S. Chrysostôme, in psalmum quinquagesimiim, hom
(1) Cette homélie, tirée en grande partie de Théodoret, a été, s'il faut
du aÉCÀtoGUE. 333
<c Vous voyez , mes frères , quelle est la vertu de la pénitence , et de la sincère conversion à Dieu. David redevint non-seulement agréable à Dieu, le reste de ses jours ; mais même après sa mort, il a pu se rendre utile aux vivants. L'Ecriture rapporte en effet qu'au temps d'Ezéchias , les nations ennemies des Juifs étant venues faire le siège de Jérusalem , ce saint roi se mit à prier pour en obtenir vengeance , et qu'alors le prophète Isaïe vint le trouver, et, pour qu'il ne crût pas que ce fût à cause de lui-même qu'il allait être exaucé , encore bien que David fût mort depuis déjà bien des années , qu'est-ce que le prophète dit au roi ? Je protégerai cette ville et je la saliverai, à cause de moi et de mon serviteur David (IV Reg., XIX, 34). David est mort, et ses mérites vivent toujours. 0 prodige admirable ! 0 ineffable clémence de Dieu ! Un homme mort devient le protecteur d'un homme vivant. 0 le beau spectacle que celui d'un homme juste, qui, même après sa mort , combat pour la défense de sa cité ! »
41. Le même , Hom. XXVII in Matt. (i) : « Tels ont été les mérites de David, même après son péché, telle a été la perfection avec laquelle il en a effacé la tache, telle est la pureté qu'il a recouvrée , que même après sa mort il a pu obtenir grâce pour ses descendants ; et ce que Dieu a dit d'Abraham , il l'a dit aussi de David. Que dis -je ? Il en a dit bien davantage à l'honneur de ce dernier; car ce qu'il a dit du patriarche du peuple hébreu se borne à ceci : Je me sais souvenu de V alliance que j'ai faite avec Abraham (Exod., II, 24). Au lieu que, parlant de David, il ne dit pas : Je me suis souvenu de mon alliance avec lui ; mais que dit-il? Je protégerai cette ville à cause de David mon serviteur (IV Reg., XIX, 34). »
42. Le même, Hom. XLII in Genesim (2) : « La vertu d'un petit nombre peut couvrir la malice même d'un grand nombre. Car la bonté de Dieu est si grande, qu'ii suffit de quelques justes pour lui faire accorder en leur considération le salut de tous. Et qu'ai-je dit de quelques justes ? Souvent , quand il ne trouve pas un seul homme qui soit juste parmi les vivants, il paren croire le P. Monlfauoon , faussement attribuée à saint Chrysostôme. Voir Opéra S. Joannis Chrysost., tom. V, pag. 585 et suiv., édition de Saint-Maur.
(i) Cette homélie est la vingt-sixième dans l'édition de M. Gaume, ou des bénédictins de Saint-Maur, tome VI, page 524 (édition Saint-Maur).
(v2) Cf. Opéra S. Joann. Chrysost., tom. IV, pag. 451, édition de Saint- Maur, ou pag. 498, édition de M. Gaume.
donne aux vivants en considération des morts ; et c'est ce qui lui fait dire par la bouche de son prophète : Je protégerai cette ville à cause de moi et de David mon serviteur. C'est comme s'il eût dit : Bien que ceux-ci ne méritent pas que je les sauve, et qu'ils n'y aient aucun droit ; cependant, comme j'ai coutume d'user de clémence , et que je suis toujours prêt à faire miséricorde , et à tirer les hommes des dangers, j'accorderai à cause de moi-même et de mon serviteur David cette protection qui m'est demandée : et 1 celui qui n'était plus en vie depuis tant d'années , devient la cause du salut de tout ce peuple , qui s'était perdu par ses infidélités. » 45. Le même , Serm. de virtutibus et vitiis : « Quand Dieu ne trouve personne parmi les vivants qui soit en état de répondre pour les pécheurs , il a recours aux morts , et à cause de ceux-ci il pardonne aux autres leurs péchés. Que dit-il, en effet? Je protégerai cette ville à cause de moi-même et de David mon serviteur. Et cependant ce dernier était mort depuis longtemps. Admirez combien est grande la vertu des saints. Non - seulement leurs paroles, non -seulement leurs corps, mais les vêtements mêmes qui couvrent leurs corps valent mieux que toute autre possession du monde. La peau de lion qui servait de vêtement à Elie fit s'entr'ouvrir les eaux du Jourdain (IV Reg., Il ', 8). Le feu respecta les chaussures des trois jeunes nommes dans la fournaise (Dan., III, 94). Un morceau de bois jeté dans des eaux par Elisée les fit changer de nature , en leur faisant reporter à leur surface un lourd morceau de fer (IV Reg., VI, 6). Moïse, avec la verge qu'il tient en main, ouvre les eaux de la Mer-Rouge, et fait jaillir une source d'eau du creux d'un rocher (Exod., XIV et XVII). Les vêtements de Paul dissipent les maladies ; l'ombre de Pierre fait fuir la mort (Act., XIX et V). La cendre des martyrs immolés chasse les démons. Les saints exercent donc tout pouvoir, comme on l'a dit d'Elie. »
44. S. Ambroise, Lib. de Viduis. Ce passage a été rapporté/ plus haut, même question, témoignage 23, page 517.
45. Le même, in caput XXI Lucje : « A la mort des rois, leur empire cesse pour faire place éternellement à celui des martyrs : les premiers deviennent les suppliants , les seconds les dispensateurs des grâces. »
46. S. Léon -le -Grand, Serm. I in Nat. apostolorum Pétri et Pauli : « D'après notre propre expérience et celle qu'en ont faite nos devanciers, nous croyons avec une pleine assurance que dans toutes les misères de la vie nous trouverons , pour obtenir misé-
DU DÊCALOGUE. 335
riccrde auprès de Dieu, un puissant secours dans les prières des patrons particuliers de cette Eglise, et autant nos propres péchés nous jettent dans le découragement, autant les mérites des saints apôtres relèvent notre courage. »
47. Le même, Serni. II de eisdem : « Notre-Seigneur, après sa résurrection , et après avoir donné les clefs de son royaume au bienheureux apôtre saint Pierre, lui adressa par trois fois, en retour de la triple protestation qu'il venait de lui faire de son amour inaltérable, ces paroles mystérieuses : Paissez mes brebis. Et c'est ce que ce tendre pasteur fait encore aujourd'hui sans aucun doute, en exécution du commandement de son divin maître , en nous confirmant par ses exhortations , et en ne cessant de prier pour nous, afin qu'aucune tentation ne triomphe de notre fragilité. Que si , comme nous devons le croire , il étend sa sollicitude sur tout le peuple de Dieu , combien à plus forte raison ne doit-il pas être attentif aux besoins du peuple particulier qu'il a instruit lui-même, et au milieu duquel repose cette même chaire, dans laquelle il lui a distribué le pain de la parole sainte ? »
48. Le même, Serm. I in anniv. die assumptionis suœ ad Pontificatum : a La charité, la tendre sollicitude du bienheureux apôtre Pierre n'est pas, j'en ai la confiance, absente de cette assemblée : il sait répondre de son côté au pieux empressement qui vous a réunis dans ce temple pour rendre hommage à sa mémoire. Il applaudit aux sentiments qui vous animent ; il voit dans cette manifestation que vous en faites à l'égard de son successeur votre respect pour l'institution de Jésus-Christ lui-même, et il approuve comme s' adressant à sa propre personne ces témoignages de votre affection pour le siège où il a présidé le premier, et que l'indignité de celui qui l'occupe aujourd'hui à sa place ne rend ni moins vénérable , ni moins cher à vos yeux. »
49. Le même, Serm. II : « Pierre remplit maintenant avec plus de plénitude et d'autorité les devoirs de sa charge , et s'acquitte de tous leurs divers détails dans la personne de celui par qui il a été glorifié , et conjointement avec lui-même. Si donc notre administration mérite quelque louange , si elle est accompagnée de quelque succès , si nous obtenons quelque chose de Dieu par nos prières journalières , nous en sommes redevable au concours et aux mérites de celui , dans le siège duquel son pouvoir vit toujours et a droit à la même obéissance. »
50. Le même, Serm. III in eodem anniversario : « Jésus-Christ a confié une telle puissance à celui qu'il a établi chef de toute
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son Eglise, que si encore aujourd'hui notre administration mérite quelque louange et est accompagnée de quelque succès, il faut en rapporter l'honneur au travail et à la direction de celui à qui il a été dit : Lorsque vous serez converti, ayez soin de confirmer vos frères ( Luc , XXII , 32 ) ; et à qui , après sa résurrection , il a adressé par trois fois , en retour de sa triple protestation de son amour inaltérable , ces paroles mystérieuses : Paissez mes brebis (Joan. , XXI , 17). Et c'est ce que ce tendre pasteur fait encore aujourd'hui sans aucun doute , en exécution du commandement de son divin maître, en nous confirmant par ses exhortations , et en ne cessant de prier pour nous , afin qu'aucune tentation ne triomphe de notre fragilité. Que si, comme nous devons le croire, il étend sa sollicitude sur tout le peuple de Dieu , combien à plus forte raison ne doit-il pas être attentif aux besoins du peuple particulier qu'il a instruit lui-même, et au milieu duquel s'élève cette même chaire , dans laquelle il lui a distribué le pain de la parole sainte ? »
51 . S. Paulin de Noie , dans son poème adressé à Cytherius sur le naufrage de Martinien , dit, en rapportant la manière dont saint Félix délivra Martinien d'un grave danger : a Tombé la face contre terre, il ne se fit pas la moindre égratignure ; jeté sur des rocs et au milieu de buissons d'épines, il n'en reçut aucune blessure , aucune contusion , toujours sauvegardé par la douce main de Félix, qui, voyant son frère approcher de sa propre habitation, et ne pouvant souffrir qu'il lui arrivât du mal sur ses domaines , repoussa les attaques malignes de son ennemi , et le fit parvenir ainsi , suivant son désir, à l'heureux terme de son voyage. Et c'est ainsi que Félix , servant à son hôte de protecteur, l'introduisit en quelque sorte dans notre demeure (1). »
52. Le même , in vitâ et miraculis S. Felicis martyr is nolani,
(1) In ora lapsus , ora non laedit sua t
In saxa fusus et rubos , Nec sente vultum , nec lapide artus contudit,
Felicis exceptus manu.
