THÉORÈME TROISIÈME
lLa foi n'est point en nous le résultat d'un travail intellectuel
de notre propre esprit.
Nous avons vu en effet que la foi ne suppose indispensablement ni examen, ni raisonnement, ni jugement particulier de notre part; ce n'est donc point à de tels actes qu'elle doit sa formation.
D'ailleurs, c'est la foi qui nous fait devenir les enfants de Dieu; or, les véritables enfants de Dieu ne sont pas ceux qui se
(i) « Item quaeri potest quomodô nùnc Deus locutus sit ad hominem qucmfecit, jam certè, sensu ac monte prseditum, ut audire et inlelligere loquentem valeret? Nuque enim aliter prseceplum posset ace i père, quo transgresse reus esset, nisi hoc prseceptum intelligent. Quomodô ergô illi locutus est Teus? Ulrùm intùs in mente secundùni iatellectum, id est ut sapienter intelligeret voluntatem ac prseceptum Dei sine uliis corporalibus sonis vel corporalium similitudinibus rerum? Sed non sic existimo primo bomini locutum Deum. Talia quippe Scriplura narrât, ut potiùs credamus sic esse Deum locutum homini in paradiso sicut eliam postea locutus est Patribus, sicut Abrahœ, sicut Moysi, id est in aliquà specie corporali. Hinc est enim quôd audicrunt ejus voeem ambulanlis in paradiso ad vesperam, et ai/sconderuntse {Gm.s III, 8). » Dv Genesi ad litteram, lib. VIII, c. 18, n. 57 (t. 111, pag. 387, édiU Migne),
conduisent par leur propre esprit, mais au contraire ceux qui se laissent conduire par l'esprit de Dieu, suivant ces pr.roles de l'Apôtre ; « Tous ceux qui sont poussés par l'esprit de Dieu, ce » sont ceux-là qui sont les enfants de Dieu. » (Rom., VIII, 14). Donc ceux-là ont la foi, qui suivent simplement l'esprit de Dieu, et non pas ceux qui se conduisent eux mêmes par l'impulsion ou les raisonnements de leur propre esprit. C'est cette doctrine que saint Prosper semble résumer par ces paroles : « Ceux qui croient » sont conduits par l'esprit de Dieu ; ceux qui ne croient pas » sont égarés par leur propre esprit. Ainsi notre conversion à » Dieu ne vient pas de nous, mais elle vient de Dieu même, » selon ce que dit l'Apôtre : « C'est par la pure grâce de Dieu » que vous êtes sauvés par le moyen de la foi : et en eflet cela » ne vient pas de vous, puisque c'est un don de Dieu : cela ne » vient point de vos œuvres, afin que nul ne se glorifie (1). » Cet illustre disciple de saint Augustin prévient ici la pensée que nous avions de faire valoir aussi ce texte remarquable ^ sur lequel nous reviendrons d'ailleurs dans la suite.