Ibidem, canon 8 (2) : a Ceux qui veulent que ces mêmes
(i) C'est le même que le canon 8 du concile de Carthage de l'an 418. V. le Dictionnaire universel des conciles, t. Ier, col. S1S-516.
(2) C'est le neuvième du concile de Carthage de l'an 418. V. le Dictionnaire universel des conciles, t. Ier, col. 51S-S16,
422 TRAITE DE LA CHUTE DE L'ilOMME
paroles de l'oraison dominicale : Remettez-nous nos dettes, soient dites par les saints uniquement par un motif d'humilité, et non pas aussi avec vérité, qu'ils soient anathèmes. Car comment souffrir que quelqu'un dans sa prière mente, non aux hommes seulement, mais à Dieu, en demandant du bout de ses lèvres que ses péchés lui soient remis, en même temps qu'il dit au fond de son cœur qu'il n'a point de péchés dont il ait à demander la rémission? »
28. S. Augustin, de naturâ et qratiâ, c. 26 : « Dieu, quand il guérit un pécheur de ses maladies spirituelles , ou qu'il lui rend la vie en le rétablissant dans l'état de justice en vue des mérites du divin médiateur Notre-Seigneur Jésus-Christ, lorsqu'il a amené ce pécheur converti à un état de parfaite santé, c'est-à-dire à un état parfait de sainteté et de justice, ne l'abandonne plus ensuite qu'il n'en soit auparavant abandonné , et il ne tient pas à lui qu'on ne conserve jusqu'à la mort la grâce qu'on a une fois reçue. »
29. S. Prosper, Sentent. VU ad capitula Gallorum : « Celui qui dit que Dieu, après avoir régénéré en Jésus-Christ tels et tels de ses enfants, après leur avoir donné la foi, l'espérance et la charité, ne leur donne pas la persévérance, parce que sa prescience et sa prédestination ne les a pas séparés de la masse de perdition; s'il veut dire en cela que c'est Dieu qui ne veut pas que ces hommes persévèrent dans les bonnes dispositions où il les a lui-même fait entrer, il fait injure à la justice de Dieu. Car quoique Dieu puisse par sa vertu toute-puissante donner à ces hommes la force de persévérer, sa grâce cependant ne les abandonne pas, qu'elle n'en soit abandonnée toute la première. Et comme il a prévu qu'ils l'abandonneraient en effet par leur propre volonté, c'est pour cela qu'il ne les a pas compris dans le nombre des élus ou des prédestinés. »
50. Le même, ad septimam objectionem Vincentianam, ayant à répondre à cette objection , que la volonté de Dieu serait que la plupart des hommes ni ne voulussent, ni ne pussent se sauver, 'parle ainsi : « Si vous le dites simplement de ceux qui, abandonnant la règle de la piété et de la foi , se sont attachés irrévocablement à de profanes erreurs ou à un genre de vie dissolu, il n'est pas douteux qu'avec une telle volonté ils ne veuillent pas eux-mêmes se sauver, et que , tant qu'ils ne le veulent pas, ils ne le puissent pas non plus. Mais il n'est nullement croyable que ces hommes soient tombés dans cet état désespéré par la volonté de
Dieu même, puisque Dieu soutient plutôt tous ceux qui sont près de tomber, et qu'il relève tous ceux qui se sont brisés (Ps. CXLIV, 14). Car personne n'est relevé que par sa grâce , personne n'est soutenu que par sa grâce. La volonté de Dieu est donc que chacun persévère dans sa bonne volonté, puisqu'il n'abandonne personne avant d'en être abandonné, et que souvent il rappelle à lui ceux mêmes qui s'étaient rendus sourds à sa voix. »
31. S. Chrysostôme, Hom. III (al. 4) in Jocmnem : « Rendons gloire à Dieu, comme nos pères nous ont appris à lui rendre gloire, c'est-à-dire, attachons-nous à le glorifier, et par notre foi, et par nos œuvres. Car il ne nous servirait de rien pour le salut d'avoir des sentiments orthodoxes, si notre vie elle-même n'était rien moins que pure. Appliquons -nous donc à la mettre en harmonie avec la volonté de Dieu , en nous tenant éloignés de toute turpitude, de toute injustice, de toute cupidité , et en nous considérant comme des voyageurs et des étrangers qui n'ont rien à faire ici-bas (1). »
32. Ibidem, Hom. IX : « Il ne suffit pas, pour conserver la pureté de l'âme, d'être baptisé et d'avoir la foi ; mais il nous faut de plus, si nous voulons ne point déchoir de cet heureux état de grâce, mener une conduite qui y réponde... Car il serait bien à craindre, si nous venions à souiller cette belle robe d'innocence, qu'en punition de notre négligence et de nos manquements, nous ne fussions chassés de la salle du festin, comme cet homme à qui manquait la robe nuptiale , ou exclus , comme les cinq vierges folles, de la chambre de l'époux. Car remarquez, je vous prie, que cet homme qui se vit ignominieusement chassé était pourtant du nombre des convives et avait été invité comme les autres ; mais , parce qu'après avoir reçu cette invitation et obtenu cet honneur, il avait manqué à celui qui l'avait invité, voyez comment il a été puni, et comme son châtiment mérite notre pitié et nos larmes. Après qu'il a été reçu , et quand il est déjà placé à cette table si splendidement servie, voilà qu'il se trouve non-seulement exclu du festin, mais de plus lié par les mains et par les pieds , et jeté dans les ténèbres extérieures , où il n'a plus qu'à pleurer et à grincer des dents, sans fin et sans mesure. Gardons-nous donc bien de penser, mes bien-aimés, qu'il nous suffit pour être sauvés d'avoir la foi. Car si nous ne
(i) Cf. S. Joannis Chrysostomi opéra, t. VIII, p. 31, édit. Montfaucon; p. 36, édit. Gaume.
