kiGÈNE, Hom. IX in Jeremiaf^ : « Un juge doit avoir en
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vue de procurer la tranquillité à la ville et la paix au peuple don\f il a le gouvernement. Si l'on présente à son tribunal un brigand d'une taille avantageuse , parvenu à toute la force de son âge, et qu'en même temps se présentent aussi sa mère, les cheveux épars, pour supplier qu'on ait pitié de sa vieillesse, et son épouse, les yeux en larmes, pour demander qu'on lui conserve la vie de son époux, et ses jeunes enfants à la veille de devenir orphelins, que fera le juge? Âura-t-il, ou non, pitié du brigand? Que réclame en ce cas l'intérêt commun? Si le juge se laisse toucher, le meurtrier se couvrira bientôt de nouveaux forfaits ; si au contraire il se montre inflexible, un homme mourra, mais tout le peuple sera sauvé. De même, si Dieu épargnait toujours les pécheurs, et que par compassion pour eux il ne les punît pas comme leurs péchés le mériteraient, qui ne s'en autoriserait pour pécher davantage? Quel est le méchant qui, n'étant plus retenu comme on l'est présentement par la crainte des supplices, ne profiterait de toutes les occasions qui se présenteraient à lui pour assouvir ses passions et se précipiter dans le vice? Nous pouvons en acquérir la preuve par ce qui se passe dans l'Eglise. Que quelqu'un vienne à pécher, et qu'après cela il demande la communion; si on lui accorde ce qu'il demande , cette indulgence tourne au détriment de tous les autres, et la barrière est ouverte à tous les désordres. Si au contraire le juge, consultant la prudence, et ne se laissant point amollir par la pitié, pas plus qu'il n'obéit à une dureté impitoyable, mais agissant dans l'intérêt de tous sans animosité contre aucun , voit la ruine du peuple entier dans le pardon qu'il accorderait à un seul, il n'est pas douteux qu'il ne mette hors de l'Eglise ce seul coupable, pour procurer le salut de tous les autres. Observez maintenant un médecin : s'il s'abstient de couper dans une plaie ce qui a besoin d'être coupé, ou d'y brûler ce qui a besoin d'être brûlé, pour épargner les douleurs qui sont la suite de semblables opérations , n'est-il pas vrai que le mal augmentera, et que la contagion gagnera de plus en plus? Si au contraire le médecin ne craint pas de porter le fer et le feu dans la plaie , il prendra en cela les intérêts de son malade^ tout en ayant l'air de le traiter sans pitié. De même, que l'aveuglement du peuple juif a profité au salut de tous les gentils , ainsi le châtiment infligé à quelques-uns sert au salut de tous les autres. »
3. S. JÉRÔME, Tlpist. ad Riparium adoersus Vigilantium : « ït m'étonne que le saint évéque, dans le diocèse duquel on dit qu'il
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(Vigilance) exerce les fonctioas de prêtre, souffre ses emportements, qu'il ne se serve pas de la verge apostolique, et de la verge de fer, pour briser ce vase inutile, et qu'il ne livre pas cet homme à la mort de la chair, afin de sauver son âme (/ Cor., V, S). Qu'il se rappelle cette parole : Quand tu voyais un larron, tu couraisaveclui, et tu te mettais départ avec lesaddtères {Ps. XLIX, 48); et ces autres : Dès le matin, j'exterminais tous les pécheurs de la terre, afin de bannir de la cité du Seigneur tous ceux qui commettent Viniqmié (C, 8) ; et ces autres encore : N'ai-je pas haï. Seigneur, ceux qui vous haïssaient, et n'ai-je pas séché de douleur à la vue de vos enfiemis? Je les haïssais d'une haine parfaite {Ps. CXXXVIII, 20).
» Je vous confesserai ma douleur : je ne puis de sang-froid entendre un tel sacrilège. Car j'ai lu tout ce qui est dit du poignard de Phinées, de l'austérité d'Elie, du zèle de Simon le Chananéen, de la sévérité de Pierre faisant tomber morts à ses pieds Ananie et Saphire, et de la fermeté de Paul qui frappa de cécité à tout jamais le magicien Elymas, parce qu'il résistait aux desseins du Seigneur. Ce n'est pas être cruel que de prendre les intérêts de Dieu. De là vient qu'il est dit dans la loi : Si ton frère, ou ton ami, ou ta femme qui repose sur ton sein, votUait te dt tourner de la vérité, que ta main soit sur eux, et tu âteras le mal du milieu d' Israël {Deut., XIII, 6-8). )>
4. S. Augustin, in Ps. L : « Pour vous, mes frères, tâchez dans ce déluge de maux, et dans cette détestable corruption de mœur^ , de régler chrétiennement vos familles : élevez bien vos enfants; conduisez sagement vos maisons. Comme il est de notre devoir de vous instruire ici dans l'église, il est du vôtre aussi de veiller sur vos familles, pour qu'un jour vous puissiez rendre un bon compte à Dieu de ceux qui vous sont assujettis. Dieu aime la règle, il aime l'ordre. C'est une indulgence bien fausse et bien criminelle, que celle qui consiste à lâcher la bride aux péchés. C'est bien sans avantage véritable, c'est bien à son grand malheur qu'un fils libertin trouve de la douceur dans son père, pour trouver plus tard en Dieu une juste sévérité. Et alors ce ne sera pas seulement ce fils déréglé qui en éprouvera les effets ; ce sera aussi ce père trop indulgent qui l'aura perdu par sa mollesse. Car de quoi lui aura-t-il servi de n'avoir pas péché par lui-même, de n'être pas tombé dans les mêmes crimes que sou fils , s'il n'a pas eu soin en même temps d'arrêter son fils, et de réprimer ses désordres? Veut-il par cette douceur faire croire ft son fils qu'il
ferait les mêmes choses que lui-même , si sa vieillesse ne lui en ôlait la force? Si le péché ne vous déplaît pas dans votre fils, c*esl qu'il vous plairait dans vous-même; et ce n'est que la vigueur de l'âge qui vous manque, et non pas le goût du crime. Mais surtout, mes frères, veillez sur ceux de vos enfants qui sont fidèles, et que votre foi a amenés aux eaux, sacrées du baptême. Peut-être que votre fils déréglé méprisera vos avis, ou vos réprimandes, ou vos châtiments; pour vous, remplissez le devoir de votre état , Dieu lui fera rendre compte du sien (1). »
5. Le même, Serm. XV de verbis Dotnini, comme plus haut, question VIII, témoignage 13, page 68.
6. S. Chrysostôme, Orat, /(al. 2) contra Judœos : « De même que nous reprochons aux Juifs d'être violateurs de la loi, de même et à bien plus forte raison nous devons vous trouver coupables , si vous faites société avec les violateurs de la loi , ou si , pouvant vous opposer à ce qu'elle soit violée, vous ne vous y opposez pas cependant. Car ne me dites pas : Qu'ai je de commun avec cette personne? C'est un étranger et un inconnu. Du moment où c'est un fidèle, un homme qui participe avec vous aux mêmes mystères, xjui se réunit avec vous dans la même église, il doit vous être plus cher qu'un frère ou que tout autre parent. De même donc que non-seulement les voleurs , mais aussi ceux qui jieuvent empêcher le vol et qui ne l'empêchent pas , sont condamnés à subir le même châtiment, ainsi non-seulement ceux qui commettent l'impiété, mais encore ceux qui peuvent la réprimer, et qui, soit faiblesse , soit lâcheté, ne la répriment pas, doivent être également punis. Celui qui enfouit son talent, le rendit assurément tout entier à son maître; il n'en fut pas moins puni, pour ne l'avoir pas fait valoir (Matth., XXV, 25). Vous de même , quand vous vous conserveriez pur de tout vice , si vous ne faites pas en outre valoir votre talent, si vous ne rappelez pas dans la voie du salut ceux de vos frères qui se perdent, vous vous perdrez avec eux (2). »
7. S. Augustin, Lih. II Rétractai. j c. 5 : « J'ai composé deux livres qui ont pour titre commun : Contre le parti de Donat. J'ai dit dîins le premier de ces livres, que je n'aimais pas à voir
(1) Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. II , p.* 678-679.
(2) Cf. D, Joan, Chrysost, contra Judœos homil, VI, grœcè nunc T^imùm editœ, Jugustœ, 1602, p. 70-71.
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ramener les schismatiques à l'unité par des moyens violents el avec l'aide de la puissance séculière. Tel était en effet mon sentiment à cette époque, parce que je n'avais pas encore l'expérience des excès auxquels se portent ces fanatiques quand on les laisse impunis, ni des heureux changements que peut opérer en eux l'exact maintien de la discipline. »
8. Le même, Epist. 48 (al. 93) ad Vincentium : « On ne trouve point dans l'Evangile, diles-vous, ni dans les écrits des apôtres, qu'ils aient jamais eu recours aux rois de la terre contre les ennemis de l'Eglise. Il est vrai; mais c'est parce que cette prophétie : Ecoutez, rois de la terre, instruisez-vous , vous qui jugez les peuples, et servez le Seigneur avec crainte {Ps. II, 10-H), n'était pas encore accomplie. C'était encore le temps de ce qui est marqué au commencement de ce même psaume : Pourquoi les nations frémissent-elles? Pourquoi les peuples forment-ils de vains desseins? Les rois et les princes de la terre se sont assemblés, et ont comploté contre le Seigneur et contre son Christ {Ps, II, 1-2). Mais si, comme nous n'en saurions douter , les événements que nous rapportent les prophètes sont des figures des choses à venir, nous voyons ' dans un même roi la figure de l'état où se trouvait l'Eglise au temps des apôtres, et de celui où elle est présentement. Quand Nabuchodonosor forçait les saints et les justes d'adorer son idole, sous peine d'être jetés dans la fournaise, il figurait ce qui s'est passé au temps des apôtres et des martyrs ; et quand, après avoir reconnu le vrai Dieu , il ordonna que tous ceux à qui il arriverait, dans toute l'étendue de son royaume, de blasphémer le Dieu de Sidrach , de Misach et d' Abdenago , seraient punis à proportion de la grandeur de ce crime, il figurait ce qui se passe aujourd'hui. Ainsi les premiers temps de ce roi représentaient les temps de ces rois infidèles, soùs qui les chrétiens ont souffert ce qiie les impies seuls peuvent mériter, et la fin de son règne représente le temps des princes devenus chrétiens, sous qui les impies souffrent ce qu'on faisait autrefois souffrir aux chrétiens...
» Nous pouvons vous produire non-seulement des particuliers, mais des villes entières, qui, de donatistes qu'elles étaient autrefois , sont catholiques aujourd'hui , et détestent le crime diabolique de leur ancienne séparation. Or, elles ne seraient point catholiques sans ces lois qui vous irritent , et qui ont été portées par les empereurs, à commencer par Constantin devant qui les auteurs de votre schisme avaient accusé Gécilien , jusqu'à ses
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derniers successeurs aujourd'hui sur le trône , qui ont oonfirmé le jugement de celiy que vous aviez vous-mêmes pris pour juge, en préférant son tribunal à celui des évéques.
» C'est par ces eiiemples que mes collègues m'ont fait revenir à leur sentiment. Car ma pensée était autrefois qu'on ne devait forcer personne à revenir à l'unité de Jésus-Christ ; qu'il ne fallait point employer pour cela d'autres armes que les discours et les raisons, et qu'autrement, de ceux que nous connaissions jusque-là pour hérétiques déclarés , nous ne réussirions à faire que de faur catholiques. Mais après avoir résisté à leurs raisonnements , je me suis enfin rendu à l'expérience : on m'a représenté l'exemple de la ville où je suis , qui était autrefois toute donatiste , et que la crainte des lois des empereurs a fait revenir à l'unité catholique; de sorte qu'à voir la manière dont elle déteste actuelle* ment votre opiniâtreté, on ne croirait pas qu'elle eût jamais partagé le même entêtement. On m'a cité beaucoup d'autres villes où â été obtenu le même résultat
» Pourquoi les rois de la terre qui servent Jésus-Christ ne feraient-ils pas des lois pour Jésus-Christ ? »
Saint Augustin avait dit dès le début de cette lettre à Vincent : (( Les donatistes étant aussi turbulents qu'ils le sont, je suis persuadé qu'il est fort à propos de les réprimer par l'autorité des puissances établies de Dieu. Car nous avons la joie d'en voir plusieurs revenir par ce moyen à l'unité catholique
» Si un homme voyait son ennemi prêt à se précipiter, par le transport d'une fièvre chaude , ne serait-ce pas lui rendre le mal pour le mal , que de le laisser faire , plutôt que de l'en empêcher en le liant au besoin? Pourtant ce frénétique ne prendrait cet office de bonté et de charité que pour un outrage et pour l'effet de la haine; mais s'il revenait en santé, il verrait bien que plus ce prétendu ennemi lui aurait fait violence , plus il lui aurait rendu service
)) En mettant en usage tout à la fois la terreur et l'instruction, afin que l'une rompe les chaînes de l'habitude, tandis que l'autre dissipe les ténèbres de l'erreur, on a la consolation que nous éprouvons présentement d'en voir un grand nombre rentrer dans la voie du salut, et rendre grâces à Dieu en le bénissant avec nous, de ce qu'ayant, selon sa promesse, fait plier les rois de la terre sous le joug de Jésus-Christ, il se sert d'eux pour guérir les malades, et faire marcher les faibles et les boiteux.
