‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, trChapitre 12 sur 68 · V. Obfirroato animo in crimine scienter persistere · texte numérisé non relu

V. Obfirroato animo in crimine scienter persistere

VI. Absque pœnitentiae proposito pervers» vitœ finem nullum facere :

6. Actes, IX, 4-2 : « Saul ne respirant encore que menaces et qu'exécutions sanguinaires contre les disciples du Seigneur, vint trouver le grand-prétre , — et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s'il trouvait quelques personnes de cette religion, hommes ou femmes , il les amenât prisonniers à Jérusalem. »

TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION

1. S. Thomas d'Aquin, Suwim. theoL, 2a 2», g. 14, art, i : (( A regard du péché ou blasphème contre l'Esprit-Saint , il y ' a trois sentiments. En effet, plusieurs anciens ^docteurs, savoir, saint Athanase, saint Hilaire , saint Ambroisc, saint Jérôme et saint Chrysostôme (1), disent qu'on pèche contre TEsprit-Saint quand on prononce un blasphème dans lequel l'Esprit-Saint est nommé, soit qu'on entende par l'Esprit-Saint Dieu lui-même pris dans son essence , ou la Trinité entière dont chaque personne est esprit et sainteté, soit qu'on prenne ce même nom pour le nom propre de l'une des trois personnes. Et de cette manière s'explique la distinction établie dans saint Matthieu (XII, 32) entre le blasphème contre l'Esprit-Saint et le blasphème contre le fils de l'homme. Car parmi les actions de Jésus-Christ, il y en avait de naturelles à l'homme, telles que celles de manger, de boire, et autres semblables, et d'autres qui requéraient la puissance d'un Dieu, comme de chasser les démons, de ressusciter les morts, el de faire d'autres prodiges, qu'il opérait par la vertu de sa divinité et par l'opération de l'Esprit-Saint , dont il était rempli quant à son humanité. Or, les Juifs avaient premièrement blasphémé contre le fils de l'homme, en l'appelant un mangeur et un buveur, un ami des publicains et des gens de mauvaise vie (Matth., XI,* 19). Mais ensuite ils en vinrent ù blasphémer contre le Saint-Esprit, en attribuant au prince des démons les prodiges que Jésus-Christ opérait par la vertu de sa propre divinité et par Vopéralion de l'Esprit-Saint. Et c'est pour ce dernier fait qu'ils sont trouvés coupables d'avoir blasphémé contre le Saint-Esprit. Autre est l'interprétation de saint Augustin , qui dit dans son livre deverbis Dom,, Serm, XI, c. 14, 15 et 21, que le blasphème ou

(i) s. Alhanasc, Tract, partie, super illud Matth., XII, Qui dixerit verbum contra Filium hominis; S. Hilaire, can. 12 in Matth.; S. Ambroise, in Lucam, super illud cap. XII : Qui verhum in Spiritum ^anctum dixerit; S. Chrysostôme, Hom. XLII in Matth.; S. Jérôme, in Vaith. XII.

i^G DES PECHES CONTRE LE SAINT-ESPRIT.

péché contre rEsprit-Saint est Vimpénitenoe finale, ce qui a lieu quand on persévère jusqu'à la mort dans le péché mortel. Or, celte sorte de blasphème ne se commet pas seulement par les paroles que profère la bouche, mais aussi par celles, ou-quelecœur se dit à hii-méme, ou que l'action fait entendre ; et elle se commet non par un simple acte, mais par des actes multipliés. Entendue de cette manière , la parole contre le Saint-Esprit est appelée de ce nom, parce qu'elle s'inscrit en faux contre la rémission des péchés qui s'etTectue par l'Esprit-Saint, qui est l'amour du Père et du Fils. En cet autre sens , Nolre-Scigneur ne faisait pas aux Juifs le reproche de pécher eux-mêmes contre l'Esprit-Saint ; car ils n'étaient pas encore réduits à l'état d'impénitence finale ; mais il les avertissait de prendre garde qu'en parlant comme ils le faisaient, ils n'en vinssent à pécher contre l'Esprit-Saint. Et c'est ainsi qu'il faut entendre ce qui est dit dans saint Marc (III, 29 et 30), où après avoir rapporté ces paroles : Quiconque aura blasphémé contre l Esprit-Saint n'en recevra jamais le pardon, pXc, l'Evangéliste ajoute : Il parlait ainsi ^ parce qu'ils disaient : Il est possédé de l'esprit impur. D'autres enfin (1) entendent encore différemment la chose , et disent qu'on pèche ou qu'on blasphème contre l'Esprit- Saint, quand on pèche contre ce qui lui est approprié; or, ce qui est approprié à l'Esprit-Saint, c'est la bonté, comme la puissance est appropriée au Père , et la sagesse au Fils. Ils prétendent en conséquence que pécher par faiblesse , c'est pécher contre le Père; que pécher par ignorance, c'est pécher contre le Fils; enfin, que pécher par malice, en faisant le mal par choix, de la manière que nous avons expliquée (4^ 2», q. 78, art. l et 3), c'est pécher con're le Saint-Esprit. Et c'est ce qui a lieu de deux façons différentes : 1** quand on cède au penchant de l'habitude vicieuse appelée malice ; et en ce premier sens , pécher par malice ce n'Çst pas la même chose que pécher conlre TEspril-Saint; 2® quand on repousse et qu'on écarte par mépris ce qui aurait pu empêcher la volonté de faire choix du mal, comme quand on repousse l'espérance pal* le désespoir, la crainte par la présomption, et ainsi du reste, comme nous le dirons plus bas (art. suiv., et q. XX et XXI). Or les choses, quelles qu'elles soient, qui nous empêchent de faire choix du péché, sont encore des effets de l'Esprit-Saint ; et par conséquent pécher de la sorte par malice, c'est pécher contre le Saint-Esprit. »

(1) Ce scnllinenl élait celui do Piorn^ Lomt)ard.

2. Le même, ibidem, art. 2 : u Suivant la troisième acception donnée tout-à-rheure au péché contre TEsprit-Saint, il convient de distinguer six péchés de cette espèce , savoir : le désespoir, la présomption, l'impénilencc, Tobslination , la résistance à la vérité connue , et l'envie des grâces que Dieu accorde à nos frères : péchés qu'on distingue entre eux d'après le mode de répulsion ou de mépris qu'ils supposent des choses qui peuvent empêcher l'homme de faire choix du péché. El les choses de cette nature se rapportent , soit au jugement de Dieu , soit à ses dons, soit au péché lui-même. Car l'homme est délourné de faire choix du péché par la considération du jugement de Dieu, qui réunit la justice à la miséricorde , et par l'espérance , qui résulte de la considération de la miséricorde , dont l'office est de remettre les péchés et de récompenser les vertus. Or, l'espérance est détruite par le désespoir (i). L'homme est encore détourné du péché par ia crainte qui nait de la considération de la justice divine , dont Toffice à son tour est de punir les péchés ; or , la crainte est détruite fdiV là présamption ; quand on présume, par exemple, qu'on peut obtenir la gloire sans les mérites, ou le pardon sans le repentir. Maintenant , les dons de Dieu qui nous retirent du péché sont au nombre de deux : l'un est l'adhésion à la vérité connue , et cette adhésion a pour contraire la résistance à la vérité connue, comme quand quelqu'un combat contre la vérité de la foi connue de lui comme telle , afin de pécher plus librement; l'autre est le secours de la grâce intérieure , qui a pour contraire Venvie portée aux gMces qne reçoivent les autres; comme quand on porte envie nonseulement à la personne de son prochain , mais encore au progrès que la grâce de Dieu fait dans le monde. Relativement au péché considéré en lui-même, il y a deux choses qui peuvent en retirer celui qui l'a commis : l'une est le désordre et la turpitude de l'acte dont il s'est rendu coupable, considération qui d'ordinaire nous porte à nous repentir de nos péchés. Et elle a pour contraire \'impénitetu:ey non pas celle qui consiste à rester dans le péché jusqu'à la mort, comme on l'expliquait plus haut (2) ; car prise dans ce sens , ce ne serait pas un péché spécial , mais une circonstance du péché en quelque sorte; ce qu'on entend ici par impénitence, c'est la résolution où quelqu'un serait de ne pas se

(1) Le désespoir nous persuade qu'il nous est impossible d'obtenir le pardon de nos pécbés.