donnons pas l'exemple d'une vie pure, si au contraire nous nous montrons avec des vêtements indignes de notre heureuse vocation, rien ne pourra empêcher que nous ne partagions un jour le sort de ce misérable (1). »
; 33. Le même, Hom. LXX in Matthœum : « Pour que les fidèles ne se flattent pas de pouvoir être sauvés par leur foi seule, Notre - Seigneur en vient à parler du châtiment que subiront les méchants. Ainsi exhorte- 1- il, d'une part, les infidèles à embrasser la foi ; de l'autre , les fidèles à mener une bonne vie. Car le vêtement qu'on revêt, c'est la vie que l'on mène. »
34. Le même, in Psalmum CX : « De peur que quelqu'un ne s'imagine que, pour posséder la sagesse, il suffise d'avoir l'intelligence, le Psalmiste ajoute (Ps. CX, 10) : Tous ceux qui agissent conformément à cette crainte } sont remplis d'une intelligence salutaire. Car la foi ne suffit pas, si l'on ne vit en même temps d'une manière conforme à sa foi. Mais comment la crainte du Seigneur est -elle le commencement de la sagesse? C'est qu'elle nous détourne de tous les péchés , et qu'elle nous porte à pratiquer toutes les vertus. Ici le Psalmiste entend par la sagesse, non celle qui consiste dans les paroles, mais celle qui se produit par les œuvres. Car les philosophes même profanes ont défini la sagesse, la connaissance des choses divines et humaines. Or, c'est la crainte de Dieu qui nous apprend un art si noble , en nous corrigeant du vice, en nous insinuant la vertu, en nous inspirant le mépris des choses présentes et en nous faisant comme habiter le ciel. Quoi de plus sage qu'une âme établie dans ces excellentes dispositions? Mais le Psalmiste demande ici, non des hommes qui se bornent à écouter des leçons de sagesse, mais des hommes qui les mettent en pratique ; car tous ceux, dit-il , qui agissent conformément à cette crainte, sont remplis d'une intelligence salutaire; c'est-à-dire, que l'intelligence n'est salutaire qu'en ceux) qui mettent la sagesse en pratique, qui prouvent leur sagesse par l'excellence de leurs actions (2). »
3b. Le même, adversàs vituperatores vitœ monasticWj lib. 1 : « A quoi sert la foi, si la vie n'est pure et régulière? Mais peutêtre que ces principes vous passent, car vous êtes assez peu instruits de nos maximes. Je vous rapporterai donc en peu de mots ce que Jésus-Christ nous a enseigné ; examinez bien si ses
(1) Cf. S. Joannis Chrysostomi opéra, p. 60-61, édit. Monlfaucon; p. 70, édit. Gaume.
(2) Cf. Ibidem, t. V, p. 276, édit. Montfaucon; p. 530âédit. de Gaume.