» Tous ceux qui nous épargnent ne sont pas pour cela nos
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amis, pas plus que tous ceux qui nous châtient ne sont nos ennemis. Les blessures que nous faii un ami jfalent mieux que les caresses affectées d'tm ennemi {Prov., XXVII, 6). La sévérité de ceux qui nous aiment nous est plus salutaire que la douceur de ceux qui nous trompent (1). »
9. Le même, Epist. L (al. 485) ad Bonifacium : « Le médecin parait importun au frénétique qu'il lie , et le père à un enfant indocile qu'il châtie. Ce n'est néanmoins que l'amour qui fait agir l'un et l'autre ; et ce serait une fausse douceur et une véritable cruauté à l'un et à l'autre, que de laisser périr l'un son malade, et l'autre son fils, plutôt que de leur faire de la peine... Gomme les lois que les princes font contre la vérité pour le menfsonge servent à éprouver les gens de bien , et à leur faire mériter des éouronnes , quand ces derniers soutiennent la bonne cause jusqu'au bout ; de même , celles que les princes font pour la vé* rite contre le mensonge servent à réprimer les entreprises de ceux qui sont dans l'erreur, et à ramener ceux d'entre eux qui ont encore quelque reste de sens et de droiture. Ainsi , tandis que ceux qui refi^nt d'obéir aux lois que les puissances font contre la vérité de Dieu acquièrent une grande récompense , ceux qui refusent d'obéir à celles qu'elles font pour cette même vérité , s'attirent de terribles supplices. Aussi voyons-nous que l'Ecriture blâme les princes qui ont laissé subsister les institutions contraires à la loi de Dieu, et qu'elle loue au contraire ceux qui ont fait servir leur autorité à les prohiber et à les abolir.
» Ceux qui refusèrent d'obéir aux lois sacrilèges par lesquelles NabQchodonosor, encore idolâtre, ordonnaqu'on adorât l'idole qu'il avait fait dresser, signalèrent leur piété et leur foi. Mais ensuite ce même roi, converti par un miracle de la toute-puissance de Dieu , ordonna , par une loi louable et sainte , que quiconque blasphémerait le vrai Dieu, c'est-à-dire le Dieu de Sidrach, de Misach et d'Abdenago, périrait avec toute sa maison...
» Les vrais martyrs sont ceux dont Jésus-Christ parie quand il dit : Heureitx ceux qui souffrent persécution pour la justice. Ceux donc qui souffrent persécution pour l'iniquité , et pour un schisme sacrilège qui divise l'unité de Jésus-Christ, n'ont point de part à cette gloire , mais ceux-là seulement qui souffrent pour la jusiioe. Car Agar n'a-t-elle pas été persécutée par Sara? Cependant celle qui persécutait était sainte , et celle qui souffrait
(1) Cf. £e« Lettres de saint Juguêtin, t. Il, pag. 311, etc.
persécution était méchante Quand ces gens-là, pour nous
empêcher de recourir aux. justes lois des puissances contre les attentats de leur impiété, viennent nous dire que les apôtres n'ont jamais rien demandé de semblable aux. rois de la terre , ils ne prennent pas garde que l'état de l'Eglise était bien différent de ce qu'il est aujourd'hui , et que chaque chose vient en son temps. Car, où étaient alors les princes qui crussent en Jésus- Christ, et qui fussent en état de faire des lois pour son service et en faveur de la piété contre l'impiété? On en était encore à l'accomplissement de ce qui est exprimé par cette parole du Prophète : Pourquoi les nations se soulèvent-elles en frémissant ? Pourquoi forfnent-eUes de vains complots? Pourquoi les rois de la terre se sont-ils levés, et délibèrent-ils ensemble contre l'Etemel et contre son Christ? Et le temps de ce qui suit un peu plus bas dans le même psaume : Comprenez, roisde la terre; ouvrez les yeux, vous qui jugez le monde; servez le Seigiieur avec crainte , et réjouissez-vous en lui avec tremblement, n'était pas encore arrivé. Or, comment est-ce que les rois servent le Seigneur avec crainte , sinon en défendant et en punissant avec une sainte sévérité ce qui se fait contre ses lois? Car autre est le service quïls rendent à Dieu comme hommes , et autre celui qu'ils lui rendent comme rois. En tant qu'hommes, ils le servent en viviml en vrais fidèles ; mais en tant que rois , ils ne le servent qu'en établissant et en faisant observer avec fermeté des lois justes, qui tendent à faire accomplir le bien, et à empêcher le mal. C'est ainsi qu'Ezéchias a servi Dieu en abattant les temples des idoles et les bois qui leur étaient consacrés , et en démolissant les autels qu'on leur avait bâtis sur des montagnes contre la défense de Dieu. C'est ainsi que Josias l'a servi, en se conduisant de même. C'est ainsi que le roi de Ninive l'a servi , en forçant tout son peuple à se mettre en devoir de l'apaiser. C'est ainsi que Darius l'a servi, en autorisant Daniel à briser les idoles, et en faisant jeter aux lions les ennemis de ce saint prophète. C'est ainsi que Nabuchodonosor l'a servi , en défendant , comme nous l'avons vu, et sous des peines terribles, de blasphémer le Dieu de Daniel. Les rois ne servent donc Dieu, en tant que rois, que lorsqu'ils font pour son service ce qu'il n'y a que des rois qui puissent faire.
» Comme donc, au temps des apôtres, les rois, -bien loin de servir le Seigneur, formaient encore de vains projets contre lui et contre son Christ, afin que tout ce qui avait. été prédit par les prophètes fût accompli , leurs lois , au lieu de défendre l'impiété,
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ne pouvaient que porter les hommes à la commeUre. Car ainsi le demandait l'ordre des temps , et que les Juifê , en croyant rendre service à Dieu , missent à mort ceux qui prêchaient Jésus-Christ, selon la prédiclion de Jésus-Christ même , et que les nations se soulevassent contre tes chrétiens, et que la patience des martyrs triomphât di?s uns et des autres. Mais présentement que cette prédiction du Prophète : Tous les rois de la terre l'adoreront , et loutes les nations le serviront, a commencé à s'accomplir, ne faudrait-il pas avoir perdu le sens pour dire aux. princes : ^ Ne vous mettez pas en peine si l'on attaque ou si l'on révère dans votre royaume l'Eglise de celui que vous adorez? Quoi! ils auront soin de faire vivre les hommes selon les lois de l'honnêteté et de la pudeur, sans que personne ose leur dire que cela ne les regarde pas , et on osera leur dire que ce n'est pas à eux à prendre connaissance si dans leurs étals on suit les lois de la véritahle religion , ou si l'on s'abandonne à l'impiélé et au sacril^e? Eh! si , dès là que Dieu a donné à. l'homme le libre arbitre, le sacrilège doit lui être permis, pourquoi punira-ton l'adultère? L'àme qui viole la fidélité qu'elle doil à son Dieu est-elle donc moins criminelle que la femme qui viole celle qu'elle doit k son mari? Et, quoiqu'on doive punir moins sévèrement les hommes des péchés qu'ils commettent par ignorance contre la religion , faut-il pour cela la leur laisser renverser impunément?
» 11 vaut mieux sans doute porter les hommes au culte de Dieu par des instructions et des remontrances, que de les y contraindre par le la crainte. Mais, bien que ceux qui se laissent es de douceur vaillent mieux que les autres à qi luQisent pas, on ne doit pas pour cela ahandoni à eux-mêmes, car l'expérience nous a appris encore tous les jours qu'il a été utile et salutaire à plusieurs d'être forcés par la crainte et même par le châtiment, et que c'est ce qui les a poussés à s'instruire, ou même à suivre et à pratiquer ce que la parole de vérité leur avait déjà appris.
» Puis donc que Jésus-Christ même a fait violence à saint Paul pour le forcer à croire, que ces gens-ci ne disent plus, comme ils font : Il est libre à chacun de croire ou de ne pas croire; qu'ils considèrent ce qui s'est passé dans ce grand apôtre, que Jésus-Christ n'a instruit qu'après l'avoir forcé, et qu'il n'a consolé qu'après lavoir frappé. 11 est même remarquable que ce même apâtre , qu'un cb&timent sensible et corporel a forcé d'em-
brasser et de suivre l'Evangile , a plus fait lui seul , pour ce même Evangile, que tous ceux qui n'avaient été appelés que par l'attrait des paroles de Jésus-Christ ; et que sa charité est devenue d'autant plus parfaite , et a d'autant mieux chassé la crainte , que la crainte qui l'avait forcé , et qui avait servi d'entrée à la charité, avait été plus vive et plus forte.
» Pourquoi donc l'Eglise n'emploierait-elle pas la force pour faire rentrer dans son sein les enfants qu'elle a perdus, pufsque ces malheureux, enfants ne craignent point de l'employer pour faire périr les autres?
» Maximien , évéque catholique de Bagaye , demanda justice et protection à l'empereur, non tant pour se venger, que pour mettre son église à l'abri de pareilles insultes ; et s'il y avait manqué , on aurait eu plutôt sujet de l'accuser de négligence , que de le louer d'une patience semblable. Et ne voyons-nous pas que saint Paul pour l'intérêt de l'Eglise , plutôt que pour la conservation.de sa propre vie, fit savoir au tribun le complot que les Juifs avaient formé de l'assassiner, ce qui obligea le tribun de le conduire avec bonne escorte , de crainte qu'ils ne lui eussent dressé des embûches dans le chemin? Ne voyons-nous pas que le même apôtre , dans une autre occasion , eut recours aux lois romaines qui défendaient de mettre à la question et de flageller un citoyen romain, et qu'en déclarant qu'il l'était, il se garantit de l'outrage qu'on voulait lui faire? Ne voyons-nous pas enfin que, pour éviter d'être remis entre les mains des Juifs , qui voulaient le faire mourir, il implora la protection de l'empereur, tout infidèle qu'était celui-ci : montrant assez par-là aux ministres de Jésus-Christ ce qu'ils auraient à faire dans les besoins de l'Eglise, lorsqu'ils auraient des empereurs chrétiens?
» Qu'ils se souviennent qu'Absalom ayant été tué malgré tout le soin que David avait pris de recommander aux siens de lui sauver la vie, afin d'avoir lieu d'exercer envers lui sa clémence paternelle, s'il fût venu à récipiscence , et la maison de David n'ayant pu avoir la paix que par la mort de ce fils ingrat qui lui foisait la guerre, ce prince si débonnaire ne pouvait plus faire autrement que de pleurer la perte de son fils, et d'adoucir néanmoins sa douleur en voyant la paix rétablie dans son royaume. 11 en est de même de l'Eglise catholique.
)) La multiplication des maux oblige à multiplier les remèdes (i ) . »
(i)Gf. GuiLLON, t. XXII, p. 5io.
9â DES PÉCHÉS b' AUTRUI.
10. Le même, Episi. CCIV (al. 473) ad Donatum presbyierum Donatistam : « Vous trouvez mauvais qu'on vous fasse violence pour vous faire rentrer dans la voie du salut ; mais avez- vous oublié avec quelle violence vous avez entraîné un grand nombre des nôtres dans Terreur ?
» On sait bien que , comme ce n'est que la mauvaise volonté qui damne les hommes,, il n'y a que la bonne volonté qui puisse les sauver; mais l'amour que nous devons avoir pour eux n^us permet-il de les abanjionner à leur mauvaise volonté? N'est-ce pas une cruauté que de la laisser sans frein , et ne doit-on pas , autant qu'on peut , empêcher les hommes de faire le mal , et les forcer à faire le bien ?
)) S'il faut toujours abandonner la mauvaise volonté à sa liberté naturelle , pourquoi tant de fléaux et tant d'aiguillons si sensibles pour forcer les Israélites, malgré leurs murmures et leur opiniâtreté, à pousser leur, marcTie jusqu'à la terre promise?