(2) D'après le sentiment de saint Augustin , dont on a parlé dans l'articio prccédeni, pages 12b et 126.

repentir. L'autre chose qui se trouve dans le péché et qui peut servir à en détourner, c'est le peu de valeur comme le peu de durée du bien qu'on y cherche, ainsi que le témoignent ces paroles de TApôtre {Rom,, VI, 21) : Qml fruit avez-vom retiré alors des choses dotit vom rougissez maintenat^t? Cette dernière considération a pour effet ordinaire de nous engager à ne pas persister dans le péché; mais cet effet même est détruit par Yobstination, qui existe dès-lors qu'on s'affermit dans la résolution de persévérer dans le mal. Le Prophète (Jer., VIII, 6) parle de Tune et de l'autre de ces deux dispositions perverses , lorsqu'il dit : Il n'y a personne qui fasse pénitence de son péché en disant : Qu'ai' je fait? voilà pour la première; et lorsqu'il ajoute : Ils courent tous où leur passion les emporte, comme un cheval qui court avec impétuosité au combat : voilà pour la seconde. »

3. Ibidem, art. 3 : « Suivant les diverses acceptions qu'on donne au péché contre l'Esprit-Saint, les manières d'expliquer comment il est irrémissible sont différentes. En effet, si l'on entend par ce péché contre l'Esprit-Sainl l'impénitence finale, on dit alors qu'il est irrémissible, parce que Dieu ne le remet en aucune manière. Car le péché mortel dans lequel l'homme persévère jusqu'à la mort n'étant pas remis en cette vie par la pénitence , ne le sera pas non plus dans l'autre. — Dans les deux autres acceptions, on le dit irrémissible , non parce qu'il ne peut être remis d'aucune manière (i), mais parce qu'en tant qu'on le considère en luimême, il ne' mérite aucunement d'être remis. Et cela sous deux rapports : 1** sous le rapport de la peine ; car celui qui pèche par ignorance ou par faiblesse mérite un châtiment moindre à proportion , au lieu que celui qui pèche par une malice réfléchie n'a pas d'excuse qui puisse engager son juge à diminuer son châtiment. De même, celui qui blasphémait contre le fils de l'homme dans un temps où*a divinité n'avait pas encore été révélée , pouvait avoir une sorte d'excuse à cause de l'infirmité de la chair qu'il voyait en lui , et méritait par-là même une peine moins sévère. Mais celui qui blasphémait la Divinité elle-même, en attribuant au démon les œuvres de l'Esprit-Saint , n'avait pas d'excuse qui put lui mériter quelque indulgence. C'est pourquoi , d'après l'explication qu'en donne saint Jeam Chrysostôme {Hom. XLII in

(1) On ne pourrait avancer, sans être hérétique, qu'il y a des fautes absolument irrémissibles. Ce serait l'erreur des novatiens, qui prétendaient que l'Eglise n'avait pas le pouvoir dé remettre par l'absolution certains crimes.

MaHh.)y ce péché n'a été remis au?c Juifs ni en cette vie ni en l'autre; car ils ont souffert pour l'expier les châtiments que les Romains leur ont infliges ici-bas, et les peines de l'enfer dans Taulre vie. Saint Athanase {Tract, super illud Maîth, XII, Quicumque dixerit verbum) cite aussi pour exemple leurs ancêtres, qui d'abord s'élevèrent contre Moïse à cause de la disette d'eau et de pain qu'ils éprouvaient, premiers murmures que Dieu supporta patiemment , parce qu'ils avaient pour excuse l'infirmité de la chair; mais qui ensuite péchèrent plus grièvement en blasphémant contre l'Esprit-Saint, lorsqu'ils attribuèrent à une idole les bienfaits de Dieu qui les avait tirés de l'Egypte, et qu'ils dirent : Voilà, Israël, vos dieux qui vous ont tiré de la terre d'Egypte. C'est pourquoi non-seulement le Seigneur les fil punir temporellement, en permettant que vingt-trois mille d'entre eux périssent dans ce même jour; mais encore il les menaça des châtiments à venir par ces paroles : Au jour de la vengeance je visiterai ce péché qu'ils ont comnm [Exod., XXXII). — 2^ On peut entendre que ce péché est irrémissible quant à la faute, comme on dit d'une maladie qu'elle est incurable en elle-même , lorsqu'elle neutralise ce qui pourrait la guérir ; par exemple , si le mal ôle à la nature toute sa force, ou s'il produit le dégoût de toute espèce d'aliments et de remèdes , quoique Dieu après tout puisse toujours guérir celui qui en est atteint. De même, on dit que le péché contre l'Esprit- Saint est irrémissible de sa nature , en tant qu'il repousse les moyens par lesquels s'obtient la rémission des péchés , quoiqu'il ne soit pas un obstacle invincible à la toute-puissance et à la miséricorde de Dieu, qui guérit quelquefois en, quelque sorte miraculeusement ceux qui se trouvent atteints de cette maladie spirituelle. »

4. S. Grégoire-le-Grand , Moralium in Job Lib, XXV, c. 16 : « Le péché se commet en trois manières , savoir par* ignorance , ou par faiblesse, ou de propos délibéré. Le péché commis par faiblesse est plus grand que celui qui se commet par ignorance; mais celui qui se fait de propos délibéré est encore bien plus criminel. Saint Paul avait péché par ignorance quand il disait : Moi, qui étais auparavant un blaspkémateurj un persécuteur, et un outrageux ennemi de son Eglise; mais j'ai trouvé miséricorde, parce que j'ai fait tous ces maux dans Vignorance, n'ayant point la foi (ITim„I, 13).

» Saint Pierre péclja par faiblesse, lorsque la voix d'une

simple fille ébranla toute la vigueur de cette foi , qu'il avait si IV. 9

hautement confessée devant le Seigneur, et qu'il renia de bouche son Dieu, qu'il reconnaissait dans le fond de son cœur. Mais comme ces péchés d'ignorance et de faiblesse sont d'autant plus faciles à effacer, que ce n'est pas d'une volonté pleine et entière qu'on les commet, saint Paul corrigea facilement par les lumières que la foi lui donna , le mal que son ignorance lui avait fait faire ; et saint Pierre raffermit bientôt par la vertu de ses larmes la racine de sa foi , devenue chancelante et comme toute desséchée par son péché.

» Mais ceux-là péchèrent de propos délibéré, dont le Seigneur dit dans l'Evangile : Si je n'étais pas venu, et que je iw leur eusse pas parlé, ils n'auraient point de péché; mais maintenant ils n'ont point d'excuse de leur péché (Joan., XV, 22). Et un peu après : Mais maintenant ils les ont vues mes oeuvres, et ils ofit haï et moi et mon père (Joan., XV, 24). Or, il y a bien delà différence entre ne pas faire le bien , et haïr le docteur même qui l'enseigne; comme il y en a aussi entre les péchés qui se font par précipitation, et ceux, qui se commettent de propos délit)éré. Car il arrive quelquefois qu'on commette un péché par précipitation, et qu'on le condamne ensuite par le conseil et la réflexion de la volonté. Il peut se faire qu'aimant le bien, notre faiblesse nous empêche de l'accomplir ; mais pécher de propos délibéré , c'est ne pas faire le bien, ni même l'aimer. Ainsi, comme c'est quelquefois un plus grand mal d^aimer le péché que de le commettre, c'est aussi un crime bien plus énorme de haïr la justice, que de manquer à la pratiquer.

