LXVI1T NOTICE SUR CANISIUS
qu'après avoir reconnu et détesté ses erreurs en présence de tout le sénat , il protesta même avec serment que rien ne serait capable d'ébranler sa constance sur le point de la religion qu'il venait d'embrasser. Ce coup fut sensible aux luthériens, qui avaient fait inutilement leurs efforts pour attirer l'anabaptiste à leur parti : leur chagrin éclata en plus d'une manière contre Canisius ; mais pour lui, il ne s'en vengea que par un plus grand zèle à leur procurer un pareil avantage, chérissant autant leurs personnes qu'il haïssait leurs erreurs. »
Une mésintelligence s'était élevée entre le pape et l'empereur Ferdinand au sujet de la manière dont les choses se passaient au concile de Trente : on peut en voir le détail dans Y Histoire du concile de Trente, par le cardinal Pallavicin, livre XX, chap. kZ. Canisius se vit forcé d'aller pour ce sujet à Inspruck , où l'empereur avait convoqué avec lui plusieurs docteurs catholiques. Il sut représenter à l'empereur, avec tant de courage et de sagesse , ce qu'il croyait être de son devoir, que celui-ci revint de ses premières idées , et ordonna qu'on retranchât de l'écrit préparé pour être présenté de sa part au concile, tout ce qui pouvait s'y trouver de peu agréable à l'Eglise romaine.
« A peine de retour à Augsbourg, il reçut de George Isiung , qui commandait pour lors dans la Souabe , l'invitation de parcourir quelques endroits de cette province , où l'on éprouvait un extrême besoin de son secours; et comme le diocèse d' Augsbourg s'étendait jusque-là , les chanoines eurent moins de peine à seconder le zèle du gouverneur, quelque répugnance qu'ils eussent à se priver de leur théologal. Ce fut pour lui une joie bien douce de faire goûter la parole de Dieu dans plusieurs monastères fort anciens , où depuis longtemps on ne s'était pas mis trop en peine de l'entendre. On voyait de tous côtés les pauvres catholiques de la campagne , affamés de ce pain céleste dont ils manquaient depuis plusieurs années, courir au devant de lui, le conjurer de le leur distribuer, et de les disposer par une bonne confession à recevoir de sa main la sainte Eucha-