NOTICE SUR CANISIUS. XLI
donné à l'Eglise un si grand homme ; de sorte qu'en peu de temps il se fit un changement notahle dans cette grande ville. La conversion de deux principaux ministres protestants, que le Ciel opéra par les prédications d'un de ses confrères, n'y contribua pas peu. Le crédit des ouvriers évangéliques augmentant tons les jours, Canisius entreprit de rétablir plusieurs cérémonies catholiques que les hérétiques avaient abolies , et il en vint à bout avec un succès qui surpassa son attente.
» Toutes ces bénédictions furent le fruit d'environ deux années de travail; car, sur le milieu de la seconde, il eut ordre du Père général d'aller faire un tour en Bavière pour y assister à l'ouverture du collège d'Ingolstadt , que le duc Albert venait de fonder pour les Jésuites. Canisius partit aussitôt , après en avoir obtenu la permission du roi des Romains , à qui saint Ignace en avait écrit , en le priant d'avoir la bonté de se souvenir que le duc avait bien voulu autrefois se priver de ce secours, uniquement pour faire plaisir à Sa Majesté.
» Le provincial étant arrivé à Ingolstadt , où le duc l'attendait, en fut reçu avec des honneurs que son humilité eut peine à souffrir ; il accepta le collège au nom du général, qui y avait envoyé d'habiles professeurs en toutes sortes de facultés. L'ouverture s'en fit : on commença d'y enseigner les belles-lettres, les hautes sciences et les langues savantes, qui sont nécessaires pour la parfaite intelligence de l'Ecriture. Canisius , toujours attentif au bien de la religion , s'avisa encore d'un moyen qui y contribua beaucoup.
» L'expérience lui ayant fait connaître que le malheur 'des catholiques vient souvent du défaut des pasteurs qui les gouvernent, il crut qu'on devait, surtout dans ces temps malheureux , tâcher de lui en procurer qui pussent , par leur savoir et leur piété , réparer le tort que l'ignorance et le libertinage avaient causé dans l'état ecclésiastique : il établit pour cela , dans cette nouvelle académie , une classe particulière pour les écoliers qui penseraient à se consacrer au service des autels; il regarda cette classe comme un petit