» Vous ne prenez pas garde qu'autrefois l'Eglise était comme une plante qui ne fait encore que de sortir de terre , et qu'on ne voyait pas en elle jusque-là l'accomplissement de cette prophétie : Tom les rois de la lerre r adoreront j et toutes les nations le sermronî. C'est ce qui s'accomplit de jour en jour à vos yeux , et à mesure que l'Eglise va croissant, elle agit toujours avec plus d'autorité; elle ne se contente pas de conVier à bien faire, elle y force. Voilà ce que Jésus-Christ a voulu nous faire entendre dans un temps où , sans que sa puissance lui fit défaut , il a voulu d'abord signaler son humilité. Et c'est ce qu'il nous fait voir clairement dans cette parabole (Luc, XIV) du festin, où, après que les conviés eurent refusé de venir, le maître dit à un de ses serviteurs : Allez dans les ru^s et dans les places de la ville, et faites entrer ici les pauvres, les estropiés et les aveugles; après quoi celui qui avait, reçu cet ordre du maître , étant revenu lui dire que tout était exécuté , et qu'il y avait encore des places vides , le maître lui dit : Allez le long des haies et des grands chemins, et forcez S entrer tous ceux que vous rencontrerez, afin que ma maison se remplisse. Remarquez donc que , quand il n'est question que des premiers , Jésus-Christ ne dit pas , forcez-les d'entrer, mais , faites-les entrer; parce que ceux-là marquent les commencements de l'Eglise , qui devait s'élever peu à peu , jusqu'à ce qu'elle en vînt au point de pouvoir user de contrainte. Et c'est parce qu'après qu'elle se serait afifermie , étendue et fortifiée , il serait temps de mettre la
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force même en usage pour faire entrer les hommes au festin de réternité, que l'Evangile dit que le père de famille, averti que ce qu'il avait commandé était fait, et qu'il y avait encore de la place de reste , ordonna qu'on allât le long des haies et des grands chemins , et qu on forçât d'entrer tous ceux qu'on rencontrerait.
)> Gomme donc vous êtes tout hérissés d'épines, pour ainsi dire, par les cruautés et les violences que vous exercez contre les nôtres , vous êtes de ceux que Ton trouve dans les haies , et qu'on force d'entrer (1). »
41. Le même, Tract. XI in Evangelium Jaannis : a Quand il plait à Dieu d'exciter le zèle des puissances contre les hérétiques et les schisraatiques qui déchirent l'Eglise, qui blasphèment contre le baptême de Jésus-Christ et l'anéantissent en le réitérant, cette conduite ne doit surprendre personne : c'est Agar que Dieu livra à Sara pour en être ch&tiée {Gen., XVI, 8-9). Qu'Agar rentre donc en elle-même, et que, suivant le conseil que Fange lui donna lorsqu'elle se plaignit à lui dans le désert, elle s'humilie et retourne à sa maîtresse ; car Dieu ne lui fait infliger des châtiments que pour la faire revenir. Et plaise à Dieu qu'elle prenne ce parti! Car si elle le prend , ses enfants seront dans le cas de ceux que Jacob eut de ses servantes , et ils partageront l'héritage de leur père avec leurs autres frères, comme firent les enfants de Jacob.
» Y a-t-il de quoi s'étonner que les puissances temporelles qui
font profession de reconnaître Jésus-Christ, s'élèvent contre ces
brouillons détestables, qui voudraient détruire l'Eglise après
s'en être séparés? N'y aurait-il pas au contraire sujet de craindre
à ceux qui sont dépositaires ici-bas du pouvoir de Dieu , pour
le jour où ils auront à lui en rendre compte , s'ils n'en faisaient
pas un semblable usage, puisque le devoir des princes chrétiens
est de s'appliquer à maintenir en paix pendant leur règne l'Eglise
leur mère, qui les a engendrés selon l'esprit? Nous lisons dans
les prophéties de Daniel (III, 91), que Nabuchodonosor ayant
vu les trois jeunes hébreux dans la fournaise chanter les louanges
de Dieu du milieu des fhmmes, sans qu'elles leur fissent de mal,
&'en étonna d'abord ; et que bientôt , frappé de la grandeur de ce
prodige , et y découvrant la majesté de Dieu qui les protégeait ,
il dit en lui-même : Je ferai un édit , par lequel je défendrai à
(i) Cf. Les Lettres de saint Augustin, t. V, p. 5-18.
toutes les nations assujetties à mon empire de blasphémer contre le Dieu de Sidrach, de Misach et d'Àbdenago, sous peine pour ceux qui y contreviendront de la perte de leur vie , et de la destruction entière de leurs maisons (Dan., III, 9). Que si ce roi, qui n'était ni juif, ni circoncis, et qui était assez impie pour se faire adorer, a fait une loi si sévère pour empêcher qu'on ne blasphémât contre le Dieu d'Israël, parce qu'il avait été assez puissant pour protéger ces trois jeunes hébreux dans la fournaise, peut-on trouver mauvais que des rois chrétiens fassent des lois sévères pour empêcher qu'on n^anéantisse le baptême de Jésus- Christ , qui non-seulement a garanti les trois jeunes hébreux du feu de la fournaise, mais les a délivrés des flammes éternelles aussi bien que les rois et les peuples qu'il a rachetés ? Car c'est par lui , mes frères , que ces trois jeunes hébreux ont été délivrés du feu de la fournaise. D'où vient donc qu'il a laissé périr les enfants Machabées? Est-ce qu'il n'était pas leur Dieu et leur protecteur, aussi bien que celui de ces trois jeunes hommes? Il l'était sans doute ; aussi les a-t-il délivrés par une protection moins visible, mais non moins puissante, en leur donnant la force de se laisser brûler, plutôt que de rien faire contre les prescriptions de la loi judaïque. Et s'il a délivré les trois jeunes hommes par un miracle évident, il a couronné invisiblement les Machabées. Autre miracle qui marque d'autant mieux la puissance de celui qui l'opère, que le bonheur d'être soustrait aux flammes éternelles l'emporte sur celui d'échapper aux bûchers qu'allument des tyrans. Si donc , parce que Dieu avait délivré des flammes ces trois jeunes hébreux , le roi Nabuchodonosor s'est cru obligé de lui rendre gloire , en publiant un édit dans son empire , qui condamnait à mort tous ceux qui oseraient blasphémer contre le Dieu de Sidrach, de Misach et' d'Âbdenago, et à la destruction leurs maisons entières; comment des rois chrétiens, qui, sans avoir besoin d'exemples étrangers , reconnaissent avoir été eux-mêmes délivrés par Jésus-Christ des flammes éternelles, bien plus à redouter que celles qui épargnèrent les trois hébreux , verraientils sans s'émouvoir l'outrage que font à leur Dieu ces rebaptisants, lorsque le chassant , pour ainsi dire , des cœurs dont il est lé maître, ils contraignent des chrétiens à dire qu'ils ne sont pas chrétiens? Il leur plaît de persécuter leurs frères, et ils trouvent mauvais qu'on leur fasse essuyer le même traitement. Et cependant, notez la différence du mal qu'ils font aux catholiques, d'avec celui qu'on leur fait si justement soufi'rir. Ils tuent les
DES PÉCHÉS d' AUTRUI. 9S
âmes, et la peine qu'on leur inflige n'affecte que leurs corps; ils donnent la mort éternelle à ceux qu'ils séduisent , et ils n'ont à se plaindre eux-mêmes que de supplices temporels dont on les menace (1 ) . )>
12. S. Bernard, Serm. LXVI super Cantica canticorum : « Il vaut assurément beaucoup mieux que les hérétiques soient réprimés par le glaive , je veux dire par celui qui a droit de le porter, plutôt que de leur laisser répandre au loin leur erreur. Car le prince est le miniMre de Dieu pour exécuter ses vengeances, en punissant celui qui fait de mauvaises actions {Rom,, XII, k). Quelques-uns s'étonnaient de voir (les hérétiques condamnés) marcher à la mort , non-seulement sans résistance , mais même avec joie ; ceux qui s'en étonnent ne considèrent pas assez quelle est la puissance du démon , non-seulement sur les corps , mais même sur les âmes dont il s'est une fois emparé. Ne faut-il pas plus de résolution pour se donner la mort à soi-même , que pour la recevoir d'un autre sans murmure ? Or, une expérience assez fréquente nous fait voir que le démon a pu inspirer cette résolution à plusieurs, qui ont mis fin à leurs jours, ou en se jetant à l'eau, ou en s'étranglant eux-mêmes. Enfin, qui ne sait que Judas s'est pendu, sans doute parce que le démon lui avait inspiré de le faire ? Je regarde cependant comme un acte plus forcené et plus étonnant celui qu'il lui avait inspiré de livrer son divin maître, que celui dont il s'agit ici de s'être pendu lui-même. Il n'y a donc point à établir de similitude entre la constance des martyrs et l'obstination de ces hérétiques , parce que le mépris de la mort était l'effet de la piété dans les premiers, et de l'endurcissement dans les seconds. »
13. S. JÉRÔME, in caput V Epistolœ ad Galatas : « Une étincelle est quelque chose de bien faible et de presque imperceptible; mais quelque faible qu'elle soit, si elle trouve un foyer et tant soit peu d'aliment, elle pourra incendier des villes et des forêts entières. Le levain aussi, dont l'Evangile s'est servi dans un autre sens comme d'un sujet de parabole , paraît une chose de rien; et cependant mêlez-le avec de la farine^ il communiquera sa vertu à la masse entière. Ainsi encore les mauvaises doctrines commencent par un seul , puis infectent deux ou trois premiers , puis insensiblement la gangrène se répand dans
(i) Cf. Les Traités de saint Augustin sur l'Evangile de saint Jean , lome !•', p. 386-590.
96 t)ES PÉCHÉS D' AUTRUI.
tout le corps de la société , et comme dit le proverbe , une seule brebis galeuse suffît pour gâter tout le troupeau. C'est pourquoi il faut éteindre Tétincelle dès qu'elle commence à paraître, écarter sur-le-champ le levain du reste de la pâte, retrancher les chairs putréfiées, séquestrer du reste du troupeau la brebis galeuse, si l'on veut prévenir soit l'incendie d'une maison, soit la fermentation d'une masse de pâte, soit la gangrène pour le corps entier, soit la corruption et la perte de tout un troupeau. Arius n'était à Alexandrie qu'une étincelle; mais cette étincelle , pour n'avoir pas été tout de suite étouffée , embrasa l'univers entier de sa flamme. »
14. S. Grégoire-le-6rand , Lib. XII, Epist. XXXI, ad Felicem episcopwn Siciliœ : a II vaut mieux, en condamner un seul pour mettre tous les autres en sûreté, que d'exposer par ménagement pour un seul le salut de tous. On ne s'étonnera pas que cette règle soit observée parmi les hommes, lorsqu'on réfléchira qu'on la pratique même à l'égard des animaux , parmi lesquels on a soin de mettre ceux qui sont atteints de quelque maladie à part de ceux qui sont sains, de crainte que la maladie des premiers ne soit contractée par les seconds. »
