QU'ON EST PRÉDESTINÉ
a Personne, quel qu'il soit, tant qu'il est dans cette vie mortelle, ne doit présumer tellement du mystère caché de la prédestination divine , qu'il se tienne pour entièrement assuré d'être soi-même du nombre des prédestinés, comme si, une fois justifié, on devait, ou se trouver dans l'impossibilité de pécher désormais, ou se promettre comme chose sûre que, si l'on pèche, on reviendra à résipiscence. Car on ne peut savoir que par une révélation spéciale quels sont ceux que Dieu s'est choisis. » Concile de Trente, session VI, chapitre 42.
TÉMOIGNAGES DE L ÉCRITURE
4. Matthieu, XXIV, 44-42 : « Il s'élèvera aussi plusieurs faux prophètes qui séduiront beaucoup de personnes. — Et parce que l'iniquité sera venue à son comble , la charité de plusieurs se refroidira. »
2. Ezéchiel, XVIII, 24-26 : « Si le juste se détourne de sa justice, et vient à commettre l'iniquité et toutes les abominations que l'impie commet ordinairement, vivra -t- il alors? Toutes les œuvres de justice qu'il avait faites seront oubliées , et il mourra dans la perfidie où il est tombé, et dans le péché qu'il a commis. — Car, lorsque le juste se sera détourné de sa justice, qu'il aura
(1) Cf. Les Pères de l'Eglise, trad. Genoude, t. V.
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commis l'iniquité, et qu'il sera mort en cet état, il mourra dans les œuvres injustes qu'il aura commises. »
TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION
i. S. Augustin, Lib. VI Hypognosticon, c. 7 (1) : « Nous n'ignorons pas que plusieurs , même des plus parfaits , après nombre d'années passées dans les exercices laborieux de la vertu , sont tombés et se sont perdus malheureusement à la fin; que d'autres, après avoir perdu dans le désordre et le crime leur vie entière , depuis leur plus bas âge jusqu'à une extrême vieillesse , ont changé tout-à-coup par l'effet de la grâce divine , et au moment de leur mort sont entrés dans le repos du royaume des cieux. Nous savons aussi que parmi de petits enfants qui n'ont pas encore l'usage de leur raison , qui sont incapables de faire le discernement du bien et du mal, portés par leurs parents sur les fonts baptismaux, quelques-uns, au moment où le prêtre étendait sa main pour leur conférer le sacrement de la foi, ont tout - à - coup rendu l'âme entre les mains de leurs parents, sans avoir pu participer à la grâce du Sauveur. Quel est le sage qui comprendra ces choses, ou qui pourra expliquer ces mystères ? Disons avec David : Le Seigneur est juste dans toutes ses voies, et saint dans toutes ses œuvres (Ps. CXLIV, 13). Que vos œuvres sont grandes, Seigneur! Que vos pensées sont profondes et impénétrables (Ps. XCI, 6)! Disons aussi avec l'apôtre saint Paul : 0 profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont impénétrables, et ses voies incompréhensibles (Rom., XI, 33)! »
Ibidem, c. 8 : « Que personne ne se glorifie, que personne ne se désespère. Car Dieu est le seul qui sache qui sont ceux qui lui appartiennent. Mais, autant qu'il dépend de nous, exhortons tous les hommes à mener une bonne vie ; ne jetons personne dans le découragement ; prions les uns pour les autres ; humilions-nous devant Dieu en lui disant : Que votre volonté soit faite. Il sera toujours le maître de révoquer à notre égard le jugement de condamnation qu'il aura d'abord prononcé, et de nous accorder la grâce de la prédestination , sans que nous l'ayons méritée. »
2. S. Augustin, De correptione et gratiâ, c. XIII, n. 40 : a Y a-t-il quelqu'un, dans la grande multitude des fidèles , qui , tant qu'il est sur la terre, soit assuré d'être du nombre des prédestinés?
(1) Cet ouvrage, ainsi que nous l'avons dit, n'est pas de saint Augustin.
