‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des Pères (volume 3)Chapitre 78 sur 88 · Jac, 111, 2 : « Nous commettons tous bien des fautes · texte numérisé non relu

Jac, 111, 2 : « Nous commettons tous bien des fautes

12. I Cor., IV, 4-5 : « Car encore bien que ma conscience ne me reproche rien, je ne suis pas justifié pour cela; mais c'est le Seigneur qui est mon juge. — C'est pourquoi ne jugez point avant le temps jusqu'à ce que le Seigneur vienne, qui produira à la lumière ce qui est caché dans les ténèbres, et découvrira les plus secrètes pensées des cœurs : et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui sera due. »

13. Matth., XVI, 27 : « Car le Fils de l'homme doit venir dans la gloire de son père avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon ses œuvres. »

14. Rom., II, 5-8 : « Et cependant, par votre dureté et par l'impénitence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colère, et de la manifestation du juste jugement de Dieu, — qui rendra à chacun selon ses œuvres : — en donnant la vie éternelle à ceux qui, par leur persévérance dans les bonnes œuvres, cherchent la gloire, l'honneur et l'immortalité ; — et répandant sa fureur et sa colère sur ceux qui ont l'esprit contentieux et qui ne se rendent point à la vérité, mais qui embrassent l'iniquité. »

15. Ps. LXI, 12 : « Dieu a parlé une fois, et j'ai entendu ces deux choses : que la puissance appartient à Dieu, et que vous êtes, Seigneur, rempli de miséricorde, parce que vous rendrez à chacun selon ses œuvres. »

16. Apoc, XXII, 12 : « J'ai ma récompense avec moi, pour cendre à chacun selon ses œuvres. »

TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION

1 . S. Augustin, De gratiâ et libero arbitrio, c. VIII, n. 19 et 20 : « Si la vie éternelle, dira-t-on, est donnée en conséquence des bonnes œuvres, comme l'Ecriture le déclare formellement, en disant que Dieu rendra à chacun selon ses œuvres (Matth., XVI, 27) , comment peut-on dire que la vie éternelle est une grâce, puisque le propre caractère de la grâce, c'est de n'être point

klk TRAITÉ DE LA CHUTE DE L'HOMME

donnée en conséquence des œuvres, mais gratuitement et sans aucun mérite? C'est l'Apôtre lui-même qui la caractérise ainsi : Ce qui est donné à quelqu'un pour ses œuvres, dit-il, est donné à titre de récompense, et n'est point réputé une grâce, mais une dette

(Rom., IV, k)

» Je ne vois pas qu'on puisse résoudre autrement celte difficulté qu'en reconnaissant la vérité que j'ai établie jusqu'ici, que nos bonnes œuvres elles-mêmes, en conséquence desquelles nous attendons la vie éternelle, doivent être attribuées à la grâce. Jésus-Christ nous enseigne positivement celte vérité, quand il

nous dit : Sans moi vous ne pouvez rien faire (Jean, XV, S)

Si donc la bonne vie que nous pouvons mener n'est rien autre chose qu'une grâce de Dieu, par une suite nécessaire la vie éternelle, qui est accordée en conséquence de la bonne vie, est aussi une grâce de Dieu : car elle est elle-même donnée gratuitement, puisque la bonne vie, en conséquence de laquelle elle est accordée, est un don gratuit de la bonté de Dieu. Il y a néanmoins cette différence, que la bonne vie est seulement une grâce, au lieu que la vie éternelle qui est donnée en conséquence de la bonne vie, et à titre de récompense, est tout à la fois grâce pour grâce et récompense justement méritée, en sorte qu'il est parfaitement vrai que Dieu rendra à chacun selon ses œuvres (Âpoc, XXII, 12). »

2. Ibidem, c. IX, n. 21 : « David se dit à lui-même dans un psaume : Le Seigneur te couronne dans une abondance de miséricorde et de bonté (Ps. Cil, h). Cela veut-il dire que la couronne n'est pas donnée en conséquence des bonnes œuvres? Ce n'est assurément pas le dessein de l'Ecriture. Mais elle parle ainsi, parce que c'est Dieu même qui produit dans les justes leurs bonnes œuvres, selon cette parole de saint Paul : C'est Dieu qui opère en vous le vouloir et le faire selon son bon plaisir (Philip., Il, 13). Voilà pourquoi David dit que Dieu couronne par une abondance de miséricordes, parce que les bonnes œuvres que Dieu couronne sont un effet de sa miséricorde (1). »

