TÉMOIGNAGES DES PÈRES A L'HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE MARIE
1. S. Irénée, adv. hœreses lib. V, c. 49 : a De même qu'Eve, se laissant séduire par la parole de l'ange tentateur, désobéit à Dieu et chercha à fuir sa présence ; de même la vierge Marie, cédant aux paroles de l'ange Gabriel, a obéi à Dieu, et par sa soumission est devenue l'avocate d'Eve, vierge elle-même. Et de même que le genre humain avait perdu sa liberté par la faute d'une vierge, ainsi l'a-t-il recouvrée par l'obéissance d'une autre vierge, l'obéissance de Tune faisant comme le contre-poids de la désobéissance de l'autre. »
2. S. Chrysostôme, dans sa liturgie : « Comme il est vraiment convenable et juste de vous glorifier en votre qualité de mère de Dieu, toujours sainte et sans tache, plus digne d'honneur que les chérubins, et incomparablement plus élevée en gloire que les séraphins, vous qui avez enfanté Dieu même, sans que votre virginité en ait souffert d'atteinte ; ainsi nous vous glorifions, sainte mère de Dieu. Nous vous saluons , Marie pleine de grâce , le Seigneur est avec vous , vous êtes bénie entre toutes les femmes , et béni est le fruit de vos entrailles, puisque vous avez mis au monde le Sauveur de nos âmes. »
3. S. Ambroise, lib. II de Virginibus : « Représentons-nous, comme dans un tableau, la virginité et la vie de la bienheureuse vierge Marie, en qui brille, comme dans un miroir, l'image parfaite de la chasteté et de la vertu. Quoi de plus noble que la mère de Dieu ? Quoi de plus glorieux que celle que la gloire même a choisie ? Quoi de plus chaste que cette Vierge qui a enfanté sans corruption ? Telle a été la vertu de Marie, que sa vie peut servir à toutes les autres de modèle. »
4. S. Athanase , in Evangelium de sanctâ nostrâ Deiparâ : a Puisque celui qui est né de la Vierge est Roi, et Seigneur, et Dieu, la mère qui l'a mis au monde est qualifiée, avec toute vérité, de reine , de maîtresse et de mère de Dieu. Cette nouvelle Eve est appelée la mère de la vie , et elle s'offre à notre admiration comme les prémices de cette vie immortelle qui doit être le partage de tous les vivants. C'est pourquoi nous la proclamons et nous mettons notre joie à la proclamer toujours , et en toute ma*
nière, bienheureuse. Nous crions vers vous, Vierge sainte ; ne nous effacez pas de votre mémoire , ô vous qui êtes demeurée vierge même après l'enfantement. Nous vous saluons , pleine de grâce , le Seigneur est avec vous ; toutes les hiérarchies célestes et terrestres vous disent bienheureuse. Vous êtes bénie entre toutes les femmes , et béni est le fruit de vos entrailles. Intercédez pour nous , ô notre maîtresse , ô notre princesse , ô notre reine , ô mère de Dieu. »
5. S. Grégoire de Nazianze, in tragœdiâ, Christus patiens : « O mère trois fois heureuse , ô gloire des vierges , vous qui habitez le temple resplendissant du ciel , après avoir échangé les haillons de la mortalité pour la robe brillante de l'immortalité , prêtez de là-haut une oreille favorable à mes paroles , et daignez accueillir ma prière. »
6. S. Augustin, Serm. II de Annuntiat. Domini : « Sainte Marie , soulagez notre misère , aidez notre faiblesse , essuyez nos larmes , priez pour le peuple , intercédez pour le clergé , soyez l'avocate du sexe dévot ; que tous ceux qui célèbrent votre mémoire , éprouvent les effets de votre protection. »
7. S. Fulgence, Serm. de laudibus Mariœ : « Marie est comme la fenêtre à travers laquelle Dieu a fait pénétrer la vraie lumière parmi les hommes. Elle est comme l'échelle du ciel , puisque c'est par elle que Dieu est descendu sur la terre, afin que par elle aussi les hommes puissent s'élever jusqu'aux cieux. Marie est devenue la restauratrice de son sexe, puisque c'est par elle que son sexe s'est relevé de la ruine qu'il avait encourue par suite de la malédiction des temps anciens. »
8. S. Bernard , Serm. II de Adventu : « La Vierge est la voie royale par laquelle le Sauveur est venu dans ce monde , après être sorti de son sein comme un époux de son lit nuptial.... O femme bénie entre toutes les femmes, inventrice de la grâce, cause de notre vie, mère de notre salut, puissions-nous avoir accès par vous auprès de votre fils , afin que , comme il nous a été donné par votre entremise, par votre entremise aussi il nous reçoive en grâce (XIX). »
Patrum de Maria Virginie testimonia.