Aussi est -il à propos que le décret de Dieu nous demeure caché en cette vie, où l'enflure de l'orgueil est tellement à craindre, qu'un saint Paul même, pour en être préservé, recevait des soufflets d'un ange de Satan (II Cor., XII 9 7). C'est pour cacher ce secret divin, que Jésus-Christ disait à ses apôtres : Si vous demeurez fidèles à ma parole (Jean , XV, 7), quoiqu'il fût assuré de la persévérance de leur fidélité. Dieu dit de même par un prophète : Si vous voulez m' écouter et me croire (Isaïe, I, 19), quoiqu'il connût parfaitement qui étaient ceux en qui il produirait lui-même cette volonté (Philip., Il ', 15). L'Ecriture est pleine de textes semblables. Il faut croire que c'est parce qu'il est utile aux élus d'ignorer ce secret , ou afin que personne ne soit tenté de s'élever au-dessus des autres, mais qu'au contraire ceux mêmes qui courent avec ardeur dans la voie, soient toujours dans une crainte humble et salutaire, dans l'impuissance où ils sont de savoir s'ils arriveront effectivement au but ; que c'est, dis-je, à cause de l'utilité de ce secret, que quelques-uns des enfants de perdition,, qui n'ont point de part au don de persévérance, commencent par vivre de la foi qui opère par V amour, et continuent encore quelque temps à marcher dans la voie de la piété et de la justice , après quoi on les voit tomber dans le péché, au lieu d'être retirés du monde avant cette chute malheureuse (1). »
3. S. Prosper, ad duodecimam objectionem Vincentianam : « La prédestination divine, quoiqu'elle reste incertaine pour nous tant que nous sommes exposés aux dangers de la vie présente, est immuablement certaine pour celui qui a ordonné d'avance toutes les choses à venir. »
4. S. Grégoire -le- Grand , Rom. XXXVIII in Evangelia : .Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus (Matth., XXII, 14). Ce
mot, mes frères, doit nous faire trembler. Nous tous, en effet, qui sommes ici , avons été appelés , par la grâce de la foi , pour avoir part aux noces du roi du ciel , nous croyons tous et nous confessons le mystère de son incarnation; nous recevons tous l'aliment de sa divine parole (2) ; mais, au jour du jugement, le roi entrera dans la salle du festin. Nous savons bien que nous sommes du nombre des appelés , mais nous ne savons pas si
(i) Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. Ier, p. 384-385.
(2) « Divini verbi epulas suminus. » Ces expressions sont équivoques, et pourraient signifier également le banquet de l'Eucharistie.
nous sommes du nombre des élus. Chacun de nous doit donc s'humilier d'autant plus justement, qu'il ignore s'il est élu. Car il y en a qui ne commencent pas même comme il faut ; d'autres commencent par bien faire , mais ne persévèrent pas dans le bien qu'ils ont commencé. Un autre passera sa vie presque entière dans le dérèglement ; mais sur la fin, il reviendra et se corrigera de ses désordres par une pénitence sévère. Un autre semblera mener la vie d'un élu ; mais, à la fin de sa vie, il aura le malheur de s'engager pour jamais dans les filets de l'erreur. Un autre commencera bien, et finira encore mieux. Un autre s'exercera dans le mal dès ses premières années, et ne fera que se dépraver davantage , à mesure qu'il avancera dans la vie. Que chacun craigne donc pour soi-même avec d'autant plus de sollicitude, qu'il ignore complètement ce qui lui sera réservé dans l'avenir. Car il faut souvent se le redire , et ne l'oublier jamais , beaucoup sont appelés, mais peu sont élus
» Aucun de nous ne sait ce qui se passe à son égard dans les secrets jugements de Dieu ; car s'il y en a beaucoup d'appelés, il y en a peu d'élus. Puis donc que personne n'est assuré de se trouver de ce dernier nombre, il ne nous reste à tous d'autre parti à prendre que de craindre pour l'imperfection de notre vie, de n'avoir de confiance que dans la miséricorde de Dieu, et de ne présumer jamais de nos propres forces (1). »
5. S. Bernard, Serm. II in octavis Paschœ : « Il est un autre témoignage donné ici-bas pour faire le discernement entre ceux qui s'y sentent exilés de la patrie et ceux qui s'y trouvent comme dans leur patrie, c'est-à-dire entre les citoyens du ciel et les habitants de Babylone. Quand est-ce en effet que Dieu pourrait laisser ses élus sans témoignage? Ou bien, quelle pourrait être leur consolation dans la perplexité qui les tiendrait continuellement suspendus entre l'espérance et la crainte , s'ils ne pouvaient obtenir aucun témoignage de leur élection? Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui , et seul il sait quels sont ceux qu'il a élus [dès le commencement. Mais quel est l'homme qui puisse savoir ide soi-même s'il est digne d'amour ou de haine? Que si, comme on ne peut en douter, notre incertitude là-dessus est certaine, ne devrons-nous pas n'en attacher que plus de prix aux signes qui pourront nous être donnés de cette élection? »
(1) Cf. Les quarante Homélies de saint Grégoire, trad. par le duc de Luynes, p. ^89-490, h%.
