XLVI NOTICE SUR CANISIUS
catholique de choisir et de démêler les matières sur lesquelles ils devaient se concerter entre eux avant d'entrer dans la dispute, à laquelle on voyait bien que les hérétiques ne venaient nullement avec la disposition de céder, mais uniquement en vue de faire valoir leur mauvaise doctrine par toutes sortes de moyens.
» L'ouverture de la conférence fut arrêtée au 1 2 septembre de cette année 1557; on se rendit au lieu qui y était destiné, et chacun y prit sa place selon l'ordre convenu. La première chose qu'on y proposa fut de régler la manière de conférer; car si de bonne foi on ne convenait d'un point fixe qui servît comme de règle aux deux partis , ce serait en vain qu'on prétendrait les accorder.
» Les hérétiques en convinrent ; mais ils prétendirent que la pure parole de Dieu devait être cette règle. Les catholiques avouaient bien que la parole de Dieu était la règle de la vérité; mais comme il n'est pas donné également à tout individu de pouvoir l'interpréter, ils demandèrent 1° qu'on reçût entièrement le canon des Ecritures, tel qu'il était universellement reçu et approuvé depuis mille ans ; 2° que lorsqu'on ne pourrait pas convenir aisément du véritable sens de l'Ecriture , on en jugeât par le sentiment commun des Pères et de l'ancienne Eglise,
» Ces avances engagèrent insensiblement la dispute , et les catholiques s'aperçurent dès le commencement que leurs adversaires ne s'accordaient nullement sur leur propre doctrine, et qu'ils étaient de différentes sectes. C'est pourquoi on exigea que, puisque la liberté de disputer n'était accordée qu'à ceux qui suivaient la confession d' Augsbourg , ils renonçassent à tous ceux qui s'en étaient écartés en y ajoutant ou en y changeant , comme on avait fait tant de fois , ce qui causait une étrange diversité de sentiments parmi les luthériens.
» Ce coup, qu'ils n'avaient point prévu, les étourdit; car c'était là le faible de ces hérétiques , qui n'étaient proprement unis entre eux que par la furieuse et constante aversion qu'ils avaient pour l'Eglise romaine; « et ce fut là (pour
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» nous servir des propres termes de Canisius) qu'on vit ces » nouveaux géants travailler vainement à élever la tour de » Babel, et que Dieu répandit sur eux un esprit de confusion » pour les mettre aux prises avec eux-mêmes; et Philippe » Mélanchlhon , contredit bientôt par ses propres élèves, se » vit puni à peu près comme ceux qui se voient dévorés par » les bêtes féroces qu'ils ont pris le plus de peine à nourrir » et à élever. »
« La division s'étant mise de cette manière parmi ces hérétiques, ce ne fut dans la suite que disputes, que reproches, qu'invectives, que répliques de bouche et par écrit; de sorte que l'on ne pouvait plus traiter avec des gens qui ne s'accordaient point du tout, quoique les uns et les autres protestassent également qu'ils étaient de la confession d'Augsbourg. La chose n'en demeura pas là : tous ces hérétiques , s'étant retirés de Worms les uns après les autres sous différents prétextes, reportèrent dans leurs pays des cœurs si pleins d'aigreur et d'animosité , que quelques-uns continuèrent à s'entre-déchirer par des écrits sanglants , au grand scandale de tout le parti qui avait demandé ce colloque avec le plus d'instance et d'empressement.
» Ainsi se termina cette fameuse conférence de Worms, sans qu'on pût en tirer le fruit qu'on s'en était promis , comme l'avait sagement prévu Canisius. On eut du moins la consolation de remarquer, par ces cruelles divisions qui partagèrent ces hérétiques, l'avantage de l'unité qu'on trouve dans la religion catholique ; que c'est là comme le centre où tous les fidèles sont unis en matière de foi, et que ceux au contraire qui s'en séparent par le schisme ou par l'hérésie, ne manquent jamais, comme l'expérience l'a fait connaître, de se diviser en différentes sectes, qui les éloignent souvent autant les uns des autres, qu'ils se sont eux-mêmes éloignés de l'Eglise catholique.
» Les protestants avaient reçu trop de confusion dans la conférence de Worms , pour ne pas en garder du ressentiment contre ceux qu'ils croyaient la leur avoir attirée. Canisius, de l'aveu de toute l'assemblée, était un des doc-