DES RESTES DU PÉCHÉ ORIGINEL DANS LES PERSONNES BAPTISÉES
« Il faut confesser de plus que la tache du péché originel nous est remise par la grâce de Jésus-Christ, qui nous est conférée dans le baptême, et que, quand une fois on est baptisé, tout ce qui constituait la nature du péché ne cesse pas seulement de nous être imputé, ou n'est pas simplement rasé à la surface, pour ainsi dire, de notre âme, mais est radicalement détruit en nous. Car Dieu ne trouve plus rien qui mérite sa haine dans ceux qui sont régénérés, puisqu'il n'y a point de condamnation pour ceux qui ont été véritablement ensevelis avec Jésus-Christ par le baptême pour mourir au péché; qui ne se conduisent point selon la chair, mais qui, se dépouillant du vieil homme, et revêtant le nouveau qui a été créé selon Dieu, sont devenus purs et sans tache, innocents et chéris de Dieu, héritiers de Dieu lui-même et cohéritiers de Jésus-Christ, de sorte qu'il ne reste plus rien qui fasse obstacle à leur entrée dans le ciel. Il faut reconnaître cependant que la concupiscence ou le penchant au mal reste toujours dans les personnes même baptisées; et que, comme elle
nous a été laissée pour nous servir d'exercice dans le combat, elle ne saurait causer aucun dommage à ceux qui ne lui donnent pas leur consentement, et qui lui résistent avec courage par la grâce de Jésus-Christ : au contraire, la couronne est préparée pour ceux qui auront combattu selon les règles de la milice spirituelle. Quoique l'Apôtre donne quelquefois à cette concupiscence le nom de péché, l'Eglise n'a jamais entendu par-là que ce soit un péché véritable et proprement dit qui reste dans les personnes baptisées; mais la concupiscence est appelée péché par l'Apôtre, parce qu'elle est un effet du péché et qu'elle incline à le commettre de nouveau. » Doctrine du concile de Trente, session V, canon 5.
TÉMOIGNAGES DE i/ÉCRITURE.
1. Romains , VIII j 1-2 : « Il n'y a donc maintenant point de condamnation pour ceux qui sont en Jésus - Christ , qui ne marchent pas selon la chair; — parce que la loi de l'esprit de vie, qui est en Jésus-Christ, m'a délivré de la loi du péché et de la mort. »
2. Ibid., VI, 1-4 : « Que dirons-nous donc? Demeureronsnous dans le péché pour donner lieu à cette surabondance de grâces? — A Dieu ne plaise! car étant une fois morts au péché, comment vivrons-nous encore dans le péché? — Ne savez-vous pas que nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ nous avons été baptisés en sa mort? — Car nous avons été ensevelis avec lui par le baptême pour mourir au péché ; afin que, comme Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts pour la gloire de son Père, nous marchions aussi dans une nouvelle vie. »
3. Ephésiens, IV, 22-24 : « Dépouillez- vous du vieil homme, selon lequel vous avez vécu dans votre première vie, qui se corrompt en suivant l'illusion de ses passions; — renouvelezvous dans l'intérieur de votre esprit, — et revêtez-vous de l'homme nouveau, qui est créé selon Dieu dans une justice et une sainteté véritables. »
4. Colossiens, III, 5-10 : « Faites donc mourir les membres de l'homme terrestre qui est en vous : la fornication, l'impureté, les abominations, les mauvais désks, et l'avarice qui est une idolâtrie ; — puisque ce sont ces excès qui font tomber la colère de Dieu sur les enfants de l'incrédulité. — Et vous avez vousmêmes commis autrefois ces actions criminelles, lorsque vous viviez dans ces désordres; — mais maintenant quittez aussi
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vous-mêmes tous ces péchés : la colère, l'aigreur, la malice, la médisance ; que les paroles déshonnêtes soient bannies de votre bouche ; n'usez point de mensonge les uns envers les autres ; dépouillez-vous du vieil homme avec ses œuvres, — Et revêtezvous de cet homme nouveau qui, par la connaissance de la vérité, se renouvelle selon l'image de celui qui l'a créé. »