menaces ne regardent que ceux qui pèchent contre la foi et contre ses dogmes, ou si elles ne tombent pas aussi sur ceux dont la conduite et les mœurs sont déréglées. Lorsqu'il se retira sur la montagne, il dit entre autres instructions à cette multitude infinie de peuple qui accourait vers lui de toutes parts : Tous ceux qui me disent. Seigneur, Seigneur., ri entreront pas pour cela dans le royaume du ciel; mais celui-là seulement y entrera, qui fait la volonté de. mon Père qui est dans le ciel. Plusieurs me diront en ce jour -là : Seigneur, ri avons-nous pas prophétisé en votre nom? ri avons-nous pas chassé les démons en votre nom? ri avons-nous pas fait en votre nom plusieurs miracles? Et alors je leur dirai hautement : Je ne vous connais point; retirez-vous de moi, ouvriers d'iniquité (Matth., VII, 21 et suiv.)... Celui qui écoute ma doctrine et ne la met pas en pratique* je le compare à un insensé qui a bâti sa maison sur le sable; et lorsque la pluie est tombée, que les fleuves se sont débordés, que les vents ont soufflé et sont venus fondre sur cette maison, elle a été renversée, et la ruine en a été grande. Il disait encore dans une autre occasion : Lorsqu'un filet est plein, les pêcheurs le tirent sur le bord, et s' étant assis, ils mettent ensemble tous les bons dans un vaisseau, et jettent dehors les mauvais. C'est ce qui arrivera à la fin du monde : les anges viendront, et sépareront les méchants du milieu des justes, et les jetteront dans la fournaise (Matth., XIII, 48-50). Lorsqu'il avait à s'élever contre des hommes impudiques et corrompus, il disait : Ils iront là où le ver qui les rongera ne mourra point, et où le feu qui les brûlera ne s'éteindra point (Marc, IX, 42). Il disait encore : Un roi voulut
faire les noces de son fils et ayant aperçu un homme qui n'était
vêtu que d'habits malpropres, il lui dit : Mon ami, comment êtesvous entré ici n'ayant point la robe nuptiale? Et cet homme demeura muet. Alors le roi dit à ses gens : Liez-lui les mains et les pieds, et jetez-le dans les ténèbres extérieures (Matth., XXII, 2, 13). Ces châtiments, comme je l'ai dit, sont faits pour les impudiques et les gens corrompus. j
» Les vierges folles furent bannies de la chambre de l'époux, en punition de leur dureté ; d'autres ont été condamnés pour de pareilles fautes au feu de l'enfer, préparé pour le démon et pour ses anges. Les paroles inutiles seront châtiées ; c'est ce qui est encore expressément marqué dans l'Evangile : Ce seront vos paroles qui vous condamneront, ou ce seront vos paroles qui vous justifieront (Matth., XII, 57). Est-ce donc sans raison que je vous recommande tant une conduite pleine de réserve, et cette
partie de la morale qui vous servira à bien régler votre vie, tandis que je ne le fais qu'après Jésus-Christ, dont je vous ai cité les paroles? Encore ne vous en ai-je rapporté que quelquesunes; car il en a dit bien davantage. Si je ne craignais de vous ennuyer par des longueurs excessives, je vous citerais les prophètes, et saint Paul, et les autres apôtres, et vous verriez avec quelle particulière attention Dieu nous a recommandé cette partie de nos devoirs (1). »
56. S. Fulgence, Lib. II de rcmissione peccatorum : « Il est certain que la rémission des péchés n'est accordée qu'aux pécheurs pénitents qui sont admis dans le sein de l'Eglise catholique. Car la conversion ne peut être véritable, que là où la réforme des moeurs s'unit à la pureté de la foi, et où la volonté de bien vivre n'est déparée par aucune attache à l'erreur. Car notre conduite serait faussement appelée bonne , si elle était tristement influencée par quelque fausse croyance , quoique, d'un autre côté, il ne suffise pas non plus pour le salut d'avoir une foi pure, si l'on déshonore sa foi par l'impureté de sa vie. C'est ce qui fait dire à saint Jacques, d'une part, que la foi sans les œuvres est une foi morte (Jac, II, 20, 26), et à saint Paul, de l'autre, que tout ce qui ne se fait pas selon la foi, est péché (Rom., XIV, 25) (2). »
37. S. Grégoire-le-Grand, Hom. XXIX in Evangelia: « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé; celui qui ne croira pas, sera condamné (Marc, XVI, 16). Quelques-uns d'entre vous diront peut-être en eux-mêmes : Je suis de ceux qui croient; je serai donc sauvé. Cela est vrai, mes frères, pourvu que leurs actions soient conformes à leur foi. Car la foi n'est véritable que lorsque les actions ne démentent point les paroles. C'est pourquoi saint Paul disait , en parlant des faux chrétiens : Ils font profession de connaître Dieu, mais ils le renoncent par leurs paroles (Tit., I, 16). Et saint Jean en parle à son tour de cette manière : Celui qui dit qu'il connaît Dieu, et qui n'observe pas ses commandements, est un menteur (I Jean, II, h).
» Ainsi, mes chers frères, c'est par les actions de notre vie
(1) Cf. Les Opuscules de saint Jean Chrysostôme, p. ftbb-557.