Irenœus lib. 5, contra liœres. SicutEva seducia est , ut effugeret Deum ; sic Maria suasa est obedire Deo , ut virginis Evae virgo Maria fieret advocata : et quemadmo-
dum adstrictum est morti genus humanum per virginem , solvatur per virginem aequa lance disposita virginalis inobedientiae per virginalem obedientiam.
Chrysostomus in Liturgia. Ut verè dignum et justum est glorificare teDeiparam et semper beatissimam, et penitus inconta-
TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION
1. S. Irénée, lib. V contra hœreses, c. XIX : C'est ce qui vient d'en être rapporté plus haut.
2. S. Chrysostôme , dans la liturgie qui porte son nom ; c'est ce que nous venons d'en rapporter , et de plus ce qui en a été rapporté auparavant , question XV, témoignage 4 , page 194.
3. S. Ambroise, lib. II de Virginibus : « Vierges pudiques à qui je m'adresse , ayez sans cesse représentées devant vos yeux , comme dans un tableau , la virginité et la vie entière de Marie , en qui resplendit , comme dans un miroir , la parfaite image de la chasteté et de la vertu. Les exemples que vous trouverez en elle vous diront aussitôt ce que vous avez à corriger en vousmêmes , quels sont les vices à éviter , quelles sont les vertus
minatam Matrem Dei nostri , honoratiovein cherubim, et gloriosiorem incoraparabiliter seraphim, quae citra corruptionem Deum peperisti : verè Deiparam te magnificamus. Ave gratia plena Maria, Dominus tecura, benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui, quoniam Salvatorem animarum nostrarum peperisti.
Ambrosius lib. 2 de Virginit. Sit nobis tanquam in imagine descripta virginitas vitaque beatee Mariœ, de qua velut speculo refulget species castitatis et forma virtutis. Quid nobilius Dei Matre? quid splendidius eâ, quam splendor elegit? Quid castius eâ, qua? corpus sine corporis contagione generavit? Talis fuit Maria, ut ejus unius vita omnium disciplina sit.
Athanasius in Evang. de sancta nostra Deipara. Quandoquidem ipse Rex est, qui natus est ex virgine, idemque Dominus et Deus, eapropter et mater quae eum genuit , et Regina, et Domina, et Deipara propriè et verè censetur. ïsta nova Eva mater vitœ appellatur, variegataque permanet ad primitias vitœ immortalis omnium viventium.
Dicimus eam igitur iterum atque iterum et semper et undequaque beatissimam. Ad te clamamus , recordare nostrî sanctissima Virgo , quœ etiam à partu Virgo permansisti. Ave, gratia plena : Dominus tecum : beatam te prœdicant omnium Angelorum el lerrestrium hiérarchise. Benedicta tu in SDulieribus, et benedictus fructus ventris tui. Intercède, Hcra et Domina, et Regina, çt Mater Dei, pro nobis.
Gregorius Nazianzenus in tragœd.
Christus patiens.
0 ter beata Mater ! 6 lux Virginuml Quse templa cœli lucidissima incolis, Mortalitatis liberata sordibus , Ornata jam immortalitatis es stola; Meisbenignam ab alto aurem exhibe verbis, Measque virgo suscipe, obsecro, preces.
Augustinus serm. 2 Annunt. Domîni.
Sancta Maria succurre miseris, juva pusillamines, refove flebiles, ora pro populo, interveni pro clero, intercède pro devoto fœmineo sexu : sentiant omnes tuum juvamen, quicumque célébrant tuam commemorationem.
Fulgentius de laudibus Mariœ. Facta est Maria fenestra cœli, quia per ipsani Deus verum fuôit sœculis lumen. Facta est Maria scala cœlestis , quia per ipsam Deus descendit ad terras , ut per ipsam homiues ascendere mereantur ad cœlos. Facta est Maria restauratio fœminarum, quœ per ipsam à ruina primœ maledictionis probantur esse subtractœ.
Bernardus serm. 2 de Advent. Vide eundem super Missus est, et in ilhid Apoc, Signum magnum appariât. Item in serm, de Nativitate Virgin. Virgo regia ipsa est via, per quam Salvator advenit procedens de ipsius utero , tanquam sponsus de thalamo suo. Per te accessum habemus ad filium, ô benedicta inventrix gratiœ, genitrix vitae, mater salutis, ut per te nos suscipiat, qui per te datus est nobis.
