THÉORÈME QUATRIÈME
Il n'est pas essentiel à la foi catholique d'êtfre fondée sur des principes évidents à notre raison.
La vérité de cette proposition suit nécessairement du théorème premier que nous avons démontré; car il est manifestement impossible qu'un enfant nouvellement parvenu à l'âge de raison, perçoive clairement et distinctement la connexion de la doctrine catholique, qui lui est proposée pour la première fois, avec les principes évidents de la raison naturelle.
La vérité de la proposition actuelle se prouve en outre par le reproche que Notre-Seigneur lit à saint Thomas d'avoir attendu à le voir de ses propres yeux pour croire sa résurrection, et par
toutes les autorités que nous allons reproduire à l'occasion du théorème suivant. Nous nous bornerons pour le moment à faire valoir celle de saint Augustin : « Puisque le Seigneur déclare, » dit ce Père (1), que Bienheureux sont ceux qui ont le cœur pur, » parce qu'ils verront Dieu, et que la vue de ce grand Dieu » nous est promise pour la fin de nos jours comme devant être )> notre principale récompense; nous n'avons point à craindre, » si nous ne pouvons voir clairement ce que nous croyons de la )> nature de Dieu, qu'il ne nous soit fait pour cela l'application « de ces paroles : Celui qui ignore sera ignoré lui-même. Car )> le monde, avec la sagesse humaine, n'ayant point connu » Dieu dans les ouvrages de la sagesse divine, il a plu à Dieu » de sauver par la folie de la prédication ceux qui croiraient » en lui. Cette folie de la prédication, ou cette apparence de » folie en Dieu, qui défie la sagesse humaine , est la cause du » salut pour le plus grand nombre, de sorte que non-seulement » ceux qui ne sauraient encore avoir une pleine intelligence de
(1) « Cùm autem Dominus dicat, Beati mundo corde, quoniam ipsi » Deum videbunt, eaque visio nobis in fine summum prsemium promit- » tatur; non est metuendum, si nunc ad liquidum, quse de Dei naturâ » credimus, conspicere non valemus, ne inde sit dictum, Qui ignorât, » îgnorabitur. Quia enim in sapientià Dei non cognovit mundus per » sapientiam Deum, placuit Deo per stultitiam prsedicationis salvos facere » credentes. Hsec stultilia prsedicationis, ac stultum Dei, quod sapientius » est hominibus, multos contraint ad salutem, ut non solùm qui nondùm » cerlâ valent intelligentià conspicere naturam Dei, quam fide tenent, » verùm etiam qui nondùm in ipsà anima suà ita incorpoream substan~ » tiani à corporis generalitate discernunt, queinadmodùm certi sunt se » vivere, nosse, velle, ideô non sint alieni à saiute, quam stultilia illa » prsedicationis confert.
» Nam si propter eos solos Christus mortuus est, qui certâ intelligentià » possunt ista discernere, penè frustra in Ecclesià laboramus. Si autem, » quod veritas habet, infirmi populi credenlium ad medicum eurrunt, » sanandi per Chris tum, et hune crucifixum, ut ubi abundavit peccatum, » superabundet gralia; miris fit modis per altitudinem divitiarum » sapientise et scientise Dei, et per inscrutabilia judicia ejus, ut et non- » nulli à corporibus incorporea discernentes, cùin sibi ex hoc magni » videntur, et irrident stultitiam prsedicationis, quà salvi fiunt credentes, » ab unicâ via longé exerrent, quse ad vitam seternam sola perducit : et » multi in cruce Christi gloriantes, et ab eàdem via non recedentes, » etiamsi ista quse subtilissimè disseruntur, ignorant, quia non périt unus » ex illis pro quibus mortuus est , ad eamdem perveniant îeternitatem, » veritalem, charitatem, id est ad stabilem, certam plenamque felicita- » tem, ubi manentibus, videnlibus, amantibus sunt cuncta perspicua. » S. Aug. Epist. CLXIX, n. 5 et U.