15. S. Augustin, in Ps, L; voir plus haut, témoignage 4, p. 84 et 85.
16. S. Grégoire -LE -Grand, Lib. IV Dialogorum, c. 18 : « Quoique nous devions croire que tous les enfants baptisés entrent dans le royaume du ciel s'ils viennent à mourir à cet âge de première enfance , nous ne devons pas croire pour cela que tous ceux d'entre eux qui peuvent déjà parler entrent dans le royaume céleste, parce qu'il y a de ces enfants à qui l'entrée de ce royaume est fermée par leurs parents, ou par la mauvaise éducation qu'ils en reçoivent. Citons pour exemple un petit enfant de cette ville, âgé, je crois, pour l'époque dont je parlerai tout-à-l'heure , d'environ cinq ans : son père , fort connu ici , avait pour lui une affection trop tendre qui l'empêchait de le reprendre quand il faisait mai; de sorte que cet enfant, dès qu'il se trouvait contrarié en quelque chose, avait pris l'habitude de blasphémer le saint nom de Dieu. Cet enfant donc fut atteint, il y a trois ans, d'une maladie mortelle, et bientôt il toucha à sa fin. Et comme son père le tenait dans ses bras , l'enfant voyant venir à lui les esprits malins, comme me l'ont attesté ceux qui étaient présents , se mit à s'écrier en jetant des regards d'effroi : Mon père , défendez-moi ; mon père, défendez-moi. Après avoir crié de
DES FÉGHKS d'aIjTRLJ. 97
même, il détourna te visage, pour se soustraire, s'il Teùt pu, aux esppits malios en se réfugiant entre les bras de son père. Son père lui demandant alors ce qu'il voyait qui lui causait tant de frayeur, l'enfant ajouta : Ce sont des Mores qui sont venus, et qui veulent m'enlever. Puis aussitôt il blasphéma le saint nom de Dieu , et ensuite rendit l'àme. Dieu en efTct, voulant faire voir pour quel crime, dont son père avait négligé de le corriger pendant sa vie, il le livrait à de tels bourreaux, permit que cet CDfant retombât dans ce même crime ^au moment où il allait mourir, et qu'après avoir exercé la patience divine par ses blasphèmes proférés dans Tétat de santé, il servit désormais d'exemple de la justice divine par la mort qui lui arriva, le dernier blasphème qu'il proféra dans ce moment indiquant suffisamment à son père la faute que ce dernier avait commise en négligeant le soin de Tâme de son enfant, pour le livrer, dev^u déjà grand pécheur malgré la faiblesse de son âge , aux feux de Tenfer. »
17. S. Ghrysostôme, Hom. IX in I Epistolam ad Timotheum : « Ce n'est pas une œuvre d'un léger mérite, que de consacrer à Dieu les enfants qu'on a reçus de Dieu. Car une grande récompense est réservée aux parents assez heureux pour fonder Téducation de leurs enfants sur des bases solides , comme ils doivent s'attendre à un châtiment sévère , s'ils négligent ce devoir. Nous voyons en efifet que le grand-prêtre Héli n'a dû qu'à ses enfants le malheur dont il fut frappé. Il devait les reprendre, et il les reprit en effet, mais sans employer la sévérité nécessaire; et pour avoir craint de leur faire de la peine, il les perdit et se perdit avec eux. Faites attention à ceci, pères qui êtes ici pour m'entendre : élevez vos enfants avec beaucoup de soin dans l'observation des préceptes et des enseignements du Seigneur. Un jeune homme est comme un animal indompté : il a besoin d'être entouré de précepteurs, d'instituteurs, de maîtres, et de gouverneurs sans nombre. Et Dieu veuille qu'au moyen de toutes ces précautions vous réussissiez à le contenir ! Car il est comme un coursier qui ne connaît pas le frein, ou plutôt comme un animal sauvage. Si donc nous lui traçons dès le premier âge les limites qu'il ne devra jamais dépasser, nous n'aurons pas besoin après cela de beaucoup de peine pour l'engager & s'y tenir; car l'habitude toute seule lui tiendra dèslors lieu de loi. Ne permettons à ceux de cet âge aucun plaisir qui puisse leur être funeste; n'ayons point pour eux IV. 7
98 DES PÉCHÉS D*Al}TRUI.
de molle indulgence; mais attachons-nous surtout à les conserver dans la modestie : car rien ne nuit à cet âge comme le défaut contraire... Ne leur épargnons ni les exhortations, ni les avertissements, ni les réprimandes, ni les menaces, et quand un de ces moyens se trouvera usé, passons à un autre. Considérons la jeunesse comme un dépôt de prix qui nous est confié. Qu'elle soit donc l'objet de notre sollicitude, et faisons tous nos eflForts pour qu'elle ne nous soit pas enlevée par l'ennemi des hommes. Mais, hélas, notre conduite à cet égard est précisément le contre-pied de ce qu'elle devrait être. Pour rendre un champ fertile, nous nous résignons à tous les sacrifices : nous avons soin de le mettre entre les mains d'un homme fidèle ; nous usons de discernement pour faire choix d'un bon muletier, d'un sage économe , d'un homme d'affaires qui soit entendu ; et ce que nous avons de plus précieux, un fils, nous ne nous occupons pas de lui trouver un maître qui sache le conserver dans l'innocence. Et pourtant ce fils est ce que nous pouvons posséder de plus précieux , et tous nos autres biens n'ont de prix pour nous que par rapport à celui-là. C'est pour nos fils que nous amassons du bien; quant à nos fils eux-mêmes, nous mettons en eux en quelque sorte notre fin dernière. Ne soyez donc plus si inconséquent ; formez avant tout l'esprit et le cœur de votre fils , et ne songez qu'après cela à lui procurer le reste. Car si son âme est esclave du vice, à quoi lui serviront toutes ses richesses? Qu'elle soit au contraire douée de vertu , elle n'aura rien à redouter même de la pauvreté. Voulez-vous le laisser riche après votre mort? Apprenez-lui à être homme de bien. Car il pourra de cette manière amasser des richesses; ou s'il n'y réussit pas, il ne sera pas plus à plaindre pour cela que ceux qui en auront amassé. Si au contraire il se conduit mal , vous auriez beau lui laisser des millions en héritage , vous ne lui laisseriez pas pour cela un gardien qui le préserverait de ses excès , mais vous auriez rendu sa condition pire que celle de ceux qu'on voit réduits à la plus extrême indigence. Car la pauvreté est plus avantageuse que les richesses pour tous les enfants dont l'éducation est vicieuse. En effet, elle les retient même malgré eux dans le sentier de la vertu ; aiï lieu que les richesses ne laissent pas même à ceux qui le voudraient la faculté de rester vertueux , mais elles les séduisent, les aveuglent, leur causent des égarements et des maux sans nombre. Mères qui m'écoutez, prenez un soin particulier de vos filles : cette occupation sera pour vous un travail facile.
Veillez attentivemait à ce qu'elles gardent la maison. ÂTant tout, formez-les à la piété, à la modestie, au mépris des richesses et des pompes frivoles. Alors vous pourrez songer à leur procurer d'honnêtes mariages. Car en leur donnant cette éducation vertueuse , vous ne les sauverez pas*seulement elles-mêmes , mais vous sauverez aussi les hommes assez heureux pour les épouser; et non-seulement leurs époux , mais aussi leurs enfants; et nonseuiement leurs enfants, mais encore leurs petits - enfants. Car la racine étant bonne , tous les rejetons en seront prospères, et vous recevrez la récompense de tout ce bien à la fois. En faisant Téducatton d'une seule âme , persuadons-nous donc que nous travaillons en même temps pour plusieurs. Car une vierge qui quitte la maison paternelle pour prendre le lit nuptial , est comme un athlète qui sort de l'enceinte où il s'est exercé pour descendre dans l'arène; elle doit posséder d'avance l'art de gouverner une maison , pour devenir comme un bon levain qui communiquera sa vertu à toute la masse. Que les jeunes hommes aussi se fassent remarquer par leur pudeur, leur modestie et leur chasteté, afin de mériter les louanges et de Dieu et des hommes. Qu'ils apprennent à réprimer leurs convoitises, à pratiquer la frugalité, à être économes, officieux et soumis. Ainsi seront-ils pour leurs parents une source d'avantages sans nombre ; ainsi tout se rapportera-t-il à la gloire de Dieu et à notre salut (1). »
Qu'est-ce que se rendre complice par participation du péché d'aulrui ?
On se rend complice par participation du péché d'autrui, lorsqu'on consent à partager le profit avec des voleurs ou des ravisseurs; lorsque, de complicité avec d'autres, on revendique ou on retient une part dans un bien qu'on sait être injustement acquis ou du moins ne pas nous appartenir; enfin, lorsqu'on ne craint pas de s'enrichir des dépouilles d'autrui. Ce péché est aussi celui qui semble être désigné par ces expressions du Psalmiste, cottrir a'oec ks voleurs, prendre pari aux crimes des adultères. ^'^sl encore ce péché qu'Isaïe reprochait au peuple juif en ces termes : Vos princes sont des infidèles; ils sont les œmpagnms des
(l)Gf. Opéra S. Joann. Chrysost, tome XI, pag. S97-tt98, éëlt. dt
^onUaucoD.
100 DES PÉCHÉS o'àUTRUI.
voleurs; Unts aiment les présents, ils ne cherchent que le gain 0I ^l'intérêt. C'est le même péché, bien que plus criminel encore, que commettent ceux qui font commerce de Tinfamie d'autrui, tels que les maîtres de maisons de* prostitution, ou qui osent donner asile à des voleurs , ou à d'autres gens mal notés ou dangereux , pour mettre en sûreté leurs personnes ou leur butin (X).
TÉMOIGNAGES DE l'ÉCRITURE.
1. Tohiejt IL 49-24 : « Pour ce qui est d'Anne, sa femme (de Tobie), elle allait tous les jours faire de la toile, et apportait pour vivre ce qu'elle pouvait gagner du travail de ses mains. — Il arriva donc qu'ayant reçu un jour un chevreau , elle l'apporta à la maison. — Et son mari l'ayant entendu crier, dit : Prenez garde que ce chevreau n'ait été dérobé ; rendez-le à ceux à qui il est, parce qu'il ne nous est pas permis de manger ni même de toucher rien qui ait été dérobé. »
2. Proverbes, 1, 40-44, 43-45 : « Mon fils, si leç pécheurs cherchent à vous séduire , ne vous laissez point prendre à leurs caresses. — S'ils vous disent : Venez avec nous, dressons des embûches pour répandre le sang, etc.; — nous trouverons toutes sortes de biens et de choses précieuses; nous remplirons nos maisons de riches dépouilles; — entrez en société avec nous; n'ayons tous qu'une même bourse : — Mon fils, n'allez point avec eux, détournez vos pas de leurs sentiers. »
3. Ibid,, XXIX, 24 : (c Celui qui s'associe avec un voleur est ennemi de sa propre vie; il entend qu'on le prend à serment, et il ne le décèle point. » ^
4. Nombres, XVI, 28-30 : « Moïse se leva donc et se dirigea vers Dathan et Àbiron, et les anciens d'Israël le suivirent; — et
' il dit au peuple : Retirez-vous des tentes de ces hommes impies, et ne touchez à rien qui soit à eux , de peur que vous ne soyez
Quid est participatione atienutn peecatum cantrakere î
Id maxime fit, qaando in partem lucri eam foribus , sive raptoribus renimus :
cUm itidem bona injuste parta , vel qaovis modo aliéna nobis unà cnm aliis scienter ▼endicamus aut retinemns : cbm insuper spoliis alienis ditescimus. Qu6 pertinere
videtur, quod Psalmographus dixit, cum faribus ipsis currere, et cum adulteris portionem taabere. Sic et Esaias objicit popn^o judaico : Principes tui infidèles, socii f^ rum y omnes diligunt munera, sequunivr retributiones, Gravius adhuc delingaunt, qui lucrum sibiex aliquaturpitadine aperti parant, ut lenones; quique Iatronibus« et notx turpitudinis vel factionis hominibus praebere audent hospitium et locnna , que se illi , aut sua recipiant.
