LXXXVI NOTICE SUR CANISIUS
Celle-ci ne servit qu'à faire éclater davantage sa vertu dans la tribulation : tranquille au milieu des douleurs les plus aiguës, on eût dit qu'il goûtait sensiblement l'avantage qui se trouve à souffrir pour Jésus-Christ. Loin de se plaindre, il n'ouvrait la bouche que pour remercier Notre-Seigneur de lui avoir donné quelque part à son calice. Sa maladie fut plus violente qu'elle ne fut longue, et le Seigneur, se contentant d'avoir éprouvé la fidélité de son serviteur dans la souffrance, le remit bientôt en état d'agir tout de nouveau 'pour les intérêts de sa gloire.
» A peine fut-il rétabli, qu'étant venu à Augsbourg à la prière du cardinal , il s'appliqua à disposer toutes choses pour le synode que ce prélat voulait tenir dans son diocèse, conformément aux décrets du concile de Trente. Canisius travailla avec tant de succès, qu'il obtint enfin que ce même concile fût reçu dans cette assemblée, et qu'on y fît plusieurs beaux règlements pour le bien de tout le diocèse.
» Il n'était pas entièrement débarrassé des soins que lui avait donnés le synode , qu'il reçut ordre de Sa Sainteté d'aller trouver de sa part les évêques de Wurtzbourg et de Strasbourg , pour engager en particulier ces prélats , déjà âgés , à se nommer des coadjuteurs , dans la crainte qu'à leur mort les hérétiques ne profitassent de la vacance de leurs sièges pour porter des coups mortels à la religion dans leurs diocèses. Il s'acquitta de cette nouvelle mission avec tout le soin qu'on pouvait attendre de son zèle et de sa vertu ; quant au succès, il dut l'abandonner à la Providence.
» De retour à Dillingue , il fut bien consolé des peines de son voyage par la joie qu'il eut d'y trouver un jeune gentilhomme polonais, âgé de seize ans, qui, fuyant la persécution de son frère , venait se jeter entre ses bras et lui demander la grâce d'être reçu dans sa compagnie. Stanislas Kostka, c'était le nom de ce bienheureux enfant, avait fait à pied plus de cent lieues , dans l'espérance d'obtenir cet avantage. Canisius, charmé d'une vertu si extraordinaire dans une si grande jeunesse , jugea bien qu'elle ne pouvait être que l'effet de la grâce , qui avaitjles vues particulières
NOTICE SUR CANISIUS, LXXWIl
sur ce prosélyte ; il se sentit en même temps inspiré de les seconder, en mettant sa vocation à de nouvelles épreuves. Kostka les soutint avec un courage héroïque : c'est dans ce même esprit que le Père provincial lui ayant proposé d'aller à Rome , afin d'y être plus à l'abri des persécutions de sa famille , qui s'opposait à son admission , il partit sur-lechamp, et vint se jeter aux pieds du Père François de Borgia, à qui il présenta les lettres de recommandation que Canisius lui avait données ; l'éloge que ce Père y faisait de la vertu de Stanislas , était conçu en des termes qui présageaient qu'il la porterait bien plus loin. Sur de si bons témoignages, le saint général ne balança point à recevoir un sujet de ce mérite; il le mit au noviciat, où, en très-peu de temps, il fit de si grands progrès dans la perfection, qu'il a mérité d'être mis après sa mort , arrivée peu de temps après, c'est-à-dire le 15 août 1568, comme nous le verrons bientôt , au nombre des bienheureux (et des saints même canonisés).
» Pour revenir à Canisius , il demeura quelque temps à Dillingue, tant pour y donner ses soins au gouvernement de sa province , que pour y revoir une version allemande du catéchisme du concile, dont il avait chargé le Père Paul Hofleus , par ordre de Sa Sainteté. Mais ce qui doit passer sans doute pour un témoignage éclatant de l'idée avantageuse que le saint pape Pie V avait de la sagesse et de la capacité de Canisius, c'est qu'il lui avait marqué expressément qu'il ne voulait pas que cette traduction parût en Allemagne avant qu'il l'eût revue et corrigée exactement, et qu'il lui en eût fait son rapport.
» Il fut, presque en même temps, chargé lui-même d'un travail bien plus difficile et bien plus long , par un nouvel ordre du même pape. Les fameuses centuries qu'Illyricus et les autres ministres de Magdebourg avaient écrites avec tant de malignité, pour décrier la doctrine et l'autorité de l'Eglise romaine, faisaient tous les jours de très-funestes impressions dans l'esprit de ceux qui les lisaient, tant l'air satyrique avec lequel elles sont écrites donnait d'agrément