5. Romains, VIII, 14-17 : « Tous ceux qui sont poussés par l'Esprit de Dieu sont les enfants de Dieu. — Aussi n'avez-vous | pas reçu un esprit de servitude, qui vous retienne encore dans la crainte; mais vous avez reçu l'esprit de l'adoption des enfants, par lequel nous crions : Abba ! mon Père ! — Et cet Esprit rend lui-même témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. — Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers, héritiers de Dieu, et cohéritiers de Jésus-Christ, pourvu toutefois que nous souffrions avec lui, afin que nous soyons glorifiés avec lui. »
6. // Timothêe, II, 5 : « Car celui qui combat dans les jeux publics n'est couronné qu'après avoir légitimement combattu. »
7. Romains, VII, 7-20 : « Que dirons-nous donc? La loi estelle péché? Dieu nous garde d'une telle pensée! Mais je n'ai connu le péché que par la loi ; car je n'aurais point connu la concupiscence, si la loi n'avait dit : Vous n'aurez point de mauvais désirs. — Mais le penchant au péché ayant pris occasion de s'irriter par les préceptes, a produit en moi toutes sortes de mauvais désirs; car sans la loi le péché était mort. Et moi, je vivais autrefois sans loi ; mais le commandement étant survenu , le péché a commencé à revivre. — Car le péché, à l'occasion du commandement, m'a séduit et m'a tué par le commandement même. — Ainsi la loi est sainte à la vérité, et le commandement est saint, juste et bon. — Ce qui était bon en lui-même m'a-t-il donc causé la mort? Nullement; mais c'est le péché qui, m'ayant donné la mort par une chose qui était bonne, a fait paraître ce qu'il était, de sorte que le péché est devenu par ces mêmes préceptes une source plus abondante de péchés. — Ainsi ce n'est plus moi qui fais ce mal, mais c'est le péché qui habite en moi. — Car je sais que le bien ne se trouve pas en moi, c'est-à-dire dans ma chair, parce que je trouve en moi la volonté de faire le bien, mais sans y trouver le moyen de l'accomplir. Car je ne fais point le bien que je veux ; mais je fais le mal que je ne veux pas. — Or, si je fais ce que je ne veux pas, ce n'est plus moi qui le fais; mais c'est le péché qui habite en moi. »
TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION
1. S. Augustin, Lib. II contra duas epistolas pelagianorum, C. 13 : « Ils disent aussi (c'est Julien d'Eclane qui faisait ce reproche aux catholiques) que le baptême ne remet pas tous les péchés, qu'il n'ôte pas toute culpabilité, mais qu'il ne fait que raser, pour ainsi dire, le péché à la surface, de façon qu'il en reste toujours les racines dans la chair maudite. Mais quels aulres que des infidèles voudraient soutenir cette monstruosité? Car nous disons, nous, que le baptême remet tous les péchés, qu'il efface tous les crimes, au lieu de ne faire que de les raser et d'en laisser subsister les racines, comme des cheveux qu'on rase, et qui ne font ensuite que repousser de plus belle. Car c'est la comparaison que j'ai trouvée qu'ils emploient, et dont ils nous chargent encore, comme si elle reproduisait notre langage ou exprimait notre pensée. C'est sans doute ce que nous avons pu dire de la concupiscence de la chair qui leur fait ici illusion, ou dont ils abusent pour faire illusion aux autres : car il est vrai qu'elle reste aux personnes baptisées pour leur fournir matière de combat, et accroître leurs mérites, si elles usent de vigilance et qu'elles se conduisent par l'esprit de Dieu. »