3. Le même, Epist. CV (al. 194) ad Sixtum presbyterum : « De même que dès notre entrée dans la foi nous avons reçu miséricorde, etc. » Voir ce passage déjà rapporté précédemment, article des bonnes œuvres, question II, témoignage 8. Expliquant ensuite ces paroles de l'Apôtre (Rom., VI, 23), Stipendium peccati

(1) Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. Ier, p. 220-221, 223, 225.

mors (la mort est la solde du péché ),, il se demande à lui-même pourquoi l'Apôtre n'avait pas ajouté que la vie éternelle était aussi la solde de la justice. « Ou bien, poursuit-il, si l'Apôtre ne voulait pas dire que la vie éternelle est la solde de la justice, il pouvait dire au moins qu'elle est la solde de la foi, puisque le juste vit de la foi (Rom., h 17 ; Habac, II, h). Mais non : car il y a beaucoup d'endroits des divines Ecritures où la vie éternelle est appelée une récompense; au lieu qu'il ne s'en trouve pas un seul où la justice et la foi soient appelées de ce nom de récompense. Et la raison en est que la justice et la foi sont ce qui est récompensé, et que ce qui est récompensé n'est pas la récompense. Or, si la vie éternelle est appelée une récompense, elle peut être aussi appelée une solde, puisque la récompense est pour l'ouvrier ce qu'est la solde pour le soldat.

» Mais le saint apôtre était continuellement attentif à prévenir les surprises de l'orgueil , qu'il savait être toujours prêt à se glisser dans les plus saintes âmes. Il connaissait d'autant plus la grandeur de ce danger, qu'il nous apprend au sujet de lui-même que, pour l'empêcher d'y tomber, il lui avait été donné un ange de Satan qui le souffletait. Appliqué en conséquence, comme un fidèle soldat de Jésus-Christ, à combattre un ennemi toujours disposé à s'élever et à profiter des moindres avantages : La mort, dit-il, est la solde du péché. Elle mérite véritablement ce nom, parce qu'elle est due au péché, qu'elle lui est infligée avec justice, qu'elle répond enfin à ses mérites. Mais ensuite, de peur que le juste ne s'enflât du mérite de sa justice, comme d'un mé- • rite qui lui viendrait de son propre fonds, de même que le mauvais mérite du péché vient indubitablement du pécheur, l'Apôtre change de langage , et il ne suit pas la loi des contraires en disant que la vie éternelle est la solde de la justice; mais il dit qu'elle est une grâce. Et afin qu'on ne croie pas que celle grâce puisse s'obtenir par une autre voie que par le divin médiateur, il ajoute : En Jésus-Christ Nôtre-Seigneur (1). »

h. Le même, Epist. L/J (al. 155) ad Macedonium : « C'est par le don de ces vertus (la prudence, la force, la tempérance et la justice) , qui nous sont communiquées par la grâce de Jésus- Christ notre médiateur..., que nous menons ici-bas une bonne vie, et que nous en méritons la récompense qui nous sera rendue dans le ciel, et qui consiste dans la vie heureuse, et par con-

(t) Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. Ier, p. 122-123.

séquent éternelle, puisque rien ne saurait être heureux s'il n'est éternel.

» Les vertus du ciel et celles d'ici-bas sont les mêmes ; mais ici nous nous y exerçons et nous avançons dans la pratique, et là nous les posséderons dans toute leur plénitude : ici elles font nos mérites, et là elles feront notre récompense ; ici nous en pratiquons les œuvres, et là nous jouirons de ce qui en est la fin (1). »

5 . Le même, Lib. I contra adversariwn Legis et Prophetarum, c. 16 : a Ce qu'on donne en aumône est très-peu de chose; mais si on le donne avec piété, on mérite par cela seul des biens éternels. »

6. Le même, Lib. de moribus Ecclesiœ catholicœ, c. 2a : « Aimons donc Dieu de tout notre coeur, de toute notre âme et de tout notre esprit, si nous nous sommes proposé d'acquérir la vie éternelle. Car la vie éternelle est toute la récompense qui nous est promise : or, la récompense ne peut pas précéder le mérite, ou être donnée à l'homme avant qu'il en soit digne, puisque ce serait une injustice, et que Dieu est la justice même. Nous ne devons donc pas prétendre l'obtenir avant de mériter de la recevoir (2). »