» Or, il y en a dans l'Eglise , qui non-seulement ne font pas le bien , mais qui vont même jusqu'à cet excès de combattre et de détester dans les autres la vertu qu'ils négligent de pratiquer. Ces personnes ne pèchent pas seulement par ignorance ou par faiblesse, mais avec dessein et d'une volonté délibérée; puisque, s'ils avaient la volonté de faire le bien , et que ce ne fût que par faiblesse ou par impuissance qu'ils manquassent de l'accomplir, ils aimeraient au moins dans les autres ce qu'ils ne font pas. Et si seulement ils s'y portaient de volonté et par leurs désirs , ils seraient bien éloignés de le haïr dans ceux qu'ils voient le pratiquer; mais comme, malgré la connaissance qu'ils en ont reçue, ils n'en tiennent nul compte dans leur conduite personnelle et le persécutent même dans les autres, l'Ecriture dit fort bien ici, en voulant désigner les gens de ce caractère : Ils se sont comme de propos délibéré retirés de lui (Job, XXXI V, 27); ^^

c'est eDCore pour cela qu'elle ajoute : Et ils n'ont pas mùlu comprendre toutes ses voies (ibidem). Elle ne dit pas qu'ils n'ont pas la force de les entendre , mais qwHls n'ont pas votUu les entendre, parce qu'on dédaigne souvent d'apprendre ce qu'on ne veut pas se mettre en peine de faire. Car, comme il est dit dans l'Evangile que le serviteur qui aura su la volonté de son maître, et qm néanmoins ne se sera pas tenu prêt, et n'aura pas fait ce qu'il désirait de lui, sera battu rudement, mais qm celui qui n'aura pas su sa volonté, et qui\iura fait des choses dignes de châtiment, sera moins sévèrement châtié, ces malheureux s'imaginent trouver dans lïgnorance un prétexte pour pécher impunément. Gomme ils sont tout plongés dans le nuage épais de l'orgueil , ils ne discernent pas la différence qu'il y a entre ne savoir pas, et ne vouloir pas savoir. Ne savoir point, c'est ignorance; mais ne vouloir pas savoir, c'est un pur orgueil. Et ils peuvent d'autant moins alléguer pour excuse l'ignorance où ils sont de la vérité, qu'elle se présente à leurs yeux même malgré eux sans qu'ils puissent éviter de la connaître. »

Question m»

Quelle est la sorte de présomption qui constitue le péché contre l'Esprit-Saint ?

C'est celle qui rend l'homme confiant dans la miséricorde de Dieu au point de lui faire oublier sa justice , et qui par conséquent lui ôte la crainte de * Dieu en même temps qu'elle lui inspire la hardiesse de pécher.

C'est ici le péché de beaucoup de personnes de nos jours, qui, se contentant d'avoir en Jésus-Christ une foi stérile , croupissent comme de vils animaux dans l'ordure de leurs péchés , et osent non-seulement s'assurer à eux-mêmes le salut, mais l'assurer aussi aux autres , pourvu qu'on mette sa confiance dans les mérites de Jésus-Christ et dans la grâce de Dieu appréhendée par la foi , quelque peu de soin qu'on ait d'ailleurs de produire des fruits de pénitence. C'est aux gens de cette espèce que s'adresse l'apostrophe suivante de saint Paul, ce docteur des nations dans la foi et dans la vérité : Est-ce que vous méprisez les richesses de la bonté de Dieu, de sa patience et de sa longue tolérance? Ignorezvous que sa douceur vous invite à la pénitence ?

C'est pourquoi le même Apôtre, bien loin de préconiser la foi comme suffisant toute seule pour le salut, ordonne dans un autre endroit à tous les fidèles de travailler à leur salut avec crainte et tremblement; et si d'ailleurs il recommande la foi-, ce

n'est pas une foi oisive et morte, comme l'appelle saint Jacques, mais une foi vive et agissante, qui opère par la charité.

C'est contre cet énorme péché que sont dirigées ces malédictions que nous lisons dans l'Ecclésiastique : Ne soyez point sans crainte au sujet de V offense qui vous a été remise ^ et n'ajoutez pas péché sur péché. Ne dites pas : La miséricorde de Dieu est grande; il aura pitié du grand nombre de mes péchés. Car son indignation est prompte, aussi bien que sa miséricorde, et il regarde les pécheurs dam sa colère. C'est donc avec justice que le Prophète dit à son tour : Je chanterai. Seigneur, devant vous votre miséricorde et votre justice. Et ailleurs : La majesté du Roi éclate dans son amour pour la justice (III).

TÉMOIGNAGES DE L*ÉGRITURE.

1. JoEL, I, 17 ; (c Les grains sont pourris sous la glèbe qui les couvre; les greniers ont été détruits et les magasins ruinés, parce que le froment a été frappé de stérilité par la sécheresse. »

2. Il Pierre, II, 18-19 : ce Car tenant des discours pleins d'insolence et de folie , ils amorcent par les passions de la chair et les voluptés sensuelles ceux qui peu de temps auparavant s'étaient séparés des personnes attachées à l'erreur, — leur promettant la liberté, tandis qu'ils sont eux-mêmes esclaves de la corruption, w

3. Ecclésiaste, VIII , 14 : « H y a des inîpies qui vivent dans la sécurité , comme s'ils avaient fait des œuvres de justice. »

Qiumam prœsumptio facit peccatum in Spirilum Sanctum ?

Ea , qaae hominem sola Dei misericordia eonfidentem, et ad peccandam audacem facit, seposita videlicet ac abjecta omni justitiae timorisque divini ratione.

Et sic sanë peccant hodie complures, qui sola fide in Ghristum sibi blandientes , vel in mediis peccatornm sordibus , ut jumenta, computrescunt , nec sibi solUm, sedaliisitidem polliceri andent securitatem, modo meritis Christi et Dei gratiœ per ûdem apprehensae fidant , qtuintamvis intérim pœnitentix fructas negligantur. Horum verô singulis acclamât gentiam doctor in fide et veritate Paulus : An divitias, inqait, bonitatis Dei, et patientiœ, et

tonganimitatis contemnis ? Ignoras quoniam benignitas Dei ad pœnitentiam te adductt ? Quamobrem idem Paulus alibi fidem solam adeô jactari non vult, ut etiam credentes omnes jubeat cum metu ac tremore salutem suam operari, fidemque cpmmendat, non mortuam et otiosam, ut Jacobus vocat, sed vivam et efficacem, quae per charitatem légitimé operatur. Contra hoc énorme peccatum 3ic Ecclesiasticus clamât: De propitiato peccato noli esse sine metu, neque adjicias peccatum super peccatum.

Et ne dicas : Miseratio Domini magna est, multitudinis peccatorum meorum miserebitur, Misericordia enim et iraab illo cita proximant , et in peccatores ira illius respicit, Rectè igitur Propheta : Misericordiam et Judicium cantabo tibii Domine. Tum alibi : Honor Régis judicium diligit.

h. Luc, m, 8-9 : a Faites donc de dignes fruits de pénitence, et n'allez pas dire : Nous avons Abraham pour père; car je vous déclare que Dieu peut &ire naître de ces pierres mêmes des enfants à Abraham, --r La coignée est déjà à la racine des arbres; tout arbre donc qui âe porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. »

5. /d., XI IL 5 : « Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous de la même manière. »

6. Matthieu , III , 8-10 : a Faites donc de dignes fruits de pénitence, etc. — Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. »

7. Actes, XXVI s 20 : (c Mais j'annonçai d'abord à ceux de Damas et de Jérusalem et dans toute la Judée *; et ensuite aux gentils, qu'ils fissent pénitence et se convertissent en faisant de dignes œuvres de pénitence. »

8. Ecclésiasiique, II, 22 : a Si nous ne faisons pénitence, nous tomberons dans les mains du Seigneur : chose tout autrement à craindre pour nous que de tomber dans les mains des hommes. »

9. Romains, II, 4-6 : « Est-ce que vous méprisez les richesses de sa bonté , de sa patience et de sa longue tolérance? Ignorez* vous que la bonté de Dieu vous invite à la pénitence? — Et cependant, par votre dureté et par l'irapénitence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu , — qui rendra à chacun selon ses œuvres. »

40. Ecclésiaste, VIII, H-13 : a Parce que la sentence de condamnation n'est pas immédiatement portée contre ceux qui font le mal , les enfants des hommes commettent le crime sans aucune crainte. — Mais cette patience même avec laquelle le pécheur est souffert après avoir cent fois prévariqué , m'a fait connaître que des biens sont réservés à ceux qui craignent Dieu et qui révèrent sa présence. — Nul bien pour l'impie; (Dieu) abrégera ses jours ; ceux qui ne craignent pas la face du Seigneur passeront comme l'ombte. »