2. Ibidem, c. 14 : « Personne dans l'Eglise ne pourrait être légitimement admis au saint ministère, si l'Apôtre avait dit : Que l'êvêque soit sans péché (I Tim., III, 2), au lieu de dire, qu'il soit sans crime (irreprehensibilem)\ ou s'il avait dit : Que les diacres soient sans péché (ibid., 10), au lieu de dire, qu'ils ne se trouvent coupables d'aucun crime (nullum crimen habentes). Car il y en a beaucoup qui sont sans crime parmi les fidèles baptisés; au lieu que je n'oserais dire de personne vivant ici-bas qu'il soit sans péché, quelque parti que les pélagiens prétendent tirer de cet aveu pour s'élever et s'emporter contre nous : car nous ne disons pas pour cela qu'il reste en nous quelque péché qui n'ait pu être effacé par le baptême ; mais nous disons seulement que tant que nous sommes ici-bas avec notre penchant pour le mal, nous ne cessons de retomber dans des fautes dont nous devons tous les jours demander le pardon, et que Dieu veut bien aussi nous pardonner tous les jours en ayant égard à nos prières et à nos bonnes œuvres. Voilà la vraie foi catholique , telle que l'Esprit-Saint la répand dans nos cœurs, bien loin d'être, comme les assertions de nos adversaires, le produit de la vanité et de la présomption d'esprit. »
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3. Le même, Lib. VI contra Julianuirij c. 13 : « Discutons maintenant cette autre accusation que vous m'intentez, d'avoir dit qu'on n'est purifié que partiellement par le baptême... Vous prétendez que j'ai dit que l'homme n'est pas parfaitement renouvelé par la grâce. Mais ce n'est pas là ce que je dis; pesez bien mes paroles. La grâce renouvelle parfaitement l'homme, puisqu'elle lui procure l'immortalité et la plénitude du bonheur. Je dis de plus qu'elle renouvelle parfaitement l'homme même dès maintenant, quant à la rémission entière des péchés qu'elle nous procure, mais non cependant quant à la délivrance des maux et des misères de notre mortalité , dont le corps qui tend à sa corruption appesantit notre âme (Sag., JX, 15). »
k. Ibidem, c. 14 : « Quoique nous soyons morts au péché et que nous ne vivions plus que pour Dieu, il nous reste cependant quelque chose à faire mourir en nous, pour que le péché ne règne pas dans notre corps mortel , en nous faisant obéir à ses désirs déréglés (Rom., VL 13), dont nous a justifiés, de manière à ce que nous n'en soyons plus coupables(l), la pleine et entière rémission des péchés, et qui sont restés en nous pour servir de matière à nos combats... Ainsi, bien que le baptême sanctifie aussi le corps, celte sanctification n'a cependant pour effet que de nous remettre nos péchés, c'est-à-dire de nous laver nonseulement de tous les péchés antérieurement commis, mais encore du mal de la concupiscence qui nous reste, avec laquelle tout homme vient au monde nécessairement, et dont il mourrait même nécessairement coupable, s'il n'était auparavant régénéré. Où m'avez-vous donc surpris à dire, ou dans lequel de mes écrits avez-vous lu , que nous ne sommes pas renouvelés par le baptême, mais quasi renouvelés; que nous ne sommes pas délivrés par le baptême, mais quasi délivrés; que nous ne sommes pas sauvés, mais quasi sauvés? Loin de moi cette impiété de frustrer de sa vertu la grâce de ce bain salutaire, où j'ai reçu de l'eau et de l'Esprit-Saint une nouvelle naissance; où j'ai
(1) « A quibus nos solvit, ne his essemus obnoxii, plena atque perfecta remissio peccatorum , et remanserunt in nobis cum quibus gerantur bella castrorum (al. castorurn, S. Aug. oper., t. X, col. 1175, édition de Gaume). Je soupçonnerais qu'il faudrait lire ici, au lieu de à quibus nos : à quibus non, ce qui donnerait à la phrase ce nouveau sens : Pour que le péché ne règne pas dans notre corps mortel , en nous faisant obéir à ses désirs déréglés, auxquels ne nous exempte pas d'être toujours sujets la pleine et entière rémission des péchés (reçue dans le baptême), et qui restent en nous pour servir de matière à nos combats. »