DES PÉCHÉS d'aUTRLT. 401
enveloppés dans la peine de leurs péchés. — Lorsque tous se furent retirés des environs de leurs tentes , Dathan et Âbiron en sortirent aussi, et se tinrent à rentrée de leurs pavillons, avec leurs femmes , leurs enfants et toute leur troupe. -^ Alors Moïse dit : Vous reconnaîtrez à ceci que c'est le Seigneur qui m'a envoyé pour faire tout ce que vous voyez, et que ce n'est point moi qui l'ai imaginé de mon propre chef. — Si ces gens-ci meurent d'une mort ordinaire aux hommes, et qu'ils soient visités comme les autres ont coutume de l'être , ce n'est point, j'y consens, le Seigneur qui m'a envoyé; — mais si le Seigneur fait par un prodige nouveau que la terre , ouvrant ses abîmes , les engloutisse, etc. »
5. Ecclésiastique, V, i : a Ne vous appuyez pas sur des richesses iniques, et ne dites point : J'ai tout ce qu'il me faut pour vivre ; car tout cela ne vous servira de rien au temps de la vengeance et des profondes ténèbres. »
6. II ParalipomèneSj XX, 35-37 : « Après cela, Josaphat, roi de Juda , fit alliance avec Ochosias, roi d'Israël, dont les œuvres étaient très-impies. — Et ils convinrent ensemble d'envoyer une dette à Tharsis , et ils firent construire des vaisseaux à Asiongaber. — Et Eliézer, fils de Dodaû de Marésa, prophétisa à Josaphat, et lui dit : Parce que vous avez fait alliance avec Ocbosias, Dieu a renversé vos desseins, et vos vaisseaux ont été brisés, de sorte qu'ils n'ont pu aller à Tharsis. »
7. JosoÉ, YII, 20-26 : «Et Achan répondit à Josué, et lui dit : Il est vrai que j'ai péché contre le Seigneur Dieu d'Israël, et voici ce que j'ai fait : — J'ai vu parmi les dépouilles un manteau d'écarlate de bonne qualité , et deux cents sides d'argent , avec une règle d'or de cinquante sicles , et je me suis passionné pour ces objets , et je les ai pris , et les voilà cachés en terre au milieu de ma tente, comme aussi l'argent dans une fosse que j'y ai faîte. — Et Josué envoya des exprès qui coururent à la tenta d'Achan, et voilà qu'ils trouvèrent tout ce qui y était caché, avec l'argent au même lieu qu'il avait dit. — Et ayant tiré toutes ces choses hors de sa tente , ils les portèrent à Josué, et à tous les enfants d'Israël , et les jetèrent devant le Seigneur. — Or, Josué et tout Israël qui était avec lui ayant pris Achan, fils de Zaré, et l'argent, et le manteau et la règle d'or, avec ses fils et ses filles, ses bœufs, ses ânes, ses brebis, sa tente même et tout ce qui était ^ lui, les conduisirent en la vallée d'Achor. — Et Josué lui dit : Parce que tu nous a jetés dans le trouble, que le Seigneur te jette
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aussi dans le trouble en ce jour-ci. Et tout Israël le lapida; et tout ce qui avait été à lui fut consumé par le feu. — Et ils amassèrent sur lui un grand monceau de pierres, qui se voit encore aujourd'hui. Ainsi la fureur du Seigneur se calma; et ce lieu fût appelé et s'appelle encore aujourd'hui la vallée d'Achor. »
8. Daniel, V, 1-7, 17, 20-28, 50-31 : « Le roi Balthasar donna un grand festin à mille de ses grands , et chacun y buvait selon sa. force. — Le roi étant donc déjà plein de vin, oommaiida qu'on apportât les vases d'or et d'argent que Nabuchodonosor, son père, avait enlevés du temple de Jérusalem, pour boire dedans , lui et ses femmes et ses concubines, et les grands de sa cour. — On apporta donc aussitôt les vases d'or et d'argent qui avaient été enlevés du temple de Jérusalem , et le roi but dedans avec ses femmes et ses concubines et les grands de sa cour. — lis étaient tout occupés à boire et à chanter les louanges de leurs dieux d'or et d'argent, d'airain et de fer, de bois et de pierre. — En ce moment même on vit paraître des doigts, et comme la main d'un homme qui écrivait vis-à-vis du candélabre, sur la muraille de la salle du roi : et le roi voyait le mouvement des doigts de la main qui écrivait. — Et le visage du roi fut tout changé, et son esprit fut saisi d'un trouble violent ; ses reins perdirent toute leur force, ses genoux s'entre-choquaient. — Le roi
poussa donc un grand cri, pour qu'on fit venir les mages
— Daniel, répondant, dit au roi : Que vos dons soient pour vous, et que d'autres reçoivent de vos mains les présents de votre maison : je ne laisserai pas de vous lire cette écriture, et de vous dire ce qu'elle signifie... — Quand le cœur de Nabuchodonosor, voire père, se fut enflé, et que son esprit se fut endurci dans son orgueil, il fut expulsé du trône, et destitué de sa royauté, et sa gloire lui fut ôtée. — Il fut mis à part des enfants des hommes; son cœur devint semblable à celui des bétes; sa demeure fut avec les ânes des forêts; et il mangea l'herbe des champs comme les bœufs, et son corps fut trempé de la rosée du ciel, jusqu'à ce qu'il reconnût quç le Très-Haut a un souverain pouvoir sur les royaumes des hommes , et qu'il les donne à qui il lui plaît. — Et vous, Balthasar, qui êtes son fils, vous-même n'avez poiot humilié votre cœur, quoique vous sussiez toutes ces choses ; — mais vous vous êtes élevé contre le maître du ciel ; vous avez fait apporter devant vous les vases d'or de sa maison sainte , et vous avez bu dedans, vous, vos femmes et vos concubines, avec
DES PÉCHÉS d' AUTRUI. 103
les grands de votre cour ; vous avez en même temps décerné vos louanges à vos dieux d'argent , d'or, d'airain , de fer, de bois et de pierre, qui ne voient point, qui n'entendent et ne sentent point ; et vous n'avez point rendu gloire au Dieu qui tient en sa main le souffle de votre vie et toutes vos voies. C'est pourquoi Dieu a envoyé de son trône le doigt de la main qui a gravé ces caractères. — Or, voici ce qui est écrit : Mané, Thicel, Phares; — en voici l'explication : Mané, Dieu a compté votre règne , et il en a marqué la fin. — Thécel, vous avez été pesé dans la balance, et on vous a trouvé trop léger. — Phares, votre royaume a été divisé, et donné aux Mèdes et aux Perses. — La même ouit Balthasar, roi des Ghaldéens, fut tué; — et Darius, qui
était Mède , lui succéda dans la royauté à l'âge de soixante-deux
aos. »
9. IIMachabées, III, S-15, 23-31, 35-40 : (( Simon, qui avait l'intendance du temple, voyant qu'il ne pouvait vaincre Onias, alla trouver Apollonius, fils de Tharsée, qui commandait en ce temps-là dans la Célésyrie et dans la Phénicie. — Il lui rapporta que les richesses du temple de Jérusalem étaient immenses et ramassées dans un trésor ; que cet argent était destiné pour les besoins de l'Etat, et non pour la dépense des sacrifices, et qu'il était facile de le faire passer entre les mains du roi. — Apollonius ayant donné en conséquence avis au roi des grandes sommes d'argent déposées dans le temple , le monarque fit venir Héliodore, qui était son premier ministre, et l'envoya avec ordre de faire enlever tout cet argent. — Héliodore partit aussitôt , en apparence pour visiter les villes de Célésyrie et de Phénicie, mais dans la réalité pour exécuter le projet du roi. — Et lorsqu'il fut arrivé à Jérusalem, après avoir été reçu dans la ville par le grand-prêtre avec toutes sortes d'égards, il lui déclara l'avis qu'on avait donné au roi au sujet de cet argent , et le véritable objet de son voyage , et il demanda si ce qu'on lui avait dit était véritable. — Alors le grand-prêtre lui représenta que cet argent était déposé dans le temple pour la subsistance des veuves et des orphelins; — qu'une partie même de cet argent, dont l'impie Simon lui avait parlé , appartenait à Hircan-Tobie , homme qui jouissait d'une très-grande considération; et que toute cette somme consistait en quatre cents talents d'argent et en deux oents talents d'or; — qu'au reste il était absolument impossible <lo tromper ceux qui avaient cru ne pouvoir mieux assurer leur î^rgent qu'en le mettant en dépôt dans un temple vénéré de toute
104 DES PÉCHÉS d'aUTRLI.
la terre pour sa sainteté. — Mais Héiiodore, insistant sur les ordres qu'il avait reçus du roi , répondit qu*il fallait , à quelque prix que ce fût, que cet argent fût porté au roi. — Il entra donc dans le temple au jour marqué pour mettre son dessein à exécution, et toute la ville était remplie d'une vive crainte. — Les prêtres, avec leurs robes sacerdotales, se prosternaient au pied de Fautel, et, les yeux élevés vers le ciel, ils invoquaient celui qui a fait une loi de garder fidèlement les dépôts confiés, etc. — Héiiodore poursuivait son dessein , debout avec ses gardes à la porte d,u trésor. — Mais l'esprit du Dieu tout-puissant se manifesta alors d'une manière éclatante, en sorte que tous, ceux qui avaient osé obéir à Héiiodore, renversés par une vertu divine, furent tout d'un coup frappés d'une frayeur qui les mit tout hors d'eux-mêmes. — Car ils virent paraître un cheval, sur lequel était monté un homme terrible, habillé magnifiquement, et qui fondant avec impétuosité sur Héiiodore, le frappa de plusieurs coups avec ses deux pieds de devant; et celui qui était monté dessus semblait avoir des armes d'or. — Deux autres jeunes hommes parurent en même temps, pleins de force et de beauté, brillants de gloire et richement vêtus, et se tenant aux deux côtés d'Héliodore, ils le fouettaient chacun de son côté, et le frappaient sans relâche. — Héiiodore tomba donc tout d'un coup par terre, enveloppé d'obscurité et de ténèbres; alors on le mit dans une litière et on l'emporta hors du temple. — Ainsi cet homme qui était entré dans le temple, précédé d'un grand nombre d'archers et de gardes , était emporté sans que personne pût le secourir, tant la vertu de Dieu s'était fait connaître manifestement.— Cette vertu divine le réduisit à demeurer couché par terre, sans voix et sans aucune espérance de vie. — Les Juifs au contraire bénissaient le Seigneur de ce qu'il relevait la gloire de sa maison; et le temple qui ne présentait auparavant que frayeur et tumulte, retentit alors de chants d'allégresse et de cris de joie, en reconnaissance de cette manifestation de la toutepuissance divine. — Bientôt quelques-uns des amis d'Héliodore Se mirent à supplier Onias de vouloir bien invoquer le Très-Haut, pour qu'il donnât la vie à cet homme qui allait rendre le dernier soupir.... — Héiiodore ayant offert à Dieu un sacrifice, et fait des vœux et de grandes promesses à celui qui lui avait accordé la vie, rendit grâces à Onias, alla rejoindre ses troupes, et retourna vers le roi. — Et il rendait témoignage à tout le monde de ces œuvres du grand Dieu, qu'il avait vues de ses
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yeux . — Et comme le roi lui demanda qui il croyait qu'il lui convint d'envoyer encore à Jérusalem , il lui répondit : Si vous avez quelque ennemi , ou quelqu'un qui ait formé des desseins sur votre royaume , envoyez-le en ce lieu , et vous le verrez revenir déchiré de coups , si toutefois il en échappe ; car il y a vraiment dans ce temple une vertu divine. — Celui qui habite dans le ciel y est lui-même présent; il en est le protecteur, et il frappe et perd ceux qui s'y introduisent pour faire du mal. — Voilà le traitement que subit Héliodore, et la manière dont le trésor fut conservé. »
10. Il Machahies, V, lS-21 : « Ântiochus osa même entrer dans le temple , ce lieu le plus saint de toute la terre , ayant pour guide Ménélaûs, l'ennemi des lois et de sa patrie. — Et prenant dans ses mairis criminelles les vases sacrés, que les autres rois et les villes avaient placés en ce lieu saint pour en être l'ornement et la gloire, il les maniait indignement et les profanait. — Ainsi Ântiochus s'égarait-il dans ses vaines pensées, et il ne considérait pas que si Dieu faisait éclater pour un peu de temps sa colère contre les habitants de cette ville, c'était à cause de leurs péchés , et que c'était pour cela qu'un lieu si saint avait été exposé à cette profanation. — Car autrement, s'ils n'avaient été coupables de plusieurs crimes, ce prince, à l'exemple d'Héliodore qui avait été envoyé par le roi Séleucus pour piller le trésor, aurait été fouetté comme lui au moment de son arrivée , et puni efficacement de son audace. — Mais Dieu n'a pas choisi le peuple à cause du temple ; il a choisi au contraire le temple à cause du peuple. — Voilà pourquoi ce lieu a été associé au peuple dans ses maux, comme il lui sera aussi associé dans ses succès ; et après avoir été quelque temps abandonné à cause de la colère du Dieu tout-puissant, il sera de nouveau élevé à la plus haute gloire, lorsque le Dieu souverain se réconciliera avec son peuple. — Antiochus ayant donc emporté du temple dix-huit cents talents, s'en retourna promptement à Antioche. »!