à pratiquer. Un premier motif de la prendre pour votre maîtresse, c'est la noblesse de sa personne. Quoi de plus noble que la mère de Dieu ? Quoi de plus glorieux, que celle que la gloire a choisie? Quoi de plus chaste qu'une vierge qui a enfanté sans commerce charnel ? Et que n'aurais-je pas à dire de ses autres vertus? Elle n'était pas vierge seulement de corps , mais elle l'était aussi d'affection , et la conduite entière de sa vie n'était que l'expression sincère de ses sentiments. Humble de cœur, grave dans son langage, prudente dans ses desseins, elle lisait beaucoup et parlait peu. Elle mettait sa confiance , non dans des richesses incertaines , mais dans cette prière du pauvre que Dieu écoute toujours. Occupée de son travail , et réservée dans ses discours, elle cherchait , non à être estimée des hommes , mais à être approuvée de Dieu. Attentive à n'offenser personne, bienveillante indistinctement pour tout le monde , pleine de déférence pour les personnes âgées, de prévenance pour celles de son âge, elle fuyait la vanité , suivait en tout la raison , s'attachait à la vertu de préférence à tout le reste. Quand la vit-on offenser ses parents même par l'air du visage ? ou se diviser d'avec ses proches ? ou mépriser les gens de basse condition ? ou insulter au faible ? ou éviter la rencontre de l'indigent ? Elle ne se trouvait parmi les hommes qu'autant que la charité lui en faisait un devoir, et que la pudeur ne pouvait en être blessée. Ses regards n'avaient rien de lubrique, ses paroles n'avaient rien de déplacé, tous ses actes n'avaient rien que de modeste. Rien de trop efféminé dans ses gestes, rien de mou dans sa démarche, rien d'insolent dans le ton de sa voix ; tellement que son extérieur même était l'image de son âme, et comme le cachet de sa vertu. Et en effet une maison honnête doit pouvoir être reconnue dès le vestibule , et dès son entrée on doit voir qu'il ne s'y commet point d'œuvres de ténèbres ; ainsi notre âme, à qui notre corps sert comme d'enveloppe, doitelle se montrer tout entière dans ses actes extérieurs, comme une lampe fait pénétrer sa lumière à travers le corps diaphane qui la renferme. Que dirai-je de la frugalité de ses repas et de la multiplicité de ses occupations ; de ses repas où elle se tenait presque en deçà des besoins de la nature , de ses occupations où elle en dépassait les forces ? D'une part , pas un instant de relâche ; de l'autre , le nombre des jeûnes doublant pour ainsi dire celui des jours ; et si enfin elle songeait à réparer ses forces épuisées , elle se contentait du simple aliment qui se trouvait sous sa main, plutôt pour conserver sa vie que pour contenter son goût. Elle
attendait , pour prendre son sommeil , le besoin de la nature : encore ce repos corporel qu'elle prenait n'empêchait-il pas son âme de veiller toujours , cherchant même pendant qu'elle dormait à se rappeler ses lectures de la veille , ou , si le sommeil venait à suspendre cette étude, la reprenant aussitôt, ou bien s'interrogeant de rechef sur les dispositions qu'elle avait prises, ou en préméditant de nouvelles. Elle ne savait quitter la maison que pour se rendre à la prière , et toujours avec ses parents ou ses proches. Dans la maison , seule pour son travail; en public, toujours accompagnée , elle n'avait cependant point d'autre meilleur gardien de sa personne qu'elle-même ; son marcher comme son parler imprimait un tel respect, qu'il semblait voir moins le corps se mouvoir, que la vertu monter ses degrés. Qu'une vierge pourtant ait pour sa propre personne des guides sages qui veillent à sa sûreté : je le veux , mais pourvu qu'elle se constitue elle-même la gardienne de la pureté de son âme. Pour ce dernier point , elle ne manquera pas d'institutrices ; et ces institutrices , ce seront les vertus qu'elle n'aura qu'à interroger , pour régler sa conduite personnelle : car tout ce qu'elle fait doit être une leçon parlante. C'est ainsi que Marie était attentive à tout, comme si elle eût eu plusieurs monitrices à ses côtés ; et elle pratiquait toutes les vertus dans une telle perfection, qu'elle semblait moins en apprendre elle-même la pratique, que l'enseigner aux autres. Telle nous l'a montrée l'Evangéliste , telle l'a trouvée l'Ange , telle l'a choisie l'Esprit-Saint. Eh! qu'ai-je besoin de raconter en détail l'affection qu'avaient pour elle ses parents , les éloges qu'en