‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des PèresChapitre 113 sur 139 · TEMOIGNAGES DE · texte numérisé non relu

TEMOIGNAGES DE

l'écriture.

I . Luc , I, 28-35, 41-45 : « L'ange étant entré dans le lieu où elle était , lui dit : Je vous salue , ô pleine de grâce , le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes. — Mais elle, l'ayant entendu , fut troublée de ses paroles , et elle cherchait en elle-même quelle pouvait être cette salutation. — Et l'ange lui dit: Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu; — Voilà que vous concevrez en votre sein , et vous enfanterez un fils , à qui vous donnerez le nom de Jésus. — Il sera grand,

Quœ est summa orationis dominicœï

Formulam absolutam continet non solîim orandi ac postulandi bona, verùm etiam deprecandi ac fugiendi mala quaelibet.

Inter bona verô primum est illud expetendum , ut Pater cœlestis ab omnibus semper et ubique glorificetur : deinde verô ut Diras regni participes efficiamur : tum ut ea nobis adminicula suppetant, quibus ad regnum Dei commode pervenitur. Quale est ex parte quidem animae nostrae, voluntati divinae conformari, ex parte verô corporis victum habere necessarium.

Quae autem secundo loco ad finem usque totius precatiouis adduntur, affectum exprimuut mala deprecantis , ut Dei gratiâ et virtute aut penitus illa removeautur,

peccata nimirum bonorum omnium corruptelae, et reliquorum lernae malorum, aut eadem sic temperentur , ne suâ vi saluti consequendae officere possint. Ejusmodi sunt variae in hoc mundo tentationes, et quaelibet cùm praesentis, tirai futurae vitae calamitates. Reliqua de oratione tractanda in eum reservabuntur locum qui bonorum operum gênera triplicia declarabit.

Quœ salutatio dici Angelica solet ?

Ea, quae sanctissimae Virgini Deique Matri his verbis defertur : Ave, Maria, gratta plena, Dominus tecum, benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui Jésus. Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc, et in hora mortis noslra\ Amen.

et sera appelé le Fils du Très- Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père. Il régnera éternellement sur la maison de Jacob , — et son règne n'aura point de fin. — Alors Marie dit à l'ange : Gomment cela se fera-t-il , car je ne connais point d'homme? — L'ange lui répondant , lui dit : Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre ; c'est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu. — Dès qu'Elisabeth eut entendu la voix de Marie qui la saluait, son enfant tressaillit dans son sein; et Elisabeth fut remplie du Saint-Esprit ; — et s' écriant à haute voix, elle dit : Vous êtes bénie entre les femmes , et le fruit de vos entrailles est béni. — Et d'où me vient ce bonheur, que la mère de mon Seigneur vienne vers moi ? — Car votre voix n'a pas plus tôt frappé mon oreille , lorsque vous m'avez saluée , que mon enfant a tressailli de joie dans mon sein. — Que vous êtes heureuse d'avoir cru , parce que les choses qui vous ont été dites de la part du Seigneur s'accompliront ! »

TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION

4. S. Chiwsostôme , in Liturgiâ swe in Missâ sua : « Par les prières , Seigneur, de celle qui vous a mis au monde , c'est-à-dire de Marie toujours vierge , Mère de Dieu , de toutes les puissances célestes, de Jean-Baptiste votre illustre précurseur et prophète, des glorieux et saints apôtres , de saint Nicolas dont nous célébrons la mémoire , ayez pitié de nous et sauvez-nous. » Le diacre répète plusieurs fois : « Faisant mémoire de la très-sainte , très-pure , bénie entre toutes les femmes, notre glorieuse reine, Mère de Dieu et toujours vierge Marie , et de tous les saints, recommandons-nous les uns les autres à Jésus-Christ notre Dieu , et consacrons-lui notre vie entière. » On y lit encore : « Par les prières de votre très-sainte Mère, ô Dieu Sauveur, sauvez-nous. » On! lit un peu plus loin : « Le Seigneur donnera sa parole aux hérauts de sa gloire afin qu'ils l'annoncent avec une grande force , par les prières de Marie , notre Dame , mère de Dieu et toujours vierge, de ce saint et glorieux apôtre et évangéliste. » Plus loin encore on ajoute : « Il est vraiment convenable et juste de vous glorifier, vous la bienheureuse et très -pure Mère de notre Dieu, etc. » Nous reproduirons ces paroles plus au long à la question XIX. «Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes, et béni est le fruit de vos entrailles , parce que vous avez mis au monde

le sauveur de nos âmes. » Plus loin encore : « Par l'intercession de l'immaculée mère de Dieu et toujours vierge notre Dame Marie, rendez-moi digne de recevoir sans crime votre don immaculé pour la rémission des péchés, etc. » On y lit enfin : « Dirigez notre voie , et confirmez-nous tous dans votre crainte , protégez notre vie , affermissez nos pas , par les prières et les supplications de la sainte Mère de Dieu et toujours vierge Marie , et de tous les saints (1), »

2. S. Jacques apôtre et frère de Notre-Seigneur, ou la liturgie ou messe qui porte son nom (2) : « Faisant mémoire de la trèssainte, immaculée, très-glorieuse Mère de Dieu, et toujours vierge Marie notre Dame , avec tous les saints et justes , recommandonsnous les uns les autres à Jésus-Christ notre Dieu , et consacronslui notre vie entière. » Plus loin : « Faisons mémoire de la trèssainte , immaculée , très-glorieuse , bénie Mère de Dieu et toujours vierge Marie notre Dame , et de tous les saints et justes , afin que nous obtenions tous miséricorde par leurs prières et leurs intercessions. )> Plus loin encore : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce , le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes , et béni est le fruit de vos entrailles, parce que vous avez mis au monde le sauveur de nos âmes. Il est convenable de vous dire vraiment heureuse , Mère de Dieu , toujours sainte , et pure sans aucune tache , Mère de notre Dieu, plus digne d'honneur que les chérubins , plus glorieuse que les séraphins , vous qui sans souillure avez mis au monde Dieu le Verbe, nous vous glorifions comme étant vraiment la Mère de Dieu. 0 pleine de grâce , toutes les créatures , le chœur des anges , le genre humain tout entier vous proclament bienheureuse , vous qui êtes le temple sanctifié , le paradis mystique , la gloire des vierges , vous dans le sein de laquelle Dieu a pris un corps et s'est fait petit enfant , lui notre Dieu qui est avant les siècles. Il a fait de votre sein son trône , et lui a conféré plus de gloire qu'au ciel même. A vous, ô pleine

(1) La liturgie qui porte le nom de saint Jean Chrysostôme est véritablement de ce saint docteur, comme le prouve Noël- Alexandre, Hist. ecclcs., sœc. IV, c. VI, art. XXIX. L'édition de M. Gaume, ou celle des Bénédictins, que M. Gaume a reproduite, présente quelques différences peu graves par rapport à quelques-unes des citations que nous venons de rapporter d'après Canisius. Voir S. Joannis Chrysost. opéra, t. XII, p. 770 ou 1011, etsuiv.

(2) C'est à faux que celte liturgie, quoique recommandable par son antiquité, porte le nom de l'apôtre saint Jacques, au moins dans son entier. Voir Noel-Alexasdre, Uist. eccles., sœc. I, c. XII, art. III.

de grâce , toute créature adresse ses congratulations ; gloire à vous. »

3. S. Augustin, Serm. II de annuntiatione Dominicâ, qui est sermo XVIII de sanctis (I) : « Un ange est descendu du ciel , envoyé par Dieu le Père pour préluder à notre rédemption , et pour saluer la bienheureuse Marie : Je vous salue, lui a-t-il dit , pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Marie a donc été remplie de grâce , et tenue quitte de la faute d'Eve. La malédiction portée contre Eve se change en bénédiction pour Marie : Je vous salue , lui dit l'ange , ô pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Il est avec vous dans votre cœur, avec vous dans votre lait virginal , avec vous dans votre sein, avec vous dans l'appui qu'il vous prête. Félicitez-vous, Vierge bienheureuse*; le Christ, venu du ciel où il a son trône , s'incarne dans votre sein ; il daigne descendre du sein du Père dans les entrailles d'une telle mère. Vous êtes bénie entre toutes les femmes , ajoute-t-il , vous qui avez enfanté la vie pour les hommes et pour les femmes. La mère du genre humain a apporté des châtiments au monde ; la Mère de notre Dieu a apporté au monde le salut. Eve est la cause de nos péchés ; Marie est la cause de nos mérites. Eve a causé notre mort ; Marie a causé notre vie. La première nous a blessés ; la seconde nous a guéris. La désobéissance a fait place à l'obéissance , et l'infidélité a fait place à la foi... O bienheureuse Marie , le monde entier réduit en servitude vous demande sa délivrance ; il vous a faite la caution de sa foi auprès de Dieu. Ne tardez pas , ô Vierge , hâtez- vous de répondre au messager céleste , et consentez à avoir un fils; donnez votre parole de consentement , et devenez féconde. Voici, dit-elle, la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole. Aussitôt le céleste messager s'en retourne , et le Christ entre dans le lit virginal qui lui est préparé. Elle devient tout d'un coup enceinte de son Dieu , et dans tous les siècles elle sera proclamée bien- , heureuse. Qu'y a-t-il d'étonnant s'il naît sans souillure, celui qui est conçu de l' Esprit-Saint? Il ne convenait pas en effet, que celui qui nous apportait le salut enlevât à sa mère le privilège de sa chasteté. Celui que la terre, la mer et le ciel ne suffisent pas pour contenir, se renferme dans les mesquines proportions des membres d'un enfant à peine formé. C'est là ce nouveau prodige, annoncé à l'avance par le prophète Jérémie (Jérém. , XXXI, 22) : Le Seigneur,

, (1) Ce sermon se compose en partie d'un fragment d'Eusèbe d'Emèse, en partie d'un autre fragment du sermon CXXXVU de saint Augustin, de tempore. Voir Noel-Alexandre.