7. Le même, Lib. de correptione et gratta, c. XIII, n. 41 : « Nous aurons encore besoin (au jour du jugement) de la miséricorde de Dieu, qui rend l'homme heureux en ne lui imputant point ses péchés (Ps. XXXh 2); mais alors cette miséricorde sera accordée par un juste jugement à proportion du mérite des bonnes oeuvres. Car saint Jacques, en disant que celui qui n'aura pas fait miséricorde sera jugé sans miséricorde , montre clairement que ceux en qui se trouveront des œuvres de miséricorde seront jugés avec miséricorde et qu'ainsi cette miséricorde même sera la récompense du mérite de leurs bonnes œuvres. Il n'en est pas de même en cette vie, puisque c'est sans qu'aucune bonne œuvre ait précédé , ou plutôt après une multitude de péchés, que la miséricorde divine prévient l'homme pour le délivrer, et des péchés qu'il a commis, et de ceux qu'il commettrait encore s'il n'était régénéré par la grâce, et des maux éternels qu'il aurait à souffrir, s'il n'était arraché à la puissance des ténèbres pour être transféré dans le royaume du Fils bien-aimé de Dieu (Col., l9 13). Cependant, comme le grand Apôtre donne le nom de grâce à la

(1) Cf. Lettres de saint Augustin, t. IV, p. 560-561

(2) Cf. Des Mœurs de l'Eglise catholique, p. 80, trad. d'Aflt. Arnauld.

vie étemelle elle-même (Rom., VL 23), quoiqu'il soit certain qu'elle est une récompense due aux bonnes œuvres, au lieu que la grâce est donnée gratuitement, et non en considération des œuvres, il ne faut point douter que la vie éternelle soit appelée une grâce en ce sens, que les mérites dont elle est la récompense sont des dons de la grâce. Aussi peut-on fort bien entendre que c'est la vie éternelle qui est appelée dans l'Evangile grâce pour grâce (Jean, I, 16), parce que les mérites auxquels elle est accordée sont l'effet de la grâce (1). »

8. Le même, Tract, de Epicureis et Stoicis, c. 5 : a La vie bienheureuse est la récompense du bien qu'on aura fait : le bien, voilà l'œuvre à faire; la béatitude, voilà la récompense à gagner. Dieu commande l'œuvre à l'homme, et lui propose la récompense. Il lui dit : Fais ceci, et tu recevras cela. »

9. S. Gyprien, De opère et eleemosynis : « Quelle sera, mes bien-aimés, la gloire des âmes miséricordieuses, quelle sera leur allégresse dans ce jour où le Seigneur, faisant le dénombrement de son peuple, et accordant à nos mérites et à nos œuvres les récompenses qu'il a promises, nous rendra les biens du ciel en échange des biens de la terre ; des trésors qui ne périssent pas, au lieu des trésors du temps; pour d'humbles sacrifices, d'immenses rémunérations; dans ce jour où il nous présentera à son Père, auquel il nous a réconciliés en nous sanctifiant par sa grâce, et où, fidèle à ses engagements, il nous rétablira dans notre patrie, nous ramènera en triomphe dans la Jérusalem céleste, et nous mettra en possession de cette immortalité bienheureuse qu'il nous a conquise par son sang ! Gravons profondément ces pensées dans notre mémoire; nourrissons-en notre foi; portons-y toute l'affection de notre cœur; achetons-la réalisation de telles promesses par la générosité de nos œuvres.

» L'aumône, mes bien-aimés, est donc une œuvre excellente et divine, la consolation des fidèles, l'ancre du salut, le bouclier de la foi, le fondemeat de l'espérance, le remède du péché. Tout à la fois sublime et facile, elle est praticable pour tous; couronne de la paix, elle ne redoute pas les épreuves de la persécution; un des plus grands dons de la Providence, nécessaire aux faibles, glorieux aux forts, utile à tous. Par elle, le chrétien porte jusqu'au terme de sa vie le trésor de la grâce, se rend Jésus-Christ favorable au jour du jugement, et fait son débiteur

(() Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. Ier, p. 387-388.

de Dieu lui-même. Combattons à l'envi pour remporter cette palme immortelle; nous avons Dieu et son Christ pour spectateurs ! Courons à grands pas dans la carrière de la charité et de la miséricorde , et puisque nous avons commencé à nous élever au-dessus du siècle et du monde, que la cupidité du monde et du siècle n'arrête pas la rapidité de notre marche. Si le jour du combat ou des rétributions nous trouve franchissant d'un pas libre l'arène ouverte devant nous, la récompense que Dieu nous a promise selon nos mérites, ne nous fera point défaut. Aux triomphateurs qui auront vaincu pendant la paix par l'aumône et la charité , il donnera la couronne de lis ; aux victimes de la persécution, il promet de plus la couronne de pourpre (1). »

10. Le même, Epist. LVI ad Thibarilanos : « Armons notre main du glaive spirituel, afin qu'elle repousse avec un généreux dédain des sacrifices abominables, et que, fidèle à l'Eucharistie, cette même main qui a reçu le corps du Seigneur (2), embrasse sa personne même, pour recevoir ensuite de lui la récompense des célestes couronnes. Quel grand, quel illustre jour, frères bienaimés , que celui où le Seigneur commencera le recensement de son peuple , examinera les mérites de chacun au flambeau de la lumière divine , précipitera les coupables dans les enfers, consumera dans l'ardeur des flammes éternelles nos persécuteurs, et nous assignera à nous-mêmes les récompenses de la foi et du dévouement ! Quelle gloire ! quelle allégresse d'être admis à l'honneur de contempler Dieu, de goûter une félicité sans fin avec Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Dieu!...

