‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des PèresChapitre 50 sur 139 · LXX NOTICE SIR CANISIUS · texte numérisé non relu

LXX NOTICE SIR CANISIUS

son bonheur, et il n'y eut personne qui ne voulût profiter pour sa propre édification du séjour que Canisius fit dans ce château. Pour lui, pénétré de celte sainte joie qui, dans ces bienheureux moments , le dédommageait abondamment de tous les travaux attachés à son ministère, il reprit le chemin d'Augsbourg en glorifiant le Seigneur, qui seul peut, quand il le veut , changer le cœur de l'homme , et des pierres les plus dures faire naître des enfants à Abraham.

» Toutes ces conquêtes spirituelles que Canisius faisait dans le diocèse d'Augsbourg déterminèrent enfin le cardinal Othon Truchsès à exécuter le dessein qu'il avait depuis longtemps de confier le soin de son université de Dillingue aux jésuites, pour lesquels, dès l'année précédente, il avait déjà fondé un collège dans cette même université. La cérémonie de cette translation se fit avec beaucoup d'appareil, et Canisius, dans un discours latin qu'il prononça à cette occasion en l'honneur de saint Jérôme, patron de l'université, ne fournit pas moins la preuve de sa piété et de son zèle que de sa reconnaissance et de sa capacité.

» La Providence conduisit en ce même temps à Dillingue le Père Jérôme Natal , homme illustre dans la société , tant par les emplois qu'il y a gérés, que par l'estime singulière que saint Ignace fit toujours de sa prudence et de sa vertu : il était pour lors visiteur de toutes les maisons de son ordre en Allemagne. Ce sage supérieur, jugeant que toutes ces nouvelles fondations rendaient la province dont Canisius était chargé et trop vaste et trop pénible , la divisa en deux : il donna le soin de celle d'Autriche au Père Nicolas Lannoy, que saint Ignace avait fait autrefois le premier recteur du collège de Vienne ; il laissa celle de Bavière ou de la haute Allemagne à Canisius , pour ne pas l'éloigner d'Augsbourg et de tous les nouveaux collèges, qui attendaient de ses soins la même perfection qu'il avait donnée à tous les autres.

» Après avoir réglé tout ce qu'il jugeait nécessaire pour le bien de ses frères à Dillingue, Canisius reprit le chemin d'Augsbourg, annonçant, à l'exemple du Sauveur , le royaume de Dieu partout où il passait. Etant arrivé à la

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ville, il se disposait à reprendre les prédications dans la cathédrale, quand il se vit engagé par la Providence dans une occupation qui demandait tout son zèle et tout son courage. Les atteintes d'un mal contagieux , qui dégénéra bientôt en peste, s'étant fait sentir sur la fin de cette année, ce fut une consternation générale parmi les habitants. Comme ce terrible fléau est le signe le plus sensible de la colère du Ciel irrité par les crimes des peuples, Canisius jugea qu'il fallait commencer par se mettre en disposition de le fléchir par la prière et par la pénitence. Son zèle! ardent, mais toujours éclairé, prit de là occasion de renou-' vêler dans Augsbourg l'usage des processions publiques, abolies dès le commencement du schisme par l'impiété des novateurs. Ce fut pour eux un nouveau chagrin de voir qu'en dépit de leurs railleries tout le peuple y assista, avec un concours, une ferveur et une dévotion extraordinaires. De si heureuses dispositions animèrent de plus en plus le courage et la confiance de Canisius; il n'eut rien plus à cœur que de se sacrifier entièrement au soulagement des corps et des âmes de ceux qui se sentaient frappés du mal : ainsi, bien loin de déférer au sentiment de ses amis, qui le conjuraient de pourvoir par la retraite à la conservation d'une santé qu'ils croyaient si précieuse à tous les catholiques : «Hé ! puis-je , » leur répondit-il avec cette ardeur qui marquait le feu de la charité dont son cœur était embrasé, « puis-je avec honneur et même sans scandale man- » quer à la plus essentielle partie de mon ministère? Quoi ! » je vois dans Augsbourg de vos citoyens que la nécessité » de leurs affaires y retient, malgré le danger dont vous » me parlez, et je serais assez lâche pour m'en laisser » effrayer? Grâces à Dieu , mon cœur n'est point suscep- » tible de cette crainte , parce que nous avons un bon » Maître, qui, s'il le juge à propos pour sa gloire, me con- » servera pendant tout le temps de cette moisson , que je » ne dois point négliger : heureux si je pouvais, au prix de » ma vie , contribuer à la conservation de la vôtre et au » salut de ce bon peuple. » Il continua donc cet office de

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charité avec un zèle et une confiance qui attirèrent sur lui et sur toute la ville la bénédiction du Ciel; en très-peu de temps la contagion diminua , et elle n'eut point les suites fâcheuses qu'on avait lieu de craindre.