DE LA SALUTATION ANGÉUQtîE. 107

dit ce prophète, fera paraître un nouveau prodige sur la terre, une femme environnera un homme. 0 femme bénie par-dessus toutes les femmes , qui n'a point connu d'homme , et qui a environné un homme des contours de son sein ! Marie environne un homme, en ajoutant foi aux paroles de l'ange , comme Eve avait perdu un homme en ajoutant foi aux paroles du serpent. 0 bienheureuse Marie , qui pourra dignement vous rendre grâces et célébrer vos louanges , vous qui par votre consentement d'un genre nouveau avez sauvé le monde de sa perte? Par quels éloges le genre humain pourra-t-il s'acquitter envers une telle bienfaitrice , dont la médiation toute seule lui a rendu ses premiers droits? Acceptez nos actions de grâces , quelque pâles qu'elles soient , quelque disproportionnées qu'elles paraissent à vos mérites ; et après avoir exaucé nos vœux , plaidez en priant pour nous le pardon de nos péchés. Permettez à nos prières de pénétrer jusqu'à vous, et procurez-nous, en nous réconciliant, le remède à tous nos maux. Rendez pardonnables nos fautes , en vous chargeant de notre défense ; obtenez-nous ce que nous demandons avec une vive foi. Acceptez ce que nous vous offrons , rendez-nous ce que nous demandons , préservez-nous de ce que nous avons à redouter : car vous êtes l'unique espérance des pécheurs ; c'est de votre médiation que nous attendons le pardon de nos péchés ; en vous , ô bienheureuse Vierge , est tout notre espoir pour les récompenses à venir. Sainte Marie , venez au secours de notre misère ; aidez notre faiblesse; consolez notre affliction, etc. (Voir plus bas, question XIX. ) Prêtez une oreille favorable à nos vœux , et faitesnous obtenir à chacun l'objet de notre prière. Ne vous lassez pas d'intercéder pour le peuple de Dieu, Vierge bénie, qui avez mérité de porter dans votre sein le Sauveur du monde. »

4. S. Ambroise, in cap. 1 Lucœ : « Marie s'étonnait de s'entendre adresser des paroles de bénédiction si nouvelles , et dont aucun exemple n'avait encore été donné ou consigné dans l'histoire. A Marie seule était réservée une salutation semblable. Marie est appelée à bon droit seule pleine de grâce , parce que elle seule en a obtenu une si singulière , que nulle autre créature n'a jamais mérité d'en avoir une semblable , qui est d'être remplie de l'auteur même de la grâce. Ne soyons point étonnés, si le Seigneur , dans le dessein où il était de racheter le monde , a commencé par sa mère cette œuvre divine , afin que celle dont l'entremise était invoquée pour le salut de tous, recueillît la première les fruits de salut qu'elle allait nous procurer par son fils.

Elle a mérité de s'entendre dire : Bienheureuse êtes vous d'avoir cru. Bienheureuse, en effet, celle dont la vertu a surpassé celle d'un prêtre jusque-là sans reproche devant Dieu ; la défiance conçue par un prêtre à l'égard des paroles d'un ange a été confondue par la foi pleine de simplicité d'une vierge. » I 5. S. Pierre-Chrysologue, archevêque de Ravenne, Serm. 140 et sequentibus, s'attache à expliquer l'évangile de la fête de l'Annonciation, et dit là-dessus entre autres choses, serm. 440 : « La femme , qui auparavant était mère des mourants par un effet de notre nature, est devenue mère des vivants par l'effet de la grâce. Celui-là ignore bien ce qu'est Dieu, qui n'est pas saisi d'admiration à la vue du contrat qu'il consent à passer avec cette vierge : le ciel est dans l'étonnement, les anges tremblent en sa présence , toutes les créatures se taisent devant lui , la nature entière ne saurait soutenir son regard , et une jeune vierge reçoit ce grand Dieu dans son sein , et en retour de l'hospitalité qu'elle lui donne, elle obtient de lui la paix pour la terre , la gloire pour le ciel, le salut pour ceux qui en avaient perdu l'espérance, la vie pour les morts , et pour les choses terrestres une parenté avec les choses célestes , l'union enfin de notre chair avec Dieu lui-même , et elle réalise ainsi cette parole du Prophète (psaume GXXVI , 5) : Ecce hœr éditas Domini, filii mer ces fructus ventris (1). »

Le même, serm. 142 : « L'ange traite avec Marie l'affaire de notre salut , comme un autre avait traité avec Eve l'affaire de notre perte. Le nom même de cette vierge annonçait d'avance ce qu'elle serait un jour ; car ce mot Marie, qui vient de l'hébreu, signifie maîtresse. »

Serm. 143 : « Je vous salue, 'pleine de grâce. Aux autres la grâce a été donnée par parties ; à Marie la plénitude de la grâce s'est donnée tout entière. L'Evangéliste a dit (Joan., 1,6): Nous avons tous reçu de sa plénitude. Vierge vraiment bénie, qui s'est montrée plus grande que le ciel , plus forte que la terre , plus vaste que l'univers ; car son sein tout seul a contenu celui que le monde entier ne saurait contenir. Elle a porté le Dieu qui porte le monde ; elle a enfanté son père ; elle a nourri celui qui nourrit tous les êtres vivants. »

6. S. Bernard, Hom. III de laudibus virginis matris, super evangelium, Missus est angélus Gabriel, entreprend aussi l'expli-

(1) Ce verset aiusi appliqué nou^ Durait intraduisible.

cation de la salutation angélique , et il dit entre autres choses remarquables : « Nous lisons bien dans les Actes des apôtres (Act.s VI, 8) que saint Etienne était rempli de grâce, et que les apôtres étaient remplis du Saint-Esprit ; mais les uns et les autres l'ont été bien différemment de Marie. Car, ni la plénitude de la divinité n'a habité corporellement dans le premier , comme elle a habité dans Marie , ni les seconds n'ont conçu de l'Esprit-Saint , comme Marie a conçu de lui. Devons-nous nous étonner de ce qu'elle était pleine de grâce, puisque le Seigneur était avec elle? Dieu a envoyé son messager à cette vierge , parce qu'elle avait gagné son amour, qu'il se l'était choisie, et qu'il s'était épris d'amour pour sa beauté. Et ce n'était pas sans raison ; car, elle avait fait tout ce que lui avait marqué long-temps d'avance David, son père, par ces paroles : Ecoutez, ma fille, et voyez, prêtez votre oreille, oubliez votre peuple et la maison de votre père. Et, si vous faites cela, le roi concevra de l'amour pour votre beauté. Elle a prêté l'oreille à l'obéissance, elle a incliné son cœur vers les sages avis, elle a oublié son peuple et la maison de son père; car elle n'a songé ni à accroître son peuple par une nombreuse lignée , ni à laisser un héritier à la maison de son père; mais quelque honneur qu'elle eût pu acquérir parmi son peuple , quelque héritage qu'elle eût pu espérer de la maison de son père , elle a regardé tout cela comme une vile ordure , afin de gagner Jésus- Christ (Philip., III, 8). Et elle ne s'est point trompée dans son. altente, puisqu'elle s'est acquis le Christ pour fils, et qu'elle a conservé intacte sa pureté virginale. Elle est donc véritablement pleine de grâce, puisque, tout en conservant la grâce de la virginité, elle a acquis par surcroît la gloire de la fécondité. L'ange ne dit pas, le Seigneur est en vous; mais, le Seigneur est avec vous. En effet , Dieu qui est également tout entier partout par la simplicité de son essence, est néanmoins dans les créatures raisonnables d'une manière plus particulière que dans les autres, et dans les bons plus particulièrement que dans les méchants par la vertu qu'il exerce dans les premiers. Il n'est pas certainement dans les créatures privées de raison de manière à être contenu par elles. Quant à celles qui sont douées de raison , toutes le contiennent sans doute dans leur intelligence ; mais il n'y a que les bons qui le contiennent dans leur amour. Il n'y a donc que ces derniers en qui il soit de telle manière , qu'il soit en même temps avec eux par l'accord des volontés. Que si cela est vrai de tous les saints, on doit l'affirmer spécialement de Marie , qui était dans

200 DE LA SALUTATION ANGÊL1ÔUE.

un tel accord avec Dieu , qu'elle unit avec lui non-seulement sa volonté, mais jusqu'à sa chair, au point de ne faire de sa substance et de celle de son Dieu qu'un seul et même Christ : Christ qui par conséquent n'est ni tout entier de la substance de Dieu , ni tout entier de la substance de la vierge , et qui cependant est tout entier Fils de Dieu , et tout entier fils de la vierge , et qui ne fait pas deux fils, mais un seul Fils. Et non-seulement le Seigneur qui est avec vous, c'est le Fils que vous revêtez de votre chair, mais c'est aussi l'Esprit-Saint , de qui vous concevez ce Fils , et c'est aussi le Père , qui a engendré ce même Fils que vous concevez. Ce n'est pas parce que vous êtes bénie , que le fruit de vos entrailles est béni ; mais vous êtes bénie , parce qu'il vous a prévenue de bénédictions et de douceurs. Il est vraiment béni ce fruit de vos entrailles, en qui sont bénies toutes les nations, et de la plénitude duquel vous avez reçu comme les autres tout ce que vous avez, mais avec une tout autre abondance. Il est béni pour le parfum de ses vertus ; il est béni pour le miel qui découle de ses lèvres ; il est béni pour toutes les grâces répandues dans sa personne. C'est par l'effet de sa bénédiction que vous êtes bénie entre toutes les femmes ; autrement , un mauvais arbre ne pourrait jamais produire un bon fruit. Vous êtes bénie, dis-je, entre toutes les femmes, vous qui avez échappé à cette malédiction générale , exprimée par ces paroles : Vous enfanterez des enfants dans la douleur (Gen., III, 16) , et en même temps à cette malédiction spéciale : Maudite la femme qui demeure stérile au milieu d'Israël; et vous avez obtenu cette bénédiction singulière , de n'être ni frappée de stérilité, ni condamnée à enfanter dans la douleur. 0 Vierge prudente , ô Vierge pleine de vertu, qui est-ce qui vous avait appris que la virginité plaisait au Seigneur ? Vous n'aviez devant vous , pour pratiquer cette vertu , ni conseil , ni exemple , encore moins un ordre ; mais l'onction seule de la grâce vous avait enseigné toutes choses, et le Verbe de Dieu, cette parole vivante et efficace, s'est fait votre maître, avant de devenir votre fils ; il a instruit votre intelligence , avant de se revêtir de votre chair. Ainsi vous vous dévouez au Christ pour être vierge toute votre vie , et vous ne vous doutez pas qu'il vous faudra aussi lui servir de mère. Vous consentez à être un objet de mépris dans Israël , et à encourir le reproche de stérilité , pour mériter l'amour de celui qui vous a engagée à son service ; et voilà que la malédiction se change pour vous en bénédiction , et que la stérilité obtient la fécondité pour récompense. »

7. S. Fclgence, évêque de Ruspe, Serm. de laudibus Mariœ ex partu Salvatoris : « Marie est devenue comme la fenêtre par laquelle la vraie lumière, etc. (Voir plus bas, question XIX). Aux trois maux qu'Eve avait apportés dans le monde , Marie substitue trois biens qui les annulent. Car, il avait été dit à Eve : Tu enfanteras 1° dans la douleur ; 2° dans la tristesse ; 3° tu seras sous la dépendance de ton mari , qui sera ton maître. Voilà donc trois maux auxquels s'assujettissent les femmes qui ne se mettent pas à la suite de Marie : la douleur, la tristesse et la servitude. Mais écoutez attentivement , et voyez quels sont au contraire les trois sublimes avantages conférés à Marie : elle est saluée de l'ange , elle est bénie de Dieu , elle est pleine de grâce. Car voici en quels termes l'ange la salua : Je vous salue, Marie, pleine de grâce, vous êtes bénie entre toutes les femmes. Ces mots, je vous salue, expriment la salutation de l'ange. Ces autres mots , pleine de grâce, font voir que la sentence de colère avait été retirée tout entière , et la grâce de bénédiction rendue dans sa plénitude. Ces dernières paroles , vous êtes bénie entre toutes les femmes , expriment le fruit béni de sa virginité , qui sera que toute personne qui demeurera vierge à son exemple sera également bénie entre toutes les autres femmes. Eve avait été maudite; mais nous croyons que, grâce à Marie, cette malédiction a été levée de dessus elle, et qu'elle a recouvré ses droits à la gloire. Vierges, approchez de cette vierge; mères, approchez de cette mère; vous qui avez conçu, enfanté, allaité , approchez de celle qui a conçu , enfanté, allaité comme vous. La vierge Marie a passé par toutes ces phases de votre existence pour compatir à tous vos besoins, et restaurer ainsi votre sexe en Jésus-Christ Notre-Seigneur , en gardant ellemême , comme une nouvelle Eve , la virginité , de même que Jésus-Christ, ce nouvel Adam, a restauré particulièrement le nôtre. »

Question XVI.