Qui jam propinquantem sedibus fratrem suis,
Non passus occursûs mali Suis periclum in linibus capessere»
Hostem removit invidam , Et hune fidelis compotem voti , suis
Confessor induxit locis , Nostrisque juxtà sedibus gratum intulit
Félix patronus hnaniteu.
raconte bien des choses qui toutes servent à justifier l'invocation et le culte des saints , la foi en la puissance de leur intercession, et l'honneur que nous rendons à leurs reliques sacrées. En voici quelques extraits :
In natali secundo : « Sous vos auspices , j'ai affronté les périls de la mer, que ma confiance en vous faisait disparaître à mes yeux. Eh! n'étiez-vous pas avec moi lorsque, triomphant de tous les dangers par la grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur, j'ai parcouru en sûreté , sous l'égide de votre protection , tant de terres et de mers différentes ? Soyez toujours propice à vos serviteurs , et implorez en notre faveur le Seigneur tout-puissant : puissionsnous , par un effet de la grâce divine, après toutes les tempêtes, tant de la mer , que de ce siècle agité , nous fixer enfin , comme dans un port tranquille et sûr, dans ce lieu où vos cendres reposent ! C'est ici le rivage où j'ai retiré et attaché mon vaisseau, où, assuré de votre protection , j'ai jeté l'ancre pour le reste de ma vie (2). »
In natali tertio : « Obtenez-nous pour ce jour-ci un temps serein et une paix que rien n'altère ; qu'il nous soit donné aussi de revoir encore d'autres fois ce beau jour, et de vous acquitter de même chaque année le tribut de nos vœux et de nos louanges , en mettant toujours le nom du Christ en tête de nos chants. C'est à nous occuper ainsi que nous trouvons notre bonheur : ô Félix, recevez ces vœux de vos clients, et recommandez-les à Dieu, jusqu'à ce que, après de longues années toutes employées à vous servir , vous nous affranchissiez au temps marqué de la peine, si douce d'ailleurs, de vous acquitter ce tribut, et que prenant dans votre sein paternel les âmes de vos serviteurs , vous les présentiez vous-même au suprême tribunal. Demandez à ce maître souverain , dont la justice n'est pas moins redoutable que sa bonté ne nous inspire d'attraits , qu'il nous remette nos dettes en considération de vos mérites comme de la prière que vous lui en ferez : dans ce jour
(2) « Et maria intravi duce te, quia cura pericli Cessit amore tuî : nec te sine : nam tua sensi Prœsidia, in Domino superans maris aspera Christo Semper ego , et terris te propter tutus et undis. Sis bonus ô felixque tuis , Dominumque potentem Exores : liceat placati munere Christi Post pelagi fluctus , mundi quoque fluctibus actis In statione tuà placido consistere portu. Hoc bene subductam religavi liltore classem; In te composite mihi fixa sit anchora vitie. » I. 22
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où , partie distinguée du troupeau des justes , vous accompagnerez l'agneau siégeant sur son trône , obtenez de lui que , par un dernier effet de votre intercession , notre place soit à la droite parmi les brebis fidèles , et non à la gauche avec les boucs maudits (3). »
In natali sexto : « Vous voyez ici un tombeau qui couvre les ossements d'un martyr, marbre silencieux où repose ce corps sacré. Ainsi demeure- 1- il en paix , dans l'attente non trompeuse du jour où il sera rappelé à la vie. D'où vient donc cette terreur qui règne tout à l'entour ? Qui met en mouvement tant de peuple? Quelle est la main invisible qui pousse les démons, et les amène malgré eux dans ce lieu ? Ils ont beau résister , jeter des cris de rage ; il leur faut venir jusqu'au tombeau du martyr , et
s'y voir comme enchaînés à la pierre sacrée Le martyr vit
toujours jusque dans ces ossements de mort : déposés dans le tombeau, mais non à tout jamais, ces restes précieux conservent une semence d'éternelle vie ; ils répandent autour d'eux l'odeur vivifiante de leur immortalité, et sont dès maintenant un antidote efficace contre tous les maux. Quelle vertu et quelle gloire ne devons-nous pas penser qu'aura après la résurrection une matière douée déjà de cette puissance au sein de la mort ; et de quel éclat brilleront alors ces membres , qui , quoique réduits en cendres , brillent d'une si belle clarté ! Que n'avons-nous pas à en attendre
(3) « Nùnc precor seterna nobis cum pace serenum Posce diem : hoc iterùm liceat gaudere reverso. Annuaque hic et vota tuis et carmina festis , Reddere placati tranquillo nomine Christi. Hic amor , hic labor est nobis : hœc vota tuorum Suscipe , commendaque Deo , ut cùm sedula cura Servitium nostrum longo tibi penderit sevo, Tùnc demùm placidos pietate laboris alumnos Absolvas miltente manu , positasque tuorum Ante tuos vultus animas, vectare paterno Ne renuas gremio , Domini fulgentis ad ora : Quem bonitate pium, sed majestate tremendum, Exora , ut precibus plenis meritisque redonet Débita noslra tuis : cùm tu quoque magna piorum Portio , regnantem , Félix , comitaveris agnum : Posce ovium grege nos statui , ut sententia summi Judicis hoc quoque nos iterùm tibi munere donet Ne maie gratatis lsevos adjudicet hsedis, Sed potiùs dextrœ positos in parte salutis , Munifico pecori laudatis aggreget agnis. »
d'avantages pour le jour où ils seront glorifiés, s'ils nous en procurent déjà de tels dans l'humiliation du tombeau ! C'est un spectacle ravissant , en même temps qu'il présente les scènes les plus variées , que celui de tant de pèlerins qui viennent rendre hommage à ces cendres , et leur exposer chacun leurs besoins. Qu'il me plaît d'y voir accourir ces gens de la campagne, portant dans leurs bras leurs tendres enfants , quelquefois même traînant après eux de leurs bestiaux malades , et les recommandant au saint avec une pieuse liberté comme s'ils le voyaient de leurs yeux! Leur prière faite, ils se croient déjà exaucés et font d'avance leur action de grâces. Et de fait , il arrive souvent que ce bétail amené languissant au tombeau du martyr, y reprend sur le champ ses forces défaillantes , et est ramené au bercail plein de vie et de vigueur (4). »
In natali octavo : « Accourons à l'envi à ce saint patron avec
(k) « Ecce vides tumulum sacra martyris ossa tegentem , Et tacitum obtento servari marmore corpus. Membra latent positi , placidâ caro morte quiescit , In spem non vacuam redivivse concilia vitse. Unde igitur tantus circumstat limina terror ? Quis tantos agit hùc populos? Qusenam manus urget Dsemonas, invitosque rapit, frustraque rebelli Voce reclamantes compellit ad usque sepulcrum
Martyris, et sancto quasi fixos limine sistit?
Prsesidet ipse suis sacer ossibus : ossaque sancti Corporis in tumulo non obsita pulvere mortis , Arcano seternse sed praedita semine vitse, Vivificum spirant animse victricis odorem , Quo medicina potens datur exorantibus œgris. Quanta resurgentis virtus et gloria cinget , Conjectare licet, cùm gratîa tanta sepultos Ambiat : et quanto rediviva décore micabunt Corpora , in obscuris cùm sit lux tanta favillis ! Quid nobis minimis horum praestare coronae SufOciunt , quorum et cineres dant prœmia vivis ! Cernere sœpè juvat variis spectacula formis Mira salutantûm, et sibi quseque accommoda votia Poscentùm. Videas etiam de rure colonos Non solùm gremio sua pignora ferre paterno, Sed pecora aegra manu ssepè introducere secum , Et sancto quasi conspicuo mandare licenter : Moxquc datam sua confisos ad vola medelam Experto gaudere Deo , et jam credere sana , Et verè pleramque brevi sanata sub ipso Limine, laâa suis jumenta reducere tutis. »
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la vive espérance d'en être exaucés ; qu'il reçoive avec un doux sourire nos supplications ; et pendant que nous célébrons pleins de joie sa naissance pour le ciel, lui de son côté il donnera à nos prières la valeur de ses propres mérites, et compatira à nos besoins en retour de ce que nous le félicitons lui-même de son bonheur. C'est la coutume des saints d'implorer Dieu pour les pécheurs, et d'offrir leurs mérites personnels en compensation des péchés des
autres 0 Saint chéri de Dieu, et qui êtes comme son bras
droit, ô Félix, soyez pour nous-mêmes une tour puissante (5). » Enfin, natali nono : « Nous implorons aussi, ô Félix, vos pères dans la foi. Oui, venez aussi à l'envi les uns des autres, vous tous qui habitez les jardins fortunés du Paradis céleste, ou qui reposez sous l'autel du divin agneau , chœurs glorieux des apôtres et des patriarches, également distingués par le nombre consacré de douze, chefs les uns et les autres de peuples nombreux à enfanter pour le royaume du ciel. Je vous invoque aussi avec ardeur, saints prophètes , qui avez prédit si longtemps à l'avance qu'un Dieu viendrait revêtu de notre chair ; tous vous êtes une race divine, qu'Abraham, Isaac et Jacob ont engendrée à Dieu de leur semence féconde , de laquelle sont sorties des peuples innombrables tant pour la terre que pour le ciel , les uns égalant en nombre le sable de la mer , les autres les astres du firmament. J'aime à croire que votre amour pour Félix vous a déterminés vous-mêmes à venir prendre part à ce jour de fête, pour faire honneur à celui qui vous a imités par sa glorieuse confession (6). »
(5) « Concurramus ad hune spe conspirante patronum , Suscipiat nostras placidâ pietate querelas ,
Et dùm natalem ipsius celebramus ovantes Ille preces nostras meritis pius adseret altis , Inque vicem flebit nobis , quia mente dicatà Nos laetamur ei. Non est cura hsec nova sanctis, Exorare Deum pro peccatoribus segris ,
Vique boni meriti meritum superare sinistrum
Sancte Deo dilecte , Dei tu dextera Félix , Esto, precor, nobis tu munitissima turris. »
(6) « Ergô tuos etiam , Félix , imploro parentes ,
Hic quoque ades mihi nùnc, poscas et adesse vocatos, Qui colitis laetos Paradisi cœlitùs hortos , Quique sub excelsâ Domini requiescitis arâ Pûlcher apostolici chorus agminis et patriarchûm Gens prior , ambo chori procerum , quos agmine bino Per duodena Deus signavit nomina patres , Gentibus et populis regnum ad cœleste vocandis.
