‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des Pères (volume 3)Chapitre 59 sur 88 · TÉMOIGNAGES DES PÈRES · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGES DES PÈRES

1. S. Augustin, De prœdeslinatione sanctorum, c. 7, n. 12 : a Pourquoi saint Paul dit-il que l'homme est justifié par la foi, et non par les œuvres (Gai., II, 16)? C'est parce que la foi est donnée la première, et que c'est par elle qu'on obtient tout le reste de ce qui porte proprement le nom d'œuvres, et qui constitue la vie chrétienne. Car d'ailleurs il enseigne que la foi est un don de la grâce. G est par grâce, dit-il, que vous avez été sauvés par la foi; et cela ne vient pas de vous, c'est an don de Dieu (Eph.y II, 8). C'est-à-dire, quand je dis que c'est par la foi , n'en concluez pas que cela vienne de vous ; car la foi ellemême est un don de Dieu (1). »

2. Le même, Serm. XXXVIII de tempore (2) : « Toutes les Ecritures ne sont qu'une perpétuelle exhortation à nous élever de la terre au ciel, ce séjour de la vraie et immuable félicité, mais où l'on ne saurait parvenir que par la foi qu'on professe dans le sein de l'Eglise catholique, et à laquelle on joint l'amour de Dieu et du prochain. En deux mots, pour parvenir à la vraie béatitude, la foi est avant tout nécessaire ; et c'est ce qu'enseigne l'Apôtre, lorsqu'il dit : Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu (Rom., XI, 6). Il est donc certain que, comme personne ne peut parvenir à la vraie béatitude sans être agréable à Dieu, personne non plus ne peut être agréable à Dieu sans la foi. La foi est en effet le fondement de tous les biens. La foi est le principe

(1) Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. II , p. 66-67.

(2) Ce sermon n'est autre chose, à vrai dire, que le premier livre du traité d'Alcuin sur la Trinité, avec une partie du second. V. Nat. Alex., Eccl. hisl., t. V, p. 103, édit. Mansi.

du salut de l'homme. Sans elle , personne ne saurait être admis dans la société des enfants de Dieu, parce que, sans elle aussi, personne ici-bas n'obtient la grâce de la justification , ni ne peut mériter la vie éternelle. Et celui qui ne s'aide pas du flambeau de la foi, ne parviendra jamais à voir dans l'éclat de ses perfections l'essence divine. »

On peut voir d'autres témoignages en faveur de la thèse actuelle , dans ce que nous en avons rapporté plus haut à la question IV du chapitre de la foi et du symbole.

3. S. Augustin, Lib. VI Hypognosticon, c. 4 (1) : « C'est Dieu qui rend l'homme juste , d'impie qu'il pouvait être auparavant ; et il ne se laisse point en cela prévenir par la volonté de l'homme , mais c'est lui , au contraire , qui prévient l'homme dans sa miséricorde. // est mon Dieu, dit le Psalmiste, sa miséricorde me préviendra (Ps. LVIIl, II). Ecoutez la voix de cet autre prophète : Convertissez-moi, Seigneur, et alors je serai converti; guérissez-moi, et je serai guéri (Jerem., XVII, 14). De là ces paroles de l'Apôtre : Etant justifiés gratuitement par sa grâce (de Dieu) , par la rédemption qu'ils (tous les hommes) ont obtenue en Jésus-Christ (Rom., III, 24). Retenez bien ce mot, gratuitement, et ne parlez plus ici de mérites. »