faisaient les étrangers , puisqu'il me suffit de dire qu'elle s'est trouvée digne que le Fils de Dieu se la choisît pour mère ? Lorsque l'ange vint la saluer, elle était seule dans l'endroit le plus retiré de sa maison, pour que personne ne vînt la distraire ou la troubler. Qu'avaitelle besoin d'autres personnes de son sexe pour lui servir de compagnie, lorsqu'elle en trouvait une suffisante dans toutes les1 bonnes pensées? Que dis-je? jamais elle ne semblait moins seule que lorsqu'elle était seule. Car, comment pouvait-elle être seule au milieu de tant de livres, et dans la société des archanges et des prophètes? Enfin, Gabriel ne la trouva que là où il avait coutume de la voir ; et Marie , qui s'était effrayée d'abord en croyant voir un homme, se rassura quand l'ange, avec qui elle était familière, lui eut dit son nom. Ainsi étrangère au commerce des hommes, elle ne l'était pas à celui des anges : quelle preuve demandezvous de plus de la chasteté de ses oreilles et de la modestie de ses
yeux ? Saluée , elle garda le silence ; appelée par son nom , elle répondit; troublée à la première vue de ce personnage qu'elle ne connaissait pas , dès qu'il se fut fait une fois connaître à elle, elle lui fit acte d'obéissance. Qu'elle n'ait pas négligé non plus les devoirs à remplir envers sa parenté , c'est ce que nous apprennent aussi les divines Ecritures. Car le choix qu'elle vit que Dieu avait fait d'elle ne servit qu'à la rendre plus humble ; elle se transporta aussitôt vers les montagnes auprès de sa parente, non sans doute qu'elle eût besoin de sa société pour se confirmer dans la foi , puisqu'il lui avait suffi pour cela de la parole de l'ange. Aussi , quelles furent les paroles que lui adressa Elisabeth ? Vous êles3 lui dit-elle , bienheureuse d'avoir cru. Et elle demeura trois mois avec elle. Pendant tout cet intervalle de temps, elle ne fait pas de questions pour affermir sa foi ; elle se borne à remplir ses devoirs d'amitié. Et cela , après que l'enfant tressaillant dans le sein maternel l'avait saluée comme mère de Dieu, la religion devançant en lui la nature. La fermeté de la foi de Marie explique comment tous les miracles qui se sont succédé à ses yeux, tels que de voir une femme âgée et stérile devenue mère, elle-même, toute vierge qu'elle était , devenue féconde , la parole rendue à Zacharie après neuf mois d'un mutisme miraculeux , les mages venir des extrémités de l'Orient adorer son divin enfant, Siméon reconnaître en lui l'objet de sa longue attente, une étoile paraître tout exprès pour annoncer cet événement; comment tous ces miracles, dis-je, ne lui ont pas ôté le calme, à elle qui semblait l'avoir perdu à l'entrée de l'ange dans sa maison. Marie, dit l'Evangile , conservait tout cela dans son cœur. Quoiqu'elle se vît la mère de Dieu , elle recueillait avec autant de soumission que d'avidité les instructions du Seigneur; portant déjà son Dieu attaché à ses mamelles , elle n'en désirait pas moins d'apprendre à connaître Dieu. Et d'ailleurs, n'allait-elle pas tous les ans à Jérusalem , au jour solennel de la Pâque , et n'y allait-elle pas avec Joseph ? Dans une vierge , la pudeur est la compagne inséparable de toutes les autres vertus. Sans la pudeur, en effet, la virginité cesserait d'être elle-même. Aussi Marie n'alla-t-elle pas au temple sans se faire accompagner du gardien de sa pudeur. C'est bien là l'image de la virginité. Car telle a été Marie , que sa vie à elle seule peut suffire à l'instruction de toutes les vierges. Si donc un semblable modèle est de votre goût , confrontez-lui vos actions , et imitez l'exemple de celle dont vous ambitionnez de partager la récompense. Que de sortes de vertus diverses brillent avec éclat dans cette seule