H. lUd,, IX, ft-16 : « Antiochus, transporté de colère, s'imaginait qu'il pourrait se venger sur les Juifs de l'outrage que " lui avaient fait ceux qui l'avaient mis en fuite. • — C'est pourquoi il commanda à celui qui conduisait son char de presser ses chevaux, et de hâter son voyagé, poursuivi qu'il était lui-même par la vengeance du ciel pour celte parole insolente qu'il avait dite, qu'arrivé à Jérusalem, il ferait de cette ville le tombeau commun de tous les Juifs. — Mais le Seigneur, le Dieu d'Israël
qui voit tout, frappa ce prince d'une plaie incurable et invisible : car il n'eut pas plus tôt proféré cette parole , qu'une douleur cruelle et d'affreux tourments déchirèrent ses entrailles. — Et ce fut avec justice , puisqu'il avait lui-même déchiré les entrailles des autres par un grand nombre de tourments nouveaux , bien que cela même ne le fit pas encore renoncer à sa naalice. — Plein d'orgueil , et ne respirant que feu et flammes contre les Juifs , il commanda qu'on précipitât son voyage ; mais dans l'impétuosité de sa course , il tomba de son char, et tout son corps lut froissé, et ses membres meurtris. — Ainsi, celui qui tout-àl'heurç croyait , dans son orgueil satanique , pouvoir opmroander même aux flots de la mer, et peser dans sa balance les montagnes les plus hautes, se trouva à l'instant humilié jusqu'à terre , porté mourant dans une litière , et manifestant à tous dans sa personne la toute-puissance de Dieu par ce spectacle même. — Car on voyait des vers sortir du corps de cet impie , comme d'une source ; et tout en conservant la vie au milieu de tant de douleurs, ses chairs lui tombaient par pièces en répandant dans toute l'armée une infection que personne ne pouvait supporter. — Et celui qui naguère s'imaginait qu'il pourrait atteindre jusqu'aux étoiles du ciel ne pouvait plus trouver de serviteurs à cause de l'odeur insupportable qui s'exhalait de son corps. — Il commença donc alors à rabattre de cet orgueil dont il était possédé , et à reconnaître le peu qu'il était, ses douleurs redoublant à chaque moment sous le fouet inexorable de la vengeance divine. Ainsi ne pouvant plus lui-même souffrir la puanteur de ses plaies , il dit : Il est juste que l'homme soit soumis à Dieu , et que celui qui est mortel ne s'égale pas au Dieu souverain. — Mais en parlant ainsi , c'était en vain qu'il priait le Seigneur, de qui il ne devait point obtenir miséricorde. — Et celui qui se hâtait auparavant d'aller à Jérusalem pour la raser jusqu'au niveau du sol , et pour n'en faire qu'un vaste charnier de corps morts entassés les uns sur les autres , promettait maintenant de la rendre libre, — et d'égaler aux Athéniens ces mêmes Juifs qu'il avait jugés indignes de la sépulture , et de qui il avait dit qu'il donnerait leurs corps en proie aux oiseaux du ciel et aux bêtes farouches, et qu'il exterminerait jusqu'à leurs plus petits enfants. — Il s'engageait aussi à orner de dons précieux le saint temple qu'il avait pillé depuis peu, à y augmenter le nombre des vases sacrés, etc. )) 12. / Machahées, VI, iO-13 : u II appela donc tous ses amis
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et leur dit : Le sommeil s'est éloigné de mes yeux , mon cœur est tout abattu, et je me sens défaillir par le chagrin que j'éprouve. — Et j'ai dit dans mon cœur : A quelle afOiction suis-je maintenant réduit, et en quel abime de tristesse me vois-je plongé, moi qui étais auparavant si heureux et si aimé au milieu de la puissance qui m'environnait! — Je me souviens à présent des maux que j'ai faits dans Jérusalem, d'où j'ai emporté tous les vases d'or et d'argent qui s'y trouvaient, et fait enlever sous des prétextes frivoles ceux qui habitaient la Judée. — Je reconnais donc que c'est pour cela que tous ces maux sont tombés sur moi; et vpilà qu'affligé d'un horrible mal, je meurs misérablement dans une terre étrangère. »
15. Psaume XLIX, 46-18 : « Mais Dieu a dit au pécheur, etc. — Si tu vovais un voleur, tu courais t'associer avec lui , et tu prenais part aux crimes des adultères. »
14. IsAïE, I, 23-25 : « Vos princes sont des infidèles, et les compagnons des brigands. Ils aiment les présents , tous tant qu'ils sont, et. ils ne cherbhent que le gain et l'intérêt. Us ne font point justice à l'orphelin, et la cause de la veuve n'a point d'accès auprès d'eux. — C'est pourquoi le Seigneur, le Dieu des armées, le fort d'Israël, a dit : Hélas! je déchargerai ma colère sur ces rebelles, et je me vengerai de mes ennemis. — Et j'étendrai ma main sur toi, Jérusalem, etc. »
15. Deutérofiome , XXIII, 18 : « Vous n'offrirez point dans la maison du Seigneur votre Dieu la récompense de la prostituée, ni le prix du chien, quelque vœu que vous ayez fait, parce que VuQ et l'autre est abominable devant le Seigneur votre Dieu. »
TEMOIGNAGES DE LA TRADmON.
i. Grégoire de Tours, Lib. de glorid confessorum, c. 63 : « La fille de Léon , empereur des Romains , étant tourmentée de l'esprit impur et conduite pour- cela dans les lieux saints, laissait échapper continuellement ce cri que lui inspirait l'esprit mauvais qui la possédait : Je ne sortirai de ce corps , qu'à la présence de l'archidiacre de Lyon; il n'y aura que lui qui puisse m'expulser de ce lieu. L'empereur ayant entendu ces mots, dépêcha sans tarder des exprès vers les Gaules. Ceux-ci ayant trouvé l'archidiacre, se mirent à le supplier de se rendre avec eux à Rome pour visiter la fille du prince. L'archidiacre s'y refusa d'abord , €n se déclarant indigne d'être l'instrument de Dieu pour les merveilles qu'il lui plairait d'opérer ; mais enfin , cédant aux exhor-
tations de son évéque , il se mit en roule avec les envoyés. Arrivé auprès de l'empereur, il en fut reçu avec des honneurs extraordinaires. Une fois instruit de ce que souffrait la jeune princesse, il se dirigea vers la basilique de l'apôtre saint Pierre , et là , après avoir observé un jeûne de trois jours de suite accompagné de veilles et de prières , il chassa Tesprit impur du corps de la jeune fille, en invoquant sur elle le nom de Jésus-Christ et en la marquant du signe de la croix. Pour le récompenser d'avoir opéré celte guérison , l'empereur lui offrit trois cents pièces d'or ; mais cette grande âme , regardant comme rien les biens périssables de la terre, répondit au prince : a Si vous désirez m' enrichir de vos présents , accordez-m'en un qui profite à tout le pays ; faites remise de l'impôt au peuple jusqu'à trois milles au-delà de l'enceinte des murs : ce bienfait sera avantageux à tout le monde à la fois. Mais pour votre or, il ne me servirait de rien; distribuez-le aux pauvres pour votre bonheur et celui de votre famille. » Le prince accédant à cette proposition, fit aux pauvres la distribution de l'or, et accorda au peuple la remise de tribut qui lui était demandée. De là est venue la coutume qui dure encore dans ce pays de ne payer d'impôts qu'à trois milles en dehors de la ville. Après que le saint archidiacre se fut retiré, l'empereur dit à sa suite : « Si ce ministre aime Dieu plus que l'argent, l'église du moins à laquelle il est attaché mérite d'être honorée par nos présents. » Alors il fait faire un coffret pour renfermer le livre des saints Evangiles , avec une patène et un calice d'or pur orné de pierres précieuses. Il charge un de ses confidents de porter à l'église de Lyon cet ouvrage admirablement travaillé; mais le commissionnaire, arrivé aux Alpes, s'arrêta dans la maison d'un orfèvre. Celui-ci l'ayant questionné sur le sujet de son voyage , il le lui fit connaître avec confiance et simplicité ; sur quoi l'orfèvre lui dit : « Si vous voulez suivre mon conseil , cette affaire va nous enrichir tous les deux. » Séduit sans doute par Je malin esprit, et comme on dit parmi le peuple que, quand on a l'appétit de l'or, et qu'on cherche à tromper quelqu'un, les esprits n'ont pas de peine à s'unir, l'envoyé consentit sur-lechamp à tout ce que voulut l'orfèvre. Alors notre faussaire se mit à fondre des ouvrages d'argent tout semblables, et qu'on aurait pris pour les modèles fabriqués en or, et il fixa artistement avec des clous les pièces qui avaient auparavant pour agrafes des pierreries ou des filets d'or. Il ne toucha pas cependant au calice , à cause de la solidité avec laquelle les pièces y avaient
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été incrustées. Après cette échange frauduleux, le porteur poursuivit sa route et arriva à Lyon. Il fait son offrande à lévéque, qui le gratifie à son tour; puis étant allé rejoindre Fauteur de l'imposture, il lui- demande sa part dans For qui avait été soustrait de l'offrande ; Torfèvre lui répond que tout n'est pas encore prêt, mais il lui promet de le satisfaire quand la nuit sera venue. Après donc qu'ils eurent soupe , comme ils étaient ensemble dans la chambre où se fabriquaient les pièces , voilà que tout-à-coup il se fait un tremblement de terre , et que la chambre secouée violemment tombe sur eux et les écrase. En même temps la terre s'entr'ouvre sous leurs pieds, et les engloutit avec leur argent, en sorte qu'après avoir poussé un cri lugubre ils descendirent tout vivants dans les enfers. Ainsi Dieu s'empressa-t'il de venger l'injure faite à son Eglise. J'ai vu moimême bien des fois ces ouvrages dans l'église de Lyon. Que les peuples apprennent par cet exemple à ne pas envier à l'Eglise ses richesses , pas plus qu'à user de fraude dans' les offrandes qu'on lui fait Autrement, le coupable ne tarderait pas à voir éclater sur lui la jtistice de Dieu. »
2. Ibidem j c. 71 : « Il fut donné à la ville d'Aix un excellent athlète dans la personne de Métriaâ , homme d'une sainteté émi'^ nente, si l'on en croit l'histoire. Quoique de condition servile, il se montra noble par l'élévation de ses sentiments : au rapport de ceux qui ont lu le récit de son combat, quand il eut achevé icibas le cours de ses bonnes œuvres, il se retira victorieux de l'arène, l'éclat de ses vertus ne laissant aucun doute sur la gloire el le bonheur dont il jouit dans le ciel. Du temps donc que Francon était évéque de cette église (1), Ghildéric (2), qui était alors le premier en crédit auprès du roi Sigebert, voulut avoir sa ferme, disant qu'elle était injustement retenue par l'église d'Aix , et l'évèque fut aussitôt appelé à comparaître. Il vint en la présence du roi après avoir donné des cautions, et conjura le roi de ne pas l'obliger à se trouver à cette audience, de peur qu'il ne subît lui-mèn^e la rigueur du jugement divin, a Car je sais, dit-il, quelle est la vertu de saint Métrias, qui tire promptement vengeance de quiconque entreprend d'usurper ce qui lui appartient. »
(I) Francon est compté pour le huitième évéque de la ville d'AisL, et n'est connu que par ce passage de saint Grégoire. Il vivait Pan 564, sous le règne de Sigebert.
(^) n ne faut pas confondre ce Gliildéric avec le roi Childéric, frère du roi Sigebert.
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Enfin les avocats plaident de part et d'autre la cause des parties. Childéric se lève lui-même , et reproche à révoque déjà fotigué de ses incriminations de retenir injustement les redevances attachées aux domaines du roi ; puis il le fait enlever par force du milieu de Taudience, oblige les juges restés présents à rendre contre lui une sentence qui Texproprie de sa ferme, et le fait condamner en outre à payer une amende de trois cents écus d'or. Tout le monde s'était mis pour lui; et personne n'osait rien dire contre sa volonté , ni résister à la puissance de son crédit. Enfin l'évêque condamné et dépouillé revint à sa ville , et prosterné en oraison devant le tombeau du saint , il dit après avoir récité le capitule du psaume : « On n'allumera point ici de lumières, et on ne chantera plus de psaumes, que vous n'ayez, ô glorieux Saint, vengé vos serviteurs des injures qu'ils ont reçues de leurs ennemis, et que vous n'ayez fait rendre à la sainte- église les choses qui lui ont été ôtées par violence. )> Cela dit, il jeta en fondant en larmes des ronces et des épines aiguës sur le tombeau. Et quand il fut sorti de ce lieu-là, il en ferma la porte, et sema d'autres épines à l'entrée. Tout-à-coup le ravisseur est envahi par une fièvre violente ; il se met au lit, ne veut plus prendre ni nourriture ni boisson , et sa respiration devient de plus en plus agitée. Si l'ardeur de la fièvre lui faisait sentir la snif, il ne buvait que de l'eau, et rien davantage. Que dirai-je de plus? 11 passa une année entière dans cet état d'agitation fiévreuse; mais sa méchante âme ne se convertit pas pour cela. Cependant il perdait de jour en jour ses cheveux et les poils de sa barbe, et bientôt il devint tout chauve , en sorte qu'on eût cru voir un cadavre exhumé du tombeau où ses poils auraient été consumés. Abattu par tous ces maux et par d'autres encore de ce genre , ce misérable se rappelle trop tard, hélas, le mal qu'il a fait, et se dit à lui-même : a 3'ai péché, en dépouillant l'Eglise de Dieu et en faisant outrage à un saint évêque. Allez donc, dit-il à ses gens, allez maintenant le plus vite que vous pourrez ; et après que vous aurez restitué le domaine, Temettez ces six cents écus d'or sur le tombeau du saint : car j'ai une ferme espérance que, cette restitution une fois faite, la santé me sera rendue. » Ceux à qui il donnait cet ordre n'eurent pas plus tôt l'argent entre les mains , qu'ils se hâtèrent d'exécuter la commission. Ils restituèrent h domaine , et déposèrent l'argent sur le tombeau du serviteur de Dieu ; mais ils n'eurent pas plus tôt accompli ce devoir, que le malade expira à la place où il était, et ne gagna que la perte de
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sa vie à se faire le suppdt d'une acquisition injuite. L*évéque au contraire se trouva vengé de l'ennemi de l'Eglise, comme il s'était tenu assuré de l'être par la vertu de l'athlète de Dieu (1). »
3. Le même, Lib. I de glùrid martp^m, c. 38 : a Comme le cœur humain ne cesse de battre pour des jouissances dont on doit rougir, un sous-diacre ayant aperçu à travers la fenêtre les vases d'agent (renfermés dans les tombeaux des martyrs Chrysanthe et Darie), songea en lui-même comment il pourrait accomplir ce que son avarice lui suggérait. La nuit étant donc venue et déjà avancée, il se leva de son lit, entra dans l'église des^ saints, et de l'église passa par la fenêtre dans le caveau, où en tâtant des mains au milieu de l'obscurité, il prit quelques aiguières d'argent, puis voulut se retirer avec son butin ; mais il ne fit que tourner toute la nuit , et ne put jamais retrouver l'entrée par où il avait pénétré. Enfin le jour étant venu, comme la conscience qu'il avait de son crime le poilait à faire tous ses efforts pour se cacher, suivant cette parole de Noire-Seigneur : Quiconque fait le md hait la lumière, et ne paraît point à la lumières de peur que ses (Buvres ne soient manifestées (Joan., lil, 20), il se cacha tout le jour dans un coin du caveau, de peur d'être aperçu. La nuit suivante, il chercha encore l'issue pour sortir, mais jamais il ne put la trouver, et il fit de même trois nuits de suite. Enfin, le troisième jour, comme il était tourmenté de la faim, il se présenta à la fenêtre devant tout le peuple , et laissant l'argenterie qu'il avait enlevée , il confessa son crime , et sortit couvert de confusion, raclion qu'il avait faite ne pouvant plus échapper aux regards de toutes les personnes présentes (2) . »
4. Ibidem, c. 72 : « Saint Denis, évêque de Paris, a honoré sa ville de son martyre. A l'époque où le roi Sigebert vint sous les murs de cette ville avec son armée, et mit en cendres la plus glande partie de ses faubourgs, un de ses principaux officiers accourut à la basilique (3) de ce saint martyr, non pour y prier dévotement , mais uniquement pour y commettre quelque larcin.