4. S. Augustin, Lib. 1 quœstionum ad Simplicianum, q. 2 : <c Je dois, avant tout, me pénétrer de l'objet que s'est proposé l'Apôtre dans toute celte épître (aux Romains). Cet objet, c'est que personne ne doit se glorifier du mérite de ses œuvres, comme le faisaient les Israélites , qui , parce qu'ils avaient observé la loi que Dieu leur avait donnée, se flattaient d'avoir reçu la grâce de l'Evangile comme chose due à leurs mérites ; ce qui faisait que , considérant les gentils comme indignes d'obtenir cette même grâce , ils prétendaient les obliger à se soumettre préalablement aux pratiques légales. C'est cette même question que nous trouvons résolue dans les Actes des apôtres (XV, 29). Us ne comprenaient pas que, par-là même qu'il est question de la grâce de l'Evangile , elle ne saurait être due au mérite des œuvres, puisqu'autrement une grâce ne serait plus une grâce (Rom., XI, G). L'Apôtre revient souvent là-dessus, en élevant la grâce de la foi au-dessus du mérite des œuvres, non pour nier la nécessité de ces dernières, mais pour faire voir que

(1) Cet ouvrage n'est ni de saint Augustin, ni peut-être non plus du pape Sixte III, à qui l'attribue D. Garnier, V. Nat. Alex., t. V, p. U7*

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les œuvres ne sont pas le principe de la foi , qu'elles en sont plutôt la conséquence , et pour que personne ne croie avoir reçu la grâce de Dieu en récompense de ses propres œuvres, puisque nous ne pouvons faire de bonnes œuvres (1), sans avoir auparavant reçu la grâce de la foi. Or, l'homme commence à recevoir la grâce quand il commence à croiro en Dieu , quand il est mû à croire en lui , soit par la parole extérieure , soit par un secret avertissement

» La foi a donc, elle aussi, ses commencements ; il faut qu'elle soit conçue, pour ainsi dire, avant qu'elle puisse éclore ; mais ce n'est pas assez d'être conçu, il faut de plus naître à terme, pour parvenir à la vie éternelle. Toutefois, rien de tout cela ne se fait sans la grâce miséricordieuse de Dieu ; et si l'homme fait quelques bonnes œuvres , ces œuvres , comme nous l'avons dit, sont la conséquence de la foi , plutôt que d'en être le principe. C'est ce que l'Apôtre s'est appliqué à nous inculquer, en disant encore ailleurs que c'est par la grâce que nous sommes sauvés en vertu de la foi, et que cela ne vient pas de nous, puisque cest un don de Dieu; que cela ne vient pas non plus de nos œuvres, afin que personne ne s'en glorifie (Ephes., II, 8-9). Par-là il nous dit assez ce que nous devons penser de ceux qui ne seraient pas encore nés spirituellement

» On demande si c'est la foi qui mérite à l'homme la grâce de sa justification , ou si la divine miséricorde ne précède pas le mérite de la foi elle-même, en sorte que la foi aussi doive être comptée parmi les dons gratuits, puisque, après avoir dit : Non ex operibus (non à cause des œuvres, soit de Jacob, soit d'Esaû), il n'ajoute pas : Sed ex fide dictum est ei quia major serviet minori (à cause de la foi de l'un et de l'infidélité de l'autre, l'aîné sera soumis au cadet), mais il se contente d'ajouter (Rom., IX, 42) : Sed ex vocante (à cause de l'appel et du choix de Dieu). Car personne n'a la foi, qu'il n'ait commencé par être appelé. Mais telle est la miséricorde de Dieu, qu'il nous appelle sans que nous puissions faire valoir même le mérite de la foi, qui , bien loin de précéder cet appel que Dieu nous fait , ne peut

(1) Par ces bonnes œuvres, il faut entendre celles qui sont méritoires pour le salut; car, sans avoir ce mérite, nos œuvres peuvent encore être susceptibles d'une bonté morale , et l'Eglise a condamné dans Jansénius cette proposition, que toutes les œuvres des infidèles sont des péchés, comme elle a condamné dans Quesnel cette autre proposition , que la foi est la première grâce et la source de toutes les autres (prop. 27).

jamais venir qu'à sa suite. Car, comment croirions-nous en Dieu, si nous n'en avions point entendu parler ? Et comment en aurionsnous entendu parler, si personne ne nous eût prêché (Rom., X, 44)? A moins donc d'être appelés de Dieu, et prévenus ainsi par sa miséricorde , nous aurions été toujours dans l'impossibilité de croire en lui, et à plus forte raison d'être justifiés ou de faire aucunes bonnes œuvres. Donc tous nos mérites supposent la grâce , et c'est en toute vérité pour des impies que Jésus-Christ est mort (Rom., V, 6). »

