NOTICE SUR CANISIUS. LXV
» sera pas de l'y regretter, au lieu qu'il est proprement le » seul qui défende ici la religion. Il est à craindre que les » nouveaux convertis ne soient pas encore en état de sou- » tenir les attaques des luthériens : quelque abattus que » paraissent ceux-ci par les avantages que Canisius a rem- » portés sur eux , ils reprendront courage en son absence » et reviendront plus fiers que jamais sur cette troupe » craintive , faible encore et dépourvue du secours qu'elle » attend uniquement de ce grand homme, qu'elle regarde » comme son père et comme son apôtre. »
» Ces raisons firent tant d'impression sur l'esprit des légats, qu'ils jugèrent devoir se relâcher en quelque chose de leurs prétentions; et comme le carême approchait , ils consentirent volontiers à ne pas frustrer le peuple d'Augsbourg du secours de ses prédications pendant ce saint temps; mais ils crurent qu'ils pourraient, en faveur du concile, profiter de celui qu'il donnait d'ordinaire, après les grandes fêtes , à la visite de sa province : c'est à quoi l'on s'arrêta.
» Canisius se prépara au carême par des prières et des pénitences extraordinaires, convaincu, disait-il avec le premier des prédicateurs , que celui qui plante n'est rien, que celui qui arrose n'est rien, mais que c'est Dieu qui donne l'accroissement. Il ne se contenta pas de prêcher quatre fois par semaine, comme il avait fait jusque-là; il le fit régulièrement tous les jours. Le vendredi et le samedi, il donnait tout le temps que la chaire lui laissait libre à entendre les confessions, de sorte qu'il était obligé de retrancher sur son sommeil celui qui lui était nécessaire , tant pour réciter son bréviaire que pour se préparer au sermon du lendemain. Les forces du corps ne soutiennent pas toujours le courage : quelque vigoureuse que fût sa santé, elle fut notablement altérée par un si pénible exercice ; il se trouva si mal pendant la semaine sainte , qu'on craignit pour sa vie. La consternation fut grande parmi les catholiques ; on se mit partout en prières pour lui; le Ciel y fut si sensible, que contre l'attente de tout le i. e