(2) Saint Fulgence ne veut pas dire ici que toutes les actions des infidèles sont des péchés proprement dits, mais seulement que ce ne sont pas des œuvres méritoires pour le salut, ou des œuvres d'une bonté suffisante pour les justifier. Car il reconnaît, lib. de incarnatione et gratiâ Christi, c. 26, qu'ils peuvent faire eux-mêmes quelques bonnes œuvres.
que nous devons reconnaître la véri!,é de noire foi, puisque nous ne sommes véritablement fidèles que lorsque nous accomplissons par nos œuvres ce que nous promettons par nos paroles. Car nous avons solennellement promis à Dieu , au jour de notre baptême, de renoncer à toutes les œuvres et à toutes les pompes du démon, notre ancien ennemi. Que chacun de vous, mes frères, rentre donc en lui-même et s'examine sérieusement; et' s'il reconnaît qu'il a gardé depuis son baptême ce qu'il a promis avant de le recevoir, qu'il se réjouisse dans l'assurance qui lui en revient d'être véritablement fidèle (1). »
38. S. Guégoire-le-Grand, Moralium lib. XXXIII, c. 7 (al. 4) : « Il y en a d'autres que (Béhémoth) ne détourne pas de la règle de la foi, mais qu'il porte à des actions contraires à ce qu'elle enseigne. Il y en a d'autres encore qu'il ne peut porter à des œuvres de péché, mais en qui il altère la rectitude de leur bonne intention, afin que, sortis une fois de la voie royale de la charité, ils s'égarent de plus en plus dans leurs actes. Sans avoir perdu la foi, ils ne vivent plus de la vie de la foi, parce que les choses qu'ils font, ou sont ouvertement criminelles, ou du moins le deviennent , quelque apparence qu'elles aient d'ailleurs de sainteté, par la perverse disposition de leur cœur.
» Et en effet, comme plusieurs sont fidèles de profession, sans l'être par la pureté de la vie, la vérité elle-même a prononcé cet oracle : Tous ceux qui me disent, Seigneur, Seigneur, n'entreront pas pour cela dans le royaume des deux (Matth., VII, 21). Et ailleurs : Pourquoi m'appelez -vous : Seigneur, Seigneur, et ne faites-vous pas ce que je dis (Luc, VI, 46)? Saint Paul a dit pour la même raison : Ils font profession de connaître Dieu, mais ils le renient par leurs œuvres (TU., I, 16). Et saint Jean : Celui qui dit qu'il le connaît, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur (I Jean, II, 4). C'est encore pour cela que le Seigneur fait entendre ces paroles de reproche contre le peuple qui était autrefois son peuple privilégié : Ils m'honorent des lèvres, mais leurs cœurs sont bien loin de moi (Marc, VII, 6 ; Isaïe, XXIX, 13). Et David disait dans un psaume : Ils lui faisaient de bouche des promesses flatteuses, mais leur langue était mensongère (Ps. LXXVII, 36).
» Que personne donc ne s'imagine que la foi puisse suffire sans
(1) Cf. Les quarante homélies de saint Grégoire sur les Evangiles , trad. par le duc de Luynes, p. 312-315.
les œuvres, puisque nous savons qu'il est écrit : La foi sans les œuvres est morte (Jac, II, 20, 26). Que personne ne se flatte de pouvoir éviter les morsures de Béhémoth par la seule confession de sa foi; car bien qu'il ait déjà absorbé le fleuve, il reste encore tout altéré des eaux du Jourdain, et le Jourdain coule dans sa gueule toutes les fois qu'un chrétien se laisse emporter au torrent du vice. Il est bien vrai que la foi nous soutient au-dessus de ce torrent et est un obstacle à ce qu'il nous engloutisse ; mais nous devons bien prendre garde à ce qu'elle ne nous échappe pas ellemême dans le péril que la lubricité de nos œuvres lui fait courir. Si nous marchons sans précaution, ce sera bien en pure perte que la foi nous fera tenir le droit chemin, puisque, encore bien que la céleste patrie en soit le terme, ce terme ne saurait être atteint par ceux qui font, même sans sortir de cette voie, des chutes funestes (1). »
39. S. Augustin, De gratiâ et libero arbitrio, c. VIII, n. 20 : a Après leur avoir dit (aux Ephésiens, II, 8-9) : C'est la grâce qui vous a sauvés par la foi; et cela ne vient pas de vous, mais c'est un don de Dieu; et ce don ne vous a pas été fait en conséquence de vos œuvres, afin que personne ne s'en enfle d'orgueil; l'Apôtre s'est aperçu que quelques personnes pourraient abuser de ses paroles, et s'imaginer que les bonnes œuvres ne sont pas nécessaires à ceux qui ont la foi, que la foi toute seule leur suffit; et d'un autre côté, que les hommes pourraient s'enfler de leurs bonnes œuvres, comme n'ayant besoin que d'eux-mêmes pour les pratiquer. C'est pour confondre cette double erreur qu'il ajoute tout de suite s Car nous sommes l'ouvrage de Dieu, ayant reçu un nouvel être en Jésus-Christ pour vivre dans la pratique des bonnes œuvres, que Dieu a d'avance marquées à chacun de nous (2).