5. Le même, Lib. I contra Pelagium et Celestium, c. 34 : <( Quand Pelage nous dit que ceux qui usent bien de leur libre arbitre méritent une récompense , et par conséquent aussi la grâce de Dieu, il avoue que Dieu ne fait en cela qu'acquitter ce qu'il leur doit. Que deviennent donc ces paroles de l'Apôtre : Etant justifiés gratuitement par sa grâce (Rom., III, 24)? et ces autres du même apôtre : Cest par la grâce que vous êtes sauvés (Ephes.j II, 8)? et pour qu'ils ne crussent pas que ce fût en vertu de leurs œuvres, il ajoute : En vertu de la foi. Enfin, pour qu'ils ne crussent pas non plus qu'ils pussent s'attribuer la foi qu'ils avaient, indépendammentde la grâce de Dieu, il dit de plus : Et cela ne vient pas de vous, puisque c'est un don de Dieu (ibid., v. 9). C'est donc sans mérite de notre part, que nous recevons ce qui est en nous le principe de tout mérite, je veux dire la foi. Ou si l'on s'obstine à nier que la foi nous soit donnée , comment expliquera-t-on ces autres paroles : Sicut unicuique Dcus partitus est mensuram pdei (selon la mesure du don de la foi que Dieu a départie à chacun de nous)? Si l'on entend par -là que la foi nous soit donnée de telle manière , qu'elle soit déférée au mérite, c'est-à-dire, qu'elle soit l'acquittement d'une dette, et ' non un simple don , comment expliquer encore ces autres paroles : Vobis donalum est pro Christo> non solùm ut credatis in eum , verùm etiam ut patiamini pro eo (c'est une grâce qu'il vous a faite, de ce que non -seulement vous croyez en Jésus-Christ, mais encore vous souffrez pour lui (Philip., I, 29)? Car ici l'Apôtre fait une mention expresse de deux dons, l'un qui est de croire en Jésus-Christ, et l'autre qui est de souffrir pour lui. Tandis que nos adversaires revendiquent tellement la vertu de la foi au libre arbitre de l'homme, que la grâce de la foi ne semble plus gratuite , mais plutôt chose due , et que dès-lors ce n'est plus une grâce , puisqu'une grâce ne peut être telle qu'à condition d'être gratuite. »

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6. Le même, Serm. XV de verbis Apostoli, e. 2 : « Il a été livré pour nos péchés, et il est ressuscité pour notre justification (Rom., IV, v. ult.). Votre justification , votre circoncision spirituelle ne vient pas de vous. C'est par la grâce que vous êtes sauvés en vertu de la foi (Ephes., II, 8-9), et cela ne vient pas de vous, mais est un don de Dieu. L'Apôtre dit de même ailleurs (Rom., X, 6) : Si c'est par grâce, ce n'est donc point par les œuvres, sans doute pour que vous ne puissiez alléguer que vous avez mérité ce don, et que c'est pour cela que vous l'avez reçu. Ne pensez pas que vous l'ayez reçu en considération de vos mérites, puisque vous ne pouvez mériter qu'en conséquence de ce que vous avez reçu. C'est la grâce qui a précédé vos mérites, et ce n'est pas elle qui est l'effet de vos mérites, mais ce sont vos mérites qui sont l'effet de la grâce. Car si la grâce était l'effet de vos mérites, vous l'auriez achetée, au lieu de l'avoir reçue gratuitement. Pro nihilo salvos faciès illos, a dit le Psalmiste (Ps. LV, 8), vous les sauverez pour rien (1). Qu'est-ce que ceci veut dire : Vous les sauverez pour rien? Cela veut dire : Vous les sauverez, quoique vous ne trouviez en eux-mêmes aucun titre de salut. C'est gratuitement que vous leur donnez , et c'est gratuitement que vous les sauvez. Vous prévenez tous mes mérites, et mes mérites mêmes ne sont qu'une suite de vos dons. Vous donnez lout-à-fait gratuitement, vous sauvez de même, puisque vous ne trouvez rien en nous qui mérite le salut , et que vous trouverez beaucoup en nous, au contraire, qui mérite la damnation. »