D'où nous vient la coutume de saluer ainsi la sainte Mère de Dieu?

Cette dévotion a pour première origine les paroles et les exemples puisés dans l'Evangile, où nous voyons le grand archange Gabriel, et sainte Elisabeth, mère du précurseur de Jésus-Christ, l'un et l'autre inspirés par l'Esprit-Saint , saluer la sainte Vierge par ces mêmes paroles.

Elle est fondée en second lieu sur l'usage et le consentement

perpétuel de l'Eglise, qui, par la voix des saints docteurs aussi bien que par la pratique constante des fidèles, depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours, nous recommande l'emploi de cette pieuse formule (XVI).

TEMOIGNAGES DE L ECRITURE

Luc, I, 28-45. (Voir à la question précédente.)

TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION

i . S. Jean Damascène , Cantic. sive carm. in sanctissimœ Dei genitricis anmntiationem : « Que les mains des profanes n'osent jamais toucher à cette arche vivante de Dieu. Mais pour les saints, qu'ils ne se lassent point de répéter à la Mère de Dieu les paroles de l'ange, et de lui dire avec des transports de joie : Je vous salue, pleine de grâce , le Seigneur est avec vous. »

2. S. Athanase. (Voir plus bas, aux questions XVIÏI et XIX, les témoignages de ce Père et de plusieurs autres sur ce même sujet. )

Question XVII.

Quelle est l'utilité de cette pratique de dévotion?

Ces belles paroles servent en premier lieu à nous rappeler l'immense bienfait de notre rédemption, dont nous sommes redevables à Jésus-Christ, et auquel le Père éternel a préludé en voulant se servir de l'entremise de Marie.

Elles ont ensuite pour objet de recommander plus particulièrement à notre dévotion cette sainte et admirable Vierge , dans la personne de qui Dieu veut que nous honorions l'inventrice de la grâce et la mère de la vie.

Il est donc naturel , qu'après avoir exposé à Dieu nos pieux désirs dans l'oraison dominicale , reconnaissants de la grâce conférée aux hommes par Jésus-Christ , nous adressions nos louanges non-seulement à la Mère de ce Dieu Sauveur, mais encore à Dieu le Père à l'occasion de cette Vierge incomparable , et que nous ne nous lassions point de répéter d'un cœur joyeux , de concert

Vncle nobis hic moclus Deiparam Virginem salutandi profluxit?

Priraiira ex Evangelicis verbis et exemplis nata est haec salutatio , quando nos ila docent, afflati divino spiritu, magnus Gabriel

archangelus, et prœcursoris Domini mater sancta Elisabetha.

Deinde confirmât nobis hanc salutandi formulam usus et consensus Ecclesiae perpetuus , quem sancti Patres et majores in hune usque diem religiosissimè observarunt, ac observari à nobis voluerunt.

avec les anges , cette salutation respectueuse : Je vous salue , Marie , pleine de grâce, etc. (XVII)

TÉMOIGNAGES DE L' ÉCRITURE

4. Galettes* IV, 4, 5 : « Mais lorsque les temps ont été accomplis , Dieu a envoyé son Fils formé d'une femme, et assujetti à la loi t — pour racheter ceux qui étaient sous la loi , et pour nous faire recevoir l'adoption des enfants de Dieu. »

2. Luc , Xï, 27, 28 : « Lorsqu il disait ces choses , une femme élevant sa voix du milieu du peuple , lui dit : Heureux le ventre qui vous a porté, et les mamelles que vous avez sucées.— Jésus lui dit : Mais plutôt heureux , etc. »

5. Luc, 1 , 50 : a Et l'Ange lui dit : Ne craignez point, Marie, vous avez trouvé grâce devant Dieu. — Voilà que vous concevrez en votre sein , etc. »

Question XTAII*

Quel est le sens de la salutation angélique?

Les premières paroles sont un hommage mérité de félicitations et de louanges que nous adressons à la sainte Vierge , comme à la nouvelle Eve ou à la seconde mère du genre humain , mais tout autrement heureuse que la première. Car, en procurant un Sauveur au monde , elle a fait lever la sentence de malédiction qu'avait attirée sur nous la première Eve, en notre qualité d'enfants d'Adam; et cette malédiction elle-même, elle l'a changée en bénédiction pour tous les âges.

Avec combien de raison ne l'appelons-nous pas pleine de grâce , elle qui pleine de Dieu , pleine de vertus , a obtenu seule , comme le dit saint Ambroise , une grâce qu'elle seule aussi avait méritée , celle d'être remplie de l'auteur de la grâce ! Pouvait-il y avoir dans son âme ou dans son corps place à un vice quelconque , au moment où elle devenait le temple du Saint des saints?

Quid prodest hvjusmodi salutatione uti ?

His praeclaris verbis admonemur primùm summi beneficii, quod per Mariam Deiparam aeternus Pater inchoare voluit in Christo , et humano generi redimendo démériter exhibere.

Tum insignis haec est couimendatio sacro-

sanctae et admirandae Virginis, quara nobis Deus inventricem gratiae ac vitae genitricem esse decrevit.

Quare nihil mirum , si post pia vota , quae in precatione Dominica Deo commendamus, hic acceptée per Christum gratiae memores, non modo Christi Matrem, sed etiam Deum Patrem in eadem Virgine Deipara laudemus, et collaetantes angelis, eandeni reverenter et saepe quidem salutumus.

Nous ajoutons, le Seigneur est avec vous, parce que la vertu du Père l'a couverte particulièrement de son ombre , que l'Esprit- Saint est survenu en elle avec tous ses dons , et que le Verbe fait chair est sorti merveilleusement de son sein , comme un époux qui sort de sa couche nuptiale.

Nous disons ensuite, vous êtes bénie entre toutes les femmes * parce que réunissant les avantages de la virginité à ceux de la fécondité , et tout à la fois les titres d'épouse et de mère, elle mérite excellemment d'être proclamée bienheureuse par toutes les générations qui auront à se succéder de siècle en siècle. Epouse toute belle et toute pure , vierge avant l'enfantement , vierge pendant l'enfantement , vierge après l'enfantement , toujours sans tache , exempte de toute souillure comme de tout péché , élevée au-dessus de tous les cieux , elle ne nous a pas moins fait de bien en nous rendant la vie , que l'infortunée Eve ne nous avait fait de mal en nous apportant la mort.

Et béni est le fruit de vos entrailles Jésus ; lui , qui sorti de Marie comme une fleur de sa tige , s'est offert dès lors à la terre comme un fruit de vie, et maintenant communique à ses membres la vertu de porter les fruits du salut éternel , comme un cep de vigne fait passer dans ses branches la sève et la vigueur. Heureux, oui vraiment heureux , le ventre qui a porté et a donné au monde le Sauveur; heureuses, et vraiment heureuses les mamelles qui, après avoir reçu du ciel leur vertu nutritive , ont allaité le Fils de Dieu.

Enfin l'Eglise a ajouté ces paroles : Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à V heure de notre mort. Car nous ne nous contentons pas de saluer de nos louanges cette sainte et admirable Vierge , qui est comme un lis entre les épines ; mais fidèles à la doctrine des saints Pères , nous faisons de plus profession de croire qu'elle jouit d'un tel crédit auprès de Dieu , qu'elle peut nous procurer de puissants secours dans nos besoins, surtout si nous avons soin de les lui exposer, et d'implorer les grâces de Dieu par l'intercession de celle qu'il veut que nous honorions comme sa mère ( XVIII ) .

Quis est hujiis salutationis sensus?

Primis quidem verbis jure gratulamur, et gratulando praedicamus eam quae nobis Evam secundam eamque felicem praestilit.

Etenim quod illa prior mundo intulit vas

maledictionis, haec suo salutifero partu sustulit, ipsamque maledictionem filioruin Adae, benedictione perpétua commutavit.

Digna quidem illa, quœ gratiâ plena "prœdicetur , ut quae plena Deo , plena virtutibus, sola ( nain Ambrosii verbis utemur) gratiam, quam uulla alia meruerat, couse-

TÉMOIGNAGES DE LÉCRITURE.

4. Luc, I, 35 : « Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. »

2. Jean , 1 , 14 : « Le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous. »

3. Psaume XVIII, 6, 7 : <i Semblable à un époux qui sort de sa chambre nuptiale , il s'élance dans la carrière tel qu'un géant plein d'ardeur, il part des extrémités de l'aurore. »

4. Isaïe , VII , 14 : « La vierge concevra et enfantera un fils, qui sera appelé Emmanuel. »

5. Ezéchiel, XLIV, 2 : « Cette porte demeurera fermée, elle ne sera point ouverte , et nul homme n'y passera , parce que le Seigneur Dieu d'Israël est entré par cette porte ; et elle demeurera fermée pour le prince. »

6. Luc , 1 , 48 , 49 : « Il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante , et voilà que désormais toutes les générations me proclameront bienheureuse ; — parce que celui qui est tout puissant a fait en moi de grandes choses. »

7. Cantiques, IV, 7 : « Vous êtes toute belle , ma bien-aimée, et aucune tache ne se trouve en vous. »

8. Isaïe, XI, 4, 2 : « Il sortira un rejeton de la tige de Jessé, et une fleur s'élèvera de sa racine. — L'Esprit du Seigneur se reposera sur lui , l'esprit de sagesse et d'intelligence , etc. »

9. Jean, XV, 5,9: « Je suis le cep de la vigne , et vous êtes

cuta est. Et quis potuit in ejus anima vel corpore locus esse vitiorum, quando sancti sanctorum est templum effecta?

Additur porrô, Dominus tecum, quia et virtus Patris illi singulariter obumbravit, et Spiritus sanctus cumulatissiniè supervenit , et Verbum caro factum ex illa, tanquam sponsus de thalamo suo, admirabiliter •processit. Ad hsec , benedicta tu in mulieribus, qui virginitate sponsa simul et fœrunditate mater existit, quam proinde summo jure beatam dicunt, semperque diceut omnes generationes. IMulier tota pulchra et immaculata, Virgo antepartum, in partu , et post partum semper incorrupta, ab omoi peccati labe libéra, super cœlos omnes exaltata, qua> nec minus vivificando profuit , quàm infelix Eva obfuit mortalibus Occideiido.

Etbenedictusfructus venlris tui Jésus,

ut qui ex Maria radiée velut flos ascôndens, et ipse quodammodô terrae fruclum se praestitit, et œternee salutis fructum ita membris suis , sicut vitis palmitibus succum, et vigorem suppeditat. Verè beatus venter, qui portavit et edidit mundo salvatorem : verè beata ubera, quœ de cœlo plena, Filium Dei lactaverunt.