11. Eeclésmtique, XV, 21-22 : « Il (Dieu) n'a commandé à personne de faire le mal , et il n'a donné à personne la licence de pécher ; — car il ne se plaît point à avoir un grand nombre d'enfants infidèles et inutiles. »

12. / Corinthiens, XIII, 1-3 : « Quand je parlerais toutes les langues des hommes et des anges mêmes , si je n'avais point la charité, je serais comme un airain sonnant ou une cymbale

retentissante. — Et quand j'aurais le don de prophétie , que Je pénétrerais tous les mystères, et que je posséderais toutes les sciences, et quand j'aurais toute la foi possible, au point de transporter les montagnes, si je n'avais point la cfiarité, je ne serais rien. — Et quand j'aurais distribué, etc. »

13. Philippiens , //, 12 : « Ainsi, mes très-chers frères, comme vous avez toujours été obéissants, ayez soin, nonseulement lorsque je suis présent parmi vous, mais encore plus tandis que je suis absent , de travailler à votre salut avec crainte et tremblement. »

14. Psaume II, Il : « Servez le Seigneur avec crainte, et réjouissez- vous devant lui avec une sainte frayeur. »

18. Proverbes, XXVIII, 14 : « Heureux l'homme qui est toujours dans la crainte ; mais celui qui a le cœur endurci se précipitera dans le mal. »

16. Romains, XI, 20-21 : « Pour vous, vous demeurez fermes dans votre foi; mais prenez garde de vous élever; tenezvous plutôt dans la crainte. — Car si Dieu , etc. »

17. / Corinthiens, IV, k -, (c Car encore que ma conscience ne me reproche rien , je ne suis pas justifié pour cela. »

18. Ihid., X, 12 : a Que celui qui croit être debout , prenne bien garde de tomber. »

19. Jacques, II, 14-26 : « Mes frères, que servira-t-il à un homme de dire qu'il a la foi , s'il n'a pas les œuvres? La foi pourra-t-elle le sauver? — Si un de vos frères ou une de vos sœurs n'ont ni de quoi se vêtir, ni ce qui leur est nécessaire chaque jour pour vivre , — et que quelqu'un d'entre vous leur dise : Allez en paix, préservez -vous du froid et de la faim, sans leur donner cependant de quoi satisfaire à leurs besoins , à quoi serviront vos paroles? — Ainsi la foi qui n'est pas accompagnée des œuvres est morte en elle-même. — De sorte qu'on pourra dire : Vous avez la foi, et moi j'ai les œuvres; montrez-moi votre foi que les œuvres n'accompagnent pas, et moi je vous montrerai ma foi par mes œuvres. — Vous croyez qii'il n'y a qu'un Dieu ; vous faites bien ; mais les démons le croient aussi , et ils tremblent. — Or voulez-vous savoir, homme vain, que la foi sans les œuvres est morte ? — Votre père Abraham ne fut-il pas justifié par les œuvres, lorsqu'il offrit son fils Isaac sur l'autel? — Voyez-vous comme sa foi coopérait à ses œuvres, et comme ce fut de ses œuvres qu'elle reçut sa perfection? — Ainsi fut accomplie cette parole de l'Ecriture : Abraham crut ce que

DES PÉCHÉS COiNTRE LE SAINT-ESPRIT. 13B

Dieu lui avait dit, et sa foi lui fut imputée à justice, et il fut appelé ami de Dieu. — Vous voyez donc que rhomme est justifié par les œuvres, et non par la foi seule. — Rahab aussi, cette femme débauchée, ne fut-elle pas de même justifiée par ses œuvres, en recevant diez elle les espions, et les renvoyant par un autre chemin? Car comme le corps est mort lorsqu'il est sans âme, ainsi la foi sans les œuvres est morte en elle-même. »

20. Galates, Y, 6 : (c Car en Jésus-Christ, ni la circoncision ni rincirconcision ne servent de rien , mais seulement la foi qui agit par la charité. »

21. Ecclésiastique, Y, 4-9 : « Ne dites pas : J'ai péché, et que m'en est-il revenu de funeste? Car le Très-Haut est lent à punir les crimes. — Ne soyez pas sans crainte au sujet de l'offense qui vous a été remise , et n'ajoutez pas péché sur péché. — .Ne dites pas : La miséricorde de Dieu est grande ; il aura pitié de la multitude de mes péchés, — Car son indignation est prompte aussi bien que sa miséricorde , et il regarde les pécheurs dans sa colère. — Ne différez point à vous convertir au Seigneur, et ne remettez pas pour cela d'un jour à l'autre : — Car sa colère éclatera tout-à-coup , et il vous perdra au jour de la vengeance. »

22. EccUsiaste, IXy 1-3 : « Les justes et les sages, et toutes leurs œuvres, sont dans la main de Dieu; et cependant l'homme ne sait s'il est digne d'amour ou de haine. — Toutes cjioses soDt incertaines et réservées pour l'avenir ; tout arrive également au juste et à l'impie , au bon et au méchant , au pur et à l'impur, à celui qui immole des victimes et à celui qui méprise les sacrifices; l'innocent est traité comme le pécheur, et le parjure comme celui qui respecte les serments. — Ce qu'il y a de plus fâcheux dans tout ce qui se passe sous le soleil , c'est que les mêmes choses arrivent à tous; de là vient que les cœurs des enfants des hommes sont remplis de malice et d'une sotte présomption pendant toute leur vie , après quoi ils descendent parmi les morts. »

23: Psaume C, 1 : « le chanterai. Seigneur, devant vous votre miséricorde et votre justice. »

24. Ps. XCYIII, 4 u(( Ce roi puissant (l'Eternel) chérit la justice; vous avez établi. Seigneur, des lois pleines de droiture; vous avez rendu des jugements équitables parmi les entants de Jacob. »

TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION

1. S. Grégoire-le-Grand, in caput tertium libri I Regum, sur ces paroles, Domintis est; qmd bonum est in oculis suis^ faciat : « Il est le maître y qu'il fasse ce qui est bon à ses yeux. Celui qui n'examinera que superficiellement cette réponse d'Héli , trouvera qu'il aura répondu avec autant de sagesse que d'humilité; mais si on veut bien l'approfondir, on n'y trouvera qu'une humilité fausse. Héli aurait été véritablement humble, s'il s'était mis en devoir de réparer la faute qui lui était reprochée. Oh ! qu'Héli trouve d'imitateurs dans tous ces hommes, qui lisant tous les jours dans les saintfes lettres les menaces que Dieu fait aux pécheurs et qu'ils sentent qu'ils ont encourues , ne craignent pas de les braver par la crainte qu'ils ont de déplaire aux hommes, ménagent les hommes de peur de les trouver implacables , et ne se gênent pas d'offenser Dieu , qu'ils comptent trouver toujours indulgent! Mais une confiance aussi déraisonnable provoque les vengeances de Dieu , plutôt que d'attirer ses miséricordes. Car dans la bouche d'un pécheur impénitent et déterminé à ne pas changer de vie, que signifient ces paroles, Il est le maître, qu'il fasse ce qui est bon à ses yeux, sinon une confiance présomptueuse dans la miséricorde d'un Dieu qui n'ordonne rien qu'avec sagesse? Or, pour que cette confiance n'ait pas un tel défaut, il faut qu'en même temps on répare par la pénitence et qu'on efface par ses larmes la faute dont on espère le pardon. Ainsi donc présumer, tout en continuant à pécher, de la clémence de son Créateur, c'est s'exposer à être englouti dans l'abîme profond de la justice divine. Je le répète, présumer de la miséricorde de Dieu, sans se purifier par la pénitence des péohés commis, c'est courir les risques d'un jugement sévère et rigoureux. Lors donc que nous citons Héli comme exemple des prédicateurs coupables, nous ne faisons pas envisager uniquement la faute de sa molle indulgence , mais aussi la témérité de sa confiance après sa faute commise. Car, tandis qu'il aurait pu apaiser le courroux divin par l'humilité de son repentir, il encourut le châtiment que lui méritait sa faute , en négligeant de mettre à profit l'avertissement qu'il avait reçu. Si d'un côté Dieu est la justice et l'équité même, il est de l'autre, d'après la foi des peuples, surabondamment miséricordieux. C'est ce qui a fait dire au Prophète : Ses miséricordes sont au-dessus de ses ouvrages {Ps. CXLIV, 9). De là vient, qu'après avoir menacé par le prophète Jouas les

