NOTICE SUR CANISIUS. XXXI
devoir attendre un temps plus favorable à l'exécution de son dessein. Il se détermina cependant à donner au public le Catéchisme qu'il lui avait conseillé de composer, afin de l'opposer comme un antidote à ceux que les protestants faisaient courir dans toute l'Allemagne, pour infecter les peuples du venin de leur hérésie.
» Ce catéchisme (qui est celui même que nous traduisons aujourd'hui) parut d'abord sous l'autorité du roi Ferdinand, mais sans nom d'auteur, par un effet de la modestie de celui qui l'avait composé. On vit bientôt, par les mouvements qu'il excita dans l'esprit des hérétiques par tout l'empire, que ce petit livre était un trait mortel qui frappait l'hérésie au cœur, et qu'il lui avait fait une plaie qui ne se fermerait jamais : c'est ce qu'ils marquèrent par leurs satires , leurs libelles et leurs répliques , dont toute l'Allemagne se trouva inondée en très-peu de temps.
» Ferdinand jugea pour lors que Canisius devait le faire réimprimer, y mettre son nom , qui était déjà si formidable à l'hérésie , y indiquer à la marge les textes de l'Ecriture et des Pères qui appuyaient sa doctrine. Il s'en fit de tous côtés différentes éditions , accommodées à tous les âges et à toutes sortes de personnes. Enfin, quelque temps après parut ce gros volume , où ces textes sont rapportés tout au long ; ce qui fait, au sentiment de tous les savants , un des meilleurs livres qui aient jamais paru dans l'Eglise. Je ne rapporterai point en particulier tous les éloges que les écrivains ecclésiastiques lui ont donnés; il ne tire peut-être pas moins de gloire de ce que les hérétiques ont fait pour le décrier. Il suffira d'ajouter que Ferdinand, devenu empereur par l'abdication de Charles-Quint son frère, ordonna, l'an 1560, sous certaines peines , par un arrêt solennel , de recevoir ce catéchisme par tout l'empire, de l'enseigner aux enfants en public et en particulier, et de n'en point enseigner d'autres. Philippe II, roi d'Espagne, neveu de Ferdinand, fit la même chose dans ses Etats , apportant pour motif que , selon le témoignage des docteurs , et en particulier de ceux de l'université deLouvain, qu'il avait consultés, aucun autre livre