vierge! La réserve de la pudeur, l'étendard de la foi, l'ardeur de la piété. Elle se montre dans sa maison le modèle des vierges , chez sa parente le modèle des amies , au temple le modèle des mères. Oh ! combien de vierges n'attirera-t-elle pas à sa suite ! Combien ne se réjouira-t-elle pas d'en présenter au Seigneur, et de pouvoir en même temps lui dire : Ces personnes ont gardé avec une pudeur inviolable , celle-ci le lit nuptial de mon Fils , celle-là le lit nuptial de son propre époux ! Comme le Seigneur lui-même les recommandera à son Père , en leur appliquant les mêmes paroles qu'il disait autrefois de ses apôtres : Père saint, ce sont là celles que je vous ai conservées; le Fils de l'homme a reposé sa tête sur leur sein ; je demande que là où je suis , elles soient aussi avec moi. Mais elle ne doivent pas se borner à se procurer leurs propres avantages , pas plus qu'elles ne peuvent se flatter de ne tenir leurs avantages que d'elles-mêmes. Que celle-ci travaille à sauver ses parents ; que celle-là travaille à sauver ses frères. Père juste, le monde ne m'a point connu; mais celles-ci m'ont connu , et n'ont pas voulu connaître le monde. Avec quelle pompe, quels applaudissements de la troupe des anges une vierge ne prendra-t-elle pas possession du ciel , après avoir mené ici-bas une vie toute céleste ! Alors aussi Marie prenant, comme la sœur de Moïse (Exod., XV, 20), une timbale à la main, formera des chœurs de vierges, et toutes à l'envi chanteront des hymnes au Seigneur , qui leur aura fait la grâce de traverser la mer du siècle présent , sans être submergées par ses flots. Alors chacune dira avec des transports de joie : J'entrerai jusqu'à l'autel de Dieu , jusqu'à Dieu même qui remplit de joie ma jeunesse (Ps. XLll, 4). J'immole à Dieu un sacrifice de louanges, et je rends mes vœux au Très-Haut (Ps. XLIX, 14). Car je ne crains point de vous assurer l'accès des autels, vous qui avez fait de vos cœurs autant d'autels de Dieu , vous en qui tous les jours Jésus-Christ est immolé pour la rédemption de vos corps. Car si le corps d'une vierge est le temple de Dieu , qu'est-ce donc que son cœur qui , recouvert par la main du prêtre éternel des cendres encore fumantes de ses membres sacrifiés, exhale la vapeur du feu divin ? Vierges mille fois heureuses , qui répandez autour de vous le parfum de l'immortalité , comme un jardin celui de ses fleurs, comme un temple celui de la religion, comme un autel celui des vertus du prêtre ! Que sainte Marie soit donc le calque vivant sur lequel vous formerez votre conduite. » 4. S. Athanase , Serm. super Evangelium de sanctissimâ nostrd
Deiparâ : C'est le passage cité plus haut , même question , témoignages des Pères, n° 4, page 226.
5. S. Grégoire de Nazianze, à la fin de sa tragédie intitulée Jésus-Christ patient : « Vierge chaste et bienheureuse , digne de toute vénération, puisque maintenant, après avoir déposé les haillons de notre mortalité, vous êtes assise , vêtue du manteau de l'éternité, dans le séjour des bienheureux, sans connaître désormais la mort , sans connaître la vieillesse , accueillez mes prières avec bonté du haut du ciel où vous êtes, vous à qui a été conféré , exclusivement à toute autre personne, l'honneur singulier d'être la mère du Verbe. Plein de confiance dans votre crédit , j'ose vous adresser mes paroles suppliantes , et vous offrir, pour en orner votre tête, une couronne composée des fleurs les plus odoriférantes, ô ma princesse , vous qui venant continuellement à mon aide , me faites sortir heureusement de tous les dangers , et me sauvez tant des traits que lancent sur moi mes ennemis déclarés , que des pièges bien plus dangereux que me tendent dans l'ombre mes ennemis secrets ! Accordez-moi ce que j'implore de vous comme le plus grand de tous les biens , savoir, qu'après avoir toute ma vie prisé votre protection comme un bien plus grand que toutes les richesses , je puisse à ma mort vous avoir pour avocate auprès de votre Fils. Ne permettez donc pas que je sois livré comme un jouet à l'ennemi juré du genre humain qui est l'esprit infernal , et préservez-moi du feu éternel et des cachots ténébreux de l'enfer, par la foi en vertu de laquelle j'ai été justifié , et par la puissance de votre crédit, auquel nous ne connaissons rien d'égal. C'est ce qui me porte à vous adresser ce chant , expression de ma reconnaissance. O Vierge d'une grâce incomparable , qui surpassez en beauté comme en grandeur toutes les autres , reine puissante , élevée au-dessus de toutes les hiérarchies célestes, trésor du genre humain , soyez toujours propice aux mortels , et préservezmoi dans toutes les situations de ma vie de tous les dangers. »
6. S. Augustin, Serm. II de anmmtiatione Dominicâ. (Voirie passage rapporté ci-dessus, même question, et de plus le témoignage n° 5 de la question XV, pages 196 et 197).
7. S Fulgence, Serm. de laudibus Mariœ ex partu Salvatoris ( Voir également le passage rapporté plus haut, même question , et de plus le témoignage n° 7 de la question XV, page 201 ).