Ninivites d'une ruinç entière, il accorda à leur repentir le salut de leur ville (Jon., 111, 4 et suiv.). De là vient^encore, qu'il prédit d'abord au roi Ezéchias par la bouche de son prophète la mort qui devait être la peine de la vanité de ce roi, et qu'ensuite ce roi , qu'effraya une semblable prédiction , ayant répandu devant le Seigneur les larmes d'un repentir sincère, eut le bonheur d'échapper, par les moyens que la crainte lui fit prendre, à la mort qu'il avait méritée. Et le Seigneur n'avait-il pas promis d'abord à Héli que sa maison et celle de son père servirait toujours en sa présence? Et cependant, ce même Dieu qui avait assuré la maison de ce pontife de sa protection tant qu'elle lui avait été fidèle , la réprouva à la fin au point de dire à son sujet : Mais maintenant je suis bien éloigné de cette pensée (I Reg., II, 30). Si donc Dieu peut révoquer ses promesses à l'égard de ceux qui, en se "pervertissant, s'en rendent indignes, à combien plus forte raison arrétera-t-il les effets de ses menaces, lorsque se montreront convertis à ses yeux ceux à qui leurs précédentes iniquités auront attiré d'abord l'annonce de ses vengeances? Que pourrons-nous donc alléguer pour notre excuse, nous qui commettons tous les Jours de nouveaux crimes , et n'en sommes pas moins tranquilles sur notre sort à venir? Cette sécurité même dans laquelle nous nous entretenons par rapport à la sévérité des jugements de Dieu , est ce qui doit nous inspirer le plus de craintes, puisque nous voyons une sécurité semblable dans ce malheureux pontife, après même que sa négligence l'eut rendu l'objet de l'anathème céleste. »

2. Le même, Moralium in Job lib. XXXIII ^ c. 15 (al. 7) : « Notre Rédempteur est bon et juste; mais il ne faut pas dire, pour pécher plus librement : Puisqu'il est bon, il me pardonnera si je pèche; ni après avoir péché : Puisqu'il est juste, je n'ai pas lieu d'espérer qu'il me pardonnera. Car Dieu pardonne les crimes lorsqu'on les pleure ^ mais on doit craindre de commettre ce qu'on n'est pas assuré de pouvoir pleurer assez dignement. 11 faut redouter la justice de Dieu avant de pécher; mais après qu'on a péché, il faut prendre confiance en sa bonté. Et on ne doit ni tellement craindre sa justice, qu'on ne puisse être fortifié par la consolation de l'espérance , ni se confier tellement en sa miséricorde, qu'on néglige d'appliquer à ses blessures le remède d'une digne pénitence.

» Mais on doit considérer que celui dont on présume qu'il pardonnera avec bonté, sait aussi juger avec une sévérité très-rigou-

reuse. Si donc respérance que le pécheur a dans la bonté de Dieu lui cause beaucoup de joie, il faut que le pénitent qui travaille à se corriger tremble de crainte à la pensée de sa justice. Ainsi l'espoir de notre confiance doit être mêlé d'appréhension, en sorte que, comme d'une part la justice de ce juge si sévère nous épouvante, pour nous obliger à nous corriger de nos péchés, de l'autre la grâce de ce Sauveur qui nous délivre avec tant de miséricorde, nous invite à en espérer le pardon avec confiance.

» C'est pour cela qu'un ancien sage dit dans l'Ecriture {Eccli,, V,7) : Ne dites pas , les miséricordes du Seigneur sont grandes, il ne se souviendra pas de mes péchés. Car il joint aussitôt la miséricorde à la justice, •lorsqu'il ajoute : Car la miséricorde et la colère viennent également de lui (1). »

3. Le même, Lib, VI epistolarum, Epist. 22 ad Gregoriam ctiWculariam Augustœ : « Quant à ce que vous m'avez fait l'honneur d'ajouter dans vos lettres, que vous ne me laisseriez pas de repos, tant que je ne vous aurais pas écrit en vertu d'une révélation que vos péchés sont pardonnes, c'est là une question difficile et inutile tout à la fois : difficile, parce que je suis indigne d'être favorisé d'une révélation semblable; inutile, parce que vous ne devez cesser de craindre pour vos péchés, que lorsque parvenue au terme de votre vie, vous ne pourrez plus en faire pénitence. Jusqu'à ce que ce jour-là soit arrivé, c'est pour vous un devoir de vous alarmer et de vous inquiéter au sujet de vos fautes, et de vous en purifier par des larmes journalières. L'apôtre saint Paul avait bien été transporté jusqu'au troisième ciel, jusque dans le paradis même, où il avait entendu des paroles mystérieuses qu'il n'est permis à aucun homme de répéter; et pourtant il disait saisi de crainte : Je châtie mon corps et le réduis en servitude, de peur qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois réprouvé "moi-même (/ Cor., IX, 27). Il craint encore , quoique déjà introduit dans le ciel; et nous voudrions ne plus craindre, nous qui sommes toujours sur cette terre? Considérez attentivement, ma chère fille, que la sécurité est ordinairement la mère de la négligence. Vous ne devez donc point aspirer à obtenir dans la vie présente une sécurité qui vous rendrait négligente dans l'accomplissement de vos devoirs. Car il est écrit : Heureux Vhomme qui est toujours dans la crainte {Prov,, XXVIII, 14). Et encore :

(1) Cf. Morales de saint Grégoire, t. IV. S. Grégoire lisait ainsi les paroles de l'Ecclésiastique rapportées ici en dernier lieu : Misericordia enimet ira ah illo.'

Servez le Seigneur dans la crainte, et réjouissez-vous en lui avec tremblement {Ps, H, 11). Il est donc indispensable que votre âme soit retenue par la crainte pendant la courte durée de cette vie , pour pouvoir ensuite se réjouir sans fin dans une paiiL inaltérable. »

4. S. Augustin, ou selon d'autres saint Fulgence, évêque de Ruspe> de fide ad Petrum diaconwn, c. 3 : « En quelque jour que ce soit qu'un homme aura fait une vraie pénitence de ses péchés, et qu'éclairé de la lumière dKen-haut , il aura amendé ses mœurs, il recevra sans aucun doute le bienfait du pardon, parce que Dieu, comme il le dit par son prophète (Ezech., XXXIII, il), ne veut pas la mort du pécheur ou du mourant , mais plutôt , qu'il sorte de ses voies mauvaises et qu'il revienne à la vie. Personne cependant ne doit, sous prétexte qu'il a tout à espérer de la miséricorde divine , persévérer dans l'habitude du péché , puisque , lors même qu'il ne s'agit que de maladies corporelles, personne ne veut demeurer dans cet état malgré l'espérance qu'il conçoit de sa future guérison. Car il pourrait arriver à ceux qui négligent ainsi de se retirer des sentiers du vice, en se flattant d'être toujours assurés que Dieu leur pardonnera , d'être surpris tout-àcoup par la divine justice , sans avoir le temps de se convertir, ni pouvoir par conséquent obtenir le bienfait du pardon. C'est pourquoi la sainte Ecriture donne à chacun de nous cet avis paternel : Ne différez point à vous convertir au Seigneur, et ne remettez pas pour cela d'un jour à Vautre; car sa colère éclatera tout d'un coup, et il vous perdra au jour de la vengeance {Eccles., V, 8-9). Le saint roi David dit aussi : Si vous entendez àujourdliui sa voix, gariez-vous bien d'endurcir vos cœurs {Ps. XCIV, 8). Les paroles suivantes de saint Paul n'ont pas un autre sens : Prenez donc garde, mes frères, que q^^elqu'un ne tombe dans un dérèglement de cœur, et dans une incrédulité qui le sépare du Dieu vivant; mais plutôt exhortez-vous chaqm jour les uns les autres, pendant que dure ce temps que V Ecriture appelle Aujourd'hui, de peur que quelqu'un de vous, étant séduit par le péché, ne tombe dans l'endurcissement {Hébr., III, 12-13). On vit donc dans l'endurcissement, soit que, désespérant d'obtenir le pardon de ses fautes, on perde le courage de s'en convertir, soit qu'on présume tellement de la miséricorde de Dieu, qu'on reste par ce motif dans l'état de péché jusqu'à la fin de sa vie. C'est pourquoi nous devons nous pénétrer en même temps, et de l'amour de la miséricorde de Dieu, et de la crainte de sa justice, afin que ni le désespoir ne nous fasse

renoncer à obtenir le pardon de nos fautes, ni la présomption ne nous empêche de nous en corriger, étant bien assurés que la justice du souverain juge exigera de nous racquittement rigoureux de toutes les dettes qui ne nous auront pas été remises par la clémence de notre divin Rédempteur. Car autant la miséricorde est disposée à recevoir en grâce ceux qui se convertissent, autant la justice est résolue à punir inexorablement ceux qui restent endurcis. Ce sont ces derniers qui, coupables de péché contre TEsprit-Saint, n'obtiendront leur pardon, ni dans le siècle présent, ni dans le siècle à venir. »

