LXXIV NOTICE SUN CANISIUS
prolestants auraient dans la diète convoquée à Augsbourg par son successeur Maximilien , y jugeaient indispensable la présence de Canisius. Celui-ci se disposait à partir pour Rome , où l'on devait tenir une congrégation de son ordre pour y choisir un successeur au Père Jacques Laynez, décédé au commencement de cette même année. Ce voyage parut un fâcheux contre-temps au cardinal Truchsès , qui résolut de l'empêcher ; il en écrivit au Père François Borgia, vicaire général de l'ordre , en lui marquant expressément que, « comme Canisius était de tous les docteurs d'Alle- » magne celui qui avait le plus de crédit auprès des élec- » teurs de Mayence et de Trêves, de l'évêque de Wurtz- » bourg et des autres princes de l'empire , il était de la » dernière importance pour le bien de l'Eglise qu'il se » trouvât à Augsbourg pour la diète prochaine, parce que, » dans ce temps malheureux , les hérétiques et les catho- » liques mêmes semblaient conspirer ensemble pour y )> affaiblir l'autorité de l'Eglise en plusieurs chefs, qu'ils » prétendaient n'être pas tellement essentiels , qu'ils ne » pussent s'en dispenser quand ils le jugeraient à propos. »
» Heureusement la diète fut différée à l'année suivante; ainsi, rien n'empêcha Canisius de faire le voyage de Rome. La déférence que toute la congrégation crut qu'elle devait avoir pour les sentiments du cardinal d' Augsbourg , lui fit quitter la résolution qu'elle avait prise d'attacher ce Père auprès de la personne du général en qualité d'assistant. Borgia eut les mêmes égards, quand il fut élevé à cette première charge de sa compagnie ; et non content de confirmer Canisius dans la charge de provincial , il lui conféra , avec le titre de visiteur, un pouvoir plus ample sur toutes les maisons renfermées dans les trois provinces que la compagnie avait alors dans l'empire.
» Toutes ces marques de distinction qu'on s'empressait de donner à Canisius dans son ordre n'étaient encore rien en comparaison de celles qu'il reçut en ce même temps-là de la cour de Rome. Le pape , pour mettre comme le sceau à la grande affaire qu'il avait si glorieusement terminée par
NOTICE gtJfl CAN1SICS, LXXV
la conclusion du concile uc Trente, résolut d'employer tous ses soins pour le faire publier par tout le monde chrétienv. Canisius lui parut plus capable que personne de disposer les princes de l'empire à le recevoir : il déclara donc la résolution où il était de le leur envoyer en qualité de nonce, dans l'espérance que ce nouveau caractère, joint au crédit qu'il s'était acquis par son mérite dans les principales cours d'Allemagne , donnerait beaucoup plus de poids à tout ce qu'il aurait à y traiter pour le bien de la religion.
» L'obéissance qu'il devait au vicaire de Jésus-Christ ne lui permit pas d'écouter les sentiments de son humilité, qui le portaient à refuser cet honneur ; il l'accepta , mais d'un air qui marquait assez que son cœur n'en était point changé. Il se mit en état de partir aussitôt qu'il eut reçu ses instructions ; son train de nonce (1) n'était point différent de celui d'un simple religieux, et sans autre escorte qu'un frère de son ordre , comme s'il eût eu pour toute dignité celle de provincial, il parcourut, par la plus rigoureuse saison de l'année, les principales cours de l'Allemagne, et partout sa nonciature fut couronnée de succès. « J'ai vu , » écrivait-il à son général en lui rendant compte de sa nouvelle mission , « les électeurs de Trêves et de Mayence, les » évêques de Wurtzbourg et d'Osnabruek..., et je puis » assurer qu'ils ont reçu tout ce que j'ai pris la liberté de » leur dire , non-seulement avec bonté , mais même avec » respect; j'ai traité par lettres avec d'autres pour des » raisons particulières. Dans le cours de mon voyage , j'ai » prêché souvent en allemand, souvent aussi en latin. Si '» le Seigneur nous a donné quelque part à ses souffrances » dans les incommodités de la route et de la saison , sa » bonlé a bien voulu nous les adoucir et nous protéger au » milieu des dangers que nous avons courus. La Providence
(1) M. Crélineau-Joiy, dans son Histoire de la compagnie de Jésus, tome II, page 51. dit que Canisius devint alors légat. C'est une erreur, ce me semble : on ne doit pas confondre la qualité de légat avec celle de nonce. — Voir ces deux mots dans le Cours de droit canon de M. l'abbé André.