6. S. Augustin, dehœresibus,adQuodvultdeum,hœres. LXXXII: « Cette hérésie (des jovinianistes) s'est élevée de notre temps, ou du temps de notre jeunesse, ayant eu pour auteur un moine nommé Jovinien. Celui-ci, à l'exemple des stoïciens, disait que tous les péchés sont égaux, et qu'un homme ne peut plus pécher quand une fois il a reçu le baptême. »
7. S. Jérôme, Lib. II adversùs Jovinianum, c. 1 : a La seconde proposition de Jovinien est celle-ci, que ceux qui sont baptisés ne peuvent pas être tentés par le démon. Et pour qu'on ne puisse l'accuser d'avoir dit cela sans réflexion, il ajoute : a Que s'il y en a néanmoins qui soient tentés, cela fait voir qu'ils ont été baptisés dans l'eau, mais non dans l'Esprit-Saint, comme nous le lisons de Simon. De là aussi ces paroles de Jean : Quiconque est né de Dieu ne pèche point, parce que la semence de Dieu demeure en lui; et il ne peut pêcher, parce qu'il est né de Dieu (I Jean, III, 9). Et c'est en cela que paraît la différence entre les enfants de Dieu et les enfants du diable (ibid., 10). Le même Apôtre dit à la fin de son épître : Quiconque est né de Dieu ne pèche point, mais la naissance qu'il a reçue de Dieu le conserve pur, et le malin esprit n'a sur lui aucun pouvoir (ibid., V, 18). » Voilà certes une forte objection, et qui serait insoluble, si la solution n'en était fournie par saint Jean lui-même. Car cet apôtre ajoute aussitôt après (ibid., 21 ) : Mes petits enfants, gardez-vous des idoles. Si tous ceux qui sont nés de Dieu ne pèchent point , et qu'ils ne puissent être tentés par le démon , que signifie cette recommandation qu'il leur fait de prendre garde à ne pas se laisser tenter? Il dit encore dans cette même épître : Si nous disons que nous sommes sans péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n'est point en nous. Mais si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les remettre, et pour nous purifier de toute iniquité. Que si nous disons que nous n'avons point de péché, nous le faisons menteur, et sa parole n'est yoint en nous (ibid., I, 8-10). Je pense que ce Jean est un homme baptisé qui écrit à d'autres baptisés; je pense aussi que tout péché vient du démon. Il confesse cependant qu'il est pécheur, et il espère la rémission de ses péchés même après son baptême, tandis que Jovinien me dit de son côté : Gardez-vous de me toucher, car je suis pur. Quoi donc? Est-ce que l'Apôtre se contredit lui-même? Pas du tout, car il montre en même temps pourquoi il s'est exprimé de la sorte , quand il dit : Mes petits enfants, je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez
hkO TRAITÉ DE LA CHUTE DE L' HOMME
point. Si cependant quelqu'un pèche, qu'il sache que nous avons pour avocat auprès du Père Jésus-Christ le juste par excellence, qui est la victime de propitiation pour nos pêches (I Jean, II, 1-2), et non-seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux de tout le J monde. Or, ce qui nous assure que nous le connaissons véritablement, c'est de pouvoir nous rendre ce témoignage que nous observons ses commandements... Il est évident par tous ces textes qu'on peut pécher même après qu'on a reçu le baptême. Car ce serait bien vainement que nous aurions un avocat en Jésus-Christ, s'il y avait pour nous impuissance de pécher. »
8. Ibidem, c. 2 : « L'apôtre saint Pierre, à qui le divin maître avait dit : Celui qui est déjà lavé n'a plus besoin d'être lavé de nouveau (Jean, XIII, 10), et : Vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise (Matth., XVI, 18); effrayé par une simple servante, renie son divin maître. Et Notre-Seigneur lui-même lui avait dit : Simon, Simon, Satan vous a demandé pour vous cribler comme on crible le froment; mais j'ai prié pour vous, afin que votre foi ne défaille point (Luc, XXII, 31-32). Et encore : Veillez et priez, de peur que vous ne tombiez en tentation; l'esprit est prompt, mais