obtenu le pardon de tous mes péchés, tant de ceux qui étaient le résultat de ma naissance, que de ceux qui étaient l'effet de ma mauvaise vie! C'est cette grâce, je le sais, qui vient à mon secours pour m'empêcher de succomber à la tentation , en me laissant emporter et attirer dans le mal par la concupiscence (Jac., I, 14), et qui fait exaucer ma prière lorsque je dis avec les autres fidèles : Pardonnez-nous nos offenses. 3'espère aussi que cette grâce me fera sentir sa vertu jusque dans l'éternité, alors qu'il n'y aura plus dans mes membres de loi qui combatte la loi de mon esprit (Rom., VII, 23). Je ne cherche donc point à rendre vaine la grâce de mon Dieu; mais c'est vous, son ennemi, qui semblez chercher à la détruire par votre vaine présomption. »
5. Ibidem, c. 15 : « Dans le baptême donc sont remis tous les péchés, soit contractés dès l'origine, soit commis dans la suite par ignorance ou avec connaissance. Mais lorsque l'apôtre saint Jacques dit ces paroles : Chacun est tenté par sa propre concupiscence qui l'emporte et qui l'attire dans le mal (Jac. , 1, 14), et ensuite, quand la concupiscence a conçu, elle enfante le péché (Jac, 1, 14-15), il faut bien distinguer dans ces paroles l'enfantement même du fruit de l'enfantement. C'est la concupiscence qui enfante, et c'est le péché qui est enfanté. Mais la concupiscence n'enfante pas avant d'avoir conçu; et elle ne conçoit qu'après avoir attiré la volonté dans le mal, c'est-à-dire, obtenu son consentement pour le commettre. Les combats que nous livrons à la concupiscence ont donc pour objet de l'empêcher de concevoir et d'enfanter le péché. Si donc, en même temps que tous les péchés, ou tous les mauvais fruits de la concupiscence, sont remis dans le baptême, la concupiscence elle-même était détruite, d'où viendrait que les saints pour l'empêcher de concevoir de nouveau, lui livrent encore tant de combats en matant leur corps, en flagellant leurs membres, en crucifiant leur chair? »
6. Ibidem, c. 16 : « Vous êtes bien dans l'erreur en prétendant que si la concupiscence était un mal, on devrait en être délivré par le baptême. Car, sans être un péché, elle est toujours un mal. Ou, pour m'exprimer plus clairement, c'est un mal dont on cesse d'être coupable , quoiqu'elle soit toujours un mal pour celui qui y reste sujet. Car, quoique baptisé, son corps ne reste-t-il pas suj<*t à la corruption? Et n'est-ce pas un mal, que ce qui appesantit l'âme? 11 se serait donc trompé, celui qui a dit : Le corps qui se corrompt appesantit Vâme (Sctg.> IX, 15)? »
7. Le même, Lib, Il contra Pelagium et Celestium, c. 39 . « La grâce du saint baptême, qu'on reçoit maintenant dans l'Eglise de Jésus-Christ, nous fera parvenir un jour à la perfection des saints. Car la même renaissance spirituelle qui fait que tous nos péchés nous sont remis, aura éternellement pour effet de nous régénérer même corporellement, en détruisant en nous tout foyer de concupiscence, en même temps que le corps revivra désormais incorruptible. Mais cette parfaite guérison de tous nos maux n'est encore que l'objet de notre espérance, et non un avantage dont nous puissions dès maintenant jouir; ce n'est'pas pour nous un bien présent que nous nous flattions de posséder déjà, mais un bien futur que nous pouvons nous promettre , et que la patience nous fait un devoir d'attendre. »
8. Ibidem, c. 40 : « Ainsi nous sommes purifiés par l'eau du baptême, non-seulement de tous les péchés dont nous y obtenons la rémission, et dont nous nous rendons coupables en commettant le mal ou en cédant à de mauvais désirs ; mais encore de ces désirs mauvais, dont nous ne sommes pas coupables, tant que nous leur refusons notre consentement, et dont nous ne pouvons pas nous flatter de nous voir délivrés dès cette vie, mais seulement dans la vie à venir. Les enfants des fidèles même baptisés, tant qu'ils ne sont pas baptisés eux-mêmes, restent donc objets de la haine de Dieu pour ce désordre dont je viens de parler. » Voir d'autres témoignages semblables rapportés plus haut, question III du Baptême, témoignage de la tradition, tome II, page 209-226.
