NOTICE SUR CANISIUS. LXXXIII
verses qu'on lui avait suscitées , et sa prévention contre les jésuites lui faisait croire qu'ils en avaient été les principaux auteurs; il s'en plaignit amèrement au cardinal légat : « Je » ne puis nier, lui dit-il un jour, que ces Pères n'aient de » la vertu et de la capacité; mais leurs maximes sur le fait » de la religion sont d'une sévérité outrée : sans avoir égard » à ce que demande la nécessité des temps , ils poussent » les choses à des extrémités dangereuses pour le bien de » l'Etat : Canisius surtout est d'une rigidité inflexible , je » le trouve toujours en mon chemin. » Le cardinal, ravi d'avoir cette occasion de rendre justice à ces Pères et de faire connaître à tout le monde les services importants qu'ils venaient de rendre à l'Eglise : « Si Votre Majesté, » répondit-il à l'empereur , a sujet d'être contente des » catholiques qui ont assisté à la diète, c'est à ces trois » jésuites qu'elle en a la principale obligation , puisque ce » sont eux , et en particulier Canisius , qui , les premiers , » ont ouvert et appuyé de vive voix et par écrit le senti- » ment qui nous a tirés d'embarras. » Et il lui confirma la vérité de ce fait par des preuves qui l'en convainquirent parfaitement ; de sorte que celte diète, que les ennemis des Jésuites avaient regardée comme l'écueil où cette société devait périr, servit à l'élever, à l'établir davantage , et à donner plus de crédit au ministère de ses enfants dans tout l'empire.
» La diète étant ainsi heureusement terminée, Natal, qui avait ordre du Père général de faire la visite des maisons que sa compagnie avait en Allemagne , pria Canisius de l'y accompagner, et de l'y aider de ses conseils et du crédit que sa sagesse lui avait acquis. Il le fit avec d'autant plus de joie , que cet emploi , où il ne paraissait qu'en second , lui procurait les moyens d'obéir, sans jamais commander, ce qu'il souhaitait avec passion. Ainsi, quoique revêtu de la dignité de provincial , il se comportait envers le visiteur avec tout le respect et toute la soumission qu'eût pu avoir le dernier de ses inférieurs. Natal en avait luimême de la contusion, et il avouait que Canisius lui parais-