la chair est faible. Que si vous vous rejetez sur ce que ces paroles ont été dites avant que Jésus-Christ fût mort en croix, je vous répliquerai que c'est depuis qu'il est mort en croix que nous disons tous les jours : Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, et ne nous laissez pas succomber à la tentation, mais délivrez-nous du mal. Si nous ne péchons plus dès qu'une fois nous sommes baptisés, pourquoi demandons-nous à Dieu qu'il nous pardonne des péchés, qui d'avance nous ont été pardonnes dans le baptême? Pourquoi demander la grâce de ne point succomber à la tentation, et d'être délivrés du mal, si le diable ne peut plus nous tenter du moment où nous sommes baptisés? Ce serait autre chose, si cette) prière n'était que pour les catéchumènes, et si elle ne convenait pas aussi aux fidèles et aux chrétiens. Paul, ce vase d'élection, châtie son corps, et le réduit en servitude, de peur qu'après avoir prêché les autres, il ne se trouve réprouvé lui-même (ICor., IX, 27). Et Dieu a permis, ajoute-t-il, que je ressentisse dans ma chair un aiguillon, qui est comme l'ange et le ministre de Satan, pour me donner des soufflets (II Cor., XII, 7). Il écrivait encore aux Corinthiens : J'ai peur, qu'ainsi que le serpent séduisit Eve par ses artifices, vos esprits aussi ne se corrompent, et ne dégénèrent de la simplicité chrétienne (II Cor., XI, 3). Et
ET DE SA. JUSTIFICATION. kki
ailleurs : Ce que vous accordez à quelqu'un par indulgence, je V accorde aussi. Car si fuse moi-même d'indulgence, feu use à cause de vous, au nom et en la personne de Jésus-Christ, afin que Satan ne remporte sur nous aucun avantage : car nous n'ignorons pas ses desseins (II Cor., II, 10-11 )...
» Et il viendra quelqu'un nous dire que nous devons dormir en sécurité quand une fois nous avons reçu le baptême !
» Saint Paul écrivait aussi aux Hébreux : Il est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés, qui ont goûté le don du ciel, qui ont été rendus participants du Saint-Esprit, qui se sont nourris de la sainte parole de Dieu, et de l'espérance des grandeurs du siècle à venir, et qui après cela sont tombés : il est impossible, dis-je, qu'ils se renouvellent par la pénitence, parce qu'autant qu'il est en eux, ils crucifient de nouveau le Fils de Dieu, et l'exposent à Vignominie (Hebr., VI, 4-6). Certes, nous ne dirons pas que des gens qui ont été éclairés, qui ont goûté le don du ciel, qui ont été rendus participants du Saint-Esprit, qui se sont nourris de la sainte parole de Dieu, ne soient pas des gens baptisés. Mais si des gens baptisés sont dans l'impuissance de pécher, comment se fait-il que l'Apôtre ajoute ici, Et qui après cela sont tombés? » Ces témoignages de l'Ecriture, ainsi que beaucoup d'autres semblables, servent comme d'autant de textes à saint Jérôme pour réfuter cette même erreur; mais il serait trop long d'entrer nous-mêmes dans tout ce détail.
9. S. Augustin, de correptione et gratiâ, c. VI, n. 9 et 10 : « Si celui qu'on reprend d'une faute a déjà été régénéré et justifié, et que par sa propre volonté il soit retombé dans le péché, il ne peut pas dire assurément : Je n'ai pas reçu la grâce, puisqu'après l'avoir reçue, il l'a volontairement perdue par son libre arbitre, qui est toujours libre pour le mal...
» Il est indubitable, que quiconque demande à Dieu la persévérance dans le bien, reconnaît par sa prière même, que cette persévérance est un don de Dieu (1). »
10. Ibidem, c. VII, n. 11 : <c Quoiqu'il soit certain que la persévérance est un don de Dieu, c'est cependant avec justice que l'on corrige et que l'on reprend ceux qui, après avoir bien vécu, ne persévèrent pas dans cette bonne voie. Car comme c'est par leur propre volonté qu'ils ont changé de conduite et passé du bien au mal, on a raison de leur en faire des répri-
(t) Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. Ier, p. 519-323.