S. S.- Bernard, Serm. XXXVIII ex parvis sermonibiis : « Après que leurs infirmités se sont multipliées, ils ont couru avec vitesse {Ps. XV j k). Pourquoi les hommes sont-ils si Jâches à faire pénitence durant leur vie, et s'en reposent-ils sur la confession qu'ils songeront à faire quand ils se verront réduits à l'extrémité? Comment pensent-ils pouvoir dans l'espace d'une heure recueillir toutes les pensées de leur âme, après l'avoir laissée se prendre à tous les objets répandus dans le monde, 'et s'emporter à tous les désirs? Je ne dis pas, c'est le Seigneur qui parle, que je ne sauve personne de ceux qui s'entretiennent dans ces dispositions ; car je puis en un moment remettre tout dans l'ordre; mais je ne réunirai point à. moi ceux qui restent dans leurs souillures (1), jusqu'à ce que, leurs infirmités s' étant multipliées, leurs péchés les abandonnent avant qu'ils aient eux-mêmes abandonné leurs péchés. Si ma mémoire n'est pas en défaut, vous ne trouverez dans tout le canon des Ecritures que le bon larron qui soit sauvé entre tous les pécheurs de cette espèce. Gardez-vous donc bien de courir les risques d'une situation aussi périlleuse. Sans doute que l'Esprit souffle non-seulement où il veut, mais encore quand il veut, et qu'il ne lui en coûte rien d'inspirer tout-à-coup à quelques-uns les sentiments d'une contrition parfaite, dont d'^autres sont à peine capables après de longs efforts; mais qui vous a dit qu'il doive venir ainsi à votre secours à votre dernière heure, après que vous l'aurez constamment repoussé? L esprit de sagesse est plein de bonté {Sap., I, 6), j'en conviens, mais il m laissera pas impunies les lèvres dû maudit (2). Voulez-vous savoir quel est cet homme? Maudit est celui dont l'espérance même est un péché. » ^

(!) Saint Bernard donne ici aux paroles, non congregaho conventicula eorum de sanguinibus, du verset k du psaume XV, un sens différent de celui que lui attribuent les autres interprètes.

C^yMaledictum.JLe texte de la Vulgate porte maledicum, médisant.

6. s. Augustin, Lib, de fide et operibiiSj c. 14 : « Passons maintenant à l'examen d'une erreur dont doivent se désabuser toutes les âmes religieuses , de crainte qu'une fausse sécurité ne les perde, si elles viennent à croire que la foi seule leur suffît pour se sauver, et que sous ce prétexte elles négligent de mener une bonne vie et de se maintenir dans les voies de Dieu en faisant le bien. Car il s'en trouvait quelques-uns du iemps même des apôtres, qui ne comprenant pas certains passages obscurs de saint Paul, s'imaginaient qu'il leur disait : Faisons le mal pour qu'il en revienne du bien, parce qu'il avait dit (Rom., V, 20) : La loi est survenue pour donner lieu à f abondance du péché; mais, oiiil y a une abondance de péché. Dieu a répandu une surabondance de grâce. Ce qui est vrai en ce sens, que les hommes qui avaient reçu la loi en présumant avec orgueil de leurs propres forces , et sans avoir cette humilité de la foi qui leur eût fait obtenir le secours divin pour corriger' leurs inclinations vicieuses, s'étaient rendus coupables de péchés plus énormes en même temps que plus nombreux en manquant de fidélité à celte loi même. Et ainsi forcés par la conscience de leurs crimes, ils se réfugiaient dans la foi qui leur était prêchée comme dans un asile, où ils se tenaient assurés d'obtenir grâce et secours du Dieu miséricordieux qui a fait le ciel et la terre, afin que la charité se répandant dans leurs cœurs par la vertu de TEspril-Saint, ils fissent avec amour ce qui leur était ordonné malgré les désirs contraires du siècle, selon ce qui est écrit dans les Psaumes : Après que leurs infirmités se sont multipliées, ils ont couru avec vitesse {Ps. XV, 4). Quand donc nous entendons saint Paul nous dire qu'il reconnaît que l'homme est justifié par la foi sans les œuvres de la loi {Rom., IIL 28), ce n'est pas pour nous engager à ne plus nous mettre en peine d'accomplir les œuvres de justice en nous contentant de professer la foi dont il nous fait un précepte , mais^pour que personne n'ignore qu'on peut être justifié par la foi, quand même on n'aurait pas pour recommandation les œuvres de la foi. Car ces œuvres doivent suivre le bienfait de la justification, plutôt que le précéder. Ainsi je n'ai point à m'étendre davantage sur cette question dans le présent ouvrage , d'autant plus que je l'ai traitée au long dans un autre ouvrage composé exprès , et intitulé : De litterâ et spiritu. Cette opinion ayant donc pris naissance à cette époque, les épîlres des autres apôtres, c'est-à-dire de saint Pierre , de saint Jean , de saint Jacques et de saint Jude ont eu particulièrement pour but de la combattre , et d'établir au con-

traire que la foi ne sert de rien sans les œuvres, comme saint Paul lui-même, en vantant le mérite de la foi, n'entendait pas parler d'une foi telle quelle, qui se borne à croire en Dieu , mais d'une foi vraiment évangélique, ou féconde en bonnes œuvres qui aient pour principe la charité : La foi, dit-il , animée de la charité {GaL, Y, 6). Saint Paul est si loin de croire, comme quelques-un^, qu'une foi quelconque suffit pour le salut, qu'il va jusqu'à dire : Quand j'aurais toute la foi possible, jusqu'à transporter les montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien (/ Cor., XIII, 2) . Mais que la foi soit au contraire animée de la charité , dès-lors on est assuré de mener une bonne vie ; car l'amour est l'accomplissement de la loi {Rom,, XIII, 10). C'est évidemment pour cette raison que saint Pierre, dans sa seconde épître, ayant à exhorter les fidèles à qui il écrivait h mener une vie sainte et pure , après avoir dit que ce monde passera tôt ou tard pour faire place à de nouveaux cieux et à une nouvelle terre, où les justes auront désormais leur demeure, pour nous faire comprendre par-là quelle doit être notre sainteté de vie, si nous voulons partager un jour la même demeure; sachant que quelques esprits mal disposés s'autorisaient de quelques expressions obscures de l'apôtre saint Paul pour se croire assurés de leur salut en se bornant A avoir la foi sans se mettre en peine de bien vivre , dit expressément qu'il y a dans les écrits de cet apôtre certains passages difficiles à entendre, que quelques-uns détournaient, ainsi que les autres Ecritures, à de mauvais sens pour leur propre ruine (II Petr., lll, 46), bien que cet apôtre n'eût pas une autre doctrine que tous ses collègues sur la nécessité des l>onDes œuvres pour pouvoir parvenir au salut éternel. Saint Jacques de son côté s'élève avec force contre ceux qui prétendent que la foi sans les œuvres peut suffire pour le salut, et il les compare aux démons par ces paroles remarquables : Vous croyez qu'il n'y a qu'un Dieu; vous faites bien, muis les démons le croient aussi, et la pensée qu'ils en ont les fait trembler. Que pouvait dire cet apôtre qui fût à la fois plus véritable, plus fort et plus précis, puisque nous lisons dans l'Evangile que les démons , en confessant Jésus- Christ pour le fils de Dieu, s'attirèrent pour cela une réprimande de sa part, quoique cette confession fut au fond la même que celle que fit saint Pierre et qui lui mérita des éloges? Mes frères, dit saint Jacques, que servira-t-il à quelqu'un de dire qu'il a la foi, s'il n'a point les œuvres ? La foi pourra-t-elle le sauver (Jac. , II, i 4) ? Il dit encore que la foi sans les œuvres est morte. Combien se

