XL NOTICE SUR CANISIUS
de voir et d'entendre un homme qui faisait tant de bruit ; ce qu'il disait était net et solide ; on ne remarquait point en lui ce zèle amer qui aigrit les esprits; on le voyait tout occupé des œuvres de miséricorde , ne rendre que de bons offices à ceux qui l'avaient le plus maltraité. Quelques-uns se convertirent , tous l'admirèrent : la plupart de ceux mêmes qui redoutaient le plus l'effet de son crédit et de son zèle ne pouvaient se dispenser de l'aimer, et l'on remarqua entre autres , que les hussites et les juifs mêmes , quelque ennemis qu'ils fussent de sa religion, avaient de la vénération pour sa personne.
» Canisius ayant fait revenir peu à peu les esprits de leurs préventions , l'établissement du collège se fit plus tranquillement; l'application qu'on remarquait dans les régents , le profit tout visible des écoliers, le bon ordre qui régnait dans ce nouveau collège , tout cela engagea les hussites eux-mêmes à y envoyer leurs enfants, plus volontiers qu'à celui de leurs anciens professeurs; ces enfants s'apprivoisèrent avec les autres écoliers catholiques; ce qu'ils voyaient de modestie , de douceur, de zèle pour leur bien dans leurs nouveaux maîtres, leur inspira de l'estime et du respect pour eux ; ils commencèrent à s'en approcher avec moins de timidité ; ils le firent ensuite avec confiance : par là , ils devinrent dociles aux instructions spirituelles qu'ils entendaient dans la classe, et apprirent insensiblement, avec les principes des sciences, ceux de la religion romaine.
» Ce fut là peut-être un des moyens les plus efficaces que Canisius employa dans ces commencements pour faire sans bruit dans Prague ce changement dans les mœurs et dans la religion , qu'on admira dans la suite. Cependant , il prêchait aussi dans la cathédrale avec un concours de peuple extraordinaire , que sa réputation lui attirait sans différence de catholiques et d'hérétiques : on se récriait sur les excellentes choses qu'il disait, et quelques-uns, au sortir du sermon, pénétrés de l'impression que son éloquence avait faite sur leurs cœurs, bénissaient hautement le Seigneur de les avoir fait naître dans un siècle qui avait