ARTICLE I. — DE LA CHARITÉ
Question I.
Est-ce assez pour un chrétien de posséder la foi et l'espérance ?
Celui qui a déjà la foi et l'espérance , doit se mettre surtout en mesure d'obtenir de plus la vertu de charité. Car c'est de ces trois vertus réunies que saint Paul a dit : La foi, l'espérance et la charité subsistent dans la vie présente; et il a ajouté : La plus grande des trois j c'est la charité. La foi, assurément, est une grande vertu, puisqu'elle est capable de transporter des montagnes et d'opérer des miracles ; l'espérance aussi est une grande vertu , puisqu'elle est comme le casque de notre salut , et comme l'ancre dont la solidité est pour nous un motif puissant de consolation dans nos peines et de confiance dans nos prières , par la double perspective qu'elle nous offre , et de la bonté de Dieu , et de la grandeur de ses promesses. Mais la charité est la plus grande des trois : car elle est la reine de toutes les vertus ; elle ne connaît ni bornes , ni mesure ; elle n'aura jamais de fin ; plus forte que la mort , elle survivra à notre dernier soupir. Sans elle, la foi et l'espérance peuvent encore , il est vrai , subsister dans un chrétien ; mais elles ne lui suffiraient pas pour mener une vie sainte. C'est ce qui a fait dire à saint Jean : Celui qui n'aime pas demeure dans la mort , quand même il croirait et espérerait encore , comme nous pouvons le voir par l'exemple de ces vierges folles , que l'Evangile nous présente en parabole (I).
Estne satis Christiano in fidei ac spei doctrina institut ?
Refert summoperè illum, qui fidem ac spem est consecutus , charitate quoque praeditum esse. Nam de lus tribus conjunctini docet Paulus : Nunc manent, inquit, fides, spes . char i tas , tria hœc; major uuteni horum est charitas.
Magna certè fides , quae satis esse queat ad montes transferendos , et patranda miracula ; magna etiam spes , salutis quaedam galea et anchora, quae proposita Dei bonitate, et praemii magnitudine, tum efficacem consolationem laborantibus, tum fiduciam singularem precantibus suggerit. Maxima vero charitas virtutum omnium piïnccps, quae modum finemque nescit, neemorientes deserit, morte ipsa fortior, quâ sine fides et .spes Christiano quidem inesse, sed ad
TÉMOIGNAGES DE L ÉCRITURE
1. / Corinthiens, XIII, 15 : « Ces trois vertus, la foi, l'espérance et la charité, subsistent dans la vie présente, etc., comme dans le corps de la réponse. »
2. Ibidem, 1-5 : « Quand je parlerais toutes les langues des hommes et des anges mômes , si je n'avais pas la charité , je ne serais que comme un airain sonnant et une cymbale retentissante. — Et quand j'aurais le don de prophétie, que je pénétrerais tous les mystères, et que j'aurais une parfaite science de toutes choses, et quand j'aurais toute la foi possible, une foi capable de transporter les montagnes , si je n'avais point la charité , je ne serais rien. — Et quand j'aurais distribué tout mon bien aux pauvres, et que j'aurais livré mon corps pour être brûlé, si je n'avais pas la charité, tout cela ne me servirait de rien. »
3. Marc, XI, 22 , 25 : a Ayez la foi en Dieu. — Je vous dis en vérité, que quiconque dira à cette montagne : Ote-toi de là, et jette-toi dans la mer; s'il le dit sans hésiter dans son cœur, mais en croyant au contraire que tout ce qu'il aura dit arrivera, il le verra en effet arriver. »
4. Matthieu, VII, 21-25 : « Tous ceux qui me disent, Seigneur, Seigneur , n'entreront pas pour cela dans le royaume des cieux ; mais celui-là y entrera , qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. — Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé en votre nom? n'avonsnous pas chassé les démons en votre nom ? et n'avons-nous pas fait plusieurs miracles en votre nom ? — Et alors je leur déclarerai : Je ne vous ai jamais connus ; retirez- vous de moi , vous tous artisans d'iniquité. »
5. / Thessaloniciens , V, 8 : « Mais nous qui sommes enfants du jour, gardons-nous bien d'une pareille ivresse , et armons-nous spirituellement , en prenant pour cuirasse la foi et la charité , et pour casque l'espérance du salut. »
6. Ephésiens, VI, 16-17 : a Servez-vous surtout du bouclier de la foi, pour pouvoir éteindre tous les traits enflammés du malin esprit. — Prenez encore le casque du salut et l'épée spirituelle, qui est la parole de Dieu. »