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trompent donc ceux qui n'ont que cette foi morte , et qui néanmoins se promettent de vivre éternellement! »

7. Ibidem, c. 22 : a Qu'on ne soit donc pas assez imprudent pour oser se persuader à soi-même qu'on connaît Dieu , si on ne le confesse qu'à la manière des démons , c'est-à-dire avec une foi morte ou sans bonnes œuvres, et pour se croire par conséquent assuré de parvenir à la vie éternelle, d'après cette parole de Notre-Seigneur : La vie éternelle consiste à voils connaître pour le seul vrai Dieu, et Jésus-Christ que vous avez envoyé (Joan., XVII, 3). Car on doit se remettre auissi devant les yeux cette autre parole : Nous sommes assurés que twus le connaissons véritablement , si mus gardons ses commatidements. Celui qui dit quHl le connaît, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur, et la vérité n'est point en lui (I Joan., II, 3-4). Et pour qu'on ne pense pas que ses commandements se réduisent à la foi seule , quoique personne n'ait osé dire pareille chose, surtout comme il parle de commandements qui , pour ne pas effrayer par leur multitude, se réduisent à deux dans lesquels sont renfermés la loi et les prophètes ; quoiqu'on puisse fort bien dire que les commandements de Dieu se rapportent à la foi seule, si par cette foi on entend non une foi morte , mais la foi vive qui est animée de la charité; quoi qu'il en soit, saint Jean lui-même a expliqué plus loin sa pensée, quand il a dit : Le commandement qu'il nottë fait est de croire au nom de son fils Jésus-Christ, et de nous aimer les uns les autres (I Joan., III, 23). L'utilité de la foi qui nous fait croire en Dieu , qui nous le fait adorer, qui nous le fait connaître, consiste donc en ce qu'elle nous porte à lui demander les > grâces nécessaires pour bien vivre, et à nous faire obtenir notre pardon de lui quand il nous arrive de pécher, à ne point nous endormir dans une fausse paix tout en faisant les actions qu'il réprouve , mais à désavouer au contraire toutes ces actions mauvaises, et à lui dire : Pour moi^ y ai dit : Seigneur, ayez pitié de moi; guérissez mon âme, car j'ai péché contre votis (Ps. XL, 5) : paroles que ne savent à qui adresser ceux qui ne croient pas en lui, et que prononcent inutilement ceux qui sont tellement éloignés de lui, qu'ils sont étrangers à la grâce du Médiateur. De là ces paroles que nous lisons dans le livre de la Sagesse (XV, 2) , et que je ne sais comment pourront entendre ceux qui s'endorment dans une funeste sécurité : Quand nous aurions péché, nous ne laisserions pas d'être à vou>s, nous qui savons quelle est votre grandeur, c'est-à-dire que nous appartenons à un Dieu qui a la vo-

lonté et en même temps le pouvoir de guérir de leurs péchés ceux qui s*en repentent, mais qui d'un autre côté ne craint pas de prononcer la condamnation de ceux qui persévèrent dans leur malice. Enfin, après avoir dit : Noiis ne laisserions pas d'être à vous, l'Ecrivain sacré ajoute : Nom qui savons quelle est votre puissance, puissance en effet à laquelle le pécheur ne saurait échapper ou se soustraire. C'est pourquoi il dit encore à la suite de ces paroles : Si nous ne péchons pas^ nous savons que vous noiis comptez au rang de ceux qui vous appartiennent. Car quel est Fhomme qui , pensant comme il le doit à cette demeure préparée auprès de Dieu même à ceux qu'il a prédestinés à ce bonheur et qu'il corîipte à ce titre , ne fera pas tous ses efforts pour vivre de manière à se trouver un jour digne d'y être admis ? Ainsi ce qiie dit saint Jean : Je vous ai écrit ces choses afin que vom ne péchiez pomt; si cependant quelqu'un pèche, nous avons pour avocat auprès du père Jésus-Christ, le juste par excellence, qui intercédera pour nos péchés; ces paroles, dis-je, ne doivent pas avoir pour effet de nous enhardir à pécher encore, mais plutôt de nous faire renoncer aux péchés que nous aurions commis, assurés que nous sommes d'en obtenir le pardon , grâce à cet avocat puissant que ne savent point invoquer les infidèles. »

8. S. Augustin, Enchirid. ad Laurentîum, c. 67 (al. 25 et 18) : (c II y a des personnes qui croient que tous ceux qui ne renoncent pas à la foi chrétienne, et qui , après avoir été baptisés dans le sein de l'Eglise catholique , ne s'en séparent ni par l'hérésie ni par le schisme, seront sauvés en passant par le feu, quand même ils auraient persévéré jusqu'à la mort dans les plus grands crimes,, sans les effacer par la pénitence ni les racheter par des aumônes. Ces personnes avouent bien que ces mauvais chrétiens seront punis longtemps à proportion de la grandeur de leurs crimes; mais elles prétendent que le feu qui les brûlera ne sera pas éternel. Pour moi, le jugement le plus favorable que je puisse porter de ceux qui, étant d'ailleurs catholiques, ont une pareille pensée , c'est qu'ils se laissent tromper par un certain sentiment d'humanité et de compassion toute naturelle. Car assurément, si nous consultons là-dessus l'Ecriture sainte, nous y trouverons une doctrine bien différente. J'ai composé sur cette question un traite qui a pour titre : De la foi et des œuvres. J'y ai prouvé, autant que j'ai pu le faire avec l'aide de Dieu, par l'autorité des saintes Ecritures, que la foi qui sauve est celle-là seulement que saint Paul a caractérisée assez clairement quand

il a dit : En Jésus-Christ, ni la circoncision, ni V incirconcision ne servent de rien, mais la foi seulement qui opère par t amour ( Gai,, V, 6). Si donc un chrétien fait de mauvaises actions sans * en faire de bonnes qui les corrigent, sa foi, selon Tapôtre saint Jacques , est alors très-certainement une foi morte en elle-même (Jag. , II, 17). Cet apôtre dit encore : Siquelqu*un dit qu'il a la foi, et qu'il n'ait pas de bonnes œuvres, sa foi pourra-t-elle le sauver (Jag., II, 14)? Or, si un homme qui vit dans le crime doit , par cela seul qu'il a la foi, être sauvé en passant par le feu, et si c'est ainsi qu'il faut entendre ce passage de saint Paul, Il sera sauvé, tnais en passant toutefois comme par le feu {I Cor,, III, 1 5), il s'ensuivra que la foi peut sauver sans les œuvres , et que ce qu'enseigne saint Jacques, apôtre comme saint Paul, sera faux. Saint Paul lui-même aura parlé faussement, lorsqu'il a dit : Ne vous y trompez pas, ni les fomicateurs, ni les idoldlresy ni les adultères, ni lesefféminésy ni les abominables, ni les voleurs, ni les avares, ni les ivrognes, ni les médisants, ni les ravisseurs du bien d' autrui ne posséderont le royaume de Dieu (/ Cor., VI, 9). Car enfin, si les chrétiens qui persévèrent dans ces crimes n'en doivent pas moins être sauvés en considération de leur foi en Jésus-Christ, comment l'apôtre aura-t-il pu dire qu'ils n'entreront pas dans le royaume deDieu(l)?>i

9. Le même, Lib. de Hœresibus, ad Quodvultdeum, hœr. S& : (( Les aétiens tirent leur nom d'Âétius , et sont les mêmes que les eunomiens, appelés ainsi d'Eunomius disciple d'Âétius, et c'est sous ce dernier nom qu'ils sont le plus connus. Car comme Eunomius excellait dans la dialectique , il soutint cette hérésie avec plus de subtilité et d'éclat, affirmant sans détour que le Fils est dissemblable en tout au Père, et que le Saint-Esprit est également dissemblable au Fils. On dit de plus qu'il était tellement ennemi des bonnes mœurs , qu'il ne rougissait pas de dire qu'on pouvait indifféremment commettre les plus énormes péchés et y persévérer même , pourvu qu'on gardât la foi dont il se faisait l'apôtre. »

10. S. JÉRÔME, In caput IV Oseœ : a Ces paroles du Prophète s'entendent sans aucune peine des hérétiques, qui, à mesure qu'ils deviennent nombreux , lèvent une tête de plus en plus altière contre Dieu même , se faisant gloire du nombre de leurs secta-

(1) Cf. Le Manuel de saint Augustin, parmi les Traités choisis, tome II , p. 394-596.