mandes; et si ces réprimandes ne leur profitent pas, et qu'ils persistent dans le mal jusqu'à la mort, ils méritent que Dieu les condamne à la peine éternelle (1). »
11. Le même, Lib. declono perseveranliœ, c. VI, n. 10 : « On ne doit dire de personne qu'il ait reçu le don de persévérance finale, qu'après qu'il a terminé sa course, et qu'il a effectivement persévéré jusqu'à la fin. Nous disons fort bien d'un homme que nous connaissons pour chaste, qu'il est chaste, soit qu'il doive continuer ou qu'il cesse plus tard de l'être. Nous disons la même chose de toutes les autres vertus, qui sont autant de dons de Dieu, mais qu'on peut perdre ou conserver. Nous disons qu'un homme a ces vertus, tant qu'il les conserve ; et s'il vient à les perdre, nous disons qu'il les a eues. Mais, pour la persévérance finale, comme personne ne l'a que celui qui aura persévéré jusqu'à la fin, il est clair que de tous ceux qui peuvent l'avoir personne ne peut la perdre (2). »
12. Le même, de Genesi ad litleram, lib. VI, c. 28 : « Les apôtres et tous les autres justes, quoique leurs corps fussent de chair comme les nôtres, vivaient cependant de la vie de l'esprit, la connaissance du vrai Dieu ayant rétabli en eux l'image de celui qui les avait créés; mais ils n'étaient pas impeccables pour cela, puisqu'il leur restait la liberté de consentir au mal. Car que les hommes même spirituels puissent succomber à la tentation de pécher, c'est ce que nous prouvent ces paroles de l'Apôtre: Mes frères, si quelqu'un est tombé en quelque péché, vous autres qui êtes spirituels, ayez soin de le relever dans un esprit de douceur, chacun de vous faisant réflexion sur soi-même, et craignant d'être tenté aussi bien que lui (Gai., VI, i). Si je fais cette observation, c'est pour que personne ne juge impossible qu'Adam ait péché, sous prétexte qu'il menait une vie spirituelle, quoique revêtu d'un corps de chair. »
13. S-. Prosper, ad decimam quartam objectionem Vincentianam : « Si quelqu'un vit dans la sainteté, s'il avance dans la vertu, s'il persévère dans le bien, il est évident qu'il en est redevable à la grâce divine, sans laquelle on ne saurait acquérir aucuns mérites. Si au contraire on s'éloigne du bien et qu'on tombe dans le dérèglement, on ne peut pas en faire le reproche à Dieu, qui n'a point envoyé la tentation à laquelle on aura succombé,
(1) Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. Ier, p. 325-326.
(2) Cf. Ibidem, t. II, p. 163-166.
et qui n'abandonne le pécheur qu'après que celui-ci l'a abandonné le premier, qui fait tout plutôt pour n'être pas abandonné de lui, ou pour le rappeler à lui, quand il a eu le malheur de l'abandonner. Mais pourquoi Dieu retient-il l'un dans le devoir sans y retenir l'autre, c'est ce qu'il ne nous est ni donné de comprendre, ni permis d'examiner, puisqu'il nous suffit de savoir, et que c'est à lui que nous devons notre persévérance dans le, bien, et que ce ne serait qu'avec injustice que nous pourrions lui imputer nos chutes. »
14. S. Bernard, epist. XLH ad Henricum Senonensem archiepiscopum : « Interrogez ceux qui disent que ceux qui ont une fois reçu la grâce ne peuvent plus la perdre. La vérité a dit au sujet de quelques-uns : Ceux-ci n'ont point de racines, parce qu'ils croient pour tin temps, et qu'ils se retirent au moment de la t:n~ talion (Luc, VIII, 45). D'où est-ce qu'ils se retirent, et où s'en vont-ils? Ils se retirent du parti de la foi pour prendre celui de l'infidélité. Je demande de plus : Pouvaient-ils être sauvés dans cette foi qu'ils ont quittée, ou bien ne le pouvaient-ils pas? S'ils ne le pouvaient pas, quelle injure ont-ils faite au Sauveur, ou quelle joie ont-ils pu causer au tentateur, en se retirant de là où il n'y avait point de salut pour eux? Car le Sauveur n'est pas animé d'un autre zèle que de celui de nos âmes, et l'esprit malin ne nous envie pas non plus autre chose que notre salut. Mais s'ils pouvaient se sauver dans la foi qu'ils ont quittée, comment pouvaient-ils n'avoir pas la charité en même temps que la foi, puisqu'on ne peut être sauvé sans la charité ; ou comment, en abandonnant la