9. Le même, Lib. H de peccalorum meritis et remissione, c. 28 : « Cette loi du péché, que l'Apôtre appelle même péché lorsqu'il dit : Que le péché donc ne règne point dans votre corps mortel, en sorte que vous obéissiez à ses désirs déréglés (Rom., VI, 12), ne subsiste pas tellement dans les membres de ceux qui ont été régénérés par l'eau et par l'Esprit-Saint, qu'ils n'en aient pas obtenu la rémission, puisque la rémission des péchés est obtenue alors pleine et entière, toute inimitié qui les séparait de Dieu étant détruite en eux; mais elle subsiste néanmoins toujours dans les débris que nous conservons du vieil homme, comme un ennemi vaincu et frappé de mort, mais qui reprendrait une nouvelle vie si nous lui donnions un consentement coupable, et qui remonterait alors comme sur son trône en nous remettant sous le joug de son ancienne domination. Ces débris du vieil homme dans lesquels a son siège cette loi du péché ou ce péché déjà
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pardonné, sont tellement étrangers à la vie de cet esprit nouveau dans lequel la grâce de Dieu nous régénère par le baptême, que l'Apôtre ne s'est pas contenté de dire que ceux qui sont baptisés ne sont plus dans le pécbé , mais qu'il a ajouté qu'ils ne sont plus dans la chair (Rom., VIII, 9), et cela, avant même d'être sortis de cette vie mortelle. Ceux donc qui vivent dans la chair, écrivait-il aux Romains , ne sauraient plaire à Dieu : mais pour vous, vous ne vivez pas selon la chair, mais selon l'esprit, si toutefois l'Esprit de Dieu habite en vous. Cependant, de même que notre chair, quelque sujette qu'elle soit à la corruption , devient pour nous une occasion de mérites, lorsque nous nous servons de nos membres pour faire de bonnes œuvres, mais alors nous ne vivons pas dans la chair en quelque sorte, c'est-à-dire que nos affections et nos sentiments ne sont pas alors charnels; de même encore que la mort même, qui est la peine du péché de nos premiers parents, est une occasion de mérites pour ceux qui l'endurent avec patience et courage pour leurs frères, pour la foi, ou pour quelque autre cause juste et sainte; ainsi la loi du péché qui, quoique pardonné, subsiste toujours dans les débris de notre vieil homme, est une occasion de mérites pour des époux fidèles qui ne se laissent point dominer par la concupiscence, en tant qu'ils vivent de la nouvelle vie dont Jésus-Christ est le principe ; mais d'un autre côté , en tant qu'il leur reste encore quelque chose du vieil Adam, ils engendrent à l'état de mortalité des enfants qui plus tard seront régénérés pour une vie immortelle, en leur transmettant le péché dont euxmêmes, une fois régénérés, ne sont plus coupables, et dont leurs enfants cesseront de l'être quand ils seront régénérés à leur tour. . .
» N'allez pas vous récrier sur ce que j'ai dit, que la loi du péché subsistant toujours par la concupiscence, la grâce du sacrement en ôte néanmoins toute la culpabilité. Car si, après que le péché, soit de pensée, soit de parole ou d'action, a cessé d'être en nous quant à l'acte même de le commettre, nous en restons cependant coupables, jusqu'à ce que nous en ayons obtenu la rémission; nous devons dire aussi, quoique dans un sens contraire, que quoique la loi de la concupiscence subsiste toujours en nous, nous ne cessons pas moins d'en être coupables, du moment où nous recevons dans le baptême la pleine rémission de nos péchés. Enfin, si nous sortons de ce monde aussitôt après avoir reçu le baptême^ nous n'aurons rien en nous qui puisse
retarder notre admission dans noire céleste patrie, le baplême ayant brisé tous les liens qui nous tenaient asservis au péché. De même donc qu'on ne doit pas s'étonner que quelqu'un resle coupable de ses péchés de pensées, de paroles ou d'actions antérieurement commis, tant qu'il n'en a pas obtenu la rémission, ainsi ne devons-nous pas être étonnés non plus que, du moment où l'on a obtenu la rémission de ses péchés, on cesse d'être coupable de la concupiscence qui reste toujours. »