Et additur demum ab Ecclesia : Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, etc. Quippe sanctorum Patrum vestigiis insistentes, non modo laudabilem et admirabilem illam Virginem, quae sicut lilium est inter spinas, salutamus, sed et eam virtute Dei auctam esse tanta credimus atque profitemur, utpossitprodesse, favere, annuere miseris mortalibus , dum ni praesertim se suaque vota illi commendant, ac divinam gratiam matris intercessions supplices expetunt.

les branches. Celui qui demeure en moi, et en qui je demeure, porte beaucoup de fruit ; car vous ne pouvez rien faire sans moi. »

10. Luc , XI , 27, 28 : « Lorsqu'il disait ces choses , une femme élevant la voix du milieu du peuple lui dit : Heureux le ventre qui vous a porté, et les mamelles que vous avez sucées. — Mais Jésus lui dit : Bien plus heureux ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique. »

11. Cantiques, II, 2 : « Tel qu'est le lis entre les épines , telle est ma bien-aimée entre les jeunes filles. »

TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION

1 . S. André le Jérosolymitain , archevêque de Crète , in salutationem <angelicam : « Je vous salue, pleine de grâce, le Seigjieur est avec vous. Celui qui était avant vous, aujourd'hui est avec vous, et bientôt il sera de vous. Mais ce qu'il était avant vous , il l'est de toute éternité ; ce qu'il recevra de vous , il le recevra dans le temps. 0 bonté infinie! ô générosité incroyable! Non content d'annoncer la joie au monde , il fait entendre à la Vierge la présence en elle de l'auteur même de toute joie. Car ces mots, le Seigneur est avec vous, indiquent clairement la présence du souverain roi qui , en prenant de sa substance un corps semblable au nôtre , ne se dépouille pas pour cela de la gloire qui lui est propre. Je vous salue , pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Réjouissezvous , heureux instrument de notre bonheur, à qui nous devrons l'avantage de voir la triste sentence de malédiction autrefois portée contre nous changée en un joyeux décret de réconciliation et de grâce. Réjouissez-vous, Vierge vraiment bénie et privilégiée, temple majestueux de la gloire divine. Réjouissez - vous , palais trèsauguste du Roi des rois , lit nuptial dans lequel le Christ a épousé notre nature. Réjouissez -vous , Vierge objet des prédilections de Dieu avant même d'être au monde. Réjouissez-vous d'être choisie de Dieu lui-même pour négocier la paix entre lui et les hommes. Réjouissez-vous , trésor de vie et d'immortalité , ciel vivant dans lequel resplendit le soleil de gloire , maison de Dieu préférable au ciel même. Réjouissez -vous, auguste sanctuaire, qui contient celui que ne contient aucun temple. Réjouissez-vous , terre sainte et virginale , de laquelle va être formé le nouvel Adam , qui sauvera l'ancien. Réjouissez-vous , levain très-pur et très-agréable à Dieu, qui fera fermenter la masse entière du genre humain, pour ne faire de tous les hommes qu'un même corps homogène , dont Jésus-Christ sera le chef. Réjouissez-vous, mère des éternelles

DE LA SAtUTATÎOtf ANGÉLIQUE. 207

délices; réjouissez- vous , nouvelle arche de Dieu, et sur laquelle repose son Esprit; arche au moyen de laquelle Jésus-Christ, ce nouveau Noé, a sauvé l'humanité d'un nouveau déluge ; arche où, comme dans un sanctuaire privilégié, Dieu a fait de nouveau éclater sa gloire ; arche où celui qui est saint par nature , sans cesser d'être ce qu'il était, car il est immuable, s'est formé un corps avec un art admirable de la substance d'une vierge , et s'est fait ainsi ce qu'il n'était pas ; car il est compatissant et plein d'affection pour les hommes. Réjouissez-vous, urne d'or (Exod., XVI, 51 ; Hebr., IX, 4; Ps. LXXX, 17) , qui contenez celui qui pour un peuple ingrat a fait tomber du ciel une manne délicieuse , et fait sortir le miel d'un rocher stérile. Réjouissez-vous, divine Marie, que j'oserais comparer à ces pincettes avec lesquelles un séraphin prit de dessus l'autel un charbon allumé (Isaïe, VI, 6). Salut, miroir mystique, dans lequel les prophètes ont vu et su prévoir la condescendance infinie de Dieu pour le genre humain. Réjouissezvous, miroir vivant, à travers lequel ceux qui languissaient dans les épaisses ténèbres du péché , ont aperçu le soleil de justice venu du ciel pour les éclairer de sa lumière. Salut à vous, l'honneur de tous les patriarches et de tous les prophètes, trompette éclatante du salut du monde. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et béni est le fruit de vos entrailles. Et c'est ajuste titre que vous êtes bénie: car Dieu vous a bénie comme son tabernacle même, puisque, par un prodige admirable , vous avez porté dans votre sein celui en qui resplendit comme dans sa parfaite image la gloire du Père , Jésus-Christ homme et Dieu tout ensemble, réunissant en lui-même les deux natures. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, vous qui avez renfermé dans votre sein virginal , sans souffrir de douleur, ce céleste trésor dans lequel sont recelés tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu. Vous êtes vraiment bénie, vous dont le sein maternel est comme une aire toute comble de froment, puisque vous avez produit ce fruit de bénédiction qui est le Christ , cet épi d'immortalité , qui sans avoir été semé ou cultivé , a produit une si abondante récolte de fruits salutaires. Vous êtes vraiment bénie , vous qui entre toutes les mères avez été donnée pour mère à votre Créateur, tout en continuant d'ignorer ce qu'éprouvent naturellement toutes les mères; vous dont la virginité parfaite n'a point été altérée par des douleurs telles que celles qu'une mère a coutume d'éprouver, le germe virginal que vous portiez dans votre sein garantissant de toute atteinte le sceau de votre chasteté. Vous êtes vraiment bénie , vous qui seule avez conçu

un fils sans commerce charnel avec aucun homme , et enfanté celui qui a créé les cieux , et en même temps donné à la terre par le miracle de votre virginité une gloire égale à celle des cieux eux-mêmes. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, vous qui seule avez reçu la bénédiction que Dieu avait promise à Abraham, pour qu'elle découle de vous sur toutes les nations. Vous êtes vraiment bénie , vous qui seule pouvez vous dire la mère de cette semence bénie qui est Jésus-Christ notre Sauveur. Grâce à vous, les peuples peuvent s'écrier : Béni est celui qui vient au nom du Seigneur (Ps. CXVII, 26) ; et encore : Que le nom de sa majesté soit béni éternellement , et toute la terre sera remplie de sa gloire : qu'il en soit ainsi; qu'il en soit ainsi (Ps. LXXI, 19). Vous êtes bénie entre toutes les femmes , vous que toutes les générations appellent bienheureuse (Luc , 1 , 28) ; vous que les rois honorent , que les princes vénèrent, que les riches d'entre le peuple supplient, que les vierges accompagnent en vous faisant cortège jusque dans le temple du roi. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, vous qu'Isaïe, qui vous entrevoyait de ses yeux prophétiques, a nommée dans son langage mystérieux , tantôt prophétesse (Isaïe, VIII, 3), tantôt vierge (ibid., VII, 14), ici livre fermé avec un sceau (ibid., XXIX, 11) , là une muraille (ibid., XXVI, 1) , ailleurs, un lieu stable ou ferme (ibid., XXII, 23 et 25). Vous êtes vraiment bénie , vous qu'Ezéchiel a appelée aurore , et porte fermée (Ezech., XLIV, 2), par laquelle Dieu seul est entré, et qui est demeurée fermée pour tout autre. Vous seule êtes vraiment bénie, vous que Daniel , cet homme de désirs , s'est représentée comme une montagne (Dan. , II, 34), et le sublime Habacuc (Habac , III, 3) , comme une montagne couronnée d'une riche forêt (1). C'est vous aussi que le prophète-roi , votre aïeul , a désignée sous les noms de montagne de Dieu , de montagne grasse et fertile , de montagne enfin où il a plu à Dieu d'habiter (Ps. LXVII, 15 et 16). Vous êtes bénie entre toutes les femmes , vous que Zacharie , cet excellent observateur des choses divines , a vue sous l'emblème d'un chandelier d'or supportant sept lampes avec leurs tuyaux ou leurs tubes, c'est-à-dire enrichie des sept dons de l'Esprit-Saint ( Zach. , IV, 2). Vous êtes vraiment bénie , vous qui , comme un nouveau paradis terrestre , contenez en vous-même Jésus-Christ votre Créateur, c'est-à-dire celui-là même qui a planté le paradis terrestre

(1) La Bible des Septante porte : o «yios èg opoug $apàv xara&cfou Safe'soj, c'est-à-dire, comme a traduit M. Jager, Sanctus de monte Pharan umbroso condenso.

( Gen., Il, 8 ) ; Jésus-Christ , qui sortant de votre sein comme une source abondante , s'est partagé de là en quatre canaux , qui sont les quatre Evangiles , pour arroser de ses eaux vives la face entière de la terre. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et béni est le fruit de vos entrailles; ce fruit dont Adam notre premier père n'aura qu'à se nourrir (Gen., III, 2), pour se guérir du poison qu'il n'a pu goûter sans en infecter en même temps sa race. Ce fruit , qui ôte au bois son amertume , qui procure au genre humain sa guérison , qui fait couler pour le vrai peuple de Dieu des sources abondantes dans le désert , qui change les eaux amères en eaux douces , qui fait pleuvoir du ciel un aliment d'un genre nouveau (Exod., XV, XVI et XVII). Béni est ce fruit , d'où découlent des fontaines d'eaux vives et qui réjaillissent jusque dans la vie éternelle ( Joan., IV, 14) : ce fruit , dont s'est formé le pain vivifiant du corps du Seigneur, ainsi que le breuvage d'immortalité qui nous est présenté dans l'Eucharistie. Béni est ce fruit, que toute langue préconise sur la terre , dans le ciel et dans les enfers : magnifique trio qui , par le nombre même dont il se compose , fait allusion aux trois personnes divines , en même temps que par son concert il rappelle l'unité de leur nature (1). »

2. S. Irénée, adv. hœres., lib. III, c. 51 (al. 21) : « Si le premier Adam avait eu un homme pour père , et qu'il fût né de la semence de l'homme, alors on pourrait dire que Jésus, le second Adam, aurait pu naître de Joseph. Mais comme le premier Adam, quoique formé du limon de la terre , avait été créé par le Verbe de Dieu , il fallait que le second Adam , qui était la représentation spirituelle du premier , eût une procréation semblable à celui-ci , et fût créé également par le Verbe. Aussi Dieu, pour former le corps du Christ , ne s'est-il pas servi du limon de la terre ; mais il l'a pris dans le sein de la vierge Marie. Il fallait donc que la similitude fut en tout observée, et que la naissance de celui qui apportait le salut fût semblable à la naissance de celui qui avait introduit le péché sur la terre. »

3. Le même, ibidem, c. 22 : « Eve se montra désobéissante, lorsqu'elle était vierge encore, bien qu'elle fût la compagne

d'Adam , et cette désobéissance d'Eve la rendit elle-même,

comme tout le genre humain avec elle , sujette à la mort. Marie de même resta vierge quoiqu'elle eût un époux , et sa soumission

(1) En traduisant aussi exactement que possible ce dernier passage, nous ne prétendons pas le donner pour modèle d'exactitude théologique ni surtout de bon goût.