(i) Cf. La seconde partie des Histoires de saint Grégoire , évèque de Tours, de la trad. de M. de Marolles; Paris, 1668 , t. II , p. 312-314.
(2)Cf./6idew, p. 60-61.
(3) L'église actuelle de saint Denis n'a été bâtiîe que plus tard , et sous 'c règne de Dagobert. La basilique dont il s'agit ne pouvait donc être <iu'une chapelle bâtie sur le même emplacement , ou quelque autre église de Paris bâtie sous le vocable du saint, telle que l'église de Saint-Denisdu-Pas, ou celle de Saint-Denis-de-la-Charle , etc.
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Gomme il trouva les portes tout ouvertes, et le temple laissé sans gardiens, il prit audacieusement le poêle de soie enrichi d'or et de pierreries qui couvrait le tombeau du saint, et remporta avec lui. De retour au camp, il se trouva forcé de s'embarquer. Le valet qu'il avait loué à son service s'étant embarqué avec lui, en portant deux cents écus d'or suspendus à son cou, tomba tout-àcoup hors du navire sans que personne l'eût seulement touché, se noya bientôt, et ne put plus être retrouvé depuis. L'officier voyant la justice de Dieu s'exercer ainsi à son égard par la perte qu'il venait de faire de son valet ei de son or, demanda sans tarder qu'on le remît à terre à l'endroit même d'où il s'était embarqué, et sans perdre de temps, courut restituer le poêle qu'il avait dérobé. Mais quoiqu'il eût fait celte réparation, il ne put pas voir l'anniversaire du Jour où il avait commis le vol (1). »
5. Ibidem, c. 79 : « L'église d'Agde, qui se glorifie de posséder des reliques de l'apôtre saint André, a été plus d'une fois illustrée par d'éclatants miracles, qui sont venus confondre les usurpateurs de ses biens. En dernier lieu le comte Gomachaire envahit une terre de la dépendance de celte église. L'évêque Léon (2), centriste de cet attentat , vint trouver le comte et lui dit : « Laissez, mon fils, laissez le bien des pauvres, que le Seigneur a commis à mes soins, de peur qu'il ne vous porte malheur, et que les larmes des indigents, qui ont vécu jusqu'ici de son produit, n'obtiennent votre mort de la justice divine. » Mais le comte, qui était hérétique, ne tenant nul compte de cet avertissement de l'évêque , retint en sa possession ce bien sacrilégement enlevé. Cependant, il vint quelque temps après à être atteint de la fièvre ; et comme il ne se sentait pas seulement tourmenté par le malaise physique, mais aussi par les remords dont il était bourrelé , il députa de ses gens auprès de l'évêque pour lui faire cette prière : <( Daigne le pontife adresser pour moi des prières au Seigneur, et je lui rendrai la terre qui lui appartient. » L'évêque aussitôt pria , et le malade recouvra la santé ; et une fois guéri , il dit à ses gens : <c Que pensez-vous que disent maintenant ces romains (3)? Us s'imagineront sans doute que je n'aurai
(1) Cf. La seconde partie des Histoires de saint Grégoire, évéque de Tours, de la trad. de M. de Marolles; Paris, 1668, t. H, p. 112-115.
(2) Léon fut le quatrième des évéques d'Agde : il vivait vers l'an 840, et n'est connu que par ce passage de saint Grégoire. Baronius n'a p3s oublié d'en faire mention dans ses Annales,
(5) Expression remarquable dans la bouche d'un hérétique , qui s'en sert ici pour désigner les catholiques.
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eu la fièvre, que parce que je leur avais enlevé leur domaine. Ce mal ne lii'esl pourtant arrivé que par une suite ordinaire de la condition humaine. Mais, quoi qu'ils fassent, ils n'auront point ce domaine de mon vivant.
» En même temps il envoie un de ses officiers pour reprendre le bien qu'il avait rendu. L'évêque en ayant été informé , vint le trouver sur-le-champ et lui dit : a Est-ce que vous vous repentez du bien que vous avez fait, pour vouloir maintenant revenir làdessus? Ne faites point cela, je vous prie, de peur d'encourir la vengeance divine. » Le comte répondit à l'évêque : a Taisezvous, taisez-vous, bon homme; je vous ferai mettre à cru sur un âne, et traverser la ville dans cet équipage , pour apprêter à rire à tous ceux qui vous verront dans cet état. » L'évêque, sans faire de réplique, recourt à ses moyens accoutumés de défense. 11 va se prosterner en oraison, passe la nuit sans se coucher, et s'occupe uniquement de gémir ou de chanter des psaumes. Le jour venu, il va aux lampes de l'église suspendues à la voûte, et s'armant du bâton qu'il tenait à la main, il les met toutes en pièces en disant ces paroles : a On n'allumera point ici de cierges ni de lampes, jusqu'à ce que Dieu soit vengé de ses ennemis, et que les biens de sa maison lui aient été rendus. Il n'eut pas plus tôt achevé ces mots, que l'hérétique ressentit de nouveau ses accès de fièvre. Et comme il se voyait à rextrémité, il envoya dire à l'évêque : « Daigne le pontife supplier pour moi le Seigneur, et rendu à la santé je restituerai la terre usurpée, et j'en donnerai encore une autre de même valeur. » L'évêque répliqua : u J'ai prié le Seigneur, et il m'a exaucé. » Le comte lui envoie une seconde députation , puis une troisième , pour le prier de se souvenir de lui dans ses prières; mais l'évêque persiste dans sa réponse, et refuse de consentir à prier Dieu pour lui. L'hérétique voyant cela, se fait mettre sur un brancard, et porter vers l'évêque, pourie prier en sa propre personne et lui dire : a Je vous rends votre domaine que je vous ai injustement ravi , et je vous en offre de plus une fois autant, ne demandant autre chose à votre sainteté, sinon qu'elle prie pour moi. » Comme l'évêque ne voulait pas encore lui accorder ce qu'il lui demandait, il le contraignit de vive force d'entrer dans l'église , où il n'eut pas plus tôt mis le pied, que le comte expira, et l'église recouvra le domaine qui lui avait été ravi (i). »
(1) Cf. La seconde partie des Histoires de saint Grégoire, évéque de Tours, de la Irad. de M. de MaroUes; Paris, «668, t. Il, p. 125-125. IV. 8
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6. Le même, Lib, Il de glorid martyrumj c. 43 : a Comme le roi Théodoric entrait dans l'Auvergne» comme un torrent impétueux , pour ravager tout le pays, une partie de son armée, s'élant séparée du reste , se jeta du côté de Brioude , en ajoutant foi au bruit qui courait que les habitants s'étaient réfugiés dans l'église , où ils avaient ramassé tout ce qu'ils possédaient de plus précieux. Arrivés à l'endroit, ils trouvèrent en effet qu'une multitude de personnes des deux sexes s'étaient renfermées dans l'église avec leur mobilier. Et comme on leur en refusait l'entrée , un des soldats rompit les vitres d'une fenêtre du côté de l'autel, et pénétra par cette ouverture comme un voleur; car celui qui n'entre pas par la porte est un voleur et un larron, dit l'Evangile (Joan., X, 1). Ensuite il ouvrit les portes du temple, et donna passage à l'armée. Alors faisant main basse sur tout le !)ien des pauvres , sur les ministres de l'église eux-mêmes et sur tout le peuple renfermé dans le temple, les soldats mirent tout dehors, et se partagèrent entre eux tout ce butin à quelques pas de la ville même. Tout cela ayant été rapporté au roi, ce prince fit saisir quelques-uns des coupables, qu'il condamna à divere genres de supplices. Celui qui avait été le premier auteur de tous ces forfaits en forçant comme il l'avait fait l'entrée du temple, voulut prendre la fuite; mais le feu du ciel tomba sur lui et le frappa de mort. On voulut l'ensevelir sous un tas de pierres; mais le tonnerre et l'orage remit son cadavre à découvert, de sorte qu'il resta sans sépulture. Quant aux autres complices de l'attentat qui réussirent à échapper à la vengeance du roi, quand ils furent rentrés dans leur pays, ils furent livrés au démon, et périrent plus misérablement les uns que les autres. Frappé de ce châtiment exemplaire, le roi fit rendre tous les objets qui avaient été enlevés de ce lieu : car il avait défendu d'exercer aucune violence dans l'espace de sept milles toufe autour de l'église (1). »
7. Ibidem, c. 14 : a Siginald, qui était fort puissant auprès du roi , s'en alla en Auvergne , par ordre du prince, avec toute sa famille. Comme il ne craignait pas de faire de tous côtés des acquêts injustes, il envahit , sous prétexte d'échange, une ferme que Tétrade (2) , évêque de Bourges , d'heureuse mémoire , avait
(i) Cf. La seconde partie des Histoires de saint Grégoire, évêque de Tours, de la trad. de M. de MaroUes; Paris, 1668, t. II, p. 190-191.^
(2) Tétrade est uiarqué le quinzième, dans le catalogue des évêques de Bourges. Il assista en 506 au concile d'Agde, et en bl l à celui d'Orléans, où il prit la qualité do molropolilain.
