NOTICE SUR CANISIUS. VII
un excommunié, et, comme tel, il fut privé de la sépulture ecclésiastique.
» Canisius trouva dans les soins charitables de son premier maître de quoi se précautionner contre les artifices du second , et , par ce moyen , sa foi et sa piété ne reçurent aucune atteinte , ni de la doctrine pernicieuse de ce professeur , ni du mauvais exemple de ses compagnons , qui s'étaient malheureusement laissé séduire par ce prévaricateur. Du reste, il eut un succès extraordinaire dans ses études de philosophie, et, après avoir soutenu des thèses à la fin du cours avec l'applaudissement de tous, il reçut le degré de maître-ès-arts dans le collège du Mont, et se disposa sérieusement à entrer en théologie.
» Cependant son père avait bien d'autres pensées sur lui : informé du mérite de ce cher fils , l'unique qu'il eût eu de son premier mariage, il songea à le rappeler àNimègue, et afin de l'attacher auprès de lui , il résolut de le marier. Un parti avantageux , qui se présenta pour lors , le confirma dans cette résolution : le bien , la naissance , le mérite de la demoiselle , en un mot , tout ce qui pouvait flatter l'ambition d'un jeune homme qui aurait pensé à s'établir dans le monde, rendais la proposition séduisante. Mais Canisius avait une ambition plus noble , et portait ses vues plus haut : résolu de donner son cœur à Dieu, il crut devoir le lui donner tout entier, sans qu'aucune créature pût jamais le partager ; et pour mettre comme le sceau à cette sainte résolution , il lui consacra son corps et son âme par le vœu d'une perpétuelle chasteté, le %k février, dans la vingtième année de son âge. •
» A l'air avec lequel Canisius avait reçu la proposition de mariage qu'on lui avait faite , son père jugea bien qu'il avait plutôt de l'inclination pour l'état ecclésiastique : il lui fit donc entendre qu'il avait assez de crédit et d'amis pour l'y faire entrer par quelque bénéfice , et , comme en même temps il s'en présentait un considérable, il le pressa de l'accepter. Mais quand on songe sérieusement à quitter tout pour embrasser la pauvreté évangélique, on est bien éloigné
VIIT NOTICE SUR CANISIUS.
de vouloir s'enrichir de ce qu'on doit regarder comme le patrimoine des pauvres. Canisius se trouvait dans cette disposition ; il ne jugeait pas encore devoir la déclarer à son père ; il le conjura seulement , après avoir reçu tant de marques de sa bonté avec toute la reconnaissance possible, de lui laisser le choix de l'état qu'il plairait au ciel de lui faire embrasser. Son père, qui avait de la vertu, ne voulut point faire de violence aux inclinations d'un fils qu'il aimait; il lui témoigna seulement qu'il aurait de la joie à le voir s'appliquer à l'étude de la jurisprudence , dont la connaissance lui serait toujours utile , à quelque état qu'il dût se fixer.
» Canisius, qui croyait devoir tout sacrifier aux volontés de son père, tant qu'elles ne seraient pas contraires aux vues que Notre-Seigneur aurait sur lui , se rendit à tout ce qu'il voulut, et malgré toute la répugnance qu'il y avait, il commença à prendre régulièrement tous les jours des notions de droit ; mais en même temps , comme il se sentait intérieurement porté à l'étude de la théologie, il en fit sa principale occupation.
» Il ne parut pas plus tôt sur les bancs , qu'il attira sur lui les yeux de toute l'université : c'était , pour un homme de son âge, une pénétration, une netteté, une solidité, une facilité , qui allait jusqu'au prodige ; mais ce qui est beaucoup plus admirable, c'est qu'il était aussi petit à ses propres yeux, qu'il paraissait grand aux yeux des autres. La science, qui enfle, comme le dit saint Paul, n'eut point, grâce à Dieu, cet effet sur lui ; il s'avançait d'un pas égal dans les connaissances sublimes de la théologie, et dans l'humble science de la croix : « Ignorer tout le reste , mais connaître parfai- » tement Jésus-Christ , disait-il avec son maître Eschius , » c'est ne rien ignorer , c'est tout connaître ; toute autre » chose que de servir Dieu n'est que déception et men- » songe (1). » On dit même, et c'est ce que d'anciennes
(1) Una salus servirc Deo, sunt caetera fraudes;
Si Cliristum bene scis, satis est; si caetera, nescis.