foi, n'ont-ils pas abandonné ou perdu en même temps la charité, puisque la charité et l'infidélité ne peuvent subsister ensemble? Ils abandonnent donc la foi, puisque la vérité nous l'assure : Recedunt (loc. cit.). Ils abandonnent par conséquent le salut de leurs âmes, puisque le Sauveur les condamne : Qui non crediderit condemnabitur (Marc, XVI, 16). Nous concluons de là qu'ils abandonnent aussi la charité, sans laquelle le salui ne saurait s'obtenir. Ceux-ci, dit Jésus-Christ, n'ont point ds racines. Il ne nie pas qu'il n'y ait quelque bien en eux, mais \l leur reproche plutôt de n'être pas enracinés dans le bien. Enfin, c'est ce qu'il dit en propres termes : Parce qu'ils croient pour un temps, ajoute-t-il. Ils font le bien, mais plût à Dieu que ce bien fût durable! Car ce n'est pas celui qui aura commencé, mais bien celui qui aura persévéré jusqu'à la fin, qui sera sauvé (Matth., X, 22). Si ceux-là ne persévèrent nas, c'est parce qu'?7s se retirent
au moment de la tentation. Heureux, s'ils avaient été enlevés dans l'intervalle, avant que leurs esprits eussent été corrompus par la malice! L'Ecriture dit encore : La fournaise éprouve les vases du potier, et l'épreuve de l'affliction les hommes justes (Eccli., XXVII, 6), c'est-à-dire les hommes qui vivent de la foi. Car le juste vit de la foi (Rom.> I, 17 ; Habac, II, 4), à condition sans doute que cette foi soit vive : car une foi morte ne saurait donner la vie. Il n'y a donc que la foi des justes, c'est-à-dire une foi vive dans des hommes vivants aux yeux de Dieu, qui puisse sortir éprouvée de la fournaise des tentations. Mais une justice qui dure dans les siècles des siècles n'est pas le partage de tous, puisqu'il y en a qui ne croient que pour un temps, et qui se retirent au
moment de la tentation
» Il me semble suffisamment démontré par ce que je viens de dire que tous ceux qui ont la charité ou la grâce ne persévèrent pas pour cela dans la charité. Autrement, ce serait vainement que Notre-Seigneur aurait donné l'avertissement suivant à ses disciples : Demeurez dans mon amour (Jean, XV, 9). Car, ou bien ils ne l'aimaient pas encore, et alors il n'aurait pas dû leur dire, Demeurez, mais plutôt, Soyez dans mon amour; ou bien ils i'aimaient déjà, et dès-lors il n'était plus besoin de les avertir de persévérer, puisque, s'il faut en croire ceux que nous combattons, ils ne pouvaient plus déchoir de leur heureux état. »
15. S. Cyrille d'Alexandrie, lib. XinJoannem, c. 16 : « Après leur avoir dit qu'ils étaient purs à cause de la parole qu'ils avaient entendue de sa bouche ; pour qu'ils ne crussent pas qu'une fois purifiés,, ils ne pouvaient plus déchoir de cet heureux état, Jésus- Christ leur recommande de lui demeurer fidèles. Ce qui revient, du moins me semble-t-il, à ce mot de saint Paul : Que celui qui se croit ferme prenne garde de tomber (/ Cor., X, 12). Car mille dangers menacent ceux-là mêmes qui sont debout, s'ils ne savent user de vigilance. Nous devons donc faire de continuels efforts, et employer tous les moyens, pour faire sans cesse de nouveaux progrès. »
16. Théophylacte, in caput XXVI Matthœi : « Un des douze, dit l'Evangéliste (XXVI, 47), pour marquer son étonnement de ce que c'était un de ses principaux disciples, choisi par lui-même, qui s'était donné au démon. Vous donc, ô homme, quelque favorisé que vous puissiez être des communications de votre Dieu, craignez aussi de vous relâcher, de vous oublier et de vous perdre. »
17. Le concile de Vienne sous Clément V, in Clemenlinis, lïb. Y, lit. de hœrelicis, c. 3 ; ce passage a été rapporté plus haut, chapitre XIV de cet appendice, témoignage 10, page 403.
18. S. Fulgence, De pde ad Petrum diaconum, c. 5 ; ce passage a de même été rapporté plus haut, chapitre des péchés contre le Saint-Esprit, question III, témoignage 4, tome IV, page 139.
19. S. Bernard, Serm. XXXVIII ex parvis sermonibus; voir ibidem, témoignage 5, page 140.
20. S. Augustin, Tract. XXXIII in Joannem; v. ibidem, témoignage 16, page 147. Voir encore d'autres témoignages sur cette même question , qui peuvent être également cités à l'appui de notre thèse actuelle.