40. S. Cyrille, Lïb. I inJoannem, c. 16, sur ces paroles, Manete in me, et ego in vobis; sicut palmes, etc. : « Nous voyons clairement par ce passage que c'est par la foi que nous sommes insérés à ce cep divin qui est Jésus-Christ, pour devenir comme les branches d'un même arbre. Mais nous ne devons pas apporter un moindre soin à lui être unis par la charité, c'est-à-dire par l'observation de ses commandements, en répétant ces mots du Psalmiste : Mon âme s'est attachée à vous suivre (Ps. LXII, 9). Il ne nous suffit donc pas pour notre perfection, c'est-à-dire pour notre
(1) Cf. Morales de saint Grégoire, t. IV, p. 583-583.
(2) Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. Ier, p. 221-222.
sanctification, qui résultera de l'union de nos âmes à Jésus-Christ, d'être comptés parmi les branches dont il est le cep ; mais il nous faut de plus nous attacher constamment à lui par une ardente charité. Car c'est en cela que consiste surtout le mérite de l'union spirituelle que nous sommes obligés d'avoir avec lui. »
41 . Voir plus haut d'autres témoignages à l'appui de la même thèse, à l'article des péchés contre le Saint-Esprit, question III, témoignages 6 et suivants, jusqu'au 18e inclusivement, tome IV, pages 141-152, comme aussi à l'article des bonnes œuvres,] question I, témoignages 5 et suivants, même tome, p. 277-279.
42. S. Ambroise, in caput I Lucœ, sur ces paroles, Erant ambo justi ante Deum, etc. : ce Ils étaient tous deux justes devant Dieu, et ils marchaient sans reproche dans la voie de tous les commandements et de toutes les ordonnances du Seigneur (Luc, I, 6). Que répondront à cela ceux qui prétendent se consoler des péchés qu'ils commettent, en donnant pour excuse qu'il est impossible à l'homme de vivre exempt de péché dans cette vie, et qui allèguent ce verset du livre de Job : Personne n'est exempt de souillures, quand il ne vivrait qu'un jour sur la terre (Job, XIV, 4, selon la version italique et celle des Septante)? Il faut leur répondre qu'ils aient à expliquer d'abord ce qu'ils entendent par être exempt de péché, et s'ils entendent par-là n'avoir jamais péché, ou bien avoir cessé de pécher. Car s'ils pensent que ce soit être exempt de péché que d'avoir cessé de pécher (1), je me trouverai d'accord avec eux, puisque (comme le dit l'Apôtre) tous ont péché, et ont besoin de la gloire de Dieu (Rom,, III, 23). Mais s'ils entendent par être exempt de péché s'être corrigé de ses égarements et vivre de manière à ne plus pécher désormais, je ne puis pas me rendre à leur sentiment, puisque nous lisons au contraire que Notre-Seigneur a aimé l'Eglise et s'est livré à la
mort pour elle , pour la faire paraître devant lui pleine de gloire,
n'ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais toute sainte et parfaitement exempte de souillures (Ephes., V, 25, 27)
» Ce n'est pas sans motif que l'Evangéliste ajoute ces deux mots ; Ils étaient justes devant Dieu. Car tous ceux qui sont justes devant les hommes ne sont pas pour cela justes devant Dieu. Les hommes voient d'une manière, et Dieu d'une autre; les hommes s'arrêtent
(1) Il y a sans doute ici une incise pour une autre, et il nous semble, d'après la suite des idées, qu'il faudrait lire ici numquàm omninà peccasse, n'avoir jamais péché, au lieu de desisse peccare, avoir cessé de pécher.