dO. Le même, Lib. Il contra Julianum, c. 9 : « Saint Ambroise fait consister (lib. de fugâ seculi, c. 1) la pratique de la justice pour la vie présente, dans une certaine guerre et dans des combats qu'il nous faut livrer non-seulement aux puissances ennemies répandues dans l'air, mais encore à nos propres convoitises, à l'aide desquelles nos ennemis extérieurs cherchent à nous perdre ou à se rendre maîtres de nous. Il dit (in cap. XII Lucœ) que dans celte guerre notre propre chair est pour nous un ennemi des plus redoutables, quoiqu'elle ait été créée primitivement dans un tel état, qu'il y aurait eu toujours une parfaite harmonie entre elle et l'esprit, si elle n'avait été viciée par la prévarication du premier homme, et ne nous était devenue un obstacle par l'infirmité qu'elle en a contractée. Pour que cette guerre nous réussisse, ce saint personnage nous recommande (de fug. sec, c. I) de fuir le siècle, et il s'applique à nous faire voir combien cette fuite nous présente de difficultés, et même d'impossibilités, si nous ne sommes aidés par la grâce de Dieu. Il dit (Lib. de sacr. regener.) que nos vices sont morts à la vérité par la rémission de tous nos péchés reçue dans le baptême, mais qu'il nous reste à en faire en quelque sorte la sépulture. Dans ce même ouvrage, il fait voir que nous avons un tel combat à livrer à nos vices même morts, qu'ils nous empêchent de faire ce que nous voulons, et qu'ils nous portent à faire ce que nous ne voulons pas; que le péché opère souvent dans nos membres malgré toutes nos résistances; que souvent aussi des passions que nous croyions mortes se réveillent; qu'il nous faut lutter contre la chair, comme faisait saint Paul lorsqu'il disait : Je sens dans les membres de mon corps une autre loi qui combat contre la loi de mon esprit (Rom., VII, 25). Il nous recommande de nous défier de notre propre chair et de ne point croire ce qu'elle nous suggère, puisque l'Apôtre nous dit au sujet de lui-même : Je sais qu'il n'y a rien de bon en moi, c'est-à-dire dans ma chair, parce que je trouve en moi la volonté de faire le lient
mais je ne trouve point le moyen de l'accomplir (Rom., VII, 18). Voilà comment ce généreux soldat de Jésus-Christ, ce fidèle docteur de l'Eglise, Ambroise, pour tout dire, nous dénonce le combat violent que nous avons à soutenir contre nos péchés, même lorsqu'ils sont morts en nous. Et comment pouvons-nous dire que le péché soit mort en nous, lorsqu'il opère en nous et malgré nous tant de tristes effets? Quels effets, sinon ces désirs inutiles et pernicieux, qui précipitent- les hommes dans F abîme de la perdition et de la damnation (I Tim., VI, 9)? Désirs qui nous fournissent à coup sûr l'occasion d'un combat et d'une guerre continuelle, si nous avons la constance de les endurer sans y consentir. Et ce combat à livrer, entre quels adversaires? Entre le bien et le mal, et non pas sans doute entre notre nature et notre nature, mais plutôt entre notre nature et le vice qui, quoique mort, nous reste à ensevelir, c'est-à-dire dont il nous reste à nous guérir complètement. Comment donc pouvons-nous dire que ce péché est mort dans le baptême, comme le dit aussi cet illustre personnage, et comment pouvons -nous avouer en même temps qu'il réside toujours dans nos membres, et qu'il accomplit en nous beaucoup de mauvais désirs auxquels nous résistons sans même jamais leur donner notre consentement, sinon parce qu'il est mort quant à la culpabilité qui en résultait auparavant pour nous, et que, tout mort qu'il est maintenant, il nous fait éprouver ses révoltes jusqu'à ce qu'il soit complètement enseveli? D'ailleurs, si on l'appelle encore péché, ce n'est pas en ce sens qu'il continue à nous rendre coupables ; mais en ce sens qu'il est l'effet du crime de notre premier père, et qu'il cherche par ses révoltes à nous rendre criminels nous-mêmes, comme il y réussirait certainement, si nous n'étions aidés par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ à empêcher ses révoltes de le faire revivre en nous, et reprendre un empire que le baptême lui avait fait perdre. »
11. Ibidem, c. 10 : « Dans cette guerre où nous avons à combattre tant que nous sommes dans cette vie, qui est pour l'homme une tentation continuelle, nous ne sommes pas coupables de péché par cela seul que ce que l'Apôtre appelle péché de cette manière produit ses effets dans nos membres, en combattant contre la loi de l'esprit, et sans que de notre côté nous lui donnions notre consentement. Car pour ce qui nous regarde nousmêmes, nous resterions toujours exempts de péché, sans même attendre que nous soyons tout-à-fait guéris de ce mal, si nous lui refusions toujours notre consentement pour le péché auquel il
nous sollicite. Mais comme souvent nous nous laissons vaincre par l'importunité de ses révoltes, sinon d'une manière mortellement coupable, au moins véniellement et par simple fragilité, ce sont ces fautes si faciles à contracter qui nous obligent de dire tous les jours, Pardonnez-nous nos offenses. »
12. Le même, Lib. I de peccalorum meritis et remissione, c. ultimo; c'est le passage rapporté plus haut, question III du sacrement de baptême, témoignage 34, t. II, page 224, avec plusieurs autres qu'on trouvera à la suite.