» Il reprenait l'année suivante le cours de ses visites et de ses prédications, avec un succès toujours plus grand, quand il reçut des lettres du duc de Bavière , qui l'informaient du danger que courait la religion dans ses Etats , où les peuples , portés à la révolte par les discours séditieux d'un ministre luthérien , demandaient l'usage de la coupe avec des instances qui tenaient de la fureur et qui causaient de vives alarmes. Canisius lui offrit aussitôt ses services et le fit avec une intrépidité qui ravit le duc en admiration et le charma ; mais quelque besoin qu'il se sentît avoir de son secours dans une nécessité si pressante , il avoua qu'il n'osait pas l'accepter, ne pouvant, disait-il, exposer à un danger si manifeste un homme dont la conservation lui paraissait nécessaire à l'Eglise entière. Il se contenta , en conséquence, de lui demander quelques-uns de ses frères, qui fussent d'un courage à tout entreprendre. Canisius lui en destina quatre , qu'il jugea capables de répondre parfaitement aux saintes intentions de ce prince ; il les suivit en esprit, et ne pouvant partager avec eux les travaux d'une si pénible mission, il les aida du moins de ses conseils, de ses vœux et de ses prières. Bientôt il reçut d'eux les nouvelles les plus consolantes : en moins de sept mois, ils eurent réussi à faire revenir la plupart des mutins de cet entêtement qui les avait portés à se soulever contre l'Eglise en même temps que contre leur souverain.

» L'empereur Ferdinand était un prince qui avait les meilleures intentions du monde , beaucoup de piété , beaucoup de zèle pour la religion ; mais prévenu depuis longtemps qu'on devait se relâcher de quelque chose pour engager les hérétiques à se rapprocher de la communion de l'Eglise, il eut toujours à cœur de leur permettre l'usage de la coupe ; il pressa plus d'une fois le concile d'accorder cette grâce pour les pays héréditaires de l'Autriche; le con-

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cile n'y voulut jamais entendre; enfin , après bien des disputes et des délais, il renvoya l'affaire au Saint-Siège.

» Canisius et Lannoy, provincial des jésuites d'Autriche, s'élaient fortement opposés à celte trop grande condescendance qu'on avait pour les hérétiques, craignant l'un et l'autre qu'elle ne les portât à demander tous les jours de nouvelles faveurs qu'on ne serait plus en état de leur refuser quand ils se seraient rendus plus puissants par la faiblesse que les catholiques auraient fait paraître à leur égard, L'empereur cependant ne se rebuta pas ; il sollicita si vivement cette affaire à Rome , que le pape , tant pour n'avoir rien à se reprocher sur le chapitre delà conversion des protestants, que par l'espérance dont l'empereur le flattait de les faire revenir à la communion catholique , ou du moins dans la crainte d'un plus grand mal s'il lui refusait cette grâce, permit enfin par un bref la communion sous les deux espèces pour toutes les provinces héréditaires.

» On ne peut nier que cette nouvelle , qui se répandit aussitôt par tout l'empire , n'affligeât d'abord sensiblement Canisius : son cœur se trouva agité de tous ces mouvements que le zèle cause dans une âme qui en est sensiblement pénétrée ; il gémit , il se plaignit , il pleura , se représentant les suites funestes que cette trop grande indulgence allait attirer; mais ces premiers mouvements étant passés, il avoua que son zèle l'avait porté trop loin, et s'élevantpar la pensée à la considération de cette souveraine sagesse qui gouverne toutes choses et qui tire sa gloire des conjonctures mêmes qui lui paraissent les plus opposées : « J'ai tort, » dit-il, de m'abandonner ainsi à l'inquiétude et à la dou- ,» leur; eh! ne sommes-nous pas fondés sur la pierre? » » Il eut plus tard la consolation de voir cette concession révoquée par les papes Pie V et Grégoire XIII , si nous en croyons un des continuateurs de Baronius (1).

» L'empereur Ferdinand mourut sur ces entrefaites , et tous les bons catholiques, persuadés du pouvoir que les

(1) Odeiicus Kaynaldus, ann. 156'» , n. 50.

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