53. Maxime, évêque de Turin, in natali sanctorum Taurinorum martyrurrij Octavii, Advenlitii et Solutoris : « Si nous devons célébrer dévotement la naissance pour le ciel de tous les saints martyrs, c'est pour nous un devoir tout spécial de solenniser particulièrement la fête de ceux d'entre eux qui ont versé leur sang dans notre contrée. Car bien que tous les saints favorisent tous les lieux de la terre de leur présence et de leur protection , nous devons croire à une intervention toute particulière de ceux de ces saints qui ont souffert le martyre spécialement pour nous Nous devons honorer religieusement tous les martyrs , mais ceux-là surtout dont nous possédons les reliques. Car ils nous aident de leurs prières , ils nous aident aussi des mérites qu'ils nous ont acquis par l'effusion de leur sang. Ils sont en quelque façon de. notre famille ; car ils ne nous quittent pas, ne nous abandonnent jamais ; ils nous protègent pendant la vie , et nous reçoivent au moment de notre mort : pendant la vie, pour nous préserver du péché; à la mort, pour que nous échappions à l'enfer. C'est pour cela que nos pères ont voulu que nous portions sur nous-mêmes quelque partie de leurs ossements, afin que la frayeur qu'ils inspirent aux puissances infernales empêche celles-ci de nous attaquer , et que la lumière du Christ, dont ils sont tout investis, dissipe les ténèbres qui nous enveloppent nous-mêmes. En ayant ainsi les saints martyrs pour compagnons au moment de la mort , nous échappons à l'enfer par l'application qui nous est faite de leurs mérites, pourvu toutefois que nous soyons aussi compagnons de leur sainteté. »
54. S. Basile, hom. XX in quadraginta martyris. C'est le passage rapporté plus haut, même question, témoignage 16, p. 312.
55. S. Augustin, quœst. C VIII in Exodum : « Dieu ordonne de recouvrir le voile du tabernacle avec des peaux de moutons teintes en rouge (Exod., XXVI, 14). Ces peaux de moutons teintes
Vos etiam , sancti , supplex deposco, prophetse , In nostrà qui carne Deum fore prsecinuistis : Vos quoque corporibus csesis et sanguine fuso Occisum et vivum testati martyres agnum , Omnes divinis à fontibus una propago , Quos pius Abraham , sacer Isaac , lenis Jacob Progenuere Deo per non numerabile semen, Et bifidum meritis cœlestibus atque caducis yEquantes bis astra poli, his telluris arenam. Credo equidem vos officio pietatis ad istum Undique convenisse diem Felicis amore , Ut confessoris socii celebretis honorem. »
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en rouge , que représentent-elles , sinon le corps ensanglanté du Sauveur dans sa passion ? Elles figurent aussi les martyrs , dont les prières engagent Dieu à pardonner les péchés de son peuple.»
56. Eusèbe de Gésarée, Lib. XIII de prœparatione evangelicâ, c. 7 : Voyons un peu ce que dit Platon de ceux qui sont morts en combattant vaillamment pour la défense de leur patrie. « Ne devons- » nous pas , dit-il , considérer comme appartenant au siècle d'or î) ceux qui sont morts en défendant leur patrie avec courage? » Sans aucun doute. Nous en croirons donc volontiers Hésiode , x qui dit que les hommes du siècle d'or, passant après leur mort » à l'état de demi -dieux, préservent les hommes de bien des » périls, et sont les protecteurs de tous les mortels ; et dorénavant » nous les honorerons comme des dieux, et nous vénérerons leurs » monuments. Nous rendrons de même honneur à tous ceux qui » ont fait de belles actions pendant leur vie, quelque ait pu être » d'ailleurs le genre de leur mort. C'est ce que nous-mêmes nous î) faisons tous les jours , en visitant les tombeaux de ceux que » nous honorons comme les amis de Dieu , à cause de la fidélité » avec laquelle ils l'ont servi ; et nous leur adressons des vœux » comme à de saints personnages , dont nous faisons profession » de croire que l'intercession peut nous être fort utile auprès de » Dieu. » Nous avons emprunté ce passage à Platon , pour faire voir que ce philosophe , qui s'était instruit à l'école des savants Juifs, a parlé comme nous dans quelques-uns de ses écrits.
57. S. Jérôme, "contra Vigilantium, c. II : « Les Gaules veulent bien supporter cet ennemi originairement sorti de leur sein; cet homme dont la tête dérangée aurait besoin de tout l'art d'Hippocrate pour se rétablir, elles le voient siégeant dans leurs églises , et débitant entre autres blasphèmes des doctrines telles que celles-ci : Quelle nécessité y a-t-il d'honorer, d'adorer même ce je ne sais quoi que vous portez dans de petites fioles avec tant de respect ? ou telles que ces autres qu'on lit encore dans le même livre : Pourquoi baiser en signe d'adoration cette poussière enveloppée dans des linges ? ou que les suivantes : Nous voyons des cérémonies à peu près païennes introduites sous prétexte de religion dans les églises , comme d'allumer des masses de cierges lorsque le soleil est encore sur l'horizon , et de baiser sans cesse en signe d'adoration je ne sais quels grains de poussière enveloppés de linges précieux dans de petits vases. Ces hommes font bien de l'honneur aux saints martyrs, en croyant éclairer avec de viles bougies ceux que l'agneau qui est au milieu du trône
DU DÊCALOGUE. ■ 343
(Apoc, XXI, 23) éclaire de tout l'éclat de sa majesté! — Qui jamais a prétendu qu'il faille décerner aux martyrs un culte d'adoration, transformer un homme en divinité? Paul et Barnabe , indignés que les Lycaoniens, qui les prenaient pour Jupiter et pour Mercure , leur voulussent offrir des sacrifices , déchirèrent leurs habits, en répondant qu'ils n'étaient que des hommes. Nos saints apôtres valaient mieux sans doute que des hommes morts il y avait tant de siècles ; mais ils se gardaient bien de permettre à des païens qui n'en savaient pas davantage , de leur déférer les honneurs qui appartiennent à Dieu seul. Ainsi Pierre se refusa-t-il aux hommages que Corneille voulait lui rendre , en lui disant : Levez-vous, car je ne suis qu'un homme comme vous (Act., X, 26). — A quoi bon, demande Vigilance, enfermer ce je ne sais quoi, ce je ne sais quelle poussière , ces restes enfin de nos martyrs dans de précieux ornements? Aimerait-il mieux, ce Vigilance ou Dormitance , comme on voudra l'appeler, qu'on les enveloppât de haillons ou qu'on les jetât dans un cloaque , pour qu'il ne restât plus rien à honorer que lui-même? Nous manquons donc au respect qui est du à la Divinité , quand nous entrons dans les basiliques des apôtres? Les empereurs Constantin et Arcade auraient donc commis un acte sacrilège , lorsqu'ils ont fait porter, le premier, à Constantinople les reliques d'André , de Luc et de Timothée , auprès de qui rugissent les démons et ceux qui leur ressemblent ; le second , dans la Thrace , les ossements du prophète Samuel , cherchés au fond de la Judée? Tous les évéques du monde chrétien mériteraient le même reproche, et de plus graves encore, pour avoir porté sur leurs épaules les riches reliquaires où étaient contenus des restes ignobles et une poussière sans forme ? Il n'y avait donc qu'extravagance dans le concours de ces peuples venant , depuis la Palestine jusqu'à Chalcédoine, à la rencontre de ces saintes reliques, et dans les transports d'une allégresse égale à celle qu'eût produite la présence du saint prophète lui-même, si on l'eût vu en personne , et avec ces cantiques de louange qui , de toutes parts, s'adressaient à Jésus-Christ? Ce n'était donc pas pour Jésus- Christ qu'étaient les adorations , mais pour Samuel , pour le prêtre et le prophète de Jésus -Christ? Ce qui fonde votre blasphème, à vous , c'est que vous n'y voyez que des dépouilles mortes et inanimées. Détrompez-vous, il est écrit : Le Seigneur est le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob; il n'est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants. S'ils vivent encore, ce ne sont pas des cadavres que nous emprisonnons dans de précieux sépulcres. »
Zkk DU DÊCALOGUE.
58. Ibidem, c. III : a Les disciples se récrièrent sur l'inutile profusion du parfum qui fut répandu sur les pieds de Jésus-Christ ; mais le Seigneur les en reprit. Ce n'est pas qu'il eût besoin de ce parfum , non plus que les martyrs de la lumière des cierges que nous brûlons devant leurs tombeaux ; mais cette sainte femme de l'Evangile ayant fait son action en l'honneur de Jésus-Christ , sa dévotion fût agréée , de même que ceux qui allument des cierges en l'honneur des martyrs en reçoivent la récompense , chacun selon le mérite de sa foi. Vigilance nous appelle des idolâtres. Oui, j'en conviens, tous tant que nous sommes aujourd'hui de chrétiens , nous sommes sortis du sein de l'idolâtrie , car nous ne naissons pas chrétiens, mais nous le devenons. Et parce que nous fûmes autrefois adorateurs d'idoles , il ne nous sera pas permis aujourd'hui de l'être du vrai Dieu , de peur d'avoir quelque chose de commun avec ceux-là ? Ce qui se faisait alors s'adressait aux idoles , et mérite par conséquent d'être détesté ; ce qui se fait aujourd'hui s'adresse aux martyrs, et en conséquence doit être approuvé au contraire. Et ne voit-on pas dans toutes les églises d'Orient allumer aussi des cierges à la lecture de l'Evangile, et cela en plein jour, non sans doute pour dissiper les ténèbres, mais en témoignage d'allégresse? Ainsi dans l'Evangile les vierges sages sont représentées avec leurs lampes toujours allumées (Matt., XXV, 7); ainsi est-il dit aux apôtres : Ceignez-vous les reins , et ayez dans vos mains des lampes ardentes (Luc , XII ,55). Il est dit de même de Jean-Baptiste : Il était une lampe ardente et luisante ( Joann., V, 35) , la lumière matérielle étant comme le type qui représente cette lumière dont parlait le Psalmiste quand il disait (Ps. CXVIH , 105) : Votre parole est une lampe qui éclaire mes pieds 3 et une lumière qui me fait voir les sentiers où je dois marcher. Si nous sommes dans l'erreur, l'évêque de Rome a donc tort d'offrir au Seigneur l'auguste sacrifice sur les restes des saints apôtres Pierre et Paul , que , nous , nous estimons vénérables , mais que , vous , vous n'appelez qu'une poussière vile et méprisable ? Il a tort de croire que leurs tombeaux sont dignes de servir d'autels à Jésus-Christ? Ce que je dis de l'évêque de Rome , il faut le dire également de tous les évêques du monde. Ils ont tort de ne tenir aucun compte des réclamations de ce cabaretier qui s'appelle Vigilance , et de mettre le pied dans des églises qui n'ont pour habitants que des morts et que des restes inanimés, que je ne sais quelle vile cendre qu'on renferme, ditesvous, superstitieusement dans des linges, et qui, souillée elle-même,
ne peut que souiller ce dont on l'approche , comme ces sépulcres blanchis par dehors que nous signale l'Evangile , et qui en dedans ne renfermaient que corruption? Et après cela vous osez ilire, en vomissant de votre bouche ordurière d'impurs blasphèmes : « Est-ce donc que les âmes des martyrs sont attachées à leurs cendres , et qu'elles voltigent tout autour d'elles , de peur que, si elles s'éloignaient, elles ne pussent entendre ceux qui viendraient les supplier? » 0 monstre, qui méritez bien d'être donné en montre à tout l'univers ! Vous vous faites un jouet des reliques des martyrs , et , avec Eunomius auteur de cette même hérésie , vous accusez à ce sujet toutes les églises chrétiennes ; et la société de cet hérésiarque n'a rien à vos yeux qui puisse vous faire peur, ou vous détourner de fraterniser de langage avec lui, et de déblatérer comme lui contre l'Eglise entière ! Qui ne sait en effet que les partisans de cet hérésiarque s'abstiennent d'entrer dans les basiliques d'apôtres ou de martyrs , se réservant sans doute le seul Eunomius pour l'adorer à son tombeau? »
59. Ibidem , c. 4 : « Il s'élève contre les prodiges et les miracles qui s'opèrent dans les basiliques de nos martyrs , et prétend que cela est bon pour les incrédules , mais ne peut servir de rien pour les croyants ; comme s'il s'agissait de savoir pour qui ils s'opèrent, et non pas plutôt par quelle vertu ils sont opérés. Vous n'avez point à m'objecter que ce sont des signes pour les infidèles , mais à me répondre ou à m'expliquer comment ces signes ou ces prodiges peuvent avoir pour sujet une vile cendre ou je ne sais quelle poussière. Mais je sais , ô le plus misérable des hommes ! oui , je sais ce qui vous afflige , ce qui vous fait peur. L'esprit impur qui vous pousse à écrire vos impiétés , s'est vu plus d'une fois tourmenté par cette vile poussière. Aujourd'hui encore elle le poursuit et le confond ; et si vous n'en reconnaissez pas la puissance, d'autres savent bien la publier. A moins peut-être qu'à l'exemple du païen Porphyre et de l'impie Eunomius , il ne vous plaise d'attribuer ces miracles aux prestiges des démons , qui feraient semblant d'être tourmentés , et ne crieraient que par simagrée. Voici un conseil que j'ai à vous donner : c'est d'entrer dans quelqu'une de ces basiliques, et vous y trouverez enfin votre remède ; vous y verrez beaucoup de ceux qui vous ressemblent , et sans parler des cierges des martyrs qui vous déplaisent , vous vous sentirez brûler de flammes invisibles ; et vous serez bien forcé alors d'avouer ce que vous refusez de croire aujourd'hui. »
60. Le même, ad Riparium presby ter um advenus Vigilantium , Epist. LUI : « Vous dites que celui qui, par antiphrase, s'appelle Vigilance , tandis qu'il devrait plutôt s'appeler Dormitance, ouvre de nouveau sa bouche fétide , et vomit ses saletés dégoûtantes contre les reliques des saints martyrs ; et que , quant à nous qui les honorons , il nous appelle cinéraires et idolâtres , comme rendant un culte aux ossements d'hommes morts. Le malheureux , il ne s'aperçoit pas qu'en tenant ce langage déplorable, il se conduit comme les Samaritains et les Juifs, qui regardent comme immondes les corps des morts , et comme souillés tous les vases qui se trouvent dans la même maison , s'attachant ainsi à la lettre qui tue, et non à l'esprit qui vivifie. Mais bien loin d'adorer les reliques des martyrs , nous ne rendons ce culte ni au soleil ni à la lune , ni aux anges , ni aux archanges , ni aux chérubins , ni aux séraphins , ni à rien de ce qui a un nom soit dans le siècle présent , soit dans le siècle futur, nous gardant bien de servir la créature au lieu du Créateur, qui est béni dans tous les siècles. Mais nous honorons les reliques des martyrs, en adorant celui dont ils sont les martyrs. Nous honorons les serviteurs , afin que cet honneur revienne au maître qui a dit : Celui qui vous reçoit, me reçoit (Matt., X, 40). Ainsi donc les reliques de Pierre et de Paul ne sont que choses immondes ? Et le corps de Moïse sera de même immonde , quoique le texte hébreu porte expressément qu'il fut inhumé par le Seigneur lui-même (Deut., XXXIV, 6)? Et toutes les fois que nous entrons dans les basiliques d'apôtres , de prophètes ou de martyrs , nous ne vénérons autre chose que des temples d'idoles? Et les cierges allumés devant leurs tombeaux ne sont que des marques d'idolâtrie ? Je dirai quelque chose de plus , qui va retomber sur la tête folle de cet auteur, et qui doit la guérir ou la renverser tout-à-fait , pour qu'il ne porte plus le trouble par tant de paroles sacrilèges dans l'esprit des simples. Le corps de Notre-Seigneur déposé en son tombeau ( Marc , XVI , 1 ) était donc immonde ; et les anges vêtus de blanc qui le veillaient , ne veillaient autre chose qu'un cadavre impur, pour que , plusieurs siècles après , Dormitance vînt à songer , ou plutôt à vomir les impures conceptions de son ivresse , et à détruire avec le persécuteur Julien les basiliques des saints , ou à les convertir en temples de faux dieux? Si nous ne devons rendre aucun honneur aux reliques des martyrs, comment se fait-il donc que nous lisons : C'est une chose précieuse aux yeux du Seigneur que la mort de ses saints (Ps. CXV, 14)?
Si les ossements des morts souillent ceux qui les touchent , comment le cadavre d'Elisée a-t-il ressuscité un autre cadavre, (IV Rccj., XIII, 21 ), qui, suivant Vigilance, n'aurait en ce cas reçu la vie que d'un corps immonde ? Et toute l'armée et tout le peuple de Dieu était donc immonde , puisqu'ils portaient à travers le désert (Exod., XIII, 19) le corps de Joseph et ceux des autres patriarches? Ce n'était apparemment que des cendres impures dont ils allaient doter la terre sainte (Jos., XXIV, 52)? Et Joseph , ce type admirable de Notre-Seigneur Jésus-Christ , n'était lui-même qu'un scélérat, lorsqu'il transportait en si grande pompe les ossements de Jacob jusqu'à Hébron , pour réunir ainsi le cadavre immonde de son père aux cadavres immondes de son aïeul et de son bisaïeul, des cendres à d'autres cendres? Q langue qui aurait besoin d'être amputée par les médecins! ou pour mieux dire , ô tête folle qui attend sa guérison , et qui , puisqu'elle ne sait pas parler, apprendrait au moins par là à se taire! Je dirai encore : les reliques des martyrs sont donc immondes ? Et pourquoi donc les apôtres se sont-ils donné la peine de faire de si magnifiques funérailles à Etienne le premier des martyrs , et d'ordonner un si grand deuil à son occasion (Act., VIII, 2), pour que ce deuil fût ensuite changé en joie? »
61. Le même, in caput LXVIsaiœ : « Il n'y a pas de sacrilège dont le peuple d'Israël ne se rendît coupable : offrant des sacrifices dans les jardins , brûlant de l'encens sur des briques , s' enfonçant dans les sépulcres , passant la nuit dans des temples d'idoles, ou se couchant sur les peaux des victimes immolées, en attendant que des songes vinssent découvrir l'avenir. Et la témérité de ce peuple était montée si haut, que si quelqu'un n'embrassait pas l'erreur commune, on le traitait bientôt d'immonde et on évitait tout commerce avec lui : ainsi les Samaritains et les Juifs en usent-ils avec nous ; ainsi tous les hérétiques, tels par exemple que ceux qui ont paru tout récemment dans les Gaules en prenant leurs leçons d'un cerveau dérangé, et qui, refusant de vénérer les basiliques des martyrs, nous fuient nous-mêmes comme des êtres immondes, parce que, conformément à l'antique usage, nous continuons à nous y rassembler pour la prière. Au surplus , ce sont moins eux qui font cela , que les démons dont ils sont possédés , et qui trouvent intolérables les tourments que leur cause la présence de ces cendres. »
62. Le second concile de Nicée, Actione VII, dans la définition même qu'il porta contre les iconoclastes ; a Nous décidons, après
avoir examiné le plus mûrement possible la question , que les saintes images, soit d'ouvrage de peinture, soit de pièces de rapport, soit de tout autre matière convenable, doivent être exposées, comme la figure de la croix de Jésus-Christ, dans les Eglises, sur les vases et les ornements sacrés , sur les murailles et les planchers , dans les maisons et sur les chemins : nous parlons des images qui représentent notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ, notre reine incomparable la très -sainte et très-pure mère de Dieu, les saints anges et tous les personnages vertueux et saints. Car, plus on les voit souvent dans leurs images , plus on est excité à se rappeler et à chérir leur mémoire , et à leur donner des témoignages de vénération et d'amour, autres toutefois que le culte de latrie proprement dit que la foi nous prescrit , et qui ne peut avoir que Dieu pour objet. Mais on fera brûler l'encens et la cire devant ces images comme on le fait devant le signe salutaire de notre rédemption , devant les saints Evangiles et les autres objets sacrés, suivant la pieuse coutume pratiquée parles anciens : car l'honneur décerné à l'image passe à celui qu'elle représente , et le culte qu'on lui rend s'adresse à la personne même. Telle est la doctrine des saints Pères, et la tradition de l'Eglise catholique, soumise à l'Evangile d'une extrémité de la terre à une autre. Ainsi nous montrons -nous dociles au précepte de saint Paul, comme de tout le corps apostolique , et aux saintes instructions de nos pères , en conservant religieusement les traditions que
nous avons reçues (I Thess., II, 14) Ceux donc qui osent
penser ou enseigner autrement, en abjurant à l'exemple des impies hérétiques , les traditions de l'Eglise ; en introduisant des nouveautés ; en proscrivant des objets dont l'Eglise a consacré l'usage, tels que l'Evangile , ou l'image de la croix , ou les tableaux de peinture , ou les saintes reliques des martyrs ; tout ceux enfin qui travaillent méchamment et criminellement à abolir, sur quelque point que ce soit , les légitimes traditions de l'Eglise catholique , ou qui traitent comme choses profanes les vases sacrés ou les saints monastères : nous ordonnons qu'ils soient déposés, s'ils sont évêques ou clercs , ou excommuniés , s'ils sont moines ou laïques (Labb., Conc. VII, col. 555-558). » Dans ce même concile , Actione III, on lut la lettre des évêques d'Orient à Taraise, archevêque de Constantinople, que le concile tout entier approuva, et qui contenait le passage suivant (1) : « Nous recevons avec
(i) Ce passage ne fait pas partie de la lettre des évêques d'Orient dont
soumission et respect les traditions apostoliques conservées dans l'Eglise , et qui prescrivent la vénération et le culte des saints. Nous honorons ceux-ci comme les ministres, les amis et les enfants de Dieu. Car l'honneur rendu par des serviteurs de Dieu à d'autres fidèles serviteurs de Dieu, ne prouve que la communauté de leurs sentiments envers leur commun maître. Les saints, en effet, sont la demeure vivante de Dieu, ses temples sacrés, des miroirs sans tache de l'Esprit-Saint. Leurs âmes sont entre les mains de Dieu , comme le témoignent nos livres sacrés (Sap., III, 1 ). Et puisque Dieu est vie et lumière , les saints , qui sont entre les mains de Dieu , sont par là-même au sein de la vie et de la lumière. Aussi est-ce une chose précieuse aux yeux du Seigneur, que la mort de ses saints (Ps, CXV, ïh). Ils sont vivants, devant Dieu, et paraissent avec confiance en sa présence. Notre-Seigneur Jésus - Christ nous offre les reliques des saints , comme autant de fontaines salutaires où les malades recouvrent la santé , et d'où s'exhale un parfum délicieux qui met les démons en fuite : et comme le dit le grand maître Athanase, les ossements des martyrs chassent les maladies, réparent les forces épuisées, rendent la vue aux aveugles , purifient les lépreux , dissipent les tentations et les chagrins ; et cela par Jésus - Christ , qui les pénètre de sa vertu. C'est ce qui a fait dire avec raison au Psalmiste : Dieu est admirable dans ses saints (Ps. LXVII, 36); et encore (Ps. XV, 3) : II a fait paraître d'une manière admirable toutes ses (1) volontés à l'égard des saints qui sont dans sa terre de prédilection, »
63. Le concile de Gangres, dans le préambule de ses décrets . « La sainte assemblée des évêques.... ayant trouvé beaucoup de choses à reprendre dans ce que font les partisans d'Eustache, a définitivement arrêté , en rendant en même temps sa décision publique , qu'il fallait au plus tôt réprimer les excès dont lui et les siens se rendent coupables... Il résulte de notre enquête, qu'ils méprisent les lieux saints ou les basiliques des martyrs (2), ainsi que tous ceux qui tiennent à s'y rassembler. » Et , canon XX :
parle Canisius, mais bien de la profession synodique de Théodore, patriarche de Jérusalem, qui fut lue également et approuvée par le concile dans cette même session , à la suite de la lettre des évêques d'Orient.
(1) Le texte sacré porterait plutôt toutes mes volontés ; mais j'ai cru devoir rapporter exactement cette citation du psaume XV, telle qu'elle se trouve dans la lettre même de Théodore de Jérusalem (Labb., Conc. VII, col. 183-18^).
(2) Ces mots ne se trouvent pas dans le grec , mais seulement dans la version latine de l'édition de Labbe , Conc. //, col. 415-416.
350 DU DÉCÀLOGUE.
« Si quelqu'un , inspiré d'orgueil , témoigne de la répugnance pour les tombeaux des martyrs , et blâme les assemblées qui s'y font et les offices qui s'y célèbrent , qu'il soit anathème. »
64. S. Augustin, de Civit. Dei, l. XXII, c. 8 : « Le miracle qui arriva à Milan lorsque nous y étions , quand un aveugle recouvra la vue , a pu être connu de plusieurs , parce que la ville est grande , que l'empereur y tenait alors sa cour, et que cela se passa à la vue d'une infinité de monde , accouru pour voir les corps des saints martyrs Gervais et Protais , qui avaient été révélés en songe à l'évêque Ambroise , et par la vertu desquels cet aveugle fut guéri » Entre autres miracles rapportés dans ce même chapitre , saint Augustin raconte au sujet d'un oratoire bâti avec sa propre permission par un ancien tribun , originaire d'Italie, et où l'on conservait par respect de la terre sainte apportée de Jérusalem , qu'un jeune homme atteint de paralysie y ayant été porté par ses parents , avait recouvré la liberté de ses membres immédiatement à la suite de la prière qu'il y avait faite. Saint Augustin mentionne encore quelques autres miracles, et en particulier ceux qui étaient dus aux reliques de saint Etienne , et dont il raconte le premier dans les termes suivants : a L'évêque Projectus ayant apporté à Tibilis des reliques du très-glorieux martyr saint Etienne , il se fit un fort grand concours de peuple à ce reliquaire. Une femme aveugle des environs pria qu'on la menât à l'évêque qui portait ce sacré dépôt, donna des fleurs pour les faire toucher aux reliques , et après qu'on les lui eut rendues , les porta à ses yeux et recouvra sur-le-champ la vue. Tous ceux qui étaient présents furent extrêmement surpris de ce miracle, en la voyant marcher la première devant eux sans avoir plus besoin de guide.» Puis il passe à celui-ci : « Lucille , évêque de Synite , ville dans le voisinage d'Hippone , portant en procession les reliques du même martyr, fut guéri tout d'un coup d'une fistule qui l'incommodait fort, et que les médecins étaient sur le point de percer. » Après avoir fait l'énumération de plusieurs autres miracles , que Dieu avait opérés par l'entremise du même saint, saint Augustin • ajoute : « Si je voulais seulement rapporter toutes les guérisons ; qui se sont opérées à Galame (Ghelme) et à Hippone par le glorieux martyr saint Etienne , elles contiendraient plusieurs volumes , encore ne serait-ce que celles dont on a dressé des relations pour les lire au peuple. Il rapporte ensuite l'histoire de sept frères et de trois soeurs, qui , par un effet de la malédiction de leur mère et de la vengeance divine, étaient dans un tremblement continuel
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de tous leurs membres , au point d'attirer sur eux l'attention de tous ceux qui les voyaient. Deux d'entre eux, le frère et la sœur, étant entrés dans la ville épiscopale de saint Augustin , et ayant fait leurs prières au lieu où l'on conservait des reliques du glorieux martyr saint Etienne, y reçurent leur guérison à la vue de tout le peuple qui en rendit gloire à Dieu. »
CS. S. Jean Damascène, Lib. IVorthodoxœ fidei, c. 10 : «Notre Seigneur Jésus -Christ nous offre les reliques des saints comme des sources salutaires, d'où découlent sur nous des bienfaits sans nombre, et comme un baume précieux. Et que personne n'entreprenne ici de nous contredire. Car si l'eau a jailli d'un dur rocher dans le désert ; si , par la volonté de Dieu , elle est sortie d'une mâchoire d'âne pour calmer la soif de Samson, pourquoi trouver incroyable qu'il s'exhale un suave parfum des reliques des martyrs ? 11 suffit, pour se le persuader au contraire, d'être bien convaincu de la puissance de Dieu et de l'honneur qu'il fait à ses saints. Il est vrai que, dans l'ancienne loi, on regardait comme souillé quiconque avait touché à un mort. Mais les martyrs ne doivent pas être comptés au nombre des morts. Car du moment où l'auteur de la vie est descendu parmi les morts, nous ne devons plus appeler morts ceux qui , en rendant leur dernier soupir, ont conservé la foi en lui et l'espérance de leur résurrection future. Eh ! comment un corps mort pourrait-il opérer des miracles? Comment donc se fait - il que par eux les démons soient mis en fuite , les infirmités domptées, les malades de toute espèce guéris, les tentations et les peines d'esprit dissipées; enfin, que tout don excellent , tel qu'on peut en attendre du Père des lumières , descende par leur entremise sur ceux qui les invoquent avec une vive foi ? Que de peines ne vous donneriez-vous pas pour vous procurer un protecteur qui voulût bien vous présenter à un roi mortel, et vous recommander à sa bienveillance ? Comment donc ne pas honorer ceux qui se portent pour protecteurs de tout le genre humain , pour nos avocats auprès de Dieu ? Assurément nous devons les honorer : et c'est ce que nous ferons en élevant des temples en leur nom , en faisant des offrandes , en célébrant leur mémoire par des fêtes, mais par des fêtes qu'ils puissent agréer, et non par des fêtes qui les offensent et les irritent contre nous. Car il n'y a que les choses qui honorent Dieu, qui puissent convenir à ses serviteurs. Au contraire , tout ce qui offense Dieu , offense par làmême ceux qui le servent. Fêtons donc les saints par des psaumes, par des hymnes, par des cantiques spirituels, par la componction
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de nos cœurs , par la charité exercée envers les indigents , car c'est -là surtout ce que Dieu demande; élevons-leur des statues, des images qui les représentent , ou plutôt soyons nous-mêmes leurs images vivantes en imitant leurs vertus. Honorons la sainte Vierge comme la vraie mère de Dieu , Jean- Baptiste comme son précurseur, son apôtre et son martyr : car, parmi les enfants des femmes, au témoignage de la vérité même, nul n'a été plus grand que Jean , et , le premier de tous , il a annoncé le royaume des cieux. Honorons de même les apôtres comme étant les frères de Notre-Seigneur , les témoins de ses miracles , les ministres de ses travaux , que Dieu le Père a prédestinés pour être conformes à l'image de son Fils : premièrement les apôtres , ensuite les prophètes, enfin les pasteurs et les docteurs, les martyrs du Seigneur, choisis de tous les rangs pour être les soldats de Jésus-Christ ; qui ont eu le bonheur de boire son calice , d'être baptisés du baptême vivifiant de sa mort , compagnons à la fois de ses souffrances et de sa gloire, et à la tête desquels se montre le premier martyr saint Etienne , premier diacre et en même temps apôtre de Jésus -Christ : puis aussi les saints moines, nos pères divinement inspirés , qui ont enduré un long et rude martyre par les luttes intérieures qu'ils ont eu à soutenir, errants dans les déserts, couverts de peaux de brebis ou de chèvres, abandonnés, affligés, persécutés, eux dont le monde n'était pas digne (Hebr., XI, 37-38) : enfin , ceux-là mêmes qui, par le temps où ils ont vécu, ont précédé la grâce , les prophètes , les patriarches , les justes , qui ont annoncé d'avance la venue du Christ. Considérons quelle a été la vie de tous ces saints personnages, imitons leur foi (Hebr., XIII, 7), leur charité, la vivacité de leur espérance, l'ardeur de leur zèle, leur patience dans les tourments, leur longanimité à toute épreuve. C'est par ce moyen que nous pourrons parvenir à partager un jour leurs couronnes de gloire. »
66. S. Basile, homélie sur le psaume CXV : « Chez les Juifs, d'après leurs lois, le corps d'un homme mort était considéré comme un objet d'horreur. Chez nous, au contraire, si quelqu'un meurt pour Jésus-Christ , on attache beaucoup de prix à conserver ses restes. Dans l'ancienne loi, il était dit aux prêtres et aux nazaréens , de ne pas se rendre impurs à V occasion de la mort de leurs frères (Levit., XXI, 2) ; et : Si quelqu'un touche un cadavre, il sera impur (Num., VI et XIX) , et : il lavera ses vêtements. Maintenant au contraire , qui que ce soit qui touche aux ossements d'un martyr, est sanctifié en quelque sorte par la grâce qui semble
s*y attacher. C'est donc véritablement une chose précieuse devant Dieu que la mort de ses saints. »
67. S. Chrysostôme, Sera, in JuvenUnum et Maximum martyres (1) : a On peut avec raison les comparer à des taureaux , à des tours, à des colonnes , à des rochers , à des flambeaux. Car ils soutiennent l'Eglise comme des colonnes ; comme des tours , ils la protègent ; comme des rochers , ils ont repoussé loin d'elle les vagues ennemies en la taisant jouir elle-même de la paix au milieu des tempêtes; comme des flambeaux, ils ont dissipé les I ténèbres de l'impiété ; comme des taureaux enfin , ils ont porté
de concert le joug de Jésus-Christ avec une ardeur que rien n'a découragée. Visitons-les donc souvent, employons notre zèle à orner leurs tombeaux , approchons de leurs reliques avec une vive foi , pour qu'il nous en revienne quelque bénédiction particulière. Car de même que des soldats parlent avec confiance à leur roi , quand ils peuvent lui montrer les blessures reçues dans les batailles; ainsi ces généreux martyrs, portant dans leurs mains leurs têtes tranchées et les montrant en spectacle , peuvent obtenir du roi des cieux tout ce qu'ils désirent. Soyons donc pleins de foi et d'ardeur pour visiter ce lieu , où nous pouvons amasser bien des trésors en considérant les monuments qui nous rappellent les vertus des saints et nous font penser à leurs récompenses; et conformons-nous tellement à la volonté de Dieu dans tout le cours de la vie présente , que nous puissions entrer avec une riche cargaison de mérites dans le port de l'éternité , où nous trouverons tout un royaume, qui est celui des cieux, en Jésus-Christ Notre-Seigneur. »
68. Le même, Lib. contra g entiles , de vitâ S. Babylœ Antiocheni episcopi ac martyris (2). « Il aurait pu être transporté comme Hénoch , ou enlevé comme Elie , puisqu'il avait été l'imitateur de leurs vertus ; mais Dieu, qui est infiniment bon, et qui nous donne des moyens sans nombre de nous sauver, nous a fourni entre autres celui-ci , qui est de nous porter à la vertu en nous laissant pour trésor les reliques des saints. Car les tombeaux des saints sont après la parole évangélique , ce qui a le plus de vertu pour porter à mener une vie sainte ceux qui viennent les visiter : et si l'on veut en avoir la preuve par soi-même, on n'a
(i) Voir OperaS. Joannis Chrysostomi, t. II, p. 695-696, édition de Gaume , p. 583 , édit. de D. Bernard de Montfaucon.
(2) Opéra S. Joannis Chrys., p. 662-663, édit. de (iaume ; p. 55&, édit. de Montfaucon.
3S4 du DÉc\tor,UE.
qu'à s'approcher de la châsse que vous avez sous les y eux. Car il suffit de sa vue pour jeter l'âme dans l'admiration , et pour inspirer au visiteur les mêmes dispositions que si le saint paraissait lui-même à ses yeux, priant avec lui. De là vient que, rempli d'une ardeur nouvelle , il se retire de ce lieu tout autre qu'il n'y était venu. Pour se convaincre de l'impression que produit sur les vivants la vue des tombeaux, il n'y a qu'à se remettre sous les yeux ce que font les personnes qui visitent les tombeaux de leurs parents morts : dles ne sont pas plus tôt arrivées auprès de ces tombeaux, que s'imaginant avoir sous les yeux leurs parents eux-mêmes au lieu des tombeaux qui renferment leurs restes, elles les appellent de leurs noms comme s'ils pouvaient les entendre. On en voit même souvent, qui ne pouvant supporter le poids de leur douleur, viennent fixer leur demeure auprès de ces tombeaux, ce qui n'aurait pas lieu, s'ils ne retiraient de ce voisinage quelque sorte de consolation. Eh! qu'ai-je besoin de parler de tombeaux? La vue même des vêtements des personnes décédées, le souvenir de quelqu'une de leurs paroles, rappelle à la mémoire leurs personnes oubliées. C'est pour de semblables
raisons que Dieu nous a laissé les reliques des saints Car tel
est le pouvoir des saints, que, tandis qu'ils sont vivants, les démons ne peuvent supporter même leur ombre non plus que leurs vêtements, et que, lorsqu'ils sont morts, ils redoutent jusqu'à leurs tombeaux. »
69. Le même , Serm. in adorationem venerabiliiim catenarum et gladii sancti et apostolorum principis Pétri (1) : « Pierre, cette merveille du monde , digne de tous les éloges de la terre et du ciel , dont l'ombre et les linges suffisaient pour mettre en fuite les démons , et dont les chaînes , pour avoir touché à son corps sacré , ont d'autant plus de vertu pour opérer des miracles , que leur contact avec ses membres a été plus immédiat : chaînes vénérables et précieuses , qui ont tenu lié ce corps d'apôtre , qui ont enchaîné ces mains puissantes en miracles , et qui par cela seul remplies de la grâce divine , sont devenues elles-mêmes une source féconde de miracles , qui guérissent les malades de leurs maladies , qui rendent saints ceux qui en approchent avec foi ; qui ont le mystérieux secret de purifier les âmes de leurs taches, et cet autre non moins mystérieux d'écarter les influences mnestes à la santé du corps ; qui enfin , s'élevant au-dessus de la
(1) Nous n'avons pu trouver cette homélie dans l'édition des OEuvres de saint Chrysostôme , donnée par M. Gaume.
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terre et pénétrant jusqu'au plus haut des cieux, se rattachent au trône même de Dieu comme à une ancre solide. Ces chaînes sont l'effroi du prince des puissances rebelles, qui tremble devant elles et en fuit jusqu'à l'aspect. Elles mettent en fuite la multitude des esprits malins répandus dans l'air, et sont comme des traits qui en les atteignant leur font des blessures mortelles. Car ils ne peuvent supporter l'influence de la grâce divine qui pénètre ces chaînes , ni l'ardeur du feu divin qui en laisse échapper des étincelles , et qui venant à les atteindre , leur font endurer d'horribles douleurs. Elles sont l'ouvrage du Verbe de Dieu , consubstantiel et coéternel au Père , qui a voulu qu'elles fussent le trophée de la victoire de son apôtre. Elles ont été chauffées à l'aide de ce charbon qu'aperçut en vision le prophète Isaïe, et qui a la vertu de procurer la vue de Dieu (Isai., VI, 7). L'Esprit consolateur, de son souffle divin , a imprimé au feu que ce charbon fait sentir la vertu parfaitement appropriée à l'effet qu'il doit produire. Et c'est pourquoi, bien que ces chaînes soient de fer, elles sont remplies de la grâce et de la puissance divines. Par elles les malins esprits sont enchaînés et détruits. Par elles le prince de ce monde, garotté en quelque manière, est emmené captif, et devient le jouet des fidèles , c'est-à-dire de ceux qui se trouvent délivrés des liens des péchés où ils étaient auparavant engagés , et qui ont rompu les filets de la mort pour revenir à la vie. Elles forment comme une ceinture autour du céleste héritage , et empêchent qu'il ne puisse être envahi par les puissances ennemies. Elles sont pour les chrétiens comme une couronne sur leurs têtes, et les protègent en même temps contre les insidieuses attaques de leurs ennemis invisibles. Elles forment comme le collier précieux, comme le vêtement doré, comme la couronne de fleurs de l'Eglise , cette épouse chaste et pure de Jésus-Christ , qui , fière d'un tel ornement, prend place à la droite de son époux. Et nous tous aussi , peuple chrétien , nous embrassons ces chaînes en ce jour avec un pieux respect , nous les vénérons avec amour, nous les considérons comme un spécifique des plus efficaces pour la guérison de nos âmes. Nous croyons, en y appliquant nos membres et tout notre corps , nous communiquer à nous-mêmes leur sainteté , et faire pénétrer dans nos âmes elles-mêmes la grâce de l'Esprit-Saint. Il conviendrait sans doute de vénérer singulièrement , non pas seulement les chaînes qui ont lié les mains de l'apôtre, mais encore tout ce qui a pu toucher à ses membres, et de faire de chacun de ces objets l'objet d'un jour de fête et d'un
panégyrique particulier... L'épée aussi, dont il a armé son bras, est traitée avec le même honneur et la même vénération que ses chaînes, dans ce palais royal où un temple a été élevé au glorieux apôtre , et où on la conserve comme un trésor sacré et digne du ciel, propre à faire naître de saintes pensées aux pieux empereurs et à la multitude des fidèles. Car il procure les grâces célestes, sert d'instrument à des guérisons sans nombre, protège ceux qui se mettent sous sa garde , et relèvent. le courage de ceux qui lui demandent le salut. Si cette épée paraît courte et mal faite, elle ne doit pas être dédaignée pour cela, puisqu'elle n'en a pas moins la vertu d'opérer des miracles, héritière en ce point des droits de Pierre, qui s'en est servi comme du glaive du Tout -Puissant. Raisonnons de même des vêtements de l'apôtre, qui, quelque vils, quelque abjects qu'ils paraissent, n'en sont pas moins remplis de la grâce divine, et comparables aux miracles mêmes qu'ils opèrent, pour quiconque envisage leur beauté spirituelle. Que dis -je? il suffit de penser à ces objets , pour obtenir les mêmes grâces que si l'on invoquait l'apôtre lui-même. Pour moi, je regarderais comme digne de toute louange, ainsi que de tout respect, la prison même où il a été renfermé , puisqu'elle a été jugée digne de servir de demeure à celui dont la personne était elle-même comme le temple de la sainteté. Et la terre sur laquelle il a étendu son corps enchaîné, est à mes yeux une terre sacrée, et toute pénétrée de cette même grâce que l'apôtre répandait partout autour de lui. Quelqu'un voudra peut-être douter que telle puisse être la vertu d'objets si vils en eux-mêmes. Mais on n'a, pour s'en convaincre, qu'à se rappeler l'ombre de Pierre et les linges de Paul (Act., V et XIX), et qui, l'une par le simple effet de l'approche du corps du prince des apôtres, et sans contact de lui- même , les autres pour avoir simplement touché le corps de l'apôtre , ont eu la même vertu pour opérer des miracles. Que s'il m'était permis de voir les sandales et les vêtements que l'ange lui ordonna de prendre , je les embrasserais moi-même avec amour ; et je voudrais les mettre dans mon cœur comme un don que j'aurais reçu du ciel. En voyant donc à la fois cette épée et ces chaînes, il nous semble voir l'apôtre lui-même, et en les touchant, toucher l'apôtre, sans nous inquiéter de ce que ces objets sont éloignés de l'apôtre par la distance des lieux ; mais les réunissant par la pensée, nous les considérons des yeux de la foi comme les instruments des souffrances de l'apôtre. En les embrassant, nous croyons le voir luimême ; comme en pensant à lui , nous nous imaginons lui voir
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aux mains ces chaînes qu'il a portées. Nous ne sommes donc pas absolument privés des grâces que nous aurions à attendre de sa présence personnelle. Car encore que ce soit l'ancienne Rome qui possède son corps , puisque c'est le lieu où il a reçu la sépulture, nous n'en devons pas moins être fiers de posséder nous - mêmes son épée et ses chaînes. Posséder ces objets, c'est comme posséder une partie de lui-même ; et comment douter de sa présence dans ces objets , lorsque nous recevons par eux les mêmes grâces que s'il était au milieu de nous? »
70. S. Ambroise, ad sororem suant deinventione corporum sanctorum Gervasii et Protasii, Epist. LXXXV (aliàs XXII) : « Certes, il faut avouer que le Seigneur a jeté un regard sur les humbles , puisqu'il a révélé à son Eglise les reliques de ses saints, cachées sous un vil gazon , tirant ainsi de la poussière celui qui était dans V indigence , et relevant le pauvre de dessus le fumier (Ps. C XV, 7 et 8 ) , pour le placer avec les princes , oui , avec les princes de son peuple. Quels sont les princes du peuple de Dieu, sinon les saints martyrs? Et voici que parmi eux se montrent aujourd'hui Gervais et Protais jusque-là ignorés , et qui réjouissent des actes de leur martyre retrouvés, de leurs exemples rappelés à notre mémoire, l'Eglise de Milan auparavant stérile en martyrs, mais maintenant
mère de nombreux enfants Vous savez, que dis-je? vous avez
vu de vos yeux que beaucoup ont été délivrés des démons , un plus grand nombre encore guéris de leurs infirmités au simple contact des vêtements qui ont touché aux corps de ces saints. Vous voyez se renouveler les miracles des temps anciens, de ces temps tout voisins de la venue de Notre-Seigneur et par là même plus favorisés de la grâce ; vous voyez des malades en grand nombre guéris par l'ombre en quelque sorte de ces mêmes saints dont les âmes sont au ciel, mais dont les corps sont au milieu de vous. Combien de suaires et de vêtements jetés sur les saintes reliques , pour devenir, par l'effet de cet attouchement, des instru- | ments de guérison ! Tous s'empressent d'en toucher seulement les : bords, et quiconque peut le faire se trouve guéri. Nous vous remercions , Seigneur Jésus , de nous avoir procuré ces secours de nos saints martyrs, dans un temps comme celui-ci où votre Eglise en a le besoin le plus urgent. Que tout le monde apprenne de là de quels défenseurs j'invoque l'appui , défenseurs qui ne savent que défendre, et qui n'ont pas coutume d'attaquer. Ce sont là ceux que je vous ai acquis, peuple fidèle ; utiles à tous, ils ne feront de mal à personne. Voilà l'escorte que j'ambitionne ; je
n'ai point besoin d'autre garde pour me défendre. Leur protection
sera d'autant plus efficace, qu'ils sont plus élevés devant Dieu
Nous avions des patrons, et nous n'en savions rien Que ces
victimes triomphales soient apportées au même lieu où le Christ est lui - même notre hostie ; mais que celui - ci soit sur l'autel même , comme la victime immolée pour tous ; que ceux - là au contraire soient placés sous l'autel, comme rachetés par les souffrances de la grande victime. Cette place, il est vrai, je me l'étais destinée à moi-même : car il convient que le pontife repose après sa mort là où il avait coutume d'offrir de son vivant. Mais je cède l'honneur à ces saintes victimes ; c'est aux martyrs , avant les autres, que cette place appartient. Déposons donc ces reliques vénérables dans un lieu digne d'elles, et fêtons ce jour entier par des actes religieux. »
71. Le même, Serm. XCI de invent, corporum sanctorum Gervasii et Protasii : « Votre fête excite le dépit de nos envieux. Et comme elle leur est insupportable , ils en décrient le sujet , et en viennent à ce point d'extravagance de nier les mérites de ces martyrs , dont les œuvres sont confessées par les démons euxmêmes. Mais il n'y a point à s'en étonner. Car telle est la perversité des incrédules , que nous lui préférons la franchise des démons. En effet le démon disait à Jésus : Jésus s fils du Dieu vivant ; pourquoi êtes-vous venu nous tourmenter avant le temps (Matt., VIII, 29)? Les juifs, au contraire, témoins de cet aveu, n'en persistaient pas moins à nier que Jésus fut le fils de Dieu. Vous aussi vous avez entendu les démons confesser hautement la puissance des martyrs , s'écrier qu'ils ne pouvaient supporter la peine que leur cause leur présence , et leur dire : pourquoi êtesvous venus nous tourmenter si cruellement avant le temps? tandis que les ariens disent au contraire : ce ne sont pas des martyrs ; ils ne peuvent ni tourmenter le démon , ni délivrer personne ; et cela , lorsque les souffrances qu'endurent les démons sont attestées par leurs cris, et que les bienfaits des martyrs sont rendus manifestes par la guérison des aveugles et la délivrance des possédés. Ils nient qu'un aveugle ait recouvré la vue , tandis que cet aveugle lui-même guéri déclare sa guérison, et qu'il vous crie qu'il a recouvré la vue, du moment où il a touché la frange du drap qui sert d'enveloppe aux saintes reliques,.... Mais je demande si , en refusant de croire que les martyrs puissent opérer des guérisons, ils ne refusent pas par là-même de croire au Christ. Car le Christ a dit lui-même : Vous ferez de plus grands miracles
que ceux que je fais ( Joan. , XIV, 42). Ou bien , croient-ils que des guérisons ne puissent être opérées en particulier par ceux-ci, dont les mérites seraient apparemment surannés , quoique leurs corps aient été récemment découverts? Ici je demanderai, si c'est à moi ou aux saints martyrs qu'ils portent envie? Si c'est à moi, est-ce que je m'attribue à moi-même ces miracles ? Est-ce qu'ils sont opérés par mon ministère ou en mon nom ? Pourquoi donc m'envieraient-ils ce qui ne m'appartient nullement ? Mais si c'est aux martyrs qu'ils portent envie , car il faut bien que ce soit à eux qu'ils le fassent, si ce n'est pas à moi, ils font bien voir parlà que leur foi est autre que n'était celle des martyrs. Car ils ne leur envieraient pas leurs miracles, s'ils n'étaient convaincus que ces martyrs avaient une foi différente de la leur , à savoir cette foi qui a son fondement dans l'ancienne tradition, que les démons eux-mêmes ne peuvent nier , mais que nient les ariens. Non que j'invoque en ma faveur le témoignage du démon, mais je prends acte de son aveu. Cet aveu , le démon l'a fait malgré lui sans doute, mais parce qu'il a cédé à la violence de ses tourments. Ce que la perversité dissimule , la violence des tourments le fait avouer. Le démon cède au mal qu'il endure , mais les ariens ne savent pas encore le faire. Les démons disaient aujourd'hui et hier, ou la nuit dernière : Nous savons que vous êtes des martyrs. Et les ariens disent : Nous ne savons pas, nous ne voulons pas nous en convaincre, nous ne voulons pas le croire. Les démons disent aux martyrs : Etes -vous venus pour nous perdre? Les ariens disent au contraire : Ce ne sont pas de vrais tourments que souffrent les démons, ce ne sont que des jeux, des farces concertées. Je sais qu'on se joue de bien des choses ; mais c'est la première fois que j'entends dire que quelqu'un veuille de propos délibéré se faire passer pour possédé du démon. » •
72. Le même, Serm. XCHI (aliàs XCII) in natali sanctorum martyrum Nazarii et Celsi : Les peuples des différentes villes se croient au comble du bonheur, s'ils peuvent posséder les reliques au moins d'un martyr. Et nous, nous possédons tout un peuple de martyrs. Que notre contrée se réjouisse d'avoir produit tant de soldats pour le ciel , d'avoir enfanté tant de vertus. Ainsi la sainte Eglise de Milan possède le corps du bienheureux martyr Nazaire : elle le possède, dis-je, tout entier ; quant aux grâces qui résultent pour elle de ce trésor, elle les communique à l'univers. Car telle est la prérogative des martyrs , de mettre le monde entier en possession de la plénitude de leurs mérites , encore que
chaque pays ne puisse recevoir qu'une très-petite partie de leurs cendres... Bien que cet illustre témoin de Jésus -Christ, recommandable par la générosité de sa confession , plus recommandante encore par le sang qu'il a versé , et surtout par l'énormité de ses tourments, d'autant plus pur devant Dieu que son sacrifice a été plus complet , appartienne à la ville de Milan par son tombeau , il n'en appartient pas moins à tout le monde par la communion de son suffrage. Car à Dieu ne plaise que votre charité et votre foi, en quelque sorte avare, atténue les mérites du martyr en voulant se les approprier exclusivement, en sorte que le bienfait de sa protection ne s'étende pas au-delà de cette ville même! La communication des mérites ne connaît point de limites locales. En quelque lieu que vous invoquiez un martyr, celui-là vous exauce que vous honorez dans la personne du martyr. Celui donc qui pèse vos vœux et juge vos offrandes , celui-là même vous rendra l'intercession du martyr que vous invoquez d'autant plus présente, que vous l'aurez invoqué avec une
foi plus vive Honorons les saints martyrs comme les coryphées
de la foi, comme les avocats du monde entier, comme les hérauts du royaume des cieux, comme les .cohéritiers de Dieu. Que si vous me dites : Pourquoi l'honorer dans sa chair, qui n'est plus qu'une chair tombée en corruption , et dont Dieu lui-même ne s'occupe plus? que devient donc, répondrai -je, ce que dit la vérité elle-même par son prophète , que c'est une chose précieuse devant Dieu que la mort de ses saints (Ps. CXV, 14)? Et ce que le même prophète dit ailleurs (Ps. C XXXVIII, 17) : Je dois, ô mon Dieu, honorer vos amis d'une façon toute particulière (1)? Si les serviteurs de Dieu méritent déjà d'être honorés, combien les amis de Dieu ne le méritent-ils pas davantage? C'est d'eux qu'il est dit en un autre endroit (Ps. XXXIII, 21) : Le Seigneur conserve tous leurs os, il ne s'en brisera pas un seul. J'honore donc dans la chair d'un martyr les cicatrices dont il a été couvert au nom de Jésus- Christ; j'honore sa mémoire toujours vivante dans les exemples qu'il a laissés de sa vertu ; j'honore ses cendres consacrées par sa glorieuse confession ; j'honore dans ces cendres mêmes autant de semences d'éternelle vie ; j'honore un corps qui m'a appris à aimer mon Dieu, et à ne pas craindre de mourir pour lui. Et pourquoi les fidèles n'honoreraient - ils pas un corps que les dé-
(1) Cette manière d'interpréter ce verset du psaume 138, est aussi à peu près celle de Théodoret. Voir le commentaire de Génébrard in Psalmos, dans le cours complet d'Ecriture sainte de Migne , t. 16.
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mons révèrent eux-mêmes? Car si ces derniers l'ont tourmenté sur le chevalet, ils lui rendent gloire dans son tombeau. J'honore enfin un corps auquel Jésus-Christ accorde l'honneur de partager ses souffrances , et qui partagera sa gloire dans le ciel. »
73. S. Grégoire de Nazianze, in carminé iambico XVIII, quod est de virtute : « Ils (les martyrs) répandent comme des astres leur éclat dans tout l'univers ; les trônes élevés à leur honneur et qui rappellent sans cesse leur mémoire, les tribunes sacrées qui retentissent partout de leurs doctrines , l'affluence des peuples à leurs tombeaux, les hymnes par lesquels on s'efforce de célébrer leur gloire , tout contribue à mêler leurs noms à celui de l'agneau qui a vaincu par sa mort. Tel est le tribut de vénération payé de toutes parts à la vérité , qu' un peu de leurs cendres seulement , un faible débris de quelqu'un de leurs os , quelques cheveux, quelques restes à peine reconnaissables de vêtements usés , sont honorés à l'égal du corps entier de chacun de ces martyrs. 11 suffit même quelquefois qu'un lieu porte le nom de leurs saintes reliques, pour qu'on y voie s'opérer les mêmes merveilles que si l'on y possédait leurs corps tout entiers. 0 miracle! Il suffit de leur souvenir pour procurer le salut. Que n'aurais-je pas à dire de tant de guérisons obtenues , de tant de démons expulsés par la vertu qui sort de leurs tombeaux? Telles sont les merveilles opérées tous les jours par ces généreux athlètes (1). »
(i) Taurriv xaTa^pà<srrouaiv wffîrep àarépes S^sSov rt Tràaav aiQpLoiç aùyàff/zatnv, Y^upéyoïç Qpôvois re xai StSày//a<uv, 'AdpoLafxy.Giv re xai Spô//ois 7rave<r8£ois VjWvwôtatj ts TÔav 7rivcov ê7ra^îats, 01 roïi af<x.yévro; eùx^eeTç vtx7i^p<5pot. ToaouTov S'êarriv ttjs à0)v7i<jetos oéëas, Q S xai xôviv j3pa;(stav, ri ti Xeî\|/avov 'Ostuv TraXai&v, y) TpiX&v /Atxpov //épog, H xai paxw/zaT', fj ri xaî ^avria/zàTtov 2/;//eïov, àpxeîv dj o\ov tijuviv irore. Kat x>7i(ytv eyvwv, zanv uv àlztyc/.vov , Tôttois ôo8eT<rav àv^'ôlov roïï //àprupos, I ayùv^ t<T/iv ^aêoùcjav , à roïï 8au//aTOs! SwÇetv yàp ol/xai xaî rb [Atfj.vr]aQct.i //ovov. Tl o'e? ^éyotjt/t xaî v<5ggûv xaî 8at/zôvwv, KàSapaiv evSev ariarov, a/pi er/i/xdcTWV , A ow/zàrcov — ^T'riÇtcbô/] Ttjt/iwv, A'vTtffTarotîVTCov 77Vôu/*àTC»)V ê7u8po//ai$. Totaur' àôXyjT'iv twv l//wv rà Gaû/zara.
74. S. Bernard, serm. de quatuor modis orandi : «Il en est qu'épouvante et que tourmente en même temps le remords de leurs péchés , sans qu'ils aient encore pourtant la force d'en sortir ; ce sont ceux que le soleil de vérité commence à éclairer de ses premiers rayons dans la fange même du péché où ils vivent , et qui, rougissant de leur état, et redoutant la justice de Dieu à la vue de l'énormité de leurs crimes et de l'exiguité de leurs mérites, se représentant de plus les flammes de l'enfer , ne trouvant enfin en eux-mêmes aucun bien , cherchent ailleurs qu'en eux-mêmes de quoi les protéger. Car ils savent bien qu'il est dangereux de paraître devant Dieu les mains vides , contrairement à ce que la loi ordonne; encore moins osent -ils le faire avec des mains pleines d'ordures. Craignant donc et avec raison de paraître par eux-mêmes devant ce divin tribunal, ils prennent le parti de supplier par d'autres qui intercèdent pour eux. C'est à quoi revient cette formule de prière à laquelle il nous arrive souvent d'avoir recours : Saint Pierre , priez pour nous, et autres semblables; mais surtout celle-ci : Par votre passion, délivrez-nous, Seigneur; et d'autres qui reviennent à celle-là. Il convient donc qu'un pécheur dans un pareil état n'approche point par lui-même de Jésus-Christ ; mais il doit se borner à toucher, pour ainsi dire, la frange de son vêtement , en prenant pour son avocat le dernier même des ministres de l'Eglise ; car l'Eglise est comme le vêtement de Jésus-Christ, et par conséquent le dernier de l'Eglise , ou celui qui a choisi pour sa part d'être au dernier rang dans la maison de Dieu, est comme la frange de ce vêtement, et nul doute que le parfum spirituel répandu sur la tête du divin chef ne descende jusqu'à cette frange (Ps. CXXXI, 3). Si le pécheur touche cette frange , je veux dire ce dernier de l'Eglise de Dieu, par quelque bonne œuvre ou par quelque humble prière , ou enfin par le sincère aveu qu'il fait de ses fautes , pour l'engager par là à compatir à lui-même, qu'il ait seulement la foi, et il sera infailliblement guéri. Que la frange cependant sache bien que ce n'est pas d'elle, mais de Jésus -Christ qu'est sortie cette vertu salutaire; car c'est en quelque sorte Jésus -Christ lui-même que l'on touche en touchant son vêtement. »
75. Victor Africain, Lib. III, de persecutione Wandalorum, vers la fin : « Venez, anges de mon Dieu , vous qui êtes toujours prêts à nous secourir, chargés que vous êtes d'exercer votre ministère en faveur de ceux qui doivent être les héritiers du salut éternel; voyez cette Afrique autrefois protégée par tant d'Eglises
si puissantes , aujourd'hui tout entière laissée dans la solitude ; autrefois se taisant gloire de sa nombreuse hiérarchie de pontifes, maintenant veuve et délaissée. Priez pour nous, patriarches de la race desquels est née cette Eglise, actuellement si affligée. Priez pour nous, saints prophètes, vous qui voyez l'affliction que vous nous aviez d'avance annoncée. Soyez nos défenseurs, glorieux apôtres, qui après l'ascension de notre divin Maître, avez parcouru l'univers comme d'ardents coursiers pour nous réunir tous en un seul peuple. Vous surtout, saint Pierre, comment n'élèveriez-vous pas la voix en faveur de tant d'agneaux et de hrebis que notre commun maître a confiés à votre sollicitude? Et vous , saint Paul , docteur des nations , qui avez prêché l'Evangile depuis Jérusalem jusqu'à l'Illyrie, voyez les ravages que nous causent les Wandales ariens , et la captivité où gémissent vos enfants. Gémissez sur nous, vous tous saints apôtres. Mais, hélas! nous sommes indignes que vous priiez pour nous, puisque ce n'est pas pour nous éprouver , comme cela peut arriver aux saints, mais pour nous punir que ces malheurs nous arrivent. Eh bien! priez pour vos fils même méchants, puisque Jésus- Christ a prié même pour les Juifs ses ennemis. Que les maux que nous avons justement essuyés suffisent pour notre correction; demandez grâce pour des pécheurs. Qu'il soit dit à l'ange exterminateur : C'est assez, retenez votre bras. Qui pourrait ignorer que ce sont nos crimes qui nous ont attiré tout cet opprobre, que c'est pour nous être écartés des commandements de Dieu , pour n'avoir pas voulu marcher suivant les préceptes de sa loi? Mais nous vous prions , prosternés à vos pieds , de ne pas mépriser vos frères, quelque pécheurs, quelque misérables qu'ils soient; nous vous en prions par celui qui , de l'humble état de pêcheurs , vous a élevés au faîte de l'apostolat. »
76. S Augustin, cont. Faust, manich., Lib. XX, c. 21. C'est le passage cité plus haut, même question, témoignage 37, p. 331.
77. Le même , in Psalmum LXXXVIII, concione, 2 , à la fin : « Célébrez par des actes de sobriété les fêtes des saints , pour imiter les exemples de ceux qui nous ont précédés, et qu'ils s'applaudissent eux-mêmes de prier pour nous; et c'est ainsi que la bénédiction du Seigneur pourra demeurer sur vous éternellement. Fiat, fiât. »
78. Le même, Serra. XLVÏI de Sanctis (le même qui est intitulé de Martyr ibus dans les œuvres de S. Léon) : « Toutes les ibis, mes frères, que nous célébrons les fêtes des martyrs, ne
demandons au Seigneur les biens temporels par leur intercession , qu'avec la disposition de mériter aussi , en imitant leurs exemples, les biens éternels. Car ceux-là seuls célèbrent véritablement leurs fêtes, qui suivent l'exemple de leurs vertus. Les fêtes des martyrs sont des exhortations au martyre , et nous ne devons pas craindre d'imiter ce que nous aimons à préconiser. Mais , quoi ? nous voulons triompher avec les saints , et nous ne voulons pas supporter avec eux les tribulations de ce monde. Celui donc qui refuse d'imiter autant qu'il est en lui les saints martyrs, ne parviendra jamais à partager leur béatitude. C'est ce que prêche l'apôtre saint Paul par ces paroles : Nous participerons aux consolations, si nous participons aux souffrances (II Cor., 1 , 5). Et le Seigneur a dit dans l'Evangile : Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï le premier (Joan., XV, 18). C'est refuser d'appartenir au corps , que de ne vouloir pas partager les ignominies du chef. »
79. S. Bernard, in vigilia Pétri et Pauli apostolorum. C'est le passage cité plus haut , même question , témoignage 12, p. 506.
80. S. Isidore, Lib. I de ecclesiasticis officiis, c. 34 : « Nos pères ont voulu qu'on célébrât les fêtes des apôtres et des martyrs , soit pour nous engager à imiter les saints , soit pour que nous puissions nous approprier leurs mérites , et nous aider de leurs suffrages ; de telle manière cependant , que ce ne soit pas aux martyrs, mais à Dieu même qui a fait les martyrs, que nous offrions nos sacrifices , quoique ce soit sur les cendres des martyrs que nous élevons nos autels. Car quel est le prêtre qui , à l'autel où se trouve quelqu'un de ces corps sacrés , s'est jamais pris à dire : Nous vous offrons à vous, Pierre, ou Paul, ou Cyprien? Mais ce que nous offrons, nous l'offrons à Dieu qui a couronné les martyrs, sur les tombeaux de ceux-là mêmes qu'il a couronnés, afin que la circonstance particulière de ces lieux enflamme notre amour, et pour ceux qu'il nous est donné d'imiter, et pour celui qui nous donne la force de le faire. Nous honorons donc les martyrs de la même manière (eo cultu dilectionis et societatis) que nous honorons parmi même les vivants les saints hommes de Dieu , que nous saurions disposés à endurer les mêmes tourments pour la défense de l'Evangile ; avec cette différence , que notre culte envers les premiers est d'autant plus accompagné de confiance , qu'ils sont eux-mêmes plus assurés de leur victoire et de leur triomphe, tandis que ceux qui combattent encore ici-bas ne sauraient partager la même assurance. »