» Que ces pensées, frères bien -aimés, demeurent gravées au fond de vos cœurs! Méditez-les et le jour et la nuit. Ayez toujours présents à vos yeux, et les supplices des méchants, et les récompenses des justes, et les menaces que Notre- Seigneur adresse aux lâches qui le renient, et la gloire qu'il promet aux fidèles qui le confessent. Si le jour de la persécution nous trouve occupés de ces saintes pensées , le soldat de Jésus-Christ , formé par ses préceptes et ses avertissements , ne tremblera point sur le champ de bataille ; il est prêt pour la couronne (5). »

41. Le même, Epist, LX ad episcopos Numidas : « Puisque Jésus-Christ a dit dans son Evangile : J'ai élê malade, et vous

(1) Cf. Les Pères de V Eglise, Irad. de Genoude.

(2) Ceci fait allusion à l'usage où les fidèles étaient alors de recevoir r Eucharistie dans la main droite pour s'en communier eux-mêmes.

(3) Cf. Les Pères de l'Eglise, trad. de Genoude.

m'avez visité, avec combien plus de satisfaction pour lui et d'avantages pour nous, ne nous dira-t-il pas : J'ai été captif, et vous m'avez racheté ! Et puisqu'il dit encore : J'ai été en prison , et vous êtes venus à moi, combien ne nous sera-t-il pas plus glorieux de l'entendre nous dire : « J'élais captif chez les Barbares, renfermé dans un cachot, chargé de liens, et vous avez brisé les chaînes et ouvert la prison de ma captivité ; » lorsque viendra le jour du jugement , et que nous pourrons recevoir la récompense fies mains du Seigneur (1)? »

1 12. S. Chrysostôme, Hom. XLII in Genesim : « Si nous voulons être en grâce avec Dieu, imitons le patriarche (Abraham), et no remettons pas d'un jour à l'autre à embrasser le parti de la vertu; mais saisissant toutes les occasions qui se présentent à nous d'en exercer les actes, sachons nous y adonner avec une telle ardeur, que nous attirions sur nous le regard vigilant de Dieu , qui nous accordera infailliblement la récompense promise. Car celui qui connaît le secret de nos cœurs , quand il verra notre volonté fermement déterminée à affronter toutes les difficultés que présentera l'accomplissement de nos devoirs , nous prêtera sur-lechamp le secours de sa grâce, qui allégera pour nous le poids de nos travaux, fortifiera notre faiblesse, et nous ménagera d'abondantes récompenses. Dans les combats olympiques, vous ne trouverez jamais un avantage de cette espèce offert aux athlètes : le directeur de ces jeux est bien là spectateur des luttes qu'ils soutiennent les uns contre les autres ; mais il ne fait rien de plus pour contribuer à leurs succès, il attend seulement la victoire à se déclarer. Au lieu que notre divin maître se conduit tout autrement à notre égard ; car il combat avec nous , nous tend la main, nous soutient de son bras, fait tout en quelque sorte pour renverser notre adversaire à nos pieds, et ne néglige rien pour nous procurer la victoire, et nous faire mériter la couronne ' de l'immortalité. Car une couronne de grâce sera posée sur votre Ytête, vous dit l'Esprit-Saint (Prov., I, 9). Dans les jeux olympiques d'ailleurs , la couronne qu'on reçoit après la victoire n'est autre chose qu'une branche de laurier, avec les applaudissements bruyants de la multitude , toutes choses que le jour qui s'écoule emporte avec lui , et dont il ne reste plus rien quand le soir est venu ; au lieu que la couronne promise aux combats de la vertu n'a rien de matériel , rien qui ait quelque chose à craindre des

(i) Cf. Les Pères de l'Eglise, trad. de Genoude.