8. S. Bernard , Serm. II in Adventu Domini : « La Vierge est la voie royale par laquelle le Sauveur est venu dans ce monde , après être sorti de son sein comme un époux de son lit nuptial.
Attachons nous donc à suivre cette voie , aiin de nous élever par elle jusqu'à Celui , qui par elle est descendu jusqu'à nous ; de participer par elle à la grâce de Celui , qui par elle est venu compatir à notre misère. 0 femme bénie entre toutes les femmes , inventrice de la grâce , cause de notre vie , mère de notre salut , puissions-nous avoir accès par vous auprès de votre Fils, afin que, comme il nous a été donné par votre entremise , par votre entremise aussi il nous reçoive en grâce. Que votre pureté parfaite lui fasse nous pardonner notre corruption , et que votre humilité , qui a été si agréable à Dieu , nous obtienne le pardon de notre orgueil. Que l'abondance de votre charité couvre la multitude de nos péchés, et que votre fécondité glorieuse nous procure la fécondité des mérites. 0 notre maîtresse , ô notre médiatrice , ô notre avocate , réconciliez-nous à votre Fils , recommandez-nous à votre Fils , présentez-nous à votre Fils. Faites , ô Vierge bénie , par cette grâce que vous avez trouvée , par la prérogative que vous avez méritée , par la miséricorde que vous avez enfantée , faites que celui qui par votre entremise a daigné se rendre participant de notre faiblesse et de notre misère , nous rende aussi par votre intercession participants de sa gloire et de sa béatitude, ce Jésus , votre Fils et Notre-Seigneur, qui est Dieu au-dessus de tout et béni dans tous les siècles. Ainsi soit-il (Rom., IX, 5). »
9. Le même, Serm. II delaudibus Virginis matris super Evangelium , Missus est : « Si le vent des tentations vient à souffler, si vous avez à craindre l'écueil des tribulations , regardez cette étoile, invoquez Marie, etc., comme ci-dessus, question XVIÏI, témoignage 6, page 212.
10. Le même, Serm. de verbis Apocalypsis , Signum magnum apparuit in cœlo : « Sans doute que Jésus-Christ pouvait nous suffire , puisque toute notre suffisance vient de lui (II Cor., III, 5); mais il n'était pas bon pour nous que l'homme fut seul : il convenait davantage que les deux sexes concourussent à notre réparation , comme les deux sexes avaient concouru à notre ruine. Un fidèle et puissant médiateur entre Dieu et les hommes, c'est, à n'en pouvoir douter, Jésus-Christ homme ; mais les hommes redoutent en le contemplant la majesté divine. Le prophète ne chante pas seulement sa miséricorde, il chante aussi sa justice (Ps. C, 1 ) : car s'il a appris par ce qu'il a souffert à être compatissant et miséricordieux (Hebr., V, 8 ; IV, 15 ; II, 17) , il n'en a pas moins toujours le pouvoir de nous juger. Auprès d'un tel médiateur, nous avons besoin d'une autre médiation ; et point d'autre qui nous
convienne plus pour cet office, que celle de Marie. Cruelle a été pour nous Eve notre première mère , qui a été cause que l'antique serpent a infiltré son venin dans le cœur de son époux ; mais en revanche nous avons tout à espérer de Marie , qui a procuré nonseulement à son sexe, mais aussi au nôtre, l'antidote tout-puissant pour le salut. La première a été un instrument de séduction , la seconde est un instrument de propitiation. Celle-là nous a fait prévariquer ; celle-ci nous a procuré notre rachat. Comment notre faiblesse pourrait-elle craindre de s'adresser à Marie? En elle il n'y a rien d'austère ni de rude; elle est toute douceur ; elle nous offre à tous le lait et la laine. Repassez avec toute l'application dont vous êtes capables la suite de l'histoire évangélique , et si vous y remarquez dans Marie quoi que ce soit de dur ou de menaçant, ou même le moindre signe d'indignation ou de colère , je consens à ce que vous ayez pour elle de la défiance et que vous n'osiez pas vous approcher d'elle. Mais si, au contraire , comme cela est en effet, vous ne trouvez en elle que faveur et bonté, que douceur et miséricorde , rendez grâces à celui qui vous a procuré si miséricordieusement une telle médiatrice, en qui vous n'avez rien à redouter. Pour tout dire en un mot , elle s'est faite toute à tous (/ Cor., IX, 22) ; elle s'est constituée débitrice des dons de sa charité envers les savants comme envers les simples (Rom.,I, 14) ; elle nous a ouvert à tous le sein de sa miséricorde , pour que tous reçoivent de sa plénitude , que le captif