XLVIII NOTICE SUR CANISTUS
teurs qui y avaient le plus agi, el qui, de vive voix et par écrit, s'étaient opposés avec le plus de fermeté aux entreprises des novateurs. Ce fut aussi sur lui principalement qu'ils crurent devoir se venger par toutes sortes de calomnies, ressource la plus commune de l'hérésie et du schisme. Il courut premièrement un bruit , qui de la Saxe se répandit dans toutes les provinces voisines , qu'enfin le ciel avait délivré la nouvelle religion du plus grand ennemi qu'elle eût pour lors en Allemagne dans la personne de Canisius ; que ce jésuite , accablé de confusion dans les disputes qu'il avait eues avec Mélanchton , n'avait pu y survivre , et qu'une mort subite l'avait surpris dans la chaire où il était monté pour en imposer à son parti , en s'efforçant de donner un tour favorable à ce qui s'était passé entre lui et ce fameux protestant.
» Pendant qu'en Saxe on le faisait mort , on le ressuscitait sur le Rhin , mais pour donner une atteinte mortelle à sa réputation ; on y chercha à le rendre infâme , dans le dessein de le rendre inhabile aux fonctions du ministère évangélique, qui demande une réputation nette et exempte du moindre soupçon qui puisse en ternir l'éclat. Mais si , dans cette conjoncture, il fut traité par les luthériens à peu près comme le fut autrefois saint Athanase par les ariens dans leur conciliabule de Tyr, il eut, aussi bien que ce généreux défenseur de l'Eglise, la consolation d'avoir part au calice du Sauveur , et de voir une accusation aussi mal fondée retomber uniquement sur ceux qui lavaient si malicieusement inventée ; aussi ne s'en alarma-t-il pas davantage. Continuant tranquillement ses exercices de charité, il répondait à ceux qui étaient indignés de la furieuse passion de ses calomniateurs , que le meilleur moyen de réfuter la calomnie était de la souffrir avec patience, et de tenir toujours une conduite égale dans le bien.
» Pendant que les hérétiques le traitaient si mal en son absence, les catholiques de Cologne ne savaient comment lui marquer la vénération qu'ils avaient pour lui. Il y était allé faire un tour par l'ordre du Père Laynez , qui voulait
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être informé par son moyen de l'état du collège que sa compagnie avait daps cette ville. Ce fut pour toutes sortes de personnes un désir et une joie extraordinaires de le voir et de lui parler, mais surtout de l'entendre prêcher. Il ne put se dispenser de leur donner plus d'une fois cette satisfaction. On compte plus de deux mille personnes qui se rendirent de tous les endroits de la ville à la cathédrale pour assister au sermon qu'il devait y prêcher le jour de la Toussaint. Il régla bientôt, par le crédit qu'il avait à Cologne, les affaires qui l'y avaient amené; il en sortit charmé des bontés qu'on y avait pour sa compagnie , édifié du zèle des ouvriers évangéliques qui y travaillaient sous la conduite du saint homme le Père Léonard Kessel ; mais surtout merveilleusement consolé de laisser la ville dans la résolution de tout sacrifier pour se conserver la réputation d'être à jamais la sainte colonie et la fille dévouée de l'Eglise romaine : qualités que l'église de Cologne s'est toujours fait honneur de porter.
» De là il prit le chemin de Strasbourg; Erasme de Limbourg en était évêque. Ce prélat, plus illustre encore par son propre mérite que par celui de ses ancêtres , ne voyait qu'avec douleur tous les ravages que les hérétiques faisaient dans son cher troupeau. Depuis près de deux ans il sollicitait Canisius , par les lettres les plus pressantes , de vouloir bien ne pas lui refuser les secours qu'il donnait à tant d'autres diocèses, qui en avaient moins besoin que le sien; mais le roi des Romains , à qui cet évêque , aussi bien que tout son chapitre , en avait écrit plusieurs fois , n'avait pu se résoudre à le laisser partir de ses Etats. Rien peut-êtref ne marqua mieux que le Seigneur l'avait oint de l'Esprit-j Saint pour le bien de la nation allemande, que cet empres-, sèment presque universel de tous les prélats catholiques à l'inviter, à l'employer, à le retenir dans leurs diocèses. Ce fut pour l'évcque de Strasbourg une joie qu'on ne peut exprimer d'apprendre l'arrivée de Canisius. Il faisait d'ordinaire sa résidence à Saverne : il l'y retint quelque temps dans le dessein de prendre avec lui les mesures nécessaires
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pour empêcher que la perte de sa capitale n'entraînât celle de tout le pays. Il lui témoigna la résolution où il était de fonder un collège de sa compagnie, d'où il pût, par la suite, tirer des ouvriers apostoliques pour les opposer aux ministres de l'erreur que l'hérésie formait dans sa ville épiscopaïe et répandait de là dans toutes les provinces de l'Allemagne. En attendant qu'il pût conclure cette affaire avec son chapitre, il pria le Père de faire ressentir les effets de son zèle à son peuple de Saverne , et de le prémunir par des instructions salutaires contre la contagion qu'il avait sujet de craindre du voisinage de Strasbourg. Canisius s'acquitta de cette commission pendant un mois avec son succès ordinaire. Il commença par la cour du prélat ; ses soins s'étendirent à toutes les conditions de la ville ; il les arrêta avec complaisance sur les enfants, qu'il visita dans leurs écoles, qu'il instruisit, qu'il confessa, qu'il disposa à faire leur première communion. Rien ne paraît bas à un véritable zèle; une charité sincère n'a nulle acception de personnes : les heureuses dispositions qu'il vit dans cet âge innocent, lui firent regretter la perte de cette florissante jeunesse, qui, à ce qu'on lui disait, venait de tous côtés à Strasbourg pour y puiser, comme dans sa source, la doctrine des nouveaux réformateurs. On y comptait en ce temps-là plus de mille écoliers. On voulait qu'il y eût pour lui du danger à paraître dans cette ville; il le méprisa, et il résolut d'y passer, après avoir fait pendant les fêtes de Noël, à la prière de l'évêque, toutes les fonctions de pasteur à Saverne. ;
» Loin d'être maltraité à Strasbourg, il n'y reçut que[ des honneurs. Cette autorité, que Dieu donne quelquefois à ses ministres , lui attira du respect dans ce lieu de l'Allemagne , où la religion était peut-être le plus méprisée ; il eut même la consolation de prêcher le jour de l'Epiphanie dans cette illustre cathédrale. Il se fit un concours extraordinaire pour l'entendre : le petit nombre de catholiques, qui, depuis longtemps, n'avaient point vu de prêtre de l'Eglise romaine monter dans cette chaire, le regardaient avec admiration, et, les larmes aux yeux, remerciaient le