à la volonté de Dieu devint le salut du genre humain , comme la désobéissance d'Eve avait causé sa perte. »

4. S. Jérôme, Epist. XXII ad Eustochium de custodia virginitatis, c. 8 : « Un rejeton sortira de la racine de Jessé, et une fleur s'élèvera de sa tige. La mère du Sauveur est ce rejeton , simple dans sa tige , pur et exempt de tout mélange ou de toute alliance avec d'autres rejetons , et fécondé uniquement par son union avec Dieu (1). La fleur sortie du rejeton ou de la tige, c'est Jésus- Christ , qui a dit de lui-même : Je suis la fleur des champs et le lis des vallées. Ailleurs il est appelé une pierre détachée d'une montagne sans main d'homme (Dan., II, 34); par là le prophète a voulu dire, qu'il naîtrait vierge d'une vierge. Car ce mot main est pris ici pour l'acte conjugal. » Ibidem, c. 9 : « Eve enfantait toujours dans les douleurs ; mais depuis qu'une vierge a conçu dans son sein , et qu'elle nous a enfanté un Fils , qui porte sur son épaule la marque de sa principauté , et qui est Dieu , le fort par excellence , le père du siècle à venir , cette malédiction a été levée. La mort nous est venue par Eve, la vie nous est venue par Marie. Aussi le don de la virginité a-t-il été accordé plus abondamment aux femmes , sans doute parce qu'une femme Ta fait valoir la première. »

5. Innocent III, Serm. II de assumptione Maria? virginis : « Il fallait que , comme la mort est entrée dans le monde par une femme , la vie rentrât dans le monde par une femme ; et ainsi ce qui avait été entraîné à sa perte par Eve , a été rappelé au salut par Marie , afin que la vie nous revînt de là même , d'où la mort nous était venue. La première femme avait donné son consentement au démon , et avait mangé du fruit défendu , selon cette parole : Elle prit du fruit, en mangea, et en porta à son mari (Gen., III, 6) ; la nouvelle Eve a cru à la parole de l'ange , et elle a conçu le fils que l'ange lui avait promis , selon ces paroles : Vous allez concevoir et enfanter un fils. La première avait mangé un fruit dont l'effet a été la mort , suivant ce qui lui avait été annoncé : Le jour où vous mangerez de ce fruit, vous mourrez (Gen., II, 17). La seconde a conçu un fils qui nous a apporté le

(1) Le texte latin porte : ad similitudinem Dei unione fecundâ. Pour l'explication de ce passage obscur et difficile, on peut consulter les commentateurs, et en particulier Marianus Victorius, D. Hieronymi Stridoniensis Epist., in-fol., édit. de Paris, 1578, col. 195. M. Collombet a lu , comme d'autres ont fait, unitate , au lieu de unione , et a traduit en conséquence : Fécond, dans son unité, à la manière de Dieu. — OEuvres choisies de saint Jérôme, t. 1er, p, 177.

HE tA SAUÎTATÎON ANCÉUQtîE. 211

salut , suivant cette promesse qui lui avait été faite : Vous lui donnerez le nom de Jésus, parce qu'il sauvera son peuple en le délivrant de ses péchés (Matt., I, 21). Celle-là avait enfanté dans la douleur , suivant cette parole : Je vous affligerai de plusieurs maux pendant votre grossesse; vous enfanterez dans la douleur (Gen., III, 16). Celle-ci a enfanté dans la joie, selon cette autre parole : « Je vous apporte une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d'une grande joie; c'est qu'aujourd'hui* dans la ville de David, il vous est né un sauveur, qui est le Christ, le Seigneur (Luc, II, 10-11). La première avait été produite d'un homme seul , car le Seigneur Dieu, de la côte qu'il avait tirée d'Adam, forma la femme (Gen., II, 22), mais ensuite elle avait produit elle-même et des hommes et des femmes. La seconde a été produite d'un homme et d'une femme ; mais elle a produit un homme seulement ; car Dieu a fait paraître un prodige nouveau sur la terre, une femme a environné un homme en le renfermant dans ses entrailles (Jérém., XXXI, 22). L'une a reçu le nom d'Eva, l'autre s'est entendu saluer du mot Ave : Ave , lui dit l'ange , c'est-à-dire , je vous salue, pleine de grâce , le Seigneur est avec vous (Luc, I, 28). C'était comme s'il lui eût dit : Eva a été pleine de péché ; et vous , vous êtes pleine de grâce. Elle a été maudite entre toutes les femmes ; et vous , vous êtes bénie entre toutes les femmes. Le fruit de ses entrailles a été le maudit Caïn , et le fruit des vôtres sera cet enfant béni qui s'appellera Jésus (1)... Marie est l'aurore qui se lève , belle comme la lune , éclatante comme le soleil , terrible comme une armée rangée en bataille (Cant., VI, 9). La lune luit pendant la nuit , l'aurore au crépuscule , le soleil en plein jour. La nuit , c'est le péché ; le crépuscule , c'est la pénitence; le jour, c'est la grâce. Que celui donc qui gémit dans la nuit du péché, regarde l'astre de la nuit; qu'il invoque Marie, pour I qu'elle même par son Fils elle fasse le jour dans son cœur, en y faisant naître la componction. Car, quel est celui qui l'a invoquée du milieu des ténèbres de la nuit, qui n'en ait été exaucé? Elle est la mère du pur amour et de la sainte espérance (Ecclesi., XXIV, 24). De même, que celui qui est au crépuscule, pour ainsi dire , de sa conversion , regarde l'étoile du matin (2) ; qu'il invo-

(1) 11 faut pardonner à l'esprit du temps où vivait le pape Innocent III ces jeux de mots fondés sur un anagramme puéril , et qu'on aurait raison de nos jours de trouver de mauvais goût. Nous dirons à peu près la même chose des antithèses suivantes ; mais ces passages n'en sont pas moins des témoignages de la tradition en faveur du culte de Marie.

(2) Le texte porte simplement : Respiciat cmroram.

212 DE tA SAÎTTATÏON ANGÉLIQUE.

que Marie , pour qu'elle-même par sou Fils elle fasse davantage eneore le jour dans son cœur, en lui faisant accomplir les œuvres satisfactoires de la pénitence. Car, qui est-ce qui l'a invoquée dévotement , qui n'en ait été exaucé ? Elle est la mère du pur amour et de la sainte espérance. Mais comme la vie de l'homme sur la terre est un combat (Job, VII, 1), car il est vrai que le monde (I Joan., V, 19) est sous l'empire du malin (1) ; comme la chair convoite contre l'esprit (Galat., V, 17) , que nos yeux nous font perdre la vie (Lamenta III, 51) , que la mort entre en nous par nos sens comme par des fenêtres (Jérém., IX, 21); car nous avons à combattre non contre des hommes de chair et de sang, mais contre les princes de ce siècle ténébreux , contre les esprits de malice répandus dans l'air (Ephés., VI, 12), et le démon notre ennemi tourne autour de nous comme un lion rugissant , cherchant qui il pourra dévorer (I Petr., V, 8) : que celui, quel qu'il soit , qui se sent pressé par quelqu'un de ces ennemis , n'importe que ce soit le démon , le monde ou la chair, tourne les yeux vers l'armée rangée en bataille, et qu'il invoque Marie, pour qu'ellemême par son Fils elle lui envoie du secours du sanctuaire où elle réside avec son Fils , et qu'elle veille sur lui de la montagne deSion (Ps. XIX, %). »

6. S. Bernard, Hom. II de laud. virginis matris saper evange- Uum Missus est: «Eve, courez à Marie, c'est-à-dire : mère, courez à votre fille. Que la fille réponde pour la mère; qu'elle ôte l'opprobre qui couvre sa mère ; qu'elle satisfasse à son père pour sa mère : car si l'homme est tombé par la femme , il ne doit être relevé que par la femme. Que disiez-vous, ô Adam? La femme que vous m'avez donnée m'a présenté du fruit de l'arbre, et je Vai mangé. Ce sont là des paroles de malice , plus propres à augmenter votre faute qu'à l'effacer. Toutefois la sagesse l'a emporté sur la malice (2) (Sapient., VII, 30), lorsque Dieu a trouvé dans le trésor de sa bonté inépuisable le motif de vous pardonner, qu'il avait inutilement essayé de tirer de vous-même par l'interrogation qu'il vous avait adressée. Car voici qu'une femme est substituée en présence de vous à une femme , mais une femme prudente à une insensée, une femme humble à une femme vaine; à la place

(t) Il est vraisemblable qu'Innocent III a lu le texte de Job comme s'il y avait : Malitia est hominis vita.

(2) Ici encore se trouve, à ce qu'il me semble, un jeu de mots fondé sur le mot malitia (mis pour militia) dans le passage cité de Job , et sur ce même mot malitia mis pour maligno dans le passage cité de saint Jean.

du fruit de mort , elle vous présente le fruit de vie ; au lieu de ce fruit amer et vénéneux , c'est la douceur , c'est la vie éternelle qu'elle nous offre pour appât. Que vos paroles mensongères d'excuses se changent donc en paroles d'actions de grâces , et dites à votre Dieu : Seigneur , la femme que vous m'avez donnée m'a présenté du fruit de l'arbre de vie, et j'en ai mangé, et ce fruit a été plus doux pour ma bouche que ne peut l'être le miel , et par son manger vous m:avez rendu la vie. Tel a été en effet le but de la mission de l'ange auprès de la Vierge. 0 Vierge admirable et digne de tout honneur , ô femme digne entre toutes d'être vénérée , digne par-dessus toutes d'être admirée , réparatrice de la faute de nos premiers parents , cause de la vie ou de la résurrection de leur postérité! L'ange* nous dit l'Evangéliste , fut envoyé à une vierge. Oui , à une vierge qui l'était d'esprit comme de corps et de profession , à une vierge telle que celle que nous décrit l'Apôtre (/ Cor., VII, 34) , c'est-à-dire sainte de corps et d'esprit ; à une vierge qui n'était pas nouvellement trouvée , ni rencontrée par hasard, mais choisie de toute éternité, connue d'avance et prédestinée par le Très-Haut , tenue en réserve par les anges pour sa haute destination, préfigurée par les patriarches, promise par les prophètes. Lisez avec soin les Ecritures, et vous verrez la vérité de ce que je dis. Demandez-vous que je vous en rapporte ici des témoignages? Pour en citer seulement quelques exemples , quelle autre femme Dieu avait-il en vue , lorsqu'il disait au serpent (Gen., III, 45) : Je mettrai une inimitié entre toi et la femme? Et si vous doutez encore que ce soit de Marie qu'il voulait parler , écoutez les paroles suivantes : Elle te brisera la tête. A quelle femme cette victoire était-elle réservée , si ce n'est à Marie ? Certes , elle a brisé la tête du serpent , celle qui a rendu impuissantes toutes les suggestions de l'esprit malin , en triomphant et du vice spirituel de l'orgueil , et des attraits charnels de la volupté. Quelle autre femme que Marie était admirée de Salomon, lorsque ce roi disait (Prov., XXXI, 40) : Qui trouvera une femme forte? » Après avoir produit plusieurs autres témoignages , saint Bernard conclut ainsi : « Voyez-vous avec quel bel et parfait accord conspirent entre elles , et les actions admirables des saints , et leurs paroles mystérieuses ? Voyez-vous tout ce que renferme de prodigieux ce miracle dont une vierge est l'objet et le sujet , que tant de miracles ont précédé , que tant de miracles ont promis? C'est que tous les prophètes ont été animés d'un même esprit ; et quoique sous des figures et à des époques