^80 TRAITÉ DE LA CHUTE DE l/HOMMff

révolutions du temps; mais c'est une couronne impérissable, immortelle, qui ne se flétrira jamais. Et tandis que le travail lui-même n'aura duré qu'un temps fort court, la recompense qui y est attachée n'aura point de fin, et sera hors de toute atteinte (1). »

13. Le même, Hom. XLIII in Epist. I ad Corinthios : « C'est .quelque chose de grand que de se montrer compatissant et vertueux dans la prospérité ; mais c'est quelque chose de plus grand encore, de ne point dévier de ses devoirs dans les épreuves de l'adversité. Ceux-là seuls sont capables de cet héroïsme , qui ont Dieu en vue dans tout ce qu'ils font. De quelques dangers donc que nous soyons environnés, et quelques maux que nous ayons à souffrir, attachons -nous avec une ardeur proportionnée aux actes pénibles de la vertu. Car le temps présent n'est pas celui de la récompense. Par conséquent, ne demandons point à recevoir dès ici-bas des couronnes, de peur d'amoindrir notre récompense pour le temps où il nous sera donné de les recevoir. Car, de même que les ouvriers qui se nourrissent à leurs propres frais tout en s'acquittant de leur travail , reçoivent un plus fort salaire que ceux qui sont nourris par ceux qui les font travailler, ainsi les saints, qui font mille bonnes œuvres et endurent en même temps mille contradictions , reçoivent leur salaire sans diminution, et obtiennent une récompense beaucoup plus grande, tant à cause des bonnes œuvres qu'ils ont faites , qu'à cause des maux qu'ils ont endurés, au lieu que celui qui, par lâcheté, préfère vivre dans la mollesse , est loin de mériter des couronnes aussi brillantes. Ne cherchons donc point ici notre récompense, mais réjouissons-nous plutôt, lorsque nous nous voyons maltraités pour avoir fait le bien. Car alors Dieu nous récompensera , non-seulement pour le bien que nous aurons accompli, mais encore pour les traverses que nous aurons essuyées. i » Pour mettre cette vérité dans un plus grand jour, supposons deux riches portés à faire l'aumône , et la faisant effectivement aux pauvres; que dans la suite un de ces deux hommes demeure en possession de ses richesses, et continue à jouir de toute sorte de prospérités ; que l'autre , au contraire , soit visité par la pauvreté, la maladie et les autres accidents, et qu'au milieu de toutes ces traverses il persévère à rendre grâces à

(i) Cf. S. Soumis Chrysostomi opéra, t. IV, pag. &24, édition de Monlfaucon; pag. Ï90-&91, édit. de Gaunie.

Dieu. Quand une fois ces deux riches seront au pied du tribunal de Dieu , lequel pensez-vous que ce soit des deux qui recevra la plus grande récompense? N'est -il pas évident que ce sera celui qui aura enduré la maladie et la pauvreté , parce qu'en faisant le bien malgré le mal qu'il aura souffert, il se sera élevé audessus de ce que peuvent les forces humaines ? Cela est de toute évidence. Car on peut le comparer à bon droit à une statue de diamant, et c'est lui qu'on peut vraiment appeler un serviteur bon et fidèle (1). »

14. S. Grégoire-le-Grand, Hom. XVII in Evangelia : « Il faut faire attention à ce qui est ajouté ici (Luc, X, 7) : Celui qui travaille mérite sa récompense. Car, dans la récompense de celui qui travaille , peut entrer la nourriture qu'on lui donne pour se sustenter ; et ainsi l'ouvrier évangélique reçoit dès ici -bas un commencement de récompense de son travail, qu'achèvera le bonheur de voir Dieu, dont il jouira dans le ciel. Remarquons ici qu'un même travail obtient une double récompense : l'une dans ce lieu de pèlerinage , l'autre dans la patrie céleste ; l'une dont l'objet est de nous donner des forces pour le travail, et l'autre exempte de toutes charges , qui nous sera décernée au jour de la résurrection. Par conséquent , la récompense que nous recevons dans la vie présente, doit avoir pour effet de nous faire travailler avec plus de force pour mériter celle de la vie future. Un vrai prédicateur de l'Evangile ne prêchera donc pas pour recevoir une récompense temporelle ; mais il recevra cette récompense en vue de pouvoir continuer à prêcher l'Evangile. Et le prédicateur qui aurait pour but de s'attirer des louanges ou d'obtenir quelque don ou quelque salaire, se priverait certainement de la récompense éternelle. Mais s'il ne cherche à plaire à ses auditeurs, que pour les attirer par-là à aimer Dieu bien plutôt que lui-même, ou s'il n'accepte l'honoraire des prédications qu'il donne , que pour que l'indigence ne le mette pas hors d'état de continuer son ministère , ce qu'il reçoit ainsi pour s'aider à accomplir son pèlerinage , ne peut pas lui faire perdre sa récompense dans la céleste patrie. »

15. S. Augustin, Lib. L Homiliarum, hom. 14 : « Ecoutons l'apôtre saint Paul nous dire, etc., » comme plus haut, chapitre des bonnes œuvres, question II, témoignage 12, tome IV, p. 301.