en reçoive sa délivrance , le malade sa guérison , l'affligé sa consolation , le pécheur son pardon , le juste un surcroît de grâce , l'ange une surabondance de joie , la Trinité elle-même un nouveau degré de gloire , la personne du Fils en particulier la substance de sa chair : il n'est personne , enfin , qui songe à se soustraire à la chaleur de son influence (Ps. XVIII, 7). C'est cette femme que Dieu a promise au monde dès l'origine , comme devant briser par sa vertu la tête de l'antique serpent : en vain celui-ci s'est-il embusqué pour la mordre au talon ; tous ses stratagèmes lui ont été inutiles (Gen., III, 15). Seule en effet , elle a brisé l'effort de toutes les hérésies (a). De ces hérésies l'une niait qu'elle eût conçu Jésus- Christ avec sa propre chair ; une autre niait qu'elle l'eût enfanté véritablement , et sifflait de sa voix d'aspic qu'elle s'était contentée de ramasser cet enfant tombé du haut du ciel ; une autre faisait entendre cet autre blasphème , qu'à la suite de son divin
(a) « Sola enim contrivit universam hœreticam pravilalem. »
enfantement , elle avait eu d'autres enfants à la manière des autres femmes; cette autre s'indignant de l'entendre appeler mère de Dieu , faisait de ce grand nom QzorUos l'objet de ses dérisions impies ; mais tous ces pièges tendus ont été brisés , tous ces fils de vipère ont été écrasés , tous ces sifflements poussés contre la Vierge-mère ont été réduits au silence , et toutes les générations la proclament bienheureuse (Luc, I, US). Baisons avec amour, mes frères , les traces des pas de Marie , et prosternons-nous à ses pieds de bénédiction pour lui faire notre humble prière. Tenons-la fortement , et ne la laissons aller qu'après qu'elle nous aura bénis : car elle est puissante. Elle est cette toison placée entre l'aire de la terre et la rosée du ciel , cette femme revêtue du soleil avec la lune à ses pieds ; c'est Marie établie médiatrice entre Jésus-Christ et son Eglise.... Qui pourra nommer les étoiles dont se compose le diadème royal de Marie? Il est au-dessus des facultés de l'homme de décrire cette couronne, ou d'en indiquer la composition; toutefois, sans nous faire scrutateurs téméraires de ce secret divin , nous pouvons peut-être assez convenablement, selon la mesure de nos faibles moyens, comparer ces douze étoiles aux douze prérogatives de grâces , dont Marie est singulièrement favorisée. Car nous trouverons en Marie les prérogatives du ciel , les prérogatives de la chair, les prérogatives du cœur; et en multipliant ce nombre de trois par quatre, nous arriverons peut-être à ces douze étoiles , qui rendent si brillant aux yeux de tous le diadème de notre reine. Pour moi du moins, j'entrevois un singulier éclat, premièrement dans la génération de Marie , secondement dans la visite que l'ange lui fit , troisièmement dans l'acte de l'Esprit-Saint qui survint en elle , quatrièmement dans l'incarnation inénarrable du Fils de Dieu. Et ce qui donne à ces quatre merveilles elles-mêmes un éclat encore plus éblouissant , c'est que Marie a levé la première l'étendard de la virginité, c'est qu'elle a été féconde sans commerce charnel, c'est qu'elle est devenue enceinte sans les incommodités de la grossesse , c'est qu'elle a enfanté sans douleur. Et pourtant encore , je vois par-dessus tout en Marie la discrétion de la pudeur, la réserve de l'humilité , la magnanimité de la foi , le sacrifice
volontaire du cœur Maintenant, ô Mère de miséricorde, nous
voici, comme la lune que saint Jean aperçut en vision, prosternés à vos pieds , vous adressant nos humbles supplications, comme à notre médiatrice plein de miséricorde auprès du soleil de justice, pour être admis à voir un jour la lumière dans votre lumière,
à jouir enfin de la vue de ce soleil qui vous a particulièrement aimée , et qui s'est plu à vous revêtir de l'ornement de gloire , en plaçant sur votre tête sa couronne la plus belle. Vous êtes pleine de grâce, toute pénétrée de la rosée céleste, appuyée sur votre bien-aimé, toute remplie de délices (Cant., VIII, 5). 0 notre reine, donnez aujourd'hui la nourriture à vos pauvres; que les petits chiens aussi mangent des miettes tombées de votre table, et donnez à boire , non-seulement au serviteur d'Abraham ( Gen., XXIV, 17), mais encore à ses chameaux, de cette eau merveilleuse que vous portez dans votre vaisseau; car vous êtes vraiment la fille prédestinée et préparée par le Très-Haut à votre Fils , qui est Dieu par-dessus tout et béni dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. »
