LX NOTICE SUR UAISÏSIUS
raient; les plus savants même, dans le désir de s'instruire de leurs devoirs , y étaient très-assidus ; car il y entrait dans un détail admirable des obligations attachées à toutes sortes d'étals.
» Comme Augsbourg était dès lors une ville d'un grand commerce , il était difficile qu'il ne s'y glissât bien des abus dans les contrats parmi les marchands. Il démêla avec tant de clarté les faux prétextes dont la cupidité couvrait les usures les plus énormes , qu'il en fit concevoir de l'horreur: on en vit des effets sensibles dans l'abolition de ces contrats , et dans de grosses restitutions qui furent faites à des créanciers qui ne s'y attendaient nullement.
» La confession générale , inconnue jusque-là , fut introduite ; ce qui parut dans ce pays d'autant plus admirable , que le commerce qu'on y avait avec les nouveaux hérétiques en avait aboli la pratique. On ne connaissait plus , parmi les catholiques mêmes, ce que c'était que le jeûne : on commença à jeûner exactement le carême , et il y en eut même qui prirent la sainte coutume déjeuner tous les vendredis de l'année en l'honneur de la passion de Jésus-Christ.
» Canisius n'était point au reste de ces esprits jaloux , qui veulent faire seuls tout le bien qui se présente : ravi , selon l'expression de Moïse , que tout le monde prophétisât (Nomb., XI, 29 ) , il engagea deux docteurs de réputation , Martin Crommer et Frédéric Slaphile , qui étaient ses amis particuliers, à écrire contre les hérétiques; et deux ans auparavant , il avait conseillé à l'empereur d'attacher auprès de sa personne le vertueux et savant François Turriano , pour que ce prince pût se servir de ses conseils dans les affaires de la religion.
» Canisius ne s'en tint pas là : pour entretenir le bien que Notre-Seigneur faisait par son ministère, il composa quelques livres de doctrine et de piété ; il donna entre autres au public un recueil de plusieurs prières fort dévotes, qu'il appela le Manuel des catholiques ; l'empereur le trouva si beau , qu'il en fit faire une seconde impression , et le répandit dans toute l'Allemagne avec une nouvelle édition de
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son catéchisme. Pour inspirer en même temps à la jeunesse , avec l'éloquence chrétienne, les sentiments d'une dévotion solide , il fit paraître un autre recueil des plus belles épîtres de saint Jérôme. Comme le véritable zèle n'est nullement intéressé , il voulut bien, à la prière du cardinal d'Augsbourg, interrompre un ouvrage de controverse qu'il avait commencé , pour s'appliquer à revoir celui que le cardinal Osius avait composé en latin contre l'hérétique Brentius; il le fît avec la même ardeur qu'il avait marquée quelques années auparavant à revoir, sur la demande du même prélat, un autre de ses livres , qu'il jugeait à propos de faire paraître pendant que se tenait la diète de Pétrikaw dont nous avons parlé. Canisius ne se contenta pas de revoir l'ouvrage composé contre Brentius : il le traduisit en allemand , et prît encore soin de le faire imprimer dans les deux langues; ce qui ne l'empêchait pas de travailler aussi à ce docte martyrologe que nous avons de lui , et qu'il fit imprimer l'année suivante. Comme on le croyait capable de tout, et incapable d'ailleurs de rien refuser à personne , quand il s'agissait de faire plaisir, on ne le ménageait nullement. Il fut prié en même temps par le chapitre d'Augsbourg de revoir le Bréviaire de cette église , dont il n'y avait presque plus d'exemplaires : il donna pendant quelques mois deux heures entières par jour à cet ouvrage. Toujours actif et vigilant quand il s'agissait du bien de la religion , il ne négligeait aucune occasion de le procurer. Il n'y avait à Augsbourg, à l'époque où il y était entré , aucun imprimeur catholique; il en fit venir d'ailleurs : le débit de leurs livres , qu'il procura par son crédit , ne leur laissa rien à regretter de leur premier établissement.
» Cet accablement d'affaires où il se trouvait ne l'empêchait pas de fournir au commerce de lettres qu'il était obligé d'entretenir avec tous ceux qui s'adressaient à lui de plusieurs endroits d'Allemagne , de Bohême , de Pologne et d'Italie : docteurs, évêques , cardinaux, princes, tous le consultaient sur les matières de la religion. Il ne négligeait pas pour cela ce qu'il devait à sa compagnie ; mais il prenait