(i) Cf. S. Joannis Chrysostomi opéra, t. X, p. 404-405, édition de Montfaucon; p. 470-471, édit. de Gaume,

vi. 51

16. Le même, in Pstdmum LXXXIII; voir au chapitre toi;t-à- Pheure cité, même question, témoignage 43, page 301; à quoi il sera bon d'ajouter l'extrait suivant de cette même paraphrase sur le psaume LXXXIII : « C'est Dieu lui-même qui se rend notre débiteur. Il nous doit, non qu'il ait rien reçu de nous, mais parce qu'il s'est engagé lui-même à nous par ses promesses. On ne lui dit point : Rendez-nous ce que nous vous avons donné; mais : Rendez-nous ce que vous nous avez promis. Il m'a fait miséricorde, dit ce saint Apôtre, afin de me rendre innocent; car j'ai été autrefois un blasphémateur, un persécuteur, un outrageux ennemi de l'Eglise; mais sa grâce m'a rendu innocent à ses yeux. Celui qui d'abord m'a fait miséricorde pourrait-il ensuite me refuser ce qu'il me doit? Il aime la miséricorde et la vérité.

» // donnera la grâce et la gloire. Quelle grâce donnera Dieu, sinon celle dont l'Apôtre vient de parler, lorsqu'il a dit : G est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis (/ Cor., XV, 10)? Quelle gloira donnera-t-il ensuite, sinon celle dont il parle lorsqu'il dit : // me reste maintenant à attendre la couronne de justice (IITim.,IV,8)(i). »

17. Le même, Tract. III in Evangelium Joannis : a Ecoutez l'Apôtre, etc., » passage cité plus haut, article des bonnes œuvres, question II, témoignage 15, tome IV, page 303.

18. Théophylacte, sur ces paroles de la deuxième épître à Timothée, c. IV, Quam reddet mihi, etc. : « L' Apôtre ne dit pas : La couronne de justice que le Seigneur me donnera, mais : que h Seigneur me rendra comme à titre de dette. Car comme il est juste, il ne laissera aucun travail sans récompense. Cette couronne est donc une dette, qu'acquittera le juste juge. »

19. OEcumenius, sur ce même passage : a Observez que saint Paul réclame cette couronne comme une dette que le juste juge ne lui donnera pas simplement, mais qu'il lui rendra. »

i 20. Le deuxième concile d'Orange, canon 18 : « La récompense est due aux bonnes œuvres ; mais la grâce n'est due à personne, et elle précède nos bonnes œuvres dont elle est le principe. »

24. S. Augustin, De correptione et graliâ, c. 43; ce passage a déjà été rapporté plus haut, témoignage 7, page 476.

22. Le même, De gratiâ et libero arbitrio, c. 6 : « Nous avons

(l)Çf, Sermons de saint /iugmtin sur les Psaumes^ t. IV* p. 479..

trouvé l'Apôtre dénué de tous bons mérites, chargé au contraire d'une multitude de mauvais mérites. C'est l'état où il était, quand il a été favorisé de la grâce de Dieu, qui rend ainsi le bien pour le mal. Considérons-le maintenant dans un autre état, dans le temps où, sa mort étant proche, il écrivait ainsi à Tirnothée : Je suis sur le point d'être immolé, et le moment de ma dissolution approche : j'ai bien combattu; j'ai achevé ma carrière; fat gardé la foi (II Tim., IV, 6). Cet Apôtre qui, après de mauvais mérites, avait été favorisé de la grâce, parle maintenant de bons mérites qui sont en lui, en conséquence desquels il compte obtenir la couronne. Mais faites, je vous prie, attention à ce qu'il ajoute : Il ne me reste qu'à recevoir la couronne de la justice, cette couronne que le Seigneur, ce juste juge, me rendra en ce grand jour. A qui Dieu, en qualité de juste juge, rendrait-il la couronne de la justice, si, en qualité de père miséricordieux, il n'avait donné la grâce comme un pardon? Et comment cette couronne serait-elle véritablement la couronne de la justice, si cette grâce qui justifie l'impie n'avait été accordée d'abord? Comment enfin cette couronne serait-elle rendue comme une récompense de la justice , si la grâce n'avait été donnée auparavant comme une faveur toute gratuite (1)? »