11. Le même, Serm. de Nativitate Mariœ : u Voyez donc, en examinant de plus près encore , avec quelle ferveur de dévotion Dieu a voulu que nous honorions Marie , en mettant en elle la plénitude de toute espèce de bien ; de sorte que toute notre espérance, toutes les grâces dont nous pouvons être favorisés, notre salut enfin , tout nous vient de celle qu'il fait paraître à nos yeux toute remplie de délices (Cant., VIII, 5). Elle est elle-même comme un jardin de délices (Cant., IV, 6), que le zéphyr divin a pénétré de son haleine, a pénétré de son haleine encore , et qui répand en tous lieux le parfum de ses fleurs, qui sont les grâces et tous les dons spirituels. Supprimez la masse solaire qui éclaire le monde, que deviendra le jour? Supprimez cette étoile de la mer qui s'appelle Marie, que restera-t-il autre chose qu'obscurité, que ténèbres épaisses, qu'ombres de mort? Vénérons donc cette auguste Marie de toute la force de notre amour, de toute l'ardeur de nos sentiments et de nos vœux ; car telle est la volonté de celui qui a voulu que nous obtenions tout de lui par Marie : telle est , dis-je , sa volonté , ou pour mieux dire , sa bienveillance à notre égard. Car, ne négligeant rien de ce qui peut contribuer à nous relever de notre misère, il a voulu ainsi dissiper nos craintes, exciter notre foi, fortifier notre espérance, chasser toutes nos défiances, encourager notre pusillanimité. Vous craigniez peutêtre de vous approcher du Père céleste ; effrayé à sa voix , vous fuyiez comme Adam pour vous cacher, et il vous a donné Jésus pour médiateur. Que n'obtiendra pas d'un tel Père un tel Fils? Il sera sûrement exaucé à cause du respect qui lui est dû comme au Fils de Dieu , parce que le Père aime son Fils. Appréhendezvous encore de vous approcher de lui? Sachez qu'il est votre frère»
il est votre chair ; il a été sujet à toutes vos misères , excepté le péché, afin qu'il fût miséricordieux. Ce frère, c'est Marie qui nous l'a donné. Mais vous redoutez peut-être en lui la divine Majesté , parce qu'en se faisant homme , le Roi du ciel n'a pas cessé d'être Dieu? Voulez-vous donc avoir un avocat auprès d'un tel juge? Recourez à Marie. Je vous le dis sans hésiter, elle sera exaucée à cause du respect qui lui est dû comme à la Mère de Dieu. Le Fils exaucera indubitablement sa mère , et à son tour il sera exaucé par le Père ; c'est là l'échelle des pécheurs ; c'est là ma grande, ma véritable, mon unique espérance. Car, dites-moi, un fils peut-il faire, peut-il essuyer un refus? Peut-il, ou ne pas exaucer sa mère, ou n'être pas exaucé de son père? L'un, pas plus que l'autre , n'est possible sans doute. Vous avez, lui dit l'ange (Luc. I, 30), trouvé grâce auprès de Dieu. Quel bonheur pour nous! Toujours elle trouvera grâce , et cette grâce suffira à tous nos besoins. Cette vierge sage ne demandait ni les richesses, ni les honneurs, ni la puissance, ni même la sagesse comme Salomon ; mais elle demandait la grâce. Et en effet , c'est la grâce qui seule peut nous sauver. Pourquoi désirerions-nous autre chose, mes frères? Recherchons la grâce , et cherchons-la par Marie : car ce qu'elle cherche elle le trouve , et la demande qu'elle en peut faire ne saurait être frustrée de son effet... Au surplus, quoi que ce soit que vous vouliez offrir au Seigneur , souvenez-vous de le recommander à Marie , afin que la grâce remonte à l'auteur de la grâce par le même canal par où elle aura découlé sur vous. Car, bien que Dieu puisse absolument parlant vous faire parvenir sa grâce par tout autre moyen , il a fait choix de celui-ci de préférence à tout autre. Peut-être aussi vos mains sont-elles souillées, ou par des œuvres de sang , ou par des intentions qui ne sont pas assez pures. Quel que soit en conséquence le don, si modique même qu'il soit, que vous désiriez présenter à Dieu, recommandez-le , pour lui être offert , aux mains si pures , et si dignes d'être exaucées , de Marie , si vous ne voulez pas essuyer de refus. Car les mains de Marie sont comme des lis de toute blancheur, et le divin époux qui recherche les lis , accueillera votre présent, dont la modicité sera relevée à ses yeux par la beauté du lis qui le lui offrira , offert qu'il lui sera par les mains de Marie. '»