43. Le même, Lib. I de Civitate Dei, c. 25 : « Loin de l'âme chrétienne, qui a sa confiance, son espoir, sa force en son Dieu; loin de cette âme l'ombre d'un consentement impur à la volupté des sens! que si cette concupiscence indisciplinée, qui habite en nos membres de mort, se meut comme par sa loi propre contre la loi de l'esprit, n'est-elle pas exempte de péché quand elle se fait sentir ainsi en nous, malgré nous, dans l'état de veille, à bien plus forte raison encore qu'elle n'en est exempte quand elle nous agite dans le sommeil (1)? »
14. Le même, Lib. V contra Julianum Pelagianum, c. 3 : « Quel mal leur en serait-il arrivé de plus, je vous le demande, ou pourquoi l'Apôtre dirait-il, Dieu les a livrés aux désirs de leurs cœurs (Rom., I, 24), s'ils étaient d'avance possédés en quelque façon par ces mauvais désirs? De ce que quelqu'un a de mauvais désirs, est-ce une conséquence nécessaire qu'il y consente? Autre chose est donc d'avoir de mauvais désirs, autre chose de leur être livré ; et pourquoi leur être livré, sinon pour être mis sous leur tyrannie par le consentement qu'on y donne? Et c'est ce qui arrive, lorsqu'on est livré à ses désirs par un juste jugement de Dieu. Autrement, ce serait vainement qu'il aurait été dit : Ne vous laissez point aller à vos mauvais désirs (Eccli., XVIII, 30), si l'on était coupable par cela seul qu'on sentirait en soi les mauvais désirs s'élever et pousser au mal, quand même on leur refuserait son consentement, et qu'on leur livrerait de glorieux combats en se maintenant en état de grâce. Que vous en semble en effet? Celui qui met à profit cet avis du Sage : Si vous conteniez votre âme dans ses désirs (déréglés sans doute), elle vous rendra la joie de vos ennemis (Eccli., XVIII, 31), est-il coupable par cela seul qu'il éprouve de tels désirs, dont il se refuse à luimême de jouir, pour ne pas devenir la joie du diable et de ses
(i) Cf. la Cité de Dieu, trad. de Moreau, t. Ier, p. 48.
anges, qui sont nos vrais ennemis et nos envieux les plus à craindre? Lors donc que l'Ecriture dit d'un homme qu'il est livré aux désirs de son cœur; ce qui fait le crime de cet homme, c'est qu'étant abandonné de Dieu, il cède à ses désirs, qu'il leur donne son consentement, et s'en laisse vaincre, posséder, maîtriser. Car quiconque est vaincu est esclave de celui qui Va vaincu (II Pierre, II, 19). »
15. Le même, Lib. VI contra Julianum, c. 23 : « Quand vous m'accusez d'entendre ces paroles de l'Apôtre, Je sais qu'il n'y a rien de bon en moi, c'est-à-dire dans ma chair, et le reste jusqu'à ces mots, Malheureux homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort (Rom., VII, 18-24)? quand vous m'accusez, disje, d'entendre tout ce chapitre autrement qu'il ne doit être entendu, vous m'attribuez sans le savoir beaucoup plus que je ne mérite. Car je ne suis ni le seul, ni le premier qui aie entendu ce passage, qui réfute si bien votre hérésie, de la manière qu'il doit être entendu; au contraire, je l'avais d'abord pris dans un autre sens, ou pour mieux dire, je ne l'avais pas compris, comme l'attestent plusieurs de mes écrits qui me restent de ce temps-là. Il ne me semblait pas en effet que l'Apôtre eût pu dire de luimême : Je suis charnel, tandis que sa vie était si parfaitement spirituelle; je ne pouvais pas concevoir non plus qu'il fût captif sous la loi du péché, ni qu'une pareille loi fût dans les membres de son corps. Je me persuadais à moi-même que cela ne pouvait se dire que de ceux qui étaient tellement dominés par la concupiscence de la chair, qu'ils faisaient tout ce qu'elle demande à ses esclaves, ce qu'on ne pourrait croire sans folie d'un si grand apôtre, tandis qu'une multitude innombrable de saints, même des plus vulgaires, opposent les désirs de l'esprit à ceux de la chair, tant ils sont éloignés de vouloir satisfaire ces derniers. Mais plus tard, je me suis rendu à l'avis de plus sages et de plus intelligents que moi, ou plutôt à l'évidence de la vérité même, et j'ai