différentes, c'est pourtant le même esprit qui leur inspirait leurs paroles comme leurs pensées. Ce que Moïse a entrevu dans le buisson ardent, Aaron dans sa verge qui avait fleuri, Gédéon dans la toison restée sèche au milieu de la rosée , puis trempée de rosée au milieu de la sécheresse , Salomon l'a vu clairement dans cette femme forte dont le prix lui paraissait inestimable , Jérémie plus clairement encore dans cette femme qui environnait un homme , Isaïe le plus clairement de tous dans la vierge concevant un Dieu. » S. Bernard dit à la fin de tout ce discours : « Disons quelque chose de ce nom de Marie , qui signifie étoile de la mer, et qui convient parfaitement à la Vierge mère. C'est avec beaucoup de justesse qu'on la compare à un astre ; car, de même qu'un astre darde ses rayons sans rien perdre de sa substance, de même la Vierge enfante son Fils sans que sa virginité en reçoive aucune atteinte, ni que le rayon ôte à l'astre son éclat, ni que le Fils ôte à la Vierge sa pureté. Elle est cette étoile célèbre sortie de Jacob (Nnm.s XXIV, 17), dont le rayon éclaire le monde entier, dont la splendeur remplit les cieux , pénètre les enfers , embrase la terre elle-même , moins toutefois les corps que les âmes , où elle excite les vertus et détruit les vices. Elle est, dis-je , cette étoile resplendissante et vraiment admirable , qui s'élève nécessairement au-dessus de cette grande et vaste mer , qui brille par ses bienfaits, éclaire par les traces qu'elle laisse après elle. 0 vous, qui que vous soyez , qui voguez sur la mer orageuse du monde , au milieu des bourrasques et des tempêtes , si vous ne voulez pas être englouti dans les flots , ne détournez pas les yeux de cette étoile. Quand les fureurs de la tentation se déchaîneront contre vous , quand vous serez environné de tribulations et d'écueils , regardez Marie , appelez Marie. Quand vous gémirez sous la tourmente de l'orgueil , de la médisance , de la jalousie , criez vers

Marie! Si, accablé par l'énormité de vos crimes, confus des

plaies hideuses de votre cœur , épouvanté par la crainte des châtiments, vous vous sentez enveloppé dans les nuages d'une sombre tristesse , prêt à tomber dans l'abîme qui s'ouvre sous vos pieds, appelez Marie, regardez Marie. Dans les périls, dans les angoisses, dans les perplexités, appelez Marie, dites : Marie! Que ce doux nom ne soit jamais loin de votre bouche , jamais loin de votre cœur ; et pour obtenir une part à la grâce qu'il renferme, n'oubliez pas les exemples qu'il vous rappelle. En suivant Marie, on ne s'égare point , on ne désespère point. Si vous lui tendez la main, elle vous soutiendra, elle vous protégera et vous ne chan-

cellerez point. Sous sa conduite, point de fatigue; sous ses auspices, point de naufrage. Comprenez bien ce mot de Marie, et vous verrez pourquoi il est écrit : Et le nom de la vierge était Marie (4).»

7. S. Augustin, Serm. II de annuntiatione Dominicâ, comme plus haut, question XV, témoignage 5, page 493.

8. S. Ambroise, in I caput Lucœ : « Marie est appelée à bon droit seule pleine de grâce , parce qu'elle seule en a obtenu une si singulière , que nulle autre créature n'a jamais mérité d'en avoir une semblable , qui est d'être remplie de l'auteur même de la grâce. »

9. S. Bernard , Sermone nono ex parvis : « Jésus-Christ qui nous a été donné de Dieu pour être notre sagesse , notre justice , notre sanctification et notre rédemption (/ Cor., I, 50) , en venant vers nous du sein de son père , s'est bâti une maison , et cette maison, c'est sa mère la vierge Marie : dans cette maison il a taillé sept colonnes. Qu'est-ce à dire y tailler sept colonnes , sinon s'en faire une demeure digne de lui par la foi et par les œuvres ? En effet , comme le nombre sept se partage en un ternaire et un quaternaire , le ternaire qui rappelle la sainte Trinité se rapporte à la foi, et le quaternaire qui rappelle les quatre vertus cardinales se rapporte à la morale. Que la sainte Trinité ait tout entière fait sa demeure dans la bienheureuse Marie par sa vertu sanctifiante , bien qu'il n'y ait que le Fils qui y ait pris la nature humaine , c'est ce que nous atteste le messager céleste par ces paroles qui nous révèlent tout le mystère : Je vous salue, pleine de grâce , îe Seigneur est avec vous ; comme aussi par les paroles suivantes : l'Esprit-Saint surviendra en vous , et la vertu du Très- Haut vous couvrira de son ombre. Ici vous sont indiqués, et le Seigneur, et la Vertu du Très-Haut , et l'Esprit-Saint, c'est-àdire le Père , le Fils et le Saint-Esprit. » Un peu plus loin, le saint docteur ajoute : « Il est bon d'examiner de même si elle possédait les quatre vertus cardinales, qui feront les quatre autres des sept colonnes. Voyons d'abord si elle était douée de force. Mais comment n'était-elle pas douée de cette vertu, elle qui, foulant aux pieds les pompes du siècle , et dédaignant les plaisirs de la chair, avait pris pour résolution de vivre pour Dieu seul dans son état de virginité? C'est cette Vierge , si je ne me trompe , que Salomon avait en vue, quand il disait : Qui trouvera une femme forte?

(i) Nous empruntons la traduction de la fin de ce témoignage de saint Bernard à la belle histoire que M. l'abbé Théodore Ratisbonne nous a donnée de la vie de ce saint, t. II, p. 140, 3e édition.

Aussi a-t-clle eu la force de briser la tête du serpent, comme Dieu l'avait déclaré au serpent lui-même : Je mettrai une inimitié entre toi et la femme , entre ta raee et la sienne , et elle te brisera la tête. Ensuite, qu'elle fût douée de tempérance, de prudence et de justice, c'est ce qui nous est montré plus clair que le jour par l'entretien de l'ange avec elle et par les réponses qu'elle lui fit elle-même... Telle a donc été la bienheureuse vierge Marie : forte dans sa résolution , tempérante dans son silence , prudente dans son interrogation , juste dans la confession qu'elle fit. »

40. S. Ambroise, Epist. LXXXIad Syrkium Papam, passage déjà cité, chapitre du Symbole, question X, témoignage 3, page 39.

11. S. Jérôme, lib. adverses Helvidium, prouve la virginité perpétuelle de Marie , et réfute ex professo les arguments qu'on y oppose.

12. Le même, Apolog. ad Pammach. pro libris ad Jovinianum, c. 8 : « Le Christ est toujours demeuré vierge, et il a voulu avoir une mère vierge ; vierge, dis-je, en même temps que mère. Car Jésus est entré les portes fermées, et, dans son sépulcre nouveau et creusé dans un dur rocher , personne n'a été placé avant lui , personne n'a été placé depuis lui. C'est un jardin fermé, c'est une fontaine scellée : et de cette fontaine a coulé , comme le dit le prophète Joël (Joël, 111, 18) , un fleuve qui remplira le torrent des liens ou des épines (1) : des liens, c'est-à-dire des péchés dans lesquels nous étions retenus ; des épines, savoir de ces épines qui étouffent la semence du père de famille. C'est là cette porte orientale , dont parle Ezéchiel (Ezéch. , XLIII , XL1V et XL VI) , cette porte toujours fermée et brillante, qui donne entrée ou issue au Saint des saints , et par laquelle entre et sort le soleil de justice, notre pontife selon l'ordre de Melchisédech. Que mes adversaires me disent comment Jésus est entré les portes étant fermées, lorsqu'il offrit ses mains à palper, son côté à examiner, ses os et sa chair à voir et à toucher , afin qu'on ne prît pas pour un fantôme son corps réellement ressuscité ; et je dirai à mon tour comment sainte Marie est en même temps mère et vierge ; vierge après l'enfantement , mère avant tout commerce charnel. Ainsi , comme nous l'avons dit d'abord, Jésus- Christ vierge, et Marie

(1) Le mot hébreu Sittim QV££f? signifie tantôt cordes ou liens et tantôt épines. Les Septante , dans le passage cité de Joël , ont rendu ce mot par oxoêvwv, qui signifie cordages ou liens, funium; Symmaque Ta rendu par le mot àxavôwv , qui signifie épines, spinarum; d'autres enfin en ont fait un nom propre, et ont mis simplement Sittim ou Cethin.

vierge, ont pris l'initiative de la virginité chacun pour son sexe respectif.

43. S. Augustin , lib. de naturâ et gratiâ, c. 36, « excepte formellement la sainte Vierge , qu'il ne prétend nullement , pour l'honneur qui est dû à Jésus-Christ , comprendre dans les questions où il s'agit de péchés ; aucun de nous ne sachant la mesure de la grâce qui lui a été donnée pour surmonter en toute manière le péché, elle qui a mérité de concevoir et d'enfanter celui qui certainement n'a jamais eu de péché. Tous les autres saints et toutes les autres saintes , excepté cette vierge , nous répondraient, si nous pouvions les interroger, par ces paroles de l'apôtre saint Jean (I Joan. , 1 , 8 ) : Si nous disons que nous ri avons point de péché, nous nous séduisons nous-mêmes , et la vérité ri est point en nous. »

14. Le concile de Trente, Sess. V, Décret, depeccato originali: « Le saint concile déclare que dans ce décret, qui regarde le péché originel , son intention n'est point de comprendre la bienheureuse et immaculée vierge Marie , mère de Dieu , mais qu'il entend qu'à ce sujet les constitutions du pape Sixte IV, d'heureuse mémoire , soient observées sous les peines qui y sont portées, et qu'il renouvelle. » (Voir au tome dern. de cet ouvrage, appendice, chap. II.)

