‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des PèresChapitre 74 sur 139 · NOTICE SUR CANÎSTUS. CIX · texte numérisé non relu

NOTICE SUR CANÎSTUS. CIX

aucun adoucissement, me paraît encore quelque chose de plus merveilleux. Un jour qu'il parut à son infirmier accablé de douleurs plus violentes et plus aiguës : « Ne pourriez-vous pas, mon Père, lui dit celui-ci, représenter vos besoins à Notre-Seigneur, et lui demander du soulagement dans vos peines? » Il lui répartit aussitôt : « Laissons faire ce bon Maître ; il sait mieux que nous ce qu'il nous faut : je me suis trop bien trouvé de m'être abandonné à la disposition de son aimable providence, pendant tant d'années que j'ai eu l'honneur de le servir, pour vouloir m'y soustraire dans ce peu de temps qu'il me reste à lui marquer ma fidélité. »

» Un de ses amis lui demandant si rien ne lui faisait de la peine : « Ce m'en serait une bien grande , répondit-il , » de me voir entièrement inutile et incapable de rendre » aucun service au prochain , si la volonté de Dieu, qui le » permet , n'était pas pour moi un grand sujet de consola- » tion : je ne puis plus rien faire pour sa gloire , mais je » puis souffrir pour son amour; mon sort n'est pas à » plaindre. » On voit par là que le zèle du salut du prochain fut toujours sa passion dominante; il le porta dans son cœur jusqu'à la mort. Incapable d'agir, il priait pour la conversion des pécheurs. Par le même motif, il ne passait pas un jour sans offrir plusieurs fois des vœux pour l'Eglise universelle , pour le souverain Pontife et pour les princes chrétiens. Il avait reçu de la main du nonce un exemplaire de certaines litanies, composées pour demander à Dieu qu'il répande ses bénédictions sur l'Eglise , et il les récitait régulièrement tous les jours.

» Il traîna dans cet état , également languissant et douloureux, jusqu'à l'Avent, qu'il parut avoir une connaissance plus distincte de la fin de sa vie; on en jugeait ainsi par les entretiens plus fréquents qu'il avait sur la mort , sur le jugement, sur l'obligation qu'il y a de se préparer à l'avènement du Seigneur. Ainsi, quelque espérance qu'on crût pouvoir lui donner que sa santé se rétablirait bientôt , sur ce que son enflure paraissait diminuer notablement, il fit

CX NOTICE SUR CANIfilUS.

appeler son confesseur, à qui il dit qu'il rendait à Dieu de très-humbles actions de grâces de ce qu'enfin tout se disposait pour son futur changement; il lui déclara qu'il sortirait bientôt de ce monde , et le conjura de ne point l'abandonner, mais de vouloir bien l'aider à se préparer comme il faut à cette importante et terrible séparation.

» Ses forces diminuant peu à peu , il ne parlait plus qu'avec peine; les yeux baissés sur un livre de prières qu'il avait composé à son propre usage, il eut encore la force d'y lire une oraison destinée pour se préparer à la mort. Sensible à la reconnaissance, qui ne finit qu'avec sa vie, il pria le Père recteur de témoigner à tous ceux qui étaient en prières au pied de son lit , qu'il recevait avec joie ces dernières marques de leur charité , et qu'il les en remerciait de tout son cœur.

» Quand on le laissait à lui-même , il s'entretenait tranquillement avec Dieu ; on le voyait de temps en temps élever doucement les mains et les yeux vers le ciel, comme on le rapporte de saint Martin ; et ceux qui approchaient le plus près l'oreille de sa bouche , entendaient qu'il répétait en même temps ces paroles de l'Apôtre : Cupio dissolvi, et esse cum Christo. (Je souhaite de mourir, et d'être avec Jésus-Christ.)

» Comme il baissait sensiblement, on se disposa à lui donner l'extrême-onction, ainsi qu'il l'avait souhaité; quand tout-à-coup, jetant les yeux fixement sur un certain endroit de sa chambre, et désignant de son doigt ce même endroit : « Ne voyez-vous pas? ne voyez-vous pas? » s'écria-t-il avec un certain air de joie qui éclata sur tout son visage. Personne ne voyait rien ; mais comme dans toute sa maladie il ne donna jamais le moindre signe de faiblesse ou de rêverie, et que dans ce transport il s'adressait à la sainte Vierge avec les paroles de la Salutation Angélique, il donna sujet de croire que cette Mère de bonté , pour laquelle il avait eu toute sa vie les sentiments de la tendresse la plus respectueuse, lui avait apparu pour lui ôter les frayeurs que cause ordinairement ce terrible passage, et pour lui donner

Page 1