compris que ces paroles de l'Apôtre n'exprimaient autre chose que le gémissement de tous les saints, dont la vie entière est un continuel combat contre les désirs de la chair. Quoique spirituels par les dispositions intimes de leur âme, ils sont cependant toujours charnels quant à ce corps corruptible qui les appesantit (Sag., IX, 15), et ils ne seront spirituels, même quant au corps, que lorsque ce corps, après avoir été mis en terre comme un corps animal, ressuscitera comme un corps spirituel (/ Cor., XV, hh). On conçoit fort bien encore que ces mêmes saints sont tenus captifs sous la loi du vx. 19
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péché, par celte partie de leur être qui ressent les mouvements de ces désirs auxquels ils résistent. C'est au moyen de ces réflexions que je suis parvenu à entendre ce passage comme l'avaient entendu avant moi les Hilaire, les Ambroise, les Grégoire, et tant d'autres saints et savants docteurs de l'Eglise, qui ont pensé que l'Apôtre lui-même avait eu à combattre fortement contre des désirs charnels qu'il éprouvait malgré lui, et que ces paroles avaient pour objet d'exprimer les combats de ce genre qu'il avait à livrer contre lui-même. Vous-même vous avez avoué que les saints livrent de ces glorieux combats pour dompter ces révoltes de la chair qui sans cela les domineraient, et pour pouvoir parvenir insensiblement par ce moyen à les étouffer et à les éteindre. Tâchons donc d'entrer ensemble dans le sens des paroles de ces généreux combattants, si nous sommes nous-mêmes de leur nombre. Car ce ne sera véritablement plus nous qui vivrons, mais ce sera Jésus-Christ qui vivra en nous, si pour ce combat à livrer à outrance à nos désirs charnels, et pour la victoire à obtenir jusqu'à extermination sur ces mêmes ennemis, nous mettons notre confiance en lui, et non en nous. C'est lui, en effet, qui nous a été donné de Dieu pour être notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption (I Cor., I, 30-31), afin que, selon qu'il est écrit, celui qui se glorifie ne se glorifie que dans le Seigneur. Il n'y a donc point de contradiction, quoi que vous pensiez, à ce que le même qui a dit, Ce n'est pas moi qui vis, mais c'est Jésus-Christ qui vit en moi (Gai., II, 20), dise aussi, Je sais qu'il n'y a rien de bon en moi, c'est-à-dire dans ma chair (Rom., VII, 18). Car autant que Jésus-Christ vit en lui, autant demeure-t-il victorieux du mal qui habite dans sa chair, puisque personne ne combattrait comme il faut les désirs de la chair par ceux de l'esprit, si l'esprit de Jésus-Christ n'habitait en lui. Nous sommes donc bien éloignés de dire, comme vous nous en accusez, que l'Apôtre a voulu faire entendre par ces paroles que la volupté l'entraînait quelquefois malgré lui à des actions impures, puisque l'Apôtre dit au contraire, Ce n'est plus moi qui fais ce mal que je ne veux pas, montrant par-là que les désirs charnels qu'il ressentait pouvaient bien l'agiter de leurs mouvements, mais non aller jusqu'à le faire consentir au péché. »
16. Le même, Serm. VI de verbis Apostolis, cl : « Et ainsi je suis moi-même soumis à la loi de Dieu selon l'esprit, et à la loi du péché selon la chair (Rom., VII, 25). Par cette conclusion qu'il tire, l'Apôtre fait voir que ce qu'il a dit plus haut, Ce n'est plus
mot qui fais ce mal, mais c'est le 'pêche qui habite en moi (ibid., 20), signifiait simplement qu'il ne donnait aucun consentement dans son esprit aux mouvements de concupiscence qu'il pouvait éprouver dans sa chair. Car il donne ici le nom de péché à la concupiscence charnelle, parce qu'elle est la source de tous les péchés. Tous les péchés en effet qu'on peut commettre par pensées, par paroles ou par actions, n'ont pour principe que les mauvais désirs et les plaisirs illicites. Si nous résistons à leur attrait, si nous leur refusons notre consentement, si nous ne leur prêtons pas nos membres pour leur servir d'instruments, le péché ne régnera point dans notre corps mortel. »