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teurs, ne devenant par cela même que plus séduisants, se nourrissant ainsi des péchés du peuple , et dévorant les maisons des veuves par des paroles douces et flatteuses. Car, pour rassurer ceux qu'ils voient tomber dans quelque faute, ils ne manquent pas de leur dire : Dieu ne demande de vous que la pureté de la foi ; conservez-là seulement, et il ne se mettra pas en peine de ce que vous pourrez faire. Par ces sortes de discours, ils flattent les âmes des pécheurs, et les entretiennent dans leurs iniquités, en sorte que ceux-ci, bien loin de faire pénitence et de s'humilier de leurs fautes, s'applaudissent de leur perversité même, et marchent tête levée dans la voie du crime. C'est pourquoi le peuple comme le prêtre, et ceux qui enseignent comme ceux qui sont enseignés, encourront un jugement également sévère. »

H. Le concile de Trente, session VI, c. 9 : a Quoiqu'il y ait obligation de croire que les péchés n'ont été remis à aucune époque, pas plus qu'ils ne le sont maintenant, autrement qu'en vue de Jésus-Christ et par une miséricorde de Dieu toute gratuite, il ne s'ensuit pas qu'on doive dire à qui que ce soit que ses péchés sont remis, ou qu'ils l'ont été, par cela seul qu'il se dit avoir la foi et être assuré d'en avoir obtenu la rémission, puisqu'une confiance toute semblable, qui n'a rien que de téméraire et d'opposé à la piété, peut se rencontrer de même dans des hérétiques et des schismatiques , comme cela se voit en effet de nos jours , où , sous un tel prétexte , une grande guerre est déclarée contre l'Eglise catholique... Il faut bien se garder aussi de dire que ceux qui sont réellement justifiés doivent se croire euxmêmes fermement être en état de grâce , ou qu'on ne peut être absous de ses péchés et justifié devant Dieu, qu'autant qu'on se croit certainement absous et justifié , en sorte qu'une telle foi soit indispensable pour obtenir la grâce de l'absolution et de la justification , comme si celui qui n'aurait pas cette assurance , doutait par-là même des promesses que Dieu nous a faites , ou de l'efficacité de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ. Car si , d'une part, aucune âme pieuse ne doit douter de la miséricorde de Dieu, des mérites de Jésus-Christ, de la vertu et de l'efficacité des sacrements; de l'autre, quiconque rentre en soi-même, et considère sa propre faiblesse et l'imperfection de ses dispositions , peut fort bien avoir des doutes ou des inquiétudes sur son état de grâce , puisque personne ne saurait être assuré avec la certitude de la foi et sans possibilité d'erreur, d'être véritablement dans la grâce de Dieu. »

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12. Ibidem, canon 12 : « Si quelqu'un dit que la foi justifiante n'est autre chose que la confiance en la divine miséricordç, qui remet les péchés en vue de Jésus-Christ, ou que cette confiance est la seule qui nous justifie; qu'il soit anathème. »

13. Ibidem, canon 13 : a Si quelqu'un dit que tout homme a besoin , pour obtenir la rémission de ses péchés , de croire sans hésitation et avec une entière certitude que ses péchés lui sont remis, qCielle que puisse être d'ailleurs sa faiblesse ou l'imperfection de ses dispositions; qu'il soit anathème. »

14. Ibidem, canon 14 : <( Si quelqu'un dit qu'un homme est absous de ses péchés et établi en état de grâce par cela seul qu'il se croit certainement absous et justifié, ou qu'il n'y a de vraiment justifiés que ceux qui croient l'être, et que la foi qui absout et justifie n'est autre chose que cette sorte d'assurance ; qu'il soit anathème. »

15. S. JÉRÔME, In caput IV Danielis, sur ces paroles, Forsm ignoscet^Deus delictis tuis, etc. : « Puisque Daniel lui-même, malgré la connaissance qu'il avait de l'avenir, ne s'exprimait qu'en termes dubitatifis sur les dispositions de Dieu (à l'égard de Nabuchodonosor) , ceux-là sont bien téméraires, qui promettent hardiment le pardon aux pécheurs. Et cependant il faut remarquer que, si le pardon est permis à Nabuchodonosor en considération des bonnes œuvres conseillées à ce roi , il doit l'être bien plus certainement encore à ceux qui ne seraient pas aussi coupables. »

16. S. Augustin, Tract. XXXIII in Joannem : a Que ceux qui aiment la douceur dans le Seigneur, craignent en même temps sa vérité : car il est doux, mais il' est équitable aussi, selon l'expression du Prophète {Ps. XXIV, 8). Vous l'aimez parce qu'il est doux; craignez-le donc aussi parce qu'il est équitable et juste. Sa douceur lui a fait dire : Tai gardé le silence (Is., XLII, 14). Mais sa justice lui a fait ajouter aussitôt : Est-ce que je le garderai toujours? Le Seigneur, dit le Prophèteroi, est clément et miséricordieux. Ajoutez encore avec lui qu'il est patient; ajoutez même qu'il est tout rempli de miséricorde, mais tremblez à ce dernier mot du même Prophète : Verax , il est véritable dans ses promesses et ses menaces : car il jugera avec une souveraine équité les pécheurs qui auront méprisé sa patience. Est-ce que mus méprisez, dit l'Apôtre, les richesses de ^ bonté, de sa patience et de sa longue tolérance? Ignorez-vous quê bi bonté de Dieu voi^ invite à la pénitence ? Mais vous, par votre endur-

fissement et par rimpénitence de voire cceur, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugemefit de Dieu, qui rendra à chacun selon ses œuvres (Rom., Il, 4 et suiv. ). Le Seigneur esl doux, il est lent h punir, il est plein de miséricorde; mais il est juste aussi, et véritable dans toutes ses paroles. Il vous donne du temps pour vous corriger; mais plutôt que de vous corriger, vous aimez mieux remettre d'un jour à l'autre. Vous étiez mauvais hier? Soyez bon aujourd'hui. Vous restez mauvais encore aujourd'hui? Au moins, soyez bon demain. Mais vous attendez toujours, et vous vous promettez beaucoup de la miséricorde de Dieu ; comme si celui qui vous a promis le pardon si vous vous repentez à la fin, vous avait également promis une longue vie. Qui vous a fait connaître ce que vous serez demain? C'est avec raison que vous dites dans votre cœur : Quand je me serai corrigé, le Seigneur me pardonnera tous me^ péchés. Nous ne pouvons nier ,en effet que Dieu ait promis le pardon à ceux qui se corrigent et se convertissent. Mais si vous lisez dans les prophètes que Dieu a promis le pardon aux pécheurs qui changent de vie, vous ne sauriez y lire de même qu'il vous ait promis une longue vie.

» Il y a donc un égal danger, quoique par des raisons et des dispositions contraires , à trop espérer et à ne pas assez espérer. Quels sont ceux qui se trompent en espérant trop? Ce sont ceux qui disent : Dieu est bon , Dieu est miséricordieux ; je n'ai qu'à faire ce qu'il me plaira, qu'à agir à ma fantaisie, qu'à lâcher la bride à mes passions, qu'à contenter tous mes caprices. Pourquoi? Parce que Dieu esl miséricordieux, qu'il est bon, qu'il est doux. Voilà quels sont ceux qui courent risque de se perdