‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des PèresChapitre 2 sur 139 · II NOTICE SUR CANIS1US · texte numérisé non relu

II NOTICE SUR CANIS1US

Mais ce qui charmait ses parents, c'était une inclination naturelle qu'ils lui voyaient à la piété : tous ses plaisirs consistaient à orner de petits oratoires, à représenter les cérémonies de l'Eglise, à imiter les prêtres en fonction à l'autel ou dans la chaire. Ces petites choses, qu'on ne regarde souvent que comme de légers amusements de l'âge tendre de l'enfance , sont quelquefois des présages de ce qu'il y aura un jour de plus important dans la vie d'un serviteur de Dieu, comme Canisius le remarque lui-même, en rapportant dans ses Confessions ce qui faisait alors le charme de ses loisirs.

» Ce qui suit est moins équivoque, et paraîtra plus merveilleux. Il avait dès ses premières années un attrait singulier pour la prière; et, pour y vaquer avec plus de recueillement, il cherchait, à l'exemple de sa tante d'emprunt, les lieux les plus retirés ; il retranchait de son sommeil pour y consacrer encore une partie de la nuit; il mortifiait même son corps innocent par l'emploi du cilice. On n'a jamais pu savoir qui lui avait suggéré de si bonne heure cette sainte haine de lui-même , qu'il sut conserver jusqu'à la mort. Enfin, comme si Noire-Seigneur avait voulu faire connaître par avance le zèle qu'il montrerait dans la suite à réprimer l'impiété des libertins dans les jours de carnaval, il joignait ces jours-là à de plus longues prières une austérité encore plus grande, ne touchant point aux viandes les plus exquises qu'on lui servait , et se passant même de vin.

» On voit par là que Noire-Seigneur avait déjà pris possession de son cœur , qu'il se plaisait à y répandre ses dons avec abondance , et que cet enfant , par sa fidélité à suivre les mouvements du Saint-Esprit, se rendait digne d'en recevoir tous les jours de nouvelles grâces. C'est ce qu'il reconnaît lui-même dans le livre de ses Confessions, qu'il composa à l'imitation de saint Augustin. Voici comment il y parle des premières semences de sa vocation, que Notre-Seigneur jeta dans son cœur dès son entrée dans la vie : « Tout » enfant que j'étais , ô mon Dieu , mais mûr au-dessus de » mon âge, par un effet de voire miséricorde, j'avais assez

NOTICE SUR CANtSIUS.

de lumières pour connaître que je devais m'adresser à vous en ce qui concernait mon salut. Ainsi , je ne puis oublier la grâce que vous me fîtes dès lors , quand , prosterné aux pieds de vos autels dans l'Eglise de Saint- Etienne de Nimègue , j'y adorais votre divine majesté dans le sacrement de votre amour : car, autant que je puis m'en souvenir , l'esprit inquiet et agité , j'invoquais votre saint nom avec beaucoup de larmes, et je vous exposais tous mes désirs et toutes mes peines , à la vue des terribles dangers qui paraissent inévitables pour la jeunesse. Dans cet état, je vous priais, ô mon Dieu, d'avoir égard à ma faiblesse, et il me semble que je vous adressais ces paroles de votre prophète, ou du moins quelques autres qui avaient le même sens : Découvrezmoi vos voies, Seigneur ; enseignez-moi par quelle route vous voulez que faille à vous , parce que vous êtes mon Dieu et mon Sauveur (Ps. XXI F* 5). » « Je suis convaincu , dit-il un peu plus bas , que c'était vous uniquement qui produisiez en moi cet esprit de crainte. C'est ce même esprit qui , par un effet particulier de votre grâce, retenait mon cœur sur le penchant du plaisir, dans un âge si dangereux , et où il est si difficile de ne pas s'y laisser aller : car vous perciez dès lors ma chair de votre crainte , pour que j'apprisse de plus en plus à redouter vos jugements. »

» A l'âge de treize ans , il fut envoyé à l'université de Cologne. Outre les dangers ordinaires qui se rencontrent parmi la jeunesse , il y avait de plus à craindre les séductions de l'hérésie, qui se glissait partout. Mais le ciel préparait au jeune Canisius un préservatif contre tous ces périls, dans la personne d'un saint prêtre, Nicolas Eschius, que les parents de notre étudiant avaient prié de prendre soin de sa conduite. C'était un des professeurs du collège du Mont , où l'on avait mis cet enfant. Sous la direction de ce sage ecclésiastique , le jeune Pierre fit des progrès dans les lettres humaines, au-delà même de ce qu'on pouvait attendre d'un esprit mûr, solide et appliqué. Il avait eu en même temps

IV NOTIGE SUR CANISIUS.

le bonheur de s'insinuer dans l'esprit de plusieurs hommes de mérite ; pour mieux profiter de leurs lumières, il assistait à leurs harangues et à leurs sermons ; il s'appliquait surtout, dans les pièces qu'il composait et qu'il récitait en public , à imiter l'air et l'action de ceux qui lui paraissaient avoir plus de génie pour la déclamation, et par là , sans y songer, il secondait les vues de la Providence, qui le disposait insensiblement à devenir un des plus grands prédicateurs de son temps.

» Cette application à l'étude ne diminuait rien de celle qu'il apportait aux exercices de piété. Il purifiait souvent son cœur par le sacrement de pénitence , ce qui était assez rare en ce temps-là ; il donnait tous les jours un temps réglé à la prière et à la lecture spirituelle : la vie des saints en faisait d'ordinaire le sujet, et il avouait qu'il se sentait merveilleusement excité à la piété par les grands exemples qu'il tirait de cette lecture. Il lisait encore, chaque jour, d'après le conseil de son directeur, un chapitre de l'Evangile ; il en apprenait par cœur quelques traits , pour se les imprimer plus facilement par la méditation. Uniquement occupé des exercices de l'esprit, il négligeait assez le soin de son corps : il aimait à être vêtu simplement : ennemi du jeu et des plaisirs ordinaires à son âge , il employait en aumônes , ou à l'achat de quelques bons livres , l'argent que ses parents lui donnaient pour ses divertissements. Ainsi, il s'appliquait de telle sorte à devenir savant , que rien ne l'empêchât de devenir saint.

» C'était là le fruit des instructions et des exemples qu'il recevait de son bon père Eschius : c'est ainsi qu'il l'appelait. Quelque mérite qu'eût ce professeur, il était encore plus habile dans la science des saints que dans les lettres humaines , comme on peut le voir par quelques-uns de ses traités spirituels que le docte Surius , qui était son disciple, a donnés au public. Pour en être convaincu, il ne faut qu'en entendre parler Canisius dans le livre de ses Confessions : d'après le portrait qu'il y fait de ce saint homme, on ne peut voir un maître plus sage , ni un directeur plus éclairé ; on

NOTICE SUR CÀN1SIUS. V

peut ajouter que , dans ce qu'il y rapporte de lui-même , il fait aussi le portrait du disciple le plus docile et le plus reconnaissant. On y lira peut-être avec satisfaction tout ce qu'il fit à Cologne durant le cours de ses études ; rien n'est plus sincère que le récit qu'il en fait, ni plus capable d'inspirer des sentiments de piété. Le voici :

« Pour revenir à mon maître Eschius , ou plutôt à mon père... ô mon âme, bénis le Seigneur, et n'oublie jamais ses bontés , d'avoir bien voulu te donner un tel maître pour te former à la piété , et qui , sans aycun retour sur ses propres intérêts , recherchait uniquement ton salut. C'est sous sa conduite , ô mon Dieu , qu'insensiblement je commençais à me déplaire à moi-même , afin de vous plaire plus parfaitement ; car je ne vous connaissais pas encore assez. La sainteté de ses discours et de ses exemples faisait sur mon cœur la plus heureuse impression ; la vénération que j'avais pour lui était un frein qui réprimait les mouvements les plus impétueux de mon âge. Heureux de me trouver dans sa compagnie, je me passais volontiers de toutes les autres ; je recevais tous ses conseils avec la même docilité , que l'enfant le plus soumis aurait pu avoir pour son père. Non-seulement je m'ouvrais à lui au tribunal de la pénitence de tout ce qu'il y avait de plus caché dans l'intérieur de mon âme, ce que je faisais souvent; mais encore, chaque jour avant de me coucher , m'entretenant familièrement avec lui , je lui rendais un compte exact de toutes les fautes où j'étais tombé ce jour-là, et je me soumettais volontiers à la peine qu'il jugeait à propos de m'imposer pour les expier. » » Après s'être abandonné aux sentiments de la plus tendre reconnaissance envers Notre- Seigneur, qui, dans tous les temps et dans tous les lieux , avait , ce sont ses termes, béni toutes ses voies, il ajoute : « O Dieu de bonté, )> gardien fidèle des hommes, et protecteur de ma vie, vous » m'aviez, par un effet de votre aimable providence, destiné » ce saint homme comme un autre Ananie , pour me for- » mer à la piété et m'attacher à vous de plus en plus. Que

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