NOTICE SUR CANISIUS. XXXIX
si Jésus-Christ les jugeait dignes de cet honneur, ils partirent de Rome après avoir reçu la bénédiction de Sa Sainteté. Ce qu'ils souffrirent des incommodités du voyage et des insultes des hérétiques partout où ils passaient , commença bientôt à vérifier ce que le pape avait semblé leur marquer.
» Canisius but le premier le calice et en goûta ce qu'il avait de plus amer : étant arrivé à Prague , il y fut reçu de tous les catholiques avec une joie qu'il serait difficile d'exprimer ; mais , quelque pacifique que fût son entrée , elle jeta l'alarme dans le parti des hérétiques ; wicléfites , hussites, luthériens, tous divisés auparavant entre eux, se réunirent contre les catholiques , mais surtout contre les Jésuites , dont on leur avait fait les peintures les plus effroyables; aveuglés par l'aversion qu'ils en avaient conçue, ils se persuadaient que ce serait faire un sacrifice agréable à Dieu que de les exterminer.
» Ils les chargèrent de boue dans les rues , ils les assaillirent à coups de pierres , et Canisius , étant un jour à l'autel , pensa être accablé par celles qu'on lui jetait à travers les fenêtres de l'église où il disait la sainte messe. Enfin , ils les menacèrent de les brûler dans leurs maisons , ou de les précipiter du haut du pont dans la rivière.
» Le gouverneur de la ville , ayant été informé des dangers qu'ils couraient , en avertit l'archiduc Ferdinand , qui gouvernait le royaume au nom du roi Ferdinand son père. Le vice-roi fit aussitôt publier des défenses trèsexpresses d'attenter en rien contre des gens qu'il prenait sous sa protection, et pour plus de sûreté, il leur fit donner de ses gardes , qui leur servirent d'escorte, comme on avait fait autrefois à Vienne à l'égard de Canisius.
» Cet orage était trop violent pour durer longtemps : la manière dont les Jésuites le soutinrent toucha le cœur de ceux-là mêmes qui l'avaient excité , et ils eurent honte de leurs procédés, quand ils virent qu'ils avaient affaire à des gens qui ne se défendaient que par la patience. La douceur de Canisius charmait tout le monde; les hérétiques mêmes, sensibles à ce qu'on leur en rapportait, eurent la curiosité