430 TRAITÉ DE î,\ CHUTE DE t/hOMME
à l'extérieur, et Dieu pénètre ie fond de Pâme, li peut donc fort bien arriver que quelqu'un me paraisse juste en prenant à mes yeux un air de bonté, et que pourtant il ne soit pas juste devant Dieu, si sa justice apparente n'est l'effet que de son hypocrisie, au lieu d'être la naïve expression de l'état de son âme : car, dans ce dernier cas, ses dispositions intimes resteront un mystère pour les autres hommes. La perfection de nos mérites consiste donc à être justes devant Dieu. C'est ce qui a fait dire à l'Apôtre que le vrai circoncis tire sa louange, non des hommes, mais de Dieu (Rom. , 77, 29). Heureux est celui dont notre divin Sauveur a daigné dire : Voici un vrai Israélite, un homme sans déguisement et sans artifice (Jean, I, 47). Car le vrai Israélite est celui qui voit Dieu en tout, et qui, bien convaincu que Dieu le voit, lui révèle les secrets de son cœur. Car celui-là seul est parfaitement vertueux , dont la vertu est éprouvée par celui dont le jugement est infaillible. Les jugements de Dieu sont toujours vrais, ceux des hommes au contraire sont souvent trompeurs ; et souvent ils croient justes des hommes couverts d'injustice, en même temps qu'ils poursuivent des justes de leur haine, ou les décréditent par leurs mensonges. Mais le Seigneur connaît les voies dans lesquelles marchent ceux qui se conservent purs: il ne prend point un homme vicieux pour un homme vertueux, ni un homme de bien pour un méchant, mais il n'attribue à chacun que les qualités ou les défauts que chacun peut avoir. Car il est témoin à la fois et de nos actions extérieures et de nos intentions intimes; et ses jugements portent beaucoup plus sur les dispositions de l'âme de celui qui est juste à ses yeux, que sur le résultat de ses œuvres. »
45. Origène, Hom. II in Lucam, dit à peu près les mêmes choses sur ce sujet que ce qui vient d'être rapporté de saint Ambroise (1). »
44. S. Augustiin, Prœfat. enarralionis in Psalmum XXXI : « La fin de la loi est la charité qui naît d'un cœur pur* d'une bonne conscience et d'une foi sincère (/ 77m., I, 5). Pour l'espérance, l'Apôtre a mis ici la bonne conscience, etc. » Et le reste déjà rapporté plus haut, première partie, chapitre II, question If, témoignage 4, t. Ier, p. 162, et dont voici la suite : « Qu'un impie vienne donc vanter ses œuvres; qu'il dise : Je donne l'aumône aux pauvres; je ne prends rien à personne; je ne désire point la
(i) Saint Ambroise n'aurait-il pas été ici le traducteur d'Origène?
femme d'autrui ; je ne tue personne; je ne fais tort à qui que ce soit; je rends les dépôts qu'on m'avait confiés, môme sans aucun témoin. Qu'il me dise tout cela, et je lui demanderai s'il est juste ou impie. Comment puis-je être impie, me répond-il, en vivant ainsi? Vous pouvez l'être comme l'ont été ceux dont il est dit : Ils ont rendu à la créature l'adoration et le culte souverain, au lieu de le rendre au Créateur qui est béni dans tous les siècles (Romains, I, 25). Gomment suis-je impie, dites-vous? Ce sera, si dans toutes ces bonnes œuvres dont vous vous glorifiez, vous espérez ce qu'il est effectivement bon d'espérer, mais en ne l'attendant pas de celui de qui vous devez l'attendre, ou si vous espérez autre chose que ce que vous devez espérer, quand même vous l'attendriez de celui dont vous devez en effet attendre la vie éternelle.
» Vous attendez pour récompense de vos bonnes œuvres une félicité terrestre et passagère; vous êtes donc impie. Ce n'est pas là la récompense promise à la foi. La foi est une chose précieuse, vous la mettez à trop bas prix; ainsi vous êtes impie, et toutes vos œuvres ne sont rien. Quelque force que vous témoigniez, et avec quelque vitesse que vous conduisiez votre navire, c'est vers un écueil que vous le précipitez. Si vous espérez ce que vous devez en effet attendre, c'est-à-dire la vie éternelle, mais en ne l'attendant pas de Dieu par Jésus-Christ, par qui seul nous l'obtenons, et que vous croyiez au contraire pouvoir l'obtenir par la milice du ciel, ou par le soleil et la lune, par les puissances de l'air, de la mer, de la terre et des étoiles, vous êtes un impie. Mais croyez en celui qui justifie l'impie, afin que vos bonnes œuvres deviennent parfaitement bonnes (Rom., IV, 7). »
45. Le même, in Psalmum XCIII, sur ce verset, Numquid adhœret tïbi sedes iniquitatis, qui fingis laborem in prœcepto : « Le temps de cette vie est pour vous un temps de travail : ce n'est qu'à la suite de ce travail qu'on vous promet le repos. Vous considérez le travail que vous endurez ici-bas; mais considérez de même quel repos Dieu vous promet là-haut. Pouvezvous seulement vous le figurer? Si vous le pouviez, vous reconnaîtriez que ce que vous souffrez n'est rien en comparaison des biens que vous attendez. Ecoutez ce qu'en dit saint Paul, qui voyait ces biens en partie. Que dit-il, ce saint Apôtre? Le moment si court et si léger des afflictions que nous souffrons en cette vie produit en nous le poids étemel d'une souveraine et incomparable gloire (II Cor., IV, 17). Quel est ce poids d'une souveraine gloire? A qui Dieu le prépare-t-il? C'est ce que l'Apôtre
^32 TRAITÉ DE LA CHUTE DE l/ttOMME
va nous dire ensuite : A nous qui ne considérons point les choses visibles, mais les invisibles, parce que les choses visibles sont temporelles, au lieu que les invisibles sont éternelles (ibid., 18). Ne soyez point lâche et paresseux dans un travail qui passe vite, et .vous goûterez une joie qui ne passera jamais. Dieu vous promet iune vie qui n'aura jamais de fin. Jugez par quels travaux vous devez l'acheter.
