LX11 NOTICE SUR CANÏSIUS
si bien son temps , que sans se relâcher en rien des soins que son emploi de prédicateur l'obligeait de donner au peuple d'Augsbourg, il faisait régulièrement la visite des collèges dont il était chargé en qualité de provincial. Ses confrères le revoyaient toujours avec une nouvelle joie, parce qu'ils trouvaient toujours dans ses paroles et dans ses exemples de quoi s'animer à la vertu , se consoler dans leurs peines , et se soutenir dans la fatigue de leurs emplois.
» Le cours de ses visites étant achevé , il se rendait le plus tôt qu'il pouvait à Augsbourg : c'était là comme le centre , d'où ses vues s'étendaient partout où il les croyait plus utiles au bien de l'Eglise et de sa compagnie ; mais il paraissait tellement s'appliquer au bien spirituel de celte ville , qu'on aurait pu juger que toute son activité y était renfermée , si l'on n'eût pas connu d'ailleurs l'étendue de son génie. Dès qu'on le vit attaché à la chaire d'Augsbourg , toute l'Allemagne eut les yeux attentifs au tour qu'y prendraient les affaires de la religion. Tout le monde sait que la fameuse confession d'Augsbourg a tiré son nom de cette même ville où elle avait été composée et présentée à l'empereur Charles-Quint de la part des protestants : il semblait par là qu' Augsbourg dût être de toutes les villes d'Allemagne la plus attachée à la nouvelle doctrine : ce fut donc un grand sujet d'admiration qu'elle fût une des premières à revenir à la religion de ses pères.
» Canisius était l'instrument dont le Ciel se servait pour opérer cette merveille, et ce fut à cette occasion qu'on commença à lui donner constamment les noms glorieux de prédicateur catholique et d'apôtre de l'Allemagne, noms que la postérité conserve à sa mémoire chez tous ceux des peuples de ces contrées , qui sont demeurés dans la communion de l'Eglise. Sa réputation se répandit partout; elle passa jusqu'à Rome , et le pape, après s'être un jour étendu , devant plusieurs cardinaux, sur les louanges de ce fidèle ministre, crut, pour l'animer toujours davantage dans les combats du Seigneur, devoir lui témoigner par un bref exprès la satisfaction qu'il avait de sa conduite. Voici la
NOTICE SLR CANISIUS. tXTII
fidèle traduction de ce bref que Sa Sainteté lui fit l'honneur de lui adresser :
» A notre cher fils Pierre Canisius, de la compagnie de » Jésus,
» Le pape Pie IV.
» Notre cher fils en Jésus-Christ , salut et bénédiction apostolique. Nous avons appris par le rapport que nous a fait notre cher fils le cardinal d'Augsbourg, avec quel soin, quelle diligence et quelle charité vous travaillez pour faire rentrer dans la voie du salut le plus que vous pouvez de catholiques qui , séduits par les artifices des hérétiques, s'en étaient écartés; et en même temps, combien, avec le secours de la grâce , vous avez de succès dans votre travail. Celte nouvelle nous a donné beaucoup de joie; nous en rendons de très-humbles actions de grâces au Père tout-puissant , qui , par sa miséricorde , a rappelé un si grand nombre de ses enfants à l'Eglise catholique, par le ministère de vos prédications. Continuez, cher fils, ainsi que vous avez commencé, et faites tout pour gagner à Dieu le plus d'âmes que vous pourrez ; pressez une si grande affaire; ne vous lassez pas dans un si saint exercice , sûr que vous recevrez du grand Maître que vous servez la récompense qu'il a promise à ses bons et fidèles serviteurs. S'il y a quelque chose en quoi vous voyiez que nous puissions contribuer au zèle que vous avez pour le salut des âmes , soyez persuadé que nous vous l'accorderons avec plaisir. Donné à Rome, à Saint-Pierre, sous l'anneau du Pêcheur, le 5 janvier de l'an 1560, et le deuxième de notre pontificat. »
» L'homme apostolique reçut ce bref du saint-père avec une très - profonde et très - respectueuse reconnaissance, confus, comme il s'en explique dans la réponse qu'il se donna l'honneur d'y faire, de ce que Sa Sainteté, qui ne voyait rien sur la terre au-dessus d'elle, avait daigné s'abaisser jusqu'au plus petit et au plus indigne de ses enfants; ensuite l'ayant très -humblement remercié du zèle qu'elle avait pour le salut de la nation germanique, et en