CVI1I NOTICE SUR CANIS1US
clans le livre, de sorle qu'on ne l'acheva que le vingtième jour de décembre, qui fut la veille de sa mort.
» Il serait difficile d'exprimer avec quelle paix, quelle constance il soutint les dernières épreuves par lesquelles il plut au souverain Pasteur des âmes de perfectionner sa vertu. Convaincu que la tribulation est une grâce spéciale qu'il réserve aux élus , à proportion que son mal augmentait, sa reconnaissance augmentait aussi; c'était alors qu'il disait avec le Prophète : Je bénirai le Seigneur en tout temps, et ses louanges seront toujours en ma bouche. On ne savait en quelle posture on devait le mettre ; il avait de la peine à être assis , il ne pouvait demeurer au lit , parce que, tout son corps étant beaucoup enflé, ses nerfs se trouvaient extraordinairement tendus et lui causaient une douleur très-vive, pour peu qu'on le touchât ou qu'on le remuât: « Que je suis obligé à Dieu , s'écriait-il , de me donner » quelques traits de ressemblance avec Jésus crucifié ! »
» Un jour ses douleurs s'augmentèrent jusqu'à un tel excès , qu'il lui échappa de dire à celui qui avait soin de lui pendant sa maladie : « N'y a-t-il pas moyen, mon frère, » de me trouver quelque endroit où je puisse être plus dou- » cernent? » Mais se reprenant aussitôt, et se reprochant à soi-même sa lâcheté : « Il n'en est pas besoin, ajouta-t-il, » il ne faut pas traiter son corps si délicatement. » Il recevait avec la dernière soumission les ordres du médecin; quelque dégoûtants que fussent les remèdes dont il voyait assez l'inutilité, il les prenait sans façon : « Ce cadavre, » disait-il, n'a pas besoin de remèdes, il ne les mérite pas; » il faut rejoindre nos pères qui nous ont précédés , mais il » faut aussi obéir. »
» Cependant il lui survint un fâcheux dégoût , qui lui donnait de l'aversion pour le peu de nourriture qu'on l'obligeait de prendre et qui pouvait le soutenir. On dit que Notre-Seigneur voulut soulager sa peine par une voie qui tenait du miracle; mais sans entreprendre d'examiner ce fait, la grandeur d'âme qui lui fit prendre le calice de Jésus-Christ, sans en vouloir tempérer l'amertume par