i » Ecoutez ceci, mes frères. Ce que je possède est à vendre, vous dit Dieu; ce que j'ai est à vendre : achetez-le. Qu'est-ce que Dieu peut avoir à vendre, demanderez-vous? 11 a un repos à vendre : achetez-le par le travail. Ecoutez-moi, je vous prie, afin qu'au nom de Jésus-Christ nous devenions des chrétiens courageux (1). »
46. Le morne, in Psalmum CXX : « Que veut dire cette parole : Que votre gauche ne sache pas ce que fait votre main droite (Mattii., VI, 3)? Elle veut dire : quand vous faites une bonne œuvre, faites-la en vue d'obtenir la vie éternelle. Car si vous ne faites cette bonne œuvre qu'en vue de jouir des biens de la terre, votre gauche sait alors ce que fait votre droite, vous mêlez la main droite avec la gauche. N'agissez qu'en vue de la vie éternelle, et vous agirez avec sûreté : car c'est ce que Dieu a commandé.
w Si vous n'agissez qu'en vue des choses de la terre, et seulement pour la vie présente, il n'y a que la gauche qui agît. Si au contraire vous n'agissez que pour la vie éternelle, c'est votre droite seule qui travaille. Si vous avez en vue la vie éternelle, et qu'il se glisse néanmoins en vous un désir secret de cette vie temporelle, en sorte que vous en teniez quelque compte dans le bien que vous faites, en souhaitant que Dieu vous en récompense dès ici-bas, c'est alors la gauche qui s'immisce avec votre droite, et c'est ce que Dieu défend (2). »
47. S. Cyprien, Epist. IX ad martyres et confessons : « Emules de ce bienheureux martyr (Mappalique), comme lui fermes dans la foi, patients dans la souffrance, vainqueurs au milieu des tortures, puissiez-vous lui ressembler jusqu'à la fin! Unis ici-bas par les liens de la même confession, par les épreuves du même cachot, soyez unis là-haut par la consommation de vos mérites
(1) Cf. Sermons de saint Augustin sur les Psaumes, trad. en français, t. V, p. lbMS6.
(2) Cf. Ibidem, t. VI, p. 595.
et l'éclat de la couronne! Par la joie que vous lui donnerez, séchez les larmes de l'Eglise votre mère, qui pleure sur des ruines si multipliées; consolidez par vos exemples les bonnes résolutions de ceux qui sont restés debout. Si vous êtes rappelés sur le champ de bataille; si l'heure du combat sonne pour vous, que voîre bravoure égale votre constance à la pensée que vous avez pour témoin le Seigneur, qui vous contemple; que confesser son nom c'est parvenir à sa gloire; qu'il ne se contente pas de regarder ses serviteurs, mais que c'est lui qui combat dans nos personnes, lui qui couronne et est couronné dans nos triomphes. Si la miséricorde divine ramène la paix avant le jour de votre combat, vous garderez toujours le mérite de vos désirs et la gloire de votre dévouement. »
48. Le même, Epist. XVI ad Moysen et Maximum presbyteros : « Mais votre gloire n'est pas moindre, vous qui, retenus encore sur le champ de bataille, et foulant les traces sanglantes de vos devanciers, soutenez la lutte avec une foi inébranlable et donnez tous les jours à Dieu le spectacle de vos vertus. Plus votre combat se prolonge, plus votre couronne sera éclatante : ce n'est qu'un combat, mais grossi d'une infinité de combats. Vous maîtrisez la faim ; vous vous jouez de la soif; vous foulez courageusement aux pieds le dénuement de votre cachot et l'horreur de votre supplice. Là, on dompte les tortures; là, on affronte les châtiments; là, au lieu de redouter la mort, on la désire, parce qu'on en triomphe dans l'espérance de l'immortalité, et que le vainqueur remporte pour couronne la vie éternelle. Quelle est en ce moment l'élévation de votre âme! Qu'il est profond, qu'il est vaste le cœur où s'agitent de si grandes choses, et qui ne connaît d'autre sujet de méditation que les préceptes de Dieu et les récompenses du Christ! Là, rien que la volonté de Dieu; quoique vous habitiez encore la prison du corps, vous vivez non plus de la vie du monde présent, mais de la vie du monde à venir. »
49. Le même, Epist. LVI ad Thibaritanos : « Vous serez bienheureux quand les hommes vous haïront, qu'ils vous rejetteront, vous diront des injures et repousseront votre nom comme mauvais, à cause du Fils de l'homme. Réjouissez-vous en ce jour-là et soyez dans l'allégresse : voici que votre récompense est grande dans le ciel (Luc, VI, 22-23).