23. Le même, Serm. XV de verbis Apostoli, c. 2, comme plus haut, question XII, témoignage 6, page 384.

24. S. Fulgence, Lib. I ad Monimum, c. 11 : « L'Apôtre déclare que cette grâce demeure , non-seulement en cette vie , par la justification qu'elle procure au pécheur, mais encore dans la vie à venir par la récompense qu'elle assure aux élus, et il ajoute que cette grâce, effet de la bonté que Dieu nous a témoignée en Jésus-Christ , abonde par-dessus nous, c'est-à-dire qu'elle surpasse tous les mérites de quelque homme que ce soit. Voici ses paroles (Ephes., II, 7) : Ut ostenderet in sœculis supervenientibus abundantes divitias gratiœ suœ in bonitate super nos in Christo Jesu (2). La grâce est donc un bienfait que Dieu accorde en cette vie aux méchants, c'est-à-dire aux impies qu'il lui plaît de justifier, et à qui il impute leur foi à justice. C'est de ce

(1) Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. Ier, p. 213-214.

(2) Saint Fulgence donne ici à ces deux mots, super nos} dans la traduction que nous venons d'essayer de ses paroles , un sens que ne leur donnent pas les autres commentateurs. Sacy a traduit simplement : « Pour faire éclater dans les siècles à venir les richesses surabondantes de sa grâce par la bonté qu'il nous a témoignée en Jésus-Christ. »

484 TRAITE DE ÎA CHUTE DE L tfOMMÊ

bienfait que veut parler David, lorsqu'il dit dans un de ses psaumes : Que rendrai-je au Seigneur pour tous les biens qu'il m'a faits (Ps. CXV, 3)? La grâce est encore cette récompense promise aux bons, et par laquelle il les glorifiera en les faisant passer à un état meilleur. Car cela même sera l'ouvrage de la grâce. En effet, pour que les justes parviennent à mériter cette récompense, il faut que la grâce les prévienne et les attire d'abord, qu'elle les accompagne et les soutienne ensuite. L'Ecriture appelle aussi cette grâce du nom de miséricorde. C'est d'elle que David a dit ces paroles : Mon Dieu, sa miséricorde me préviendra (Ps. LV1II, 11); et ces autres encore : Voire miséricorde me suivra tous les jours de ma vie (Ps. XXII, 6). La grâce prévient donc l'impie pour qu'il devienne juste, et puis elle le suit ou le soutient, pour qu'il ne redevienne pas impie. Elle prévient l'homme aveugle, en lui donnant la lumière qu'il ne pourrait trouver s'il était abandonné à ses ténèbres; elle s'attache aux pas de l'homme une fois éclairé , pour l'empêcher de perdre la lumière qu'il a trouvée. Elle prévient l'homme tombé, pour que celui-ci se relève; elle le suit quand une fois il s'est relevé, pour qu'il ne tombe pas de nouveau. Elle nous prévient en nous donnant la bonne volonté ; elle nous suit , en nous donnant de plus les moyens d'accomplir le bien que nous voulons. Cette miséricorde que Dieu exerce envers l'homme en le soutenant après avoir commencé par le prévenir, ne fait que donner suite à de premiers dons qu'elle lui a conférés. Et ainsi, non-seulement elle le rappelle de ses égarements dans la droite voie en le rendant juste d'impie qu'il était d'abord, mais encore elle le protège et le soutient lorsqu'il est une fois dans le chemin qu'il doit suivre, pour arriver au glorieux séjour qui lui est préparé dans l'éternité. »

25. Ibidem, c. 12 : <c Dans cette voie laborieuse de la justification, les saints iront et marcheront en pleurant et jetant la semence en terre (Ps. CXXV, 6). Parvenus au terme heureux de leur glorification, ils reviendront avec des transports de joie en portant les gerbes de leur moisson (ibid., 7). Dans la première de ces deux stations, ils sont comme les ouvriers du père de famille occupés à sa vigne ; dans l'autre ils recevront sans aucun doute le denier qui sera le prix de leur travail. Dieu donne dès cette vie la grâce de la justification, pour qu'ayant davantage le sentiment de son indignité, l'homme reçoive celte grâce comme ne lui étant pas due et comme étant en même temps le principe de

tous ses mérites; il réserve pour l'autre vie la glorification de ses élus, pour que ceux-ci se trouvent dignes de la recevoir comme récompense de leurs mérites, après avoir reçu le principe de leurs mérites mêmes, lorsqu'ils étaient indignes de cette faveur. »