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laissée à la basilique de Saint- Julien ; mais trois mois après cet attentat, la fièvre le prit, et perdant connaissance, il pencha la tête sur son lit. Sa femme étant inquiète de le voir en cet état, fut avertie par un prêtre de le faire transporter hors de la ferme, si elle voulait sa guérison. Elle fit donc apprêter un équipage , et son époux ayant été placé sur un brancard, ils n'eurent pas plus tôt franchi la limite de la ferme, qu'ils sentirent tous les deux les effets de la grâce de Dieu : l'un par la santé qu'il recouvra, l'autre par la joie qu'elle eut de le voir guéri (1). )>
8. Ibidem, c. 15 : u Un certain Pastor Ingenuus, nommé ainsi non pas pour sa vertu , mais parce que c'était son nom appellatif , entre autres injustes usurpations qu'il commit à l'égard de la basilique du saint martyr Julien, en vint à ce point de témérité que lui inspirait sans doute l'ennemi du salut des hommes, de vouloir s'approprier et d'envahir effectivement quelques métairies de celle église, voisines de ses propres terres. Le prêtre du lieu ayant député vers lui quelques-uns de ses clercs pour l'exhorter à -entendre raison, et à se désister de sa prétention injuste, cet homme violent, comme s'il eût eu des ennemis armés à conibattre , se saisit aussitôt de son carquois , et ayant jnis les clercs en fuite à coups de flèches, il retint en sa possession les domaines du saint. Or, il se trouva que bientôt après devait se célébrer la fête du glorieux martyr : l'usurpateur, ne se souvenant plus des envahissements qu'il avait commis, non plus que de l'outrage qu'il avait fait aux clercs, se rendit au bourg de Brioude cinq jours avant la fête pour la célébrer avec les autres. Comme il était à table d'amis tout ehtier livré à la joie , tout-à-eoup on vit des éclairs qui furent suivis d'un tonnerre épouvantable, et les éclairs ayant redoublé , un dard de feu s'échappant du ciel vint le frapper à mort, sans qu'aucun autre que lui fût atteint. Puis, pour servir d'exemple à tout le monde , on le vit brûler vivant comme un bûcher allumé. Le peuple réuni pour la solennité fut frappé d'adnairation à la vue de ce prodige et saisi de crainte , et il n'en fallut pas davantage pour l'empêcher de toucher désormais à rien de ce qui appartenait à l'église du saint. Et pour qu'on ne croie pas que ce châtiment ait été l'effet du hasard, qu'on veuille bien remarquer qu'entre toutes les personnes présentes il n'y eut de frappé que le sacrilège (2). »
(0 Cf. La seconde partie des Histoires de saint Grégoire , évêque de Tours, de la trad. de M. de Marottes; Paris, 1668, t. II, p. 191. (^Ç^i. Ibidem, 192-195.
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9. Ibidem, c. 1(3 : a Je dirai aussi de quelle manière le bienheureux martyr confondit l'orgueil du comte Beccon. Comme ce Seigneur commettait des exactions publiques, et que, tout fier de sa puissance, il opprimait une foule d'innocents, il lui arriva, un jour qu'il était à la chasse, de perdre un épervier à qui il avait donné l'essor. Dans le même temps un des serviteurs de la basilique de saint Julien , se trouvant en route , fit la rencontre d'un autre épervier qui semblait égaré; cet homme était au reste le sommelier de la maison. Beccon ayant appris qu'il avait trouvé un épervier, se mit à Taccuser en disant. : (i Cet épervier était à moi , et il me l'a dérobé. )> Puis, la cupidité succédant au dépit, il fit lier et jeter cet homme en prison , avec le dessein de le faire pendre dès le lendemain. Alors le prêtre désolé se rendit en toute hâte au tombeau du saint, et lui ayant déclaré les causes de son affliction , il y prit dix écus d'or, qu'il envoya à Beccon par des amis affidés. Mais le comte, peu content de celte offre, fit serment de ne rendre au serviteur sa liberté, qu'à condition qu'on lui remît trente écus d'or entre les mains. Le prêtre prit encore cette somme au tombeau du saint, et la fit passer à Beccon, qui voyant sa cupidité satisfaite, rendit enfin le serviteur. Mais le Dieu infiniment puissant, qui était avant le soleil, humilia l'oppresseur de rinnoccnce selon les richesses de sa bonté. Car, au bout de l'année, étant venu à la fête du saint, il entra dans le saint lieu, avec la troupe de ses gardes. Mais à peine le lecteur, qui s'était avancé pour lire l'histoire du saint martyr, eut il ouvert le livre et prononcé dès les premières lignes le nom de saint Julien, que Beccon tomba à terre en poussant un cri effroyable, et d'une bouche écumante de sang lâcha encore plusieurs cris entrecoupés. Ses gens le prenant dans leurs bras, l'enlevèrent de la basilique et le rapportèrent dans sa maison. Et ils ne doutaient pas que ce ne fût là la juste peine du traitement qu'il avait fait au serviteur de cette église. Le comte fit don au saint de tout ce qu'il avait sur lui de précieux, tant en or qu'en vêtements, et lui envoya encore beaucoup d'autres offrandes; mais il n'en resta pas moins frappé de paralysie jusqu'au jour de sa mort (i). >» 10. Ibidem, c. 17 : a II y eut aussi un certain diacre, qui ayant quitté le service Je l'Eglise, se jeta dans les finances; et se prévalant du pouvoir que lui donnaient ses protecteurs, il
(i) Cf. La seconde partie des Histoires de saint Grégoire, évèquc de Tours, de la trad. de M. de Marolles; Paris, 1668, l. Il, p. 193-194.
DES PECHES DAtTRVl. 117
commeltait tant de crimes, qu'à peine pouvait^ être supporté par ses voisins. Il arriva un jour, que se promenant autour des bois qui sont sur les montagnes , où les moutons étaient menés paître par les grandes chaleurs de Tété, il songeait à reconnaître les pacages qui appartenaient au domaine public , pour en tirer les tributs accoutumés. Comme il avait déjà commis plusieurs spoliations à regard des particuliers, il découvrit tout-àooup de loin des troupeaux, qui se gardaient en ce lieu-là sous le nom du martyr; aussitôt il précipite sa marche, et comme un loup ravissant, disperse le troupeau. Les bergers effrayés et consternés avaient -beau lui dire : « Ne touchez pas, s'il vous plait, à ces moutons, qui sont du domaine du saint martyr Julien; » il leur répliquait avec moquerie : w Pensez-vous donc que Julien s'occupe à manger des béliers? » Puis les ayant maltraités de coups, il emporta ce qu'il voulut, ne sachant pas apparemment , le misérable qu'il était, que quiconque enlève quoi que ce soit du domaine des saints, fait injure aux saints, ainsi que Notre-Seigneur l'a dit lui-même : Qui votis méprise me méprise, et qui reçoit le jmte recevra la récompense du juste (Luc, X, 15; Matth., X, 40). Il arriva qu'à quelque temps de là, étant allé à Brioude non par dévotion, mais par cas fortuit, il fut renversé à terre devant le tombeau, et bientôt saisi de la fièvre, il se sentit oppressé d'une telle chaleur, qu*il ne pouvait ni se lever, ni appeler un valet pour le soutenir. Ses gens , voyant qu'il était plus longtemps à revenir que de coutume, s'approchèrent de lui et lui dirent : « Comment êtes-vous si longtemps couché ici par terre? Vous n'avez pas coutume d'être si. long à vos prières, et votre dévotion était un peu plus courte. » Car on a dit de lui que, toutes les fois qu'il entrait dans une église, il s'y contentait de-murraurer quelques paroles du bout des lèvres, puis en sortait sans même incliner ta tête. Ses gens donc n'ayant pu tirer de lui aucune parole , on l'enleva à force de bras du lieu où il était, et on le mit au Ut dans une chambre voisine. Mais comme sa fièvre augmentait toujours, il se mit à se désespérer et à crier qu'il était brûlé par le martyr. Alors, éclairé sur son état à la lumière des jugements de Dieu, il en vint à confesser les crimes que jusque-là il avait pris soin de cacher^ et il priait en grâce qu'on jetât de l'eau sur lui. On lui apporta donc de l'eau dans une aiguière et on en jeta sur lui à plusieurs reprises; à chaque fois une fumée épaisse s'éleva de son corps comme d'une fournaise. Son misérable corps devint noir comme du charbon,
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et il s'en exhalait une telle puanteur, qu'à peine pouvait-on la supporter. Bientôt, faisant signe de la main , il donna à connaître qu'il était allégé (1) ; puis, comme on se retirait, il rendit l'esprit, et nous pouvons dire sans crainte quel lieu occupe maintenant un homme qui est sorti de ce monde sous le poids d'un jugement si sévère ("â). »
11. Ibidem j c. 20 : <( C'était la fête de saint Julien , et voilà qu'un homme du peuple voyant l'église du saint parée de ses plus beaux ornements, conçut le désir coupable d'en enlever ce qu'ensuite il ne lui serait pas possible de tenir caché. Sur la fin donc de la journée , comme le peuple se retirait de réglise après les vêpres, il se blottit dans un coin, et la nuit venue , comme tout le monde était couché et que tout était enveloppé dans les ténèbres, il sortit de sa retraite, et sans rien craindre , ayant le démon pour satellite» et pour instigateur de son action abominable, il se jeta d'un bond sur.les balustrades du sépulcre du saint, et ayant arraché du haut une des pierres précieuses qui brillait d'un vif éclat, il fit tomber la croix par terre, puis fit un paquet des tavayoles et des petits tapis qui pendaient tout autour de l'église contre les murailles, et le mettant sur ses épaules avec la croix qu'il tenait à sa main, il se retira au même lieu d'où il était sorti : là , il déposa le paquet qu'il mit sous sa tête, et assoupi par son péché même, il s'endormit. Mais sur le minuit ceux qui avaient les clefs de l'église étant venus faire leur ronde, virent scintiller dans un coin , comme une étoile, une des pierres précieuses qui ornaient la croix. Saisis d'étonnement, ils s'approchèrent avec défiance, et ayant allumé un cierge, ils trouvèrent le voleur étendu avec les objets qu'il avait pris, mais qu'il n'avait pu emporter. Toute la nuit ils le tinrent sous bonne garde, et quand le matin fut venu, il leur confessa tout ce qu'il avait fait, en leur assurant qu'il s'était endormi de lassitude, parce qu'après avoir longtemps tourné dans l'église avec son fardeau, il n'avait jamais pu en trouver la porte pour en sortir (5). »
12. Théodouet, Ecclesiast. Histor., Lib. lll, c. 11 (al. 8) : (c Les impies idolâtres, quoique certainement instruits de ces
(i) Indicat se esse levforem. Cela veut-il dire qu'il éiait allégé, et non pas plutôt qu'il avait été trouvé trop léger dans la balance?
(2) Cf. La seconde partie des Histoires de saint Grégoire, évêque de Tours, de la trad. de M. de Marolles; Paris, t668, 1. 11, p. i9b-196.
(3) Cf. Ibidem, p. 198-199.
DES PËGHÈS d'aUTHUI. 119
faits, levèrent Fétendard de la guerre contre le souverain maître de l'univers. Le tyran (Julien) de son côté fit jeter dans son trésor les vases sacrés, et condamner en même temps les portes de l'église qu'avait élevée Constantin , afin que tout accès en fût fermé à ceux qui ont coutume de s'y assembler. Cette église était occupée alors par les ariens. On vit en même temps entrer dans ce saint temple, pour en enlever les vases sacrés, et Julien préfet cleTOrient, et Félix questeur du trésor royal, et Ëlpide intendant de la fortune privée de l'empereur, ou son œmes privaius, comme disent les Romains. On dit que Félix et Elpide, qui étaient chrétiens, avaient apostasie pour complaire au prince impie. Quand Julien fut dans le temple, on dit qu'il répanidit de son urine contre la table sainte , et qu'il soufOcta Euzoïus qui voulait l'en empêcher, en lui répliquant que la Divinité ne prenait aucun souci des affaires des chrétiens. Félix, frappé de ia magnificence des vases sacrés, que l'église devait à la libéralité de Constantin et de Constance : Voilà, s'écria -t-il, avec quels vases somptueux se fait le service du fils de Marie. »
13. Ibidem, c. 12 (8 et 9) : « Mais ces monstres ne tardèrent pas à porter la peine de leurs attentats aussi insensés que criminels. Car Julien avant été subitement atteint d'une maladie mortelle, qui lui rongeait et faisait pourrir les entrailles, périt misérablement, après avoir rendu ses excréments, non par les conduits naturels, mais par sa bouche même qui avait été l'instrument de ses blasphèmes. On rapporte que son épouse, que recommandait la pureté de sa foi , lui dit : Cher époux , vous devez bien des actions de grâces à Jésus-Christ notre Sauveur, de ce qu'il vous a montré sa puissance par ce châtiment si visible. Car vous seriez resté sans reconnaître celui à qui vous aviez la témérité de vous attaquer, si , usant de sa patience accoutumée , dne vous avait frappé de ces maux. » Ces paroles, jointes à. l'excès de son mal , lui faisant comprendre la cause de sa maladie, il supplia l'empereur de restituer à l'église les vases et les ornements qui lui avaient été enlevés; mais il mourut sans avoir pu l'obtenir. Félix à son tour, atteint tout-à-coup d'un mal miraculeux, mourut après avoir rendu tout son sang par la bouche pendant plusieurs jo%irs et plusieurs nuits de suite,. et passa ainsi , ^'«ne mort affreuse à la mort éternelle, plus affreuse encore. voilà comment ces hommes portèrent la peine de leur impiété. »
14. Victor, évêque de Vite oud'Utique, Lib. I persecntionis ^ymddicœ : « Genseric, irrité contre l'Eglise de Dieu, envoie
iik ' DES PÉCHÉS CONTRE LE SAINT-ESPRIT.