» Pourquoi le Seigneur nous ordonne-t-il de nous réjouir dans la persécution? Parce que c'est alors que la foi obtient des
hZh traité de La chute de iAiomme
couronnes, alors que les soldais de Dieu sont mis à l'épreuve, alors que les cieux s'ouvrent aux martyrs. N'avons-nous été enrôlés dans la milice céleste que pour aspirer aux douceurs de la paix, et décliner le combat, quand Notre-Seigneur, ce maître de la résignation, de l'humilité et des souffrances, a marché le premier dans la voie de la douleur, afin de pratiquer ce qu'il enseignait, et de souffrir pour les hommes ce qu'il les exhortait eux-mêmes à souffrir? Rappelez- vous constamment, frères bienaimés, que celui qui seul a reçu du Père le pouvoir de juger et qui doit venir pour proclamer ses jugements, a déjà prononcé d'avance (Matth., X, 22) l'arrêt qu'il doit rendre à la fin des siècles : T avouerai devant mon Père four mes disciples ceux qui m'auront avoué pour leur maître; je renierai ceux qui m'auront renié. Si nous pouvons échapper à la mort, à la bonne heure, craignons de mourir. Mais puisqu'il est dans la nature d'un mortel de mourir, embrassons avec amour l'occasion que nous offre la divine miséricorde; achetons l'immortalité par la mort, et ne craignons point d'être immolés, puisqu'après l'immolation vient la couronne. »
50. Le même, Epist. LXXXI ad Rogatianum et cœteros : « Que les supplices du temps disparaissent devant les béatitudes de l'éternité; car il est écrit (Ps. CXV, 15) : « La mort du juste est précieuse devant le Seigneur. » Et ailleurs (Ps. L, 49) : « Le sacrifice que Dieu demande est une âme brisée de douleur.1 Dieu ne méprise pas un cœur contrit et humilié. » Ecoutez encore l'Ecriture , lorsqu'elle parle des tourments qui consacrent les martyrs et les purifient au creuset de la douleur. « Si devant les hommes ils ont souffert des tourments, leur espérance est pleine d'immortalité. Leur affliction a été légère, et leur récompense sera grande, parce que Dieu les a éprouvés et les a trouvés dignes de lui. Il les a éprouvés comme Vor dans la fournaise, et les a reçus comme un holocauste. Il les regardera favorablement quand Iheure sera venue. Les justes brilleront comme la flamme qui court dans le chaume aride. Ils jugeront les nations, ils domineront les peuples, et leur Seigneur régnera à jamais (Sag., III, 4-8).
» La pensée qu'un jour vous serez des juges et des rois siégeant avec Notre-Seigneur, ne doit -elle pas vous transporter d'allégresse et vous aider à fouler aux pieds les tortures présentes, dans l'attente des biens à venir? Saint Paul aussi
compare le temps présent avec les splendeurs de l'autre vie : « Les souffrances de Iq vie présente n'ont aucune proportion avec
celle gloire qui doit un jour se manifester en nous (Rom., VIII, 48). » Les yeux constamment fixés sur ces clartés divines, prenons en patience les adversités présentes. L'Ecriture sainte nous l'enseigne encore (Ps. XXXIII, 20) : « Quelles que soient les afflictions des justes, la délivrance est certaine de ceux qui mettent leur confiance en Dieu... »
)> Imitateurs de cette foi, et méditant ces beaux exemples et le jour et la nuit, élancez -vous vers Dieu de toute l'ardeur de vos désirs, foulant aux pieds un monde qui passe, pour n'ouvrir votre âme qu'à la pensée de l'éternité, d'un royaume sans fin, des chastes embrassements de Notre - Seigneur, et de la contemplation bienheureuse de Dieu (4). »