1%. Le même concile, Sess. Yl, can. 23 : « Si quelqu'un dit qu'un homme une fois justifié ne peut plus pécher, ni perdre la grâce , et qu'ainsi , lorsque quelqu'un tombe et pèche , c'est une marque qu'il n'a jamais été véritablement justifié ; ou , au contraire , qu'un homme justifié peut pendant toute sa vie éviter toutes sortes de péchés, même les véniels; à moins qu'on ne suppose un privilège tout particulier reçu de Dieu , comme l'Eglise l'enseigne de la bienheureuse Vierge : qu'il soit anathème. »

16. S. Ephrem, Orat. de laudibus sanctissimœ Dei matris : r 0 très-sainte, très-pure, et très-immaculée vierge Marie, mère de Dieu , reine des anges et des hommes , l'espérance des désespérés , notre très-bonne et très-puissante dame ; plus élevée que tous les citoyens du ciel, plus pure que les rayons du soleil, plus glorieuse que les chérubins, plus éclairée que tous les esprits angéliques, plus sainte que les séraphins, et plus brillante incomparablement que tous les habitants de l'empyrée ; l'unique désir des anciens pères , la gloire des prophètes , l'illustration des apôtres , l'honneur des martyrs, la joie de tous les saints, la lumière des saints patriarches Abraham , Isaac et Jacob ; la splendeur de

Moïse et d'Aaron , et la toison de Gédéon , l'encensoir d'or, la Hampe très-claire et très-lumineuse, vaisseau très-précieux qui 1 contient en soi la manne du ciel ; la divine table de la loi , qui s'y lit écrite de la main de Dieu ; la véritable arcbe d'alliance ; grande princesse , pleine d'une sagesse et d'une prudence toute céleste ; vierge revêtue du soleil ; très-sainte consolatrice et trèssacrée conductrice de tous ceux qui gémissent dans les misères et les ténèbres de cette vallée de larmes. 0 buisson ardent , qui brûle toujours sans se consumer! 0 verge d'Aaron, toujours verte et fleurissante ! 0 vierge qui avez enfanté un homme-Dieu , vierge avant l'enfantement , vierge dans l'enfantement et vierge après l'enfantement. C'est par vous que nous avons été réconciliés avec notre Dieu et notre Sauveur, votre Fils très-benin. Vous êtes la ressource des pécheurs et de ceux qui n'ont plus de ressource. Vous êtes le port très-assuré de ceux qui font naufrage ; vous êtes la grande consolation du monde entier ; vous êtes la mère des orphelins, la rédemption des captifs, le soulagement des malades , la consolation des personnes désolées et le salut de tous ; vous êtes l'appui et la confiance des religieux et des solitaires, et l'espérance des séculiers ; vous êtes la gloire , la couronne et la jubilation des vierges ; vous êtes la joie de tout le monde. 0 Vierge très-honorable, très-pure et très-chaste ! 0 souveraine dominatrice ! 0 princesse des princesses ! 0 reine très-puissante ! Vous remplissez les cœurs de ceux qui vous aiment d'une allégresse inconcevable. 0 très-sainte mère de Dieu! mettez-nous sous votre sainte protection, recevez-nous et nous gardez sous les ailes de votre piété et de votre miséricorde. C/est en vous que nous mettons toute notre confiance , ô vierge sacrée ! Nous voici prosternés à vos pieds, vous suppliant très-humblement d'agir tellement auprès de votre Fils , qu'il ne nous fasse pas sentir la rigueur de sa colère que nous avons méritée par nos péchés.

« Eclairez mon esprit, ô pleine de grâce! remplissez ma bouche de la douceur de vos louanges, conduisez ma langue et mes lèvres, afin que je chante vos perfections avec joie et allégresse; permettez-moi, vierge très-sacrée, de vous saluer avec l'archange saint Gabriel , et de vous dire : Je vous salue, Marie, pleine de grâce ; je vous salue , la plus heureuse de toutes les femmes ; je vous salue, étoile très-brillante qui avez enfanté le soleil éternel ; je vous salue , lumière très-éclatante , vierge et mère tout ensemble ; je vous salue , mère du souverain monarque du ciel et de la terre ; je vous salue , grande princesse, qui êtes élevée au-

dessus de tout ce qui n'est pas Dieu ; je vous salue, cantique des séraphins et des chérubins, et hymne des anges; je vous salue, la paix , la consolation et le salut du genre humain ; je vous salue, l'ornement des anciens pères , l'attente des prophètes , la beauté des martyrs, et la couronne de tous les saints ; je vous salue , la gloire des âmes pieuses, la dévotion des solitaires , l'ornement le plus magnifique des célestes hiérarchies ; je vous salue , le trèsdigne sujet des louanges et des panégyriques de tous les orateurs ; je vous salue , la plus grande merveille qui ait jamais été vue dans la vaste étendue du monde ; je vous salue, le bonheur de ceux qui sont encore sur la terre ; je vous salue , paradis de délices et d'immortalité ; je vous salue, arbre de vie, de joie, de contentement et de sainteté ; je vous salue , lis des vallées , rempart des fidèles et salut du monde ; je vous salue , port assuré où l'on est à couvert de la fureur des tempêtes de ce monde ; je vous salue, main très-puissante, qui retirez de l'abîme des péchés ceux qui implorent votre secours ; je vous salue, force et protection des âmes qui sont en danger de se perdre ; je vous salue, mère de notre premier père, à qui vous avez rendu la vie, en le délivrant de la mort éternelle. Oui, grande reine, Adam , ce fameux criminel, vous est redevable de sa résurrection spirituelle, et c'est le premier de vos miracles. Je vous salue, douce et vraie liberté des enfants de Dieu ; je vous salue , mère de tous les hommes ; je vous salue , source des vraies consolations et fontaine de toutes les grâces , qui avez le pouvoir d'en remplir le ciel et la terre ; je vous salue , refuge des pécheurs ; je vous salue , mère très-compatissante , qui soulagez avec tant de bonté ceux qui sont las et fatigués ; je vous salue, Tunique espérance, l'unique confiance et l'unique consolation de tous vos serviteurs ; je vous salue , trône glorieux ; je vous salue , le soutien et la défense de ceux qui se convertissent à Dieu ; je vous salue , trèsdouce médiatrice entre Dieu et les hommes ; je vous salue , la gloire et la joie de tous les prêtres ; je vous salue , la clé du royaume céleste ; je vous salue , le salut très-assuré de tous les chrétiens qui ont recours à vous de cœur et d'affection.

» Par les prières de la mère de Dieu toujours vierge, de toute l'armée céleste, dé la troupe des anges, des chérubins, des séraphins, des prophètes, des martyrs , des saints pontifes , des âmes dévotes, par les supplications que vous adressent en un mot tous les bienheureux, ayez pitié de vos créatures, ô Dieu très -clément. Au jour du jugement, placez à votre droite vos humbles

serviteurs. Seigneur, auteur de la vie, n'ayez pas égard à ce que nous , pauvres mortels , nous avons pu faire de contraire à votre loi ; mais ayez plutôt égard à votre bonté et à votre miséricorde infinie. Ainsi soit-il.

17. Le même, Orat. ad sanctissimam Dei genitricem : « Vierge immaculée , sans tache , sans souillure , épouse de Dieu , notre maîtresse, unique espérance des désespérés, appui des opprimés, ressource assurée pour tous ceux qui ont recours à vous , refuge en un mot de tous les chrétiens : accueillez ma prière , toute mêlée qu'elle est d'imperfections, toute proférée qu'elle est par des lèvres indignes , et suppliez pour moi , avec cette générosité maternelle qui vous distingue , votre Fils qui est mon maître et mon Dieu, pour qu'il m'ouvre lui-même les entrailles si tendres de sa miséricorde , qu'il tourne mon cœur vers la pénitence , en me pardonnant mes innombrables péchés, et qu'il m'accorde la grâce d'accomplir avec exactitude tous ses commandements. Soyezmoi toujours favorable , vierge miséricordieuse , pleine de clémence et de bonté ; soyez ici-bas ma zélée protectrice et auxiliatrice , en détournant de moi les coups que voudraient me porter mes ennemis , en me servant de guide dans la voie du salut , en venant au secours de ma pauvre âme dans le dernier moment de ma vie , et en la mettant à l'abri des regards ténébreux des démons de l'enfer, en me préservant, au jour terrible du jugement, de l'éternelle damnation , et en me faisant entrer enfin en participation de l'héritage de votre divin Fils. Puissé-je obtenir cette grâce par votre intercession et votre faveur , ô ma très-sainte maîtresse, mère de Dieu , et par un effet de la miséricorde et de la clémence de votre Fils unique , Notre-Seigneur Jésus-Christ , notre Dieu et notre Sauveur, à qui appartient toute gloire , tout honneur et toute vénération, conjointement avec son Père éternel, et avec l'Esprit-Saint auteur de la vie , maintenant et toujours , et dans les siècles des siècles. Ainsi-soit-il. »

18. Le même, in Threno seu lamentatione sanctissimœ Dei genitrictSj quœ dicitur sancta et magna Parasceve : « 0 mère immaculée et bénie de notre Dieu souverain, vierge pure et sans tache, très -innocente et très- sainte, nous vous louons, nous vous bénissons , pleine de grâce , vous qui avez mis au monde Jésus- Christ ; tous nous nous prosternons à vos pieds , tous nous vous adressons nos prières. Vierge inviolable , délivrez-nous de toutes les tentations du démon. Soyez notre médiatrice et notre avocate à l'heure du jugement ; préservez-nous du feu à venir et des té-

nèbres éternelles ; gloire de votre iils , soyez-nous propice. Vous êtes l'espérance des chrétiens auprès de Dieu , à qui appartient tout honneur dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. »

19. S. Irénée, lib. V. adv. hœreses : ce passage va être rapporté à la question qui vient après celle-ci, témoignage 1 .

20. S. Grégoire de Nazianze, Orat. XVIII, quœ est in laadem S. Cy priant martyris : « 11 y avait une vierge d'une illustre naissance et d'une conduite irréprochable. Le grand Gyprien fut épris 'd'amour pour elle, et il livrait des assauts à sa chasteté : pour la 1 foire succomber , il a recours non à quelqu'une de ces vieilles /emmes qui ont la routine de ces sortes de métiers, mais à un de ces démons qui recherchent passionnément les corps et les voluptés. Mais la vierge n'eut pas plus tôt aperçu le danger et entrevu le piège , que désespérant de tout autre remède , elle se rejette à Dieu , et prend pour son époux, et tout à la fois pour son protecteur et son défenseur contre l'amour impur, celui qui avait sauvé Suzanne de la mort , aussi bien que des poursuites d'infâmes vieillards ; et qui avait défendu Thècle contre le tyran qui la recherchait, et contre son père, autre tyran plus à craindre encore. Qui donc enfin? Jésus-Christ, celui qui parle avec menaces à l'esprit impur (Luc, IX, 43) , qui retire du fond de l'abîme ceux qui vont y être submergés (Matt., XIV, 30-31), qui traverse la mer à pied sec , qui noie dans les eaux des légions entières de démons , etc. Pleine de ces souvenirs et de bien d'autres encore , et s'adressant avec une humble ferveur à la vierge Marie pour obtenir de son intercession quelque secours dans son danger, elle se fortifie en outre par le jeûne et les macérations , tant pour diminuer l'éclat de sa beauté qui aurait pu lui devenir funeste , et pour éteindre ainsi la flamme impure en lui ôtant son aliment , que pour se rendre Dieu propice et favorable en s'affligeant en sa présence. Car rien n'est plus propre à apaiser Dieu que les mortifications corporelles , et les larmes ont pour effet ordinaire d'attirer sa miséricorde. La vierge remporte la victoire, et le démon confesse sa défaite à celui qui l'avait appelé à son aide ; à partir de ce moment, celui-ci n'eut pour le tentateur que du mépris , après la preuve qu'il avait acquise de son impuissance. »

21 . Le même , in tragœdiâ quœ inscribitur Christus patiens : cet autre passage va être rapporté à la question qui vient après celle-ci, témoignage 5.

