on les lit, de se couvrir les yeux et de verser des larmes ameres... ces erreurs si opposées aux livres saints et à la doctrine constante de l'Eglise. Je ne veux voir dans les expressions de votre lettre que la charité et le zèle d'un confrère ; je vous en remercie du fond de mon cœur. Il me semble que les explications dans lesquelles je viens d'entrer sont suffisantes de ma part; il serait trop long de discuter sur la nature de

la foi. Je m'en réfère entièrement à ce que j'ai dit en chaire, à Notre-Dame ou ailleurs; mais je n'accepte nullement ce qu'on mo fait dire malgré moi dans les journaux, quelles que soient les intentions et la science des rédacteurs.

Recevez, monsieur l'Abbé, mes remercîments réitérés et l'assurance sincère de ma respectueuse considération.

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