LXXX NOTICE SUR CANISIUS
rences avec le légat, avec le cardinal d'Augsbourg, avec les archevêques de Trêves et de Mayence , enfin avec tous les princes catholiques, sur les affaires de la religion, dont il pourrait être question à la diète. Ce fut en celte occasion que le P. Natal , ne pouvant comprendre comment Canisius pouvait suffire à tant d'occupations, dit de lui ce qu'un autre de ses confrères avait dit autrefois de saint François-Xavier dans les Indes, qu'il n'aurait jamais pu, sans une espèce de miracle, se soutenir au milieu de tant de fatigues. Elles augmentèrent beaucoup pendant la semaine sainte, à cause de l'ardeur qu'il mit à prêcher le jubilé que le pape avait fait publier pour obtenir du ciel l'heureux succès de la diète. On remarqua qu'il avait prêché huit heures entières en trois différents sermons qu'il fit le vendredi saint sur les souffrances du Sauveur; le concours du peuple y fut grand, l'applaudissement universel, et les personnes de la première qualité, tant hérétiques que catholiques, ne parlaient qu'avec admiration du prédicateur. Le travail de la chaire ne le dispensait pas de partager avec les autres pères celui des confessions; le nombre en fut extraordinaire cette année-là, par la grande quantité d'étrangers que la diète avait attirés à Augsbourg. Comme il s'était fait tout à tous, il ne rebutait personne, aussi content de donner ses soins aux pauvres que de les donner aux riches, et aux personnes les plus viles qu'à celles de la première qualité : ce qui ne l'empêchait pas d'avoir tous les égards qu'il fallait pour les cardinaux Commendon et Truchsès, qui l'avaient choisi en particulier pour être le directeur de leur conscience.
» Mais ce n'était encore là que le prélude des soins qu'il devait prendre et des fatigues qu'il aurait à essuyer lorsque la diète serait rassemblée. Cette diète était peut-être une de celles où la religion paraissait le plus menacée, et où par conséquent elle avait besoin d'un plus prompt secours; elle le trouva dans Canisius, qui, avec ses deux compagnons, n'omit rien pour la défendre, et qui fit pour cela des efforts dont elle lira dans la suite de fort grands avantages, au sentiment même du légat.
NOTICE SUR CANISIUS. LXXXT
» En effet , les hérétiques , fiers de la protection qu'ils croyaient tirer de l'autorité de l'empereur Maximilien , demandèrent dès le commencement certaines choses qui allaient à détruire entièrement la religion catholique , comme celles-ci : 1° que les ecclésiastiques qui embrasseraient le parti protestant eussent droit de jouir des revenus, de l'Eglise, dont ils se trouveraient en possession; 2° qu'on permît une conférence libre entre les princes de l'un et de l'autre parti, pour y traiter des affaires de la religion, et que tout y fût décidé à la pluralité des voix ; 5° qu'on tînt un concile national, où se termineraient toutes les contestalions qui s'étaient élevées dans l'empire en matière de religion ; ^° qu'on cherchât les moyens de concilier ensemble les catholiques avec les protestants, en obtenant des uns comme des autres des concessions et des sacrifices; comme si l'on pouvait jamais accorder la lumière avec les ténèbres, ou faire pactiser la vérité avec l'erreur. Enfin quelques-uns vinrent jusqu'à demander qu'il fût permis à chacun de se choisir indifféremment la religion qu'il lui plairait d'embrasser.
» Le légat soutenait au contraire que le solide et unique moyen de pacifier toutes choses était de s'en tenir à ce que l'Eglise en avait décidé dans le concile tenu à Trente , et qu'il fallait obliger tous les catholiques du moins à le recevoir, afin qu'unis ensemble par cette règle de foi, ils fussent plus forts pour résister aux entreprises des protestants. On ne peut dire les mouvements que se donna Canisius en cette occasion , pour agir conformément aux intentions du légat. « Nous faisons bien des pas, écrivait -il à un de ses amis, » nous travaillons nuit et jour, nous écrivons , nous con- » ferons , à peine avons-nous le loisir de nous reconnaître. »
» Cependant, quelque accablé qu'il fût, il lui fallut répondre à un libelle très -injurieux à l'Eglise romaine, que l'électeur Palatin faisait courir dans Augsbourg. Ce prince était Frédéric III. Né catholique, il avait donné successivement dans les erreurs de Luther et de Calvin, ou plutôt, ne sachant pas bien lui-même de quelle religion il était,