22. S. Fulgence, Serm. de laudibus Mariœ expartuSalvatoris. Ce

passage a été rapporté plus haut à la question XV, témoignage 7, page 201 .

23. S. Anselme, archevêque de Cantorhéry, lib. de excellentiâ gloriosissimœ virginis Marice, c. 12 : « Nous vous prions, ô notre maîtresse , par cette grâce que le Dieu infiniment bon et tout puissant vous a faite de vous élever au point de vous rendre tout possible avec son concours , de nous obtenir de sa bonté , que la plénitude de grâce que vous avez méritée agisse en vous, de manière à nous faire entrer un jour en participation de ses récompenses. Car si notre Dieu s'est fait notre frère en se faisant votre fils , c'est pour nous rendre participants de sa divinité , comme il s'est rendu lui-même participant de notre humanité. Veuillez donc donner vos soins , ô notre bonne maîtresse , à ce que nous éprouvions les effets de cette bonté qui a porté notre Dieu à se faire homme en prenant un corps dans votre chaste sein : montrezvous facile à nous exaucer, puisque Notre-Seigneur Jésus-Christ , votre Fils infiniment miséricordieux, est tout disposé à tout accorder à vos demandes. Il vous suffira de vouloir que nous soyons sauvés, pour que nous soyons assurés de notre salut. Comment vos entrailles pourraient-elles se resserrer à notre égard, au point de ne vouloir pas nous sauver? Assurément notre Dieu est notre miséricorde, comme le prophète nous l'assure (Ps. LVIIIet CXLI1Ï) ; et vous, sans aucun doute , vous êtes la mère de ce même Dieu. Si donc vous qui êtes la mère de Dieu, et en cette qualité la mère de grâce et de miséricorde, vous nous refusez l'effet de cette miséricorde, dont vous êtes devenue si admirablement la mère, que ferons-nous , lorsque votre fils viendra nous juger tous avec une souveraine équité? Venez donc à notre secours , bonne maîtresse , et sans considérer la multitude de nos péchés , daignez vouloir seulement avoir pitié de nous. Souvenez- vous et rappelez à votre mémoire , que notre créateur s'est fait homme dans votre sein , non pour nous damner, mais pour nous sauver. Pourquoi donc refuseriez-vous de nous secourir , tout misérables pécheurs que ious sommes , puisque c'est pour nous que vous avez été élevée a ce point de grandeur, que toute créature vous regarde et vous vénère comme sa maîtresse ? Depuis l'origine du christianisme jusqu'à nos jours, vous avez prêté votre secours à tous ceux qui se sont mis sous votre protection , et par là vous avez mérité d'être proclamée digne de toute louange au-dessus de toutes les créatures. Venez donc aussi à notre secours , comme nous vous en conjurons , afin que la louange que vous avez acquise pendant

DR LA SATTTATÎON ANC.FT.ÏQUE. 223

tant de siècles, d'avoir sauvé le monde de sa perte, continue à vous être toujours décernée. C'est donc à vous que nous nous recommandons , afin que vous nous empêchiez de périr : faites plutôt , que notre salut s'assure de jour en jour, et que notre vie soit tout entière consacrée au service de votre Fils Notre-Seigneur Jésus-Christ. »

24. S. Bernard, Serm. II Dominicœ primœ post octavas Epiphaniœ : « Combien de fois, mes frères, témoin de vos plaintes touchantes, n'ai-je pas besoin d'implorer la Mère de miséricorde, pour qu'elle représente à son bon Fils que vous n'avez pas de vin! Et soyez assurés , mes très-chers frères , que se rendant à nos pieuses importunités , elle ne refusera pas de nous assister dans notre besoin ; car elle est miséricordieuse , et même elle est la mère de la miséricorde. Si, sans attendre d'en être priée , elle a eu compassion de ceux qui l'avaient invitée à leurs noces, elle aura à bien plus forte raison compassion de nous , si nous l'invoquons avec piété. Car nos noces à nous sont celles qui lui plaisent le plus, et elles l'intéressent bien davantage, puisque c'est de son sein, comme d'un lit nuptial, qu'est sorti Jésus-Christ , l'époux de nos âmes. »

2 5. Le même, Serm. I in Assumpt. beatœ Mariœ : « Notre Reine nous a montré le chemin ; elle est arrivée avant nous , et sa réception a été si glorieuse , que nous devons nous mettre avec toute* confiance à sa suite en criant vers elle : Entraînez-nous après vous; nous courons à V odeur de vos parfums (Cant., I, 3). De ce lieu de pèlerinage où nous sommes , nous avons dépêché devant nous notre avocate, qui , en sa double qualité de Mère de notre Juge et de Mère de miséricorde , plaidera instamment et efficacement l'affaire de notre salut. Ainsi, Vierge bienheureuse, vous aussi, en vous élevant en haut, vous ferez descendre des dons sur les hommes. Et pourquoi ne nous en ferait-elle pas descendre, puisqu'il ne lui manque pour le faire , ni le pouvoir , ni la volonté ? Elle est Reine du ciel ; elle est pleine de miséricorde ; enfin elle est la Mère du Fils unique de Dieu. Quels titres comme ceuxlà pour nous donner une haute idée de sa bonté et de sa puissance ! A moins peut-être qu'on ne refuse de croire que le Fils de Dieu a des égards pour sa Mère , ou qu'on n'aime mieux révoquer en doute qu'il n'y ait que de la charité dans des entrailles , où la charité elle-même engendrée de Dieu a séjourné corporellement pendant neuf mois. »

26. Le même, Serm. IV in eâdem solemnitate : « Vierge bienheureuse ! que celui-là, s'il existe, se taise sur votre miséricorde, qui se rappelle, qu'invoquée par lui, vous lui avez manqué dans

son besoin. Pour nous , qui nous glorifions d'être vos serviteurs , si c'est vous que nous félicitons pour toutes vos autres vertus , pour celle-ci nous nous en félicitons nous-mêmes. Nous louons votre virginité , nous admirons votre humilité ; mais la miséricorde a pour des misérables une saveur toute particulière : c'est votre miséricorde que nous affectionnons surtout; c'est elle qui revient le plus souvent à notre souvenir , et que nous invoquons le plus fréquemment. Car c'est cette miséricorde qui a obtenu la rédemption du monde entier , qui a plaidé heureusement le salut de tous. Comment douter que vous ayez été occupée du salut du genre humain , après ces paroles qu'on vous a dites : Ne craignez point, Marie, vous avez trouvé grâce? Et quelle grâce avez-vous trouvée, sinon celle que vous cherchiez? Quel est, ô Vierge bénie , l'homme qui pourrait mesurer les dimensions de votre miséricorde, en longueur, largeur, hauteur et profondeur? Sa longueur s'étend jusqu'à la fin des siècles pour ceux qui voudront seulement l'invoquer. Sa largeur est égale à celle de la terre; car c'est de votre miséricorde aussi qu'on peut dire que toute la terre en est remplie. Sa hauteur s'élève jusqu'au ciel même, où elle a restauré la cité d'en-haut ; et sa profondeur va jusqu'aux abîmes , où elle a obtenu la rédemption de ceux qui étaient assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort. Grâce à vous , en effet, le ciel est rempli d'habitants, l'enfer est laissé désert, la céleste Jérusalem a été relevée de ses ruines, et les malheureux enfants d'Adam ont retrouvé la vie qu'ils avaient perdue. Ainsi votre charité aussi puissante qu'elle est tendre, aussi tendre qu'elle est puissante , a compati à nos maux et y a subvenu avec une égale prodigalité de sentiments et d'effets. Que nos âmes altérées s'empressent donc autour de cette fontaine ; que notre indigence ne tarde pas d'aller puiser à ce trésor. Faites connaître au monde la grâce que vous avez trouvée devant Dieu , en obtenant pour les coupables, par vos saintes prières, le pardon de leurs crimes , pour les malades la guérison de leurs maux , pour les pusillanimes la force et le courage , pour les affligés la consolation , pour ceux qui sont en danger le secours et la délivrance. Dans ce jour de fête et d'allégresse , puisse votre intercession , ô notre bonne Reine , nous valoir, à nous vos sujets , qui invoquons votre nom si doux et si grand de Marie , les grâces et les faveurs de votre Fils Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui est Dieu au-dessus de tout, et béni dans tous les siècles (Rom., IX, 5). »

27. S. Jean Damascène, Orat. I de nati vitale B. Mariœ : « Je

vous salue, Marie, doux gage de l'amour d'Anne et de Joachim. C'est avec raison que toutes les générations vous proclament bienheureuse; car nous voyons en vous le plus bel ornement du genre humain. Vous êtes la gloire des prêtres, l'espérance des chrétiens, la fleur des vierges, et tout à la fois une semence féconde de virginité. Grâce à vous, en effet, cette belle plante de la virginité s'est multipliée en tous lieux. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et béni est le fruit de vos entrailles. Bénis sont ceux qui vous reconnaissent pour Mère de Dieu ; maudits , ceux qui vous dénient cette qualité. 0 fille et maîtresse tout à la fois de Joachim et d'Anne , accueillez la prière d'un pécheur qui vous aime ardemment , qui vous honore , qui met en vous toute son espérance, comme en celle qui me rendra la vie, en me réconciliant avec votre Fils , et m'assurera par là mon salut. Déchargez-moi du fardeau de mes péchés , dissipez les ténèbres qui me tiennent dans l'aveuglement , dégagez-moi de ces affections grossières qui m'attachent encore à la terre. Réprimez les tentations qui m'assaillent, faites-moi mener une vie sainte, et parvenir, en marchant sur vos traces, à la céleste félicité. Par l'intercession aussi de vos parents , par les prières de l'Eglise entière, procurez la paix au monde , une joie parfaite et le salut éternel à tous les religieux habitants de cette cité. Qu'il en soit ainsi, oui, qu'il en soit ainsi. Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes , et béni est le fruit de vos entrailles Jésus-Christ Fils de Dieu. »

28. Le même, in carminibus ad Virginem : « Tant que j'espérerai en vous, ô sainte Mère de Dieu, je serai assuré de mon salut; tant que vous veillerez à ma défense, je n'aurai rien à craindre : je poursuivrai mes ennemis et les mettrai en fuite , en me couvrant de votre protection comme d'une cuirasse , et en invoquant à mon aide votre secours tout-puissant. Je crie vers vous : O ma maîtresse , sauvez-moi par le crédit de votre intercession. O glorieuse Marie , toujours vierge, Mère de Jésus-Christ notre Dieu , présentez nos prières à votre divin Fils , pour qu'en votre considération il sauve nos âmes... Bienheureuse Mère de Dieu, ouvrez-nous l'entrée de la miséricorde; ne laissez pas s'égarer et se perdre ceux qui espèrent en vous. Obtenez-nous notre délivrance de toute espèce de maux ; car vous êtes le salut du genre humain... Reconnaissant la multitude de mes péchés et désirant mon salut, j'ai recours à vous, sainte Mère de Dieu; visitez mon âme qui est malade t et demandez à votre divin Fils i. ltt

qu'il m'accorde le pardon de tout le mal que j'ai fait; vous seule êtes sainte; vous seule êtes bénie... Mère de lumière, je remets en vous toute mon espérance ; abritez-moi sous votre protection. >»

Question XIX.

Page 1