‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des PèresChapitre 47 sur 139 · LXVI NOTICE SUR CANISIUS · texte numérisé non relu

LXVI NOTICE SUR CANISIUS

monde, il parut en chaire le jour de Pâques, et Notre- Seigneur le consola à proportion de l'affliction qu'il lui avait envoyée : le nombre de ceux qui participèrent aux saints mystères cette année-là surpassa de plus de mille celui qu'on avait remarqué les années précédentes. Les conversions qui firent le plus de bruit furent celles d'une demoiselle élevée dans le protestantisme et d'un magistrat de la ville.

» Canisius partit pour Trente après les fêtes de Pâques ; à l'instance de l'empereur, il passa par Inspruck , où il fit l'ouverture du collège que ce prince venait de fonder à sa compagnie.

» La joie qu'on eut de l'arrivée de Canisius à Trente répondit au désir que sa réputation avait fait naître de l'y voir. Personne n'y fut plus sensible que le cardinal Osius, personne aussi ne tira plus d'avantages de sa présence : étant dangereusement malade, il ne s'occupait plus que de la pensée de la mort ; la vue de son cher ami lui rendit la vie; il sentit en l'embrassant une vigueur nouvelle qui, se répandant en un moment dans tous ses membres, dissipa parfaitement tout son mal. Il était naturel d'attribuer un si prompt changement à cette révolution générale , qu'une joie extraordinaire cause assez souvent dans le corps d'un malade ; mais Osius , pénétré de l'idée qu'il avait de la sainteté de Canisius, jugea qu'il ne devait pas chercher d'autre cause de sa guérison , que le crédit que ce serviteur fidèle avait auprès de Notre-Seigneur. Dans l'admiration d'un effet si peu attendu , il s'en expliqua toute sa vie en ces mêmes termes.

» Un grand mérite est d'ordinaire pour celui en qui on le reconnaît une occasion de peine et de fatigue. Plusieurs, voulant profiter du peu de temps qu'il avait à demeurer à Trente, le consultaient très-souvent, et par là il se trouvait accablé d'une infinité d'affaires différentes , qui ne demandaient pas moins d'application que de capacité. Il eut l'honneur d'entrer dans l'assemblée des évêques et des théologiens chargés de revoir et de corriger le catalogue des livres mis à Y index par la congrégation du Saint-Office.

NOTICE SUR CANISIUS. LXVH

il eut encore l'avantage de dire avec les autres théologiens son sentiment sur le sujet de la sainte Eucharistie , et il s'en acquitta d'une manière qui fit également admirer son savoir et sa modestie. On ne manqua pas de le féliciter du succès qu'il avait eu dans celte action; mais toujours, selon sa coutume , il le rapportait à Dieu et aux mérites de ses frères, qui le lui avaient procuré par leurs prières. L'honneur qu'il reçut au concile ne lui fit jamais oublier les bas sentiments qu'il avait de lui-même , et son humilité ne s'en expliquait qu'avec des termes (1) que je n'oserais traduire en notre langue.

» A peine eut-il demeuré deux mois à Trente, que l'empereur et le cardinal d'Augsbourg insistèrent pour qu'on le leur renvoyât , et c'est apparemment pour cela que son nom ne se trouva point avec ceux des autres théologiens qu'on lit à la fin de l'histoire du concile. Canisius se disposa donc à partir, aussi content de quitter cette auguste assemblée, qu'il l'avait été de s'y rendre. Il reprit son chemin par Inspruck , où il fit un plus long séjour pour les intérêts du nouveau collège , que les catholiques d'Augsbourg ne le souhaitaient ; aussi s'en plaignirent-ils à son général , qui en ce moment retournait de France en Italie pour se trouver au concile ; et en conséquence , Laynez lui ordonna , sous le bon plaisir de l'empereur, qui l'arrêtait à Inspruck , de revenir sans délai à sa mission.

» Il signala sa rentrée à Augsbourg par une nouvelle conquête, qui en valait plusieurs autres, puisque en gagnant à l'Eglise un célèbre anabaptiste , chef de tous ceux qu'il' y avait à Augsbourg, il y extermina par ce seul coup cette misérable secte , qui commençait à s'y multiplier. Cette conversion fut proprement l'effet de la douceur et de la modestie de Canisius ; c'est ce que l'anabaptiste avouait de bonne foi : charmé de ses manières dans la conférence qu'il demanda d'avoir avec lui , il se rendit de si bonne grâce u la vérité, qui lui parlait par la bouche du saint homme,

(i) • V élut anser inter olores, »

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