26. S. Augustin, Sentent. CXIII apud Prosperum (1) : « La justice dont le juste est animé pour vivre de la foi est une justice véritable, parce qu'elle vient de Dieu, étant inspirée à l'homme par l'esprit de grâce. Quoiqu'on puisse la dire parfaite ou consommée en certains justes, autant du moins qu'elle peut l'être en cette vie, elle est au fond très-faible, si on la considère par rapport à cette justice éminente, à laquelle sont élevés les anges, et dont l'absence faisait confesser son imperfection à celui qui s'en voyait encore privé, quoiqu'il pût en même temps se dire parfait par rapport à cette autre justice , propre à la vie présente, à laquelle il était était déjà parvenu. Celle-ci constitue le mérite, celle-là constitue la récompense. Celui qui ne s'attache pas à la première se flattera vainement d'obtenir la seconde. »

27. Le même, de Prœdestinatione Sanctorum, c. V, n. 10 : « QiC avez-vous que vous n'ayez reçu (I Cor., IV, 7)? L'Apôtre prévoyait que les hommes pourraient s'enfler d'orgueil les uns contre les autres, en disant : C'est ma foi , c'est ma justice, ou quelque autre bonne qualité semblable qui me discerne. C'est pour prévenir de pareilles pensées que cet excellent docteur réplique : QiC avez-vous que vous n'ayez reçu? Et de qui l'avez-vous reçu, sinon de celui qui vous discerne de tel autre, à qui il n'a pas donné ce qu'il vous a donné? Et si vous avez reçu ce que vous avez, ajoute-t-il, pourquoi vous en glorifiez-vous comme si vous ne V aviez pas reçu? N'est-il pas évident que saint Paul n'a pas d'autre but que de porter celui qui se glorifie à se glorifier dans le Seigneur ? Or , rien n'est plus contraire à cette disposition que de se glorifier de ses propres mérites, comme les tenant de soimême, et non de la grâce : je parle de la grâce qui discerne les bons d'avec les méchants, et non de celle qui est commune aux uns et aux autres. Qu'on donne, si l'on veut, le nom de grâce à la nature qui nous distingue des bêtes, en nous rendant capables d'agir par raison. Qu'on donne encore le nom de grâce à certaines qualités naturelles qui distinguent les beaux hommes de ceux qui sont difformes ou contrefaits, les hommes d'esprit de ceux qui ont l'esprit pesant, et à d'autres pareils dons de cette

(1) Ex libro tertio contra duas epistolas Pelagianorum, c. 7.

espèce ; mais ce n'est pas là de quoi il s'agissait dans le discours de saint Paul. Les Corinthiens qu'il reprend ne s'enflaient pas d'orgueil par rapport aux brutes ; ils ne s'élevaient pas non plus au-dessus des autres hommes pour des avantages naturels qui peuvent se trouver dans les plus scélérats. Leur orgueil consistait en ce qu'ils s'enflaient de certains avantages auxquels la piété pouvait trouver son compte , et qu'ils s'attribuaient à eux-mêmes \ au lieu d'en rapporter la gloire à Dieu. C'est à cette occasion que saint Paul leur dit : Qui est-ce qui vous discerne? Qu'avez-vous que, vous n'ayez reçu (1)? »

28. Le même, De gratiâ et libero arbitrio, c. VI, n. 13 •' « Tous ces témoignages de l'Ecriture sainte, et une multitude d'autres semblables, prouvent clairement que ce n'est pas en conséquence de nos mérites que la grâce nous est accordée , en nous faisant voir qu'elle a été donnée, et qu'elle l'est tous les jours, non-seulement sans qu'aucun bon mérite ait précédé, mais encore à la suite de quantité de mauvais mérites. Mais lorsque nous avons le bonheur d'avoir reçu ce don précieux, nous commençons à avoir de bons mérites, mérites cependant dont il est le principe. Car si la grâce se retire, l'homme tombe aussitôt, et son libre arbitre, loin de le soutenir, ne fait que le précipiter. Que l'homme donc, alors même qu'il commence à faire de bonnes œuvres et à s'enrichir de bons mérites, se garde bien de se les attribuer à lui-même, au lieu de les restituer à Dieu ; mais qu'il dise à Dieu avec le Psalmiste : Soyez mon secours, ne m'abandonnez pas (Ps. XXVI ', 9). En disant : Ne m'abandonnez pas, David nous apprend que, si Dieu l'abandonne, il n'est plus capable de faire par lui-même rien de bon (2). »

29. S. Célestin Ier, Epist. I ad Episcopos Galliœ, can. 11 : « Telle est la bonté de Dieu pour tous les hommes, qu'il veut que nous nous fassions des mérites de ses propres dons, et qu'il nous promet des récompenses éternelles en retour de ces dons mêmes qu'il nous a faits. Car il agit en nous pour que nous voulions et' que nous fassions ce qu'il nous commande, et il ne permet pas* que nous rendions inutiles par notre négligence des dons que sa volonté est que nous fassions valoir, pour être nous aussi les coopérateurs de sa grâce. »

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