LV11I NOTICE SUR CAMSIUS
il leur donna la maison qu'il avait habitée lorsqu'il n'était encore que prévôt de la cathédrale; il y entretint toujours depuis quatre de ces Pères; et ce fut là le commencement du collège qu'ils ont eu dans celte ville. Canisius ne différa point à exercer son nouvel emploi ; il répondit parfaitement à l'attente que les catholiques avaient conçue de son mérite, quand tout-à-coup il se vit obligé d'interrompre le cours de ses prédications à l'occasion que nous allons raconter.
» Le pape Paul IV étant mort, Pie IV son successeur envoya à l'empereur Ferdinand, en qualité de légat, l'évêque de Warmie, Stanislas Osius, qu'il venait de revêtir de la pourpre romaine : ce nouveau cardinal , qui regardait Canisius comme son ami , le demanda au P. Laynez , pour l'accompagner dans cette légation. Laynez ne put se dispenser d'accorder au légat ce qu'il demandait, et Canisius, après avoir pris congé du chapitre d'Augsbourg , rejoignit le légat et se rendit auprès de l'empereur. Il s'acquitta parfaitement de sa commission , profita de son voyage pour faire la visite des maisons de sa province , et partout où il passait, il renouvelait la ferveur par la sainteté de ses exemples et de ses discours.
» Ce fut dans ce voyage qu'il reçut des lettres trèsobligeantes de la part des électeurs de Trêves et de Mayence, par lesquelles ces princes le priaient de leur donner de ses religieux pour les collèges qu'ils voulaient fonder dans leurs capitales. Il eut la joie de voir, en retournant par Munich , celui que le duc Albert y avait fait bâtir, et d'y embrasser un de ses frères consanguins, Thierry Canisius, que le général y avait envoyé pour en être le supérieur.
» De retour à Augsbourg , il s'appliqua entièrement à remplir les obligations de son emploi de théologal. Comme il avait affaire dans cette ville aux hérétiques et aux catholiques à la fois, il lui fallait ramener les premiers à l'ancienne croyance de l'Eglise , y retenir les seconds , et retirer les uns et les autres des désordres que l'erreur, le mauvais exemple et le malheur des temps avaient causés. Il fit pour cela des
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sermons de controverse et de morale , et commença par la controverse. L'idée qu'on avait de sa capacité attira autour de lui un monde extraordinaire. Sachant la prétention que se donnaient les hérétiques d'avoir pour eux la parole de Dieu , Canisius les attaqua par cet endroit , et leur exposa avec tant de clarté et de solidité les marques auxquelles on doit reconnaître cette divine parole, que plusieurs, ne trouvant point ces marques dans ce que leurs ministres leur débitaient, renoncèrent à leur secte et se firent catholiques. » Quelques-uns , attirés par le bruit de sa réputation , vinrent du milieu de la Saxe à Augsbourg pour l'entendre et conférer avec lui. L'homme de Dieu dissipa leurs préventions et leur fit connaître la vérité; ils l'embrassèrent avec joie , et retournèrent dans leur pays en glorifiant le Seigneur de la grâce qu'il leur avait faite par le ministère de son serviteur. Déjà, et dès sa première entrée à Augsbourg, il avait converti un célèbre ministre, Etienne Agricola, disciple et ami de Mélanchton,
» Si ses sermons de controverse firent ouvrir les yeux , ceux de morale remuèrent fortement les cœurs. Canisius jugea devoir les commencer par une matière qui fût capable de pénétrer l'âme de cette crainte salutaire qui dispose à la justification. Il fit pour cela plusieurs discours sur le jugement dernier. Le feu de l'Esprit-Saint animant ses paroles, elles firent une puissante impression sur ceux qui les écoutaient : catholiques et hérétiques, s'occupèrent sérieusement ,de réformer leurs mœurs. C'est ce qu'on vit surtout dans deux dames de qualité , Ursule de Liechtenstein , femme du comte George Fugger, et sa belle-sœur Sibylle d'Ebestein , qui avait épousé le comte Marc Fugger, frère du comte George. Toutes les deux , attirées par la grâce et gagnées à Dieu par Canisius, quittèrent le protestantisme, et devinrent des modèles de sainteté pour toutes les dames chrétiennes. » Ce succès redoubla le courage de l'homme apostolique : le carême suivant , il ajouta aux quatre sermons qu'il faisait toutes les semaines, trois catéchismes ou instructions également solides et familières; la noblesse et le peuple y accou-