LXXVI NOTICE SUR CANISIUS
» nous a encore, de fois à autre, ménagé d'excellents amis, » en considération desquels les sectaires qui nous étaient le » plus opposés nous écoutaient sans peine lorsque nous leur » rendions compte de notre religion. »
» Ce fut particulièrement à Osnabruck qu'il eut sujet d'admirer la modération que les ministres protestants firent paraître à son égard : il eut avec eux plusieurs conférences sur les matières de la religion , à la prière de l'évêque , qui le retint plus de quinze jours. Il prêcha souvent , surtout pendant les fêtes de Noël , et le zèle ardent du prédicateur contribua beaucoup à les faire entrer dans cette sainte joie qu'inspire la foi des mystères dont l'Eglise rappelle le souvenir à ses enfants. Les grandes vertus de cet homme apostolique donnèrent à l'évêque beaucoup d'affection pour toute sa compagnie ; il songea même à lui fonder un collège dans sa ville épiscopale ; l'état pitoyable où était la province par la prépondérance que les hérétiques y avaient usurpée, ne lui permit pas pour lors de réaliser son dessein; mais on peut dire que Canisius jeta comme la semence des fruits que ses frères y ont recueillis dans la suite, quand ils eurent été établis dans cette ville, aussi bien qu'en plusieurs autres du cercle de Westphalie.
» D'Osnabruck il vint à Cologne. Ce fut une vraie fête pour tous les habitants de cette grande ville, de revoir leur cher père , et le conservateur de leur foi ; car c'est ainsi qu'ils l'appelaient. A peine fut-il arrivé , qu'on voulut l'entendre prêcher. Pour contenter ce bon peuple , tout fatigué qu'il était, et à jeun, il monta en chaire, et parla avec son zèle et son éloquence ordinaires. Il ne s'arrêta pas à Cologne, iet il remit à traiter des affaires de sa légation jusqu'à ce qu'il eût reçu de Rome un bref qu'il devait présenter au sénat de la part de Sa Sainteté. En attendant ce bref, il crut qu'il pouvait pousser jusqu'à Nimègue , à la demande de ses compatriotes , qui le conjuraient par leurs lettres de ne pas leur refuser les secours spirituels que son ministère l'engageait à procurer à tant d'autres.
» Ses parents , qui étaient en grand nombre , s'empres*
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sèrent, à Terni les uns des autres, de le loger et de le régaler pendant le séjour qu'il fit à Nimègue. Pour les contenter tous, ou du moins pour ne mécontenter personne par la préférence qu'il donnerait à l'un plutôt qu'à l'autre , il ne logea chez aucun , et si nous voulons en croire quelques mémoires du temps , il prit son logement à l'hôpital. Ne pouvant cependant résister aux pressantes invitations de ses proches : « Eh bien, leur dit-il, il faut vous contenter, et )> je veux bien accepter l'honneur que vous voulez me » faire ; mais je vous prie que ce soit à l'hôpital , afin que » les pauvres, qui sont nos frères en Jésus-Christ, puissent » participer à cette fête. Je prétends bien aussi vous y » régaler à mon tour, et j'espère qu'avant de vous quitter, » j'aurai la consolation de vous voir tous réunis à la sainte » table , et de vous y servir le mets le plus exquis et le » plus délicieux , en vous y donnant le corps adorable de » Jésus-Christ. » Tous se conformèrent avec joie au désir de leur saint parent ; ils envoyèrent à l'hôpital ce qu'ils avaient préparé pour le festin , et se disposèrent à prendre part à celui qu'il souhaitait si fort de leur servir lui-même. Au jour et à l'heure marqués , ils se rendirent à l'hôpital, y entendirent la messe et y communièrent tous de sa main. Canisius, content de la complaisance qu'ils avaient eue pour lui , se fit un plaisir à son tour d'en avoir aussi pour eux : plusieurs tables avaient été préparées pour y recevoir toute la famille , qui était fort nombreuse , et il prit sans façon sa place au milieu d'eux. A mesure qu'on desservait, les pauvres se partageaient les restes, et cette fête , qui rappelait en quelque manière les agapes des premiers chrétiens , se termina par une exhortation touchante, dans laquelle Canisius conjura tous ses proches d'être fidèles à Dieu et à leur religion, de tenir ferme contre les nouveautés, et de ne pas se laisser emporter par ce malheureux torrent qui avait ravagé tant de pays et qui menaçait déjà leur province. L'impression qu'il fit sur leurs cœurs fut si mvc , que tous, levant la main, lui promirent avec serment de quitter plutôt la vie que la religion de leurs pères. Plus
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de cinquante ans après , pas une seule de plus de cent personnes qui composaient alors celle famille n'avait failli à son serment ou à celui de ses ancêtres.
