‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des PèresChapitre 30 sur 139 · XL1I NOTICE SUR CANIS1US · texte numérisé non relu

XL1I NOTICE SUR CANIS1US

séminaire, d'où l'on pourrait tirer dans la suite de dignes sujets, capables de faire part aux autres des fruits de science et de vertu qu'on leur aurait communiqués.

» Canisius, ayant achevé de régler toutes choses à Ingolstadt avec son zèle et sa prudence ordinaires, retourna à Prague et à Vienne pour mettre la dernière main aux deux nouveaux établissements que sa compagnie y avait fondés. Le roi Ferdinand le revit avec joie, et lui ordonna, quelque temps après , de le suivre à la diète de Ratisbonne , où il voulait se servir de ses conseils dans des affaires d'importance qui regardaient le bien de la religion.

» Comme l'assemblée des princes et des seigneurs de\ l'empire y était fort nombreuse , le mérite de Canisius y parut avec un éclat toujours plus grand , et le dépit que les hérétiques en conçurent augmenta leur haine contre ce grand homme. Une passion violente a de la peine à se contenir longtemps : cette haine éclata bientôt par des calomnies et des insultes ; ils ne prétendirent rien de moins que de le faire chasser de la ville ; mais à la sollicitation des catholiques, leur audace fut bientôt réprimée par l'autorité du roi des Romains et par le zèle du roi de Bavière. Il fut résolu qu'on le retiendrait pendant toute la durée de la diète, afin de l'opposer comme un mur pour la maison du Seigneur contre les entreprises des ennemis de son nom.

» Il parut donc toujours, dans les conférences publiques et particulières , avec le même crédit que son grand mérite lui avait acquis ; il montait en chaire toutes les fêtes et tous les dimanches ; il prêchait encore trois fois la semaine pendant l'Avent, avec un applaudissement universel ; un grand nombre d'évêques et de prélats assistaient toujours à ses sermons : dans le particulier, ils se faisaient un plaisir de conférer avec lui des moyens de rétablir la discipline , de réformer les mœurs, et d'exterminer les erreurs et les vices.

» Un luthérien , en vue de décrier son catéchisme , entreprit , pendant la diète , d'y en opposer un autre qui déjà était sous presse , avec plusieurs autres livres non moins pernicieux , à l'usage des enfants. Canisius réfuta de vive

NOTICE SUR CANISÎUS. XLtlI

voix et par écrit la doctrine de cet auteur, le confondit , et eut assez de crédit pour arrêter l'impression de ses livres. La confusion que ce particulier en reçut devint salutaire à plusieurs, qui , plus dociles aux instructions du prédicateur, se réconcilièrent de bonne foi à l'Eglise. Il convertit en même temps un juif, qu'il mit bientôt en état de recevoir le saint baptême.

» Pendant que par des moyens si doux et si efficaces il procurait le bien de la religion, la politique et l'hérésie essayaient d'en employer d'assez équivoques pour affermir le bien qu'on prétendait tirer dans l'empire, et de la paix de Passau, et de la liberté de conscience accordée dans la dernière diète d'Augsbourg. Plusieurs croyaient qu'on devait dans ce but permettre une conférence, dans laquelle un certain nombre de docteurs des deux partis s'appliqueraient à terminer une bonne fois les controverses qui avaient jusque-là divisé les esprits; les hérétiques surtout demandaient cette conférence avec de grandes instances ; c'était là l'objet principal de la diète. Ferdinand, qui se vit fort pressé de l'accorder, voulut auparavant avoir le sentiment de plusieurs personnes habiles; il forma dans cette vue un conseil de prélats et de quelques docteurs : Canisius fut de ce nombre. Quelque sensible qu'il fût à cet honneur que lui faisait le prince, sa reconnaissance n'alla jamais jusqu'à lui faire trahir ses sentiments : quand ce fut à son tour de parler, il répondit avec tout le respect qu'il devait à ce puissant monarque, mais aussi avec toute la liberté qu'un ministre évangélique doit à l'Eglise, que ce n'était là nullement le moyen de rappeler les esprits; que l'unique voie était la soumission aux décisions de l'Eglise, à laquelle seule il appartient de juger des différends qui s'élèvent en matière de religion; que l'expérience avait fait connaître dans tous les siècles que ces sortes d'assemblées se passent pour l'ordinaire en disputes, où chacun se fait un point d'honneur de soutenir son sentiment avec chaleur sans vouloir céder, et qu'au sortir de là les deux partis ne manquent pas de faire courir des relations opposées , dans lesquelles chacun

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