‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des Pères (volume 3)Chapitre 77 sur 88 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

DU FRUIT DE LA JUSTIFICATION, OU DU MÉRITE DES BONNES OEUVRES, ET DE LA NATURE DE CE MÉRITE LUI-MÊME.

« Les hommes étant donc justifiés de cette manière, soit qu'ils aient toujours conservé la grâce une fois reçue, soit qu'ils l'aient recouvrée après avoir eu le malheur de la perdre, il faut leur mettre devant les yeux ces paroles de l'Apôtre : Employez-vous de plus en plus dans l'exercice des bonnes œuvres, et sachez que Notre-Seigneur ne laissera pas votre travail sans récompense...; car Dieu n'est pas injuste, pour qu'on puisse supposer qu'il oublie vos bonnes œuvres, et l'amour que vous avez fait paraître pour son nom. Et : Ne perdez rien de votre confiance, dont la récompense doit être très-grande. A ceux donc qui persévèrent dans la pratique des bonnes oeuvres jusqu'à la fin de leur carrière et qui espèrent en Dieu, on doit leur proposer la vie éternelle, et comme une grâce] promise bénignement aux enfants de Dieu en vue des mérites de Jésus-Christ , et comme une récompense qui, en vertu des promesses de Dieu même, doit leur être fidèlement acquittée en considération de leurs bonnes œuvres et de leurs mérites personnels. C'est cette couronne de justice que l'Apôtre disait lui être réservée à la fin de son combat et au bout de sa carrière, et qu'il attendait de son juste juge, comme due non-seulement à

(i) Cf. Les Traités de saint Augustin sur l'Evangile de saint Jean et son épître aux Partîtes, t. IV, p. 507-513.

lui-même, mais encore à tous ceux qui soupirent après son avènement. En effet, Jésus-Christ lui-même, influant pour ainsi dire, et répandant continuellement sa vertu dans ceux qui sont justifiés, comme le chef dans ses membres, et le tronc de la vigne dans ses branches, et cette vertu précédant, accompagnant et suivant toujours leurs bonnes œuvres, qui sans elle ne pourraient nullement être méritoires ou agréables à Dieu, nous devons croire qu'il ne manque plus rien aux fidèles une fois justifiés, pour que, par leurs bonnes œuvres faites ainsi en union avec Dieu, ils soient censés avoir pleinement satisfait à la loi divine, autant que le comporte l'état de la vie présente, et avoir réellement mérité la vie éternelle pour l'obtenir en son temps, pourvu toutefois qu'ils meurent en état de grâce , conformément à ces paroles de Jésus-Christ lui-même : Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai, n'aura jamais soif; mais Veau que je lui donnerai deviendra dans lui une fontaine d'eau qui rejaillira jusque dans la vie éternelle. Ainsi nous ne prétendons pas que notre propre justice nous soit propre en ce sens qu'elle nous vienne de nousmêmes; encore moins pouvons-nous méconnaître ou exclure la justice de Dieu. Car cette justice, que nous appelons notre justice, parce qu'elle nous est inhérente et que c'est par elle que nous sommes constitués justes, est en même temps la justice de Dieu, parce que c'est lui qui la répand en nous en vue des mérites de Jésus-Christ.

- » Mais il ne faut pas non plus perdre de vue, qu'encore que nos livres saints attachent une telle vertu aux bonnes œuvres, que, suivant la promesse de Jésus-Christ, un verre d'eau froide donné au moindre de ceux qui lui appartiennent ne restera pas sans récompense et que l'Apôtre nous déclare que le moment si court et si léger des afflictions de cette vie produit en nous la durée éternelle d'une gloire souveraine et incomparable; un chrétien n'en doit pas moins se garder de se confier ou de se glorifier en luimême, plutôt que dans le Seigneur, dont la bonté est si grande à l'égard de tous les hommes, qu'il veut bien leur faire un mérite de ses propres dons. Mais comme nous faisons tous beaucoup de fautes (Jac, III, 2), chacun doit se mettre devant les yeux aussi bien la justice et la sévérité de Dieu, que sa miséricorde et sa bonté ; et quand même on ne se sentirait coupable de rien, on ne devrait pas se croire justifié pour cela, parce que tous les hommes seront examinés et jugés, non d'après leur propre appréciation, mais d'après celle de Dieu, qui produira à

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la lumière ce qui est caché dans les ténèbres, et qui découvrira les plus secrètes pensées des cœurs; et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui sera due ; car, comme il est écrit encore ailleurs, Dieu rendra à chacun selon ses œuvres. » Cône. Trid., sess. VI, c. 16.

TÉMOIGNAGES DE i/ÉCRITURE.

4, / Cor., XV, 58 ; comme dans le chapitre que nous venons ; de rapporter du concile de Trente.

2. Hebr.y VI, 10 : « Car Dieu n'est pas injuste, pour qu'on puisse supposer qu'il oublie vos bonnes œuvres, et la charité que vous avez témoignée par les assistances que vous avez rendues en son nom et que vous rendez encore aux saints. »

3. Ibidem, X, 35 ; comme dans le chapitre rapporté tout-àl'heure du concile de Trente.

4. II Tim., IV, 7-8 : ce J'ai bien combattu; j'ai achevé ma course; j'ai gardé la .foi : il ne me reste qu'h attendre la couronne de justice qui m'est réservée, et que le Seigneur, comme un juste juge, me rendra en ce grand jour, et non-seulement à moi, mais encore à tous ceux qui aiment son avènement. »

5. Jean, III, 21 #: a Celui qui fait ce que la vérité M prescrit s'approche de la lumière, afin que ses œuvres soient produites au grand jour, parce qu'elles ont été faites en conformité avec la loi de Dieu. »

6. Jean, IV, 13-14; comme dans le chapitre que nous venons de rapporter du concile de Trente.

7. Matth.,X, 41-42 : « Celui qui reçoit un prophète en qualité de prophète recevra la récompense du prophète ; et celui qui reçoit un juste en qualité de juste recevra la récompense du juste ; — et quiconque aura donné à boire seulement un verre d'eau froide à l'un de ces plus petits, en sa qualité de l'un de mes disciples, je vous dis en vérité qu'il ne perdra point sa récompense. »

8. Il Cor., IV, 17 : « Car le moment si court et si léger des afflictions que nous souffrons en cette vie, produit en nous le poids éternel d'une souveraine et incomparable gloire. »

9. I Cor., I, 28-51 : « Il a choisi les plus petits et les plus méprisables selon le monde, et ce qui n'était rien, pour détruire ce qu'il y avait de plus grand, — afin que nul homme ne se glorifie devant lui. — C'est par cette voie que vous êtes établis en Jésus-Christ, qui nous a été donné de Dieu pour être notre sa-

gesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption ; — afin que selon ce qui est écrit, celui qui se glorifie ne se glorifie que dans le Seigneur. »

\0. II Cor., X, 17-18 : « Que celui donc qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur : car ce n'est pas celui qui se rend témoignage à lui-même qui est vraiment estimable, mais c'est celui à qui Dieu rend témoignage. »

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