7. Le même, de Spiritu et Litterâ, c. 26 : « Tous ont péché, et ont besoin de rendre gloire à Dieu, étant justifiés gratuitement par sa grâce (Rom., III, 23-24). Eh! comment pourrait-il dire que le Grec qui observe la loi est justifié sans la grâce du Sauveur? Car on ne peut pas supposer qu'il se soit contredit lui-même , en disant que ceux qui observent la loi seront justifiés (Rom., II, 13), comme s'ils l'étaient par leurs œuvres, et non par la grâce, puisqu'il dit au contraire que l'homme est justifié gratuitement par la foi sans les œuvres de la loi, et que, par ce mot gratuitement, il ne veut faire entendre autre chose, sinon que la justification s'opère indépendamment des œuvres. Car il dit expressément

(i) Le sens que saint Augustin attribue à ces paroles n'est pas celui que leur prêtent d'ordinaire les commentateurs. Sacy les a traduites de la manière suivante : Vous m les sauverez en aucune sorte, et c'est là le sens littéral de ce passade

dans un autre endroit : Si c'est par grâce, ce n'est donc point par les œuvres; autrement la grâce ne serait plus grâce (Rom., XI, 6). »

8. S. Prosper, ad excerpta Genuensiunij. in responsione ad tria dubia : « Je vois bien que l'écrivain poursuit toujours la même thèse, quand il dit qu'il (saint Augustin) pensait mieux dans les premiers temps de sa conversion, en disant alors que la foi par laquelle nous sommes chrétiens n'était pas l'effet de la grâce ni d'un don que Dieu nous en eût fait, mais qu'elle venait de l'homme lui-même et de son libre arbitre, et qu'il se trompe au contraire, en affirmant comme il le fait présentement, que la foi elle-même est un don de Dieu, et que c'est à la foi comme à tout le reste que s'appliquent ces paroles : Qu'avez-vous que vous n'ayez reçu (I Cor., IV, 7)? enfin, que c'est sans raison qu'il attribue l'élection de Jacob à un propos formel de Dieu , au lieu de la simple prescience qu'il lui en attribuait autrefois. A cette objection donc il répond, qu'il a été dans cette erreur par ignorance , avant qu'il connût la doctrine de la grâce , et qu'on le chargeât de gouverner une église ; mais que dès les premières années de son épiscopat, ayant consulté Simplicien évêque de Milan, de sainte mémoire, au sujet de l'élection de Jacob et de la réprobation d'Esau, il avait étudié avec plus de soin et de succès toute la question relative à ces deux frères, et que tous ses raisonnements l'avaient invinciblement amené à cette conclusion , que l'élection que faisait la grâce n'était précédée d'aucun mérite de la part de l'homme qui en était l'objet, et que la foi, qui est le principe de tous les mérites, était un don de Dieu; qu'autrement la grâce ne serait plus grâce, si elle était précédée de ce qui doit au contraire être le résultat du don que Dieu en fait à l'homme. »

9. Hàymon, in caput III Epist. ad Romanos : « Etant justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qu'ils ont en Jésus- Christ (Rom., III, 43). L'Apôtre ajoute ce mot, gratuitement, qui revient à dire, sans aucun mérite qui précède. Par exemple, celui qui se présente pour le baptême n'a jamais fait de bien; il est baptisé, et sur-le-champ il se trouve justifié. Voilà comment il est justifié gratuitement par la grâce , c'est-à-dire , par l'effet d'un don de Dieu, sans que cela se fasse autrement que par la rédemption que nous avons en Jésus-Christ, au lieu de se faire par les œuvres de la loi. »

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