» Au bout de huit jours , Canisius quitta Nimègue et revint à Cologne, où il fut reçu de la manière la plus obligeante par le clergé , le magistrat et tout le peuple. Quoiqu'on y eût appris quelques jours auparavant la nouvelle de la mort de Pie IV, au nom duquel il était envoyé, la république ne laissa pas de recevoir le bref de Sa Sainteté de la main de Canisius, avec toute la vénération qu'elle avait toujours eue jusque-là pour tout ce qui émanait du Saint-Siège, et le sénat, pour en remplir les intentions, porta aussitôt un arrêt par lequel il était ordonné : 1° que personne désormais ne serait admis à la régence dans les collèges, ni à la prédication dans les chaires de la ville, qu'on ne fût pleinement informé de la probité de ses mœurs et de l'intégrité de sa doctrine; 2° qu'un certain précepteur, suspect de nouveauté, serait incessamment contraint de quitter la ville; 3° qu'on ne souffrirait point qu'on y débitât aucun livre contraire à la doctrine de l'Eglise , et que les libraires, qui , ouvertement ou en cachette , contreviendraient à cet ordre , seraient grièvement punis ; h° que personne ne fût assez hardi pour loger chez soi aucun ministre luthérien ou calviniste, ou de quelque autre secte que ce fût, etc. Tels étaient les principaux articles de cet arrêt.
» L'université de Cologne ne signala pas moins son zèle que n'avait fait le sénat ; elle reçut avec une reconnaissance pleine de respect un exemplaire du concile de Trente que lui présenta Canisius de la part de Sa Sainteté ; elle protesta qu'elle se ferait un point de religion de se conformer a ses décrets ; elle ajouta , en particulier, que personne ne serait dans la suite admis à aucun degré en théologie, ni même dans les autres facultés de l'académie, sans avoir fait sa profession de foi, selon le formulaire prescrit par Pie IV.
» C'était Canisius lui-même qui , quelques années auparavant , avait suggéré à ce pontife un tel moyen, comme le plus propre à conserver la pureté de la doctrine dans les
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sources d'où elle doit nalurellement couler : il eut la consolation de le voir employer, suivant un décret du même pape, dans toutes les universités de l'Italie, et par la suite, presque toutes celles de l'Europe se sont fait une loi de se conformer à ce décret, et d'exiger de tous ceux qui passeraient aux degrés la même profession de foi.
» Canisius ayant eu la satisfaction de faire à Cologne, pour le bien de la religion, tout ce qu'il avait voulu, reprit le chemin de Trêves et de Mayence. Ce fut de là qu'il informa la cour de Rome du succès de sa négociation, de l'état où il avait laissé la religion dans les lieux où il avait été, des maux qu'elle avait à craindre des novateurs , et des remèdes qu'on pouvait y apporter. Il marquait en particulier combien il était important d'envoyer sans délai à la diète d' Augsbourg un légat , qui joignît à un véritable zèle pour la religion , une sagesse et une fermeté à l'épreuve des artifices et des entreprises des hérétiques , qui paraissaient bien fiers de l'autorité qu'ils prétendaient y avoir.
» Le nouveau pape (c'était Pie V, que ses éminentes vertus ont fait mettre au nombre des saints) avait d'abord songé à continuer Canisius dans la nonciature que son prédécesseur lui avait confiée ; mais déférant au cardinal Truchsès, qui jugeait que la présence de Canisius était bien plus nécessaire à Augsbourg pendant que se tiendrait la diète, il lui envoya ordre de s'y rendre, aussi bien qu'à ses deux confrères Natal et Ledesme, pour y seconder, autant qu'ils le pourraient, le cardinal Commendon, qui, à son retour de Pologne, devait y assister en qualité de légat.
» Canisius n'eut pas plus tôt reçu cet ordre de Sa Sainteté, qu'il partit de Mayence, espérant trouver dans l'obéissance de nouvelles forces pour soutenir les nouvelles fatigues dans lesquelles il se voyait engagé. Il arriva sur la fin du carnaval à Augsbourg et se disposa aux sermons du carême, qu'il prêcha avec un succès qui répondait à la grandeur de son zèle. Il faisait encore toutes les semaines, à la prière de, l'impératrice, une prédication au palais pour les dames qui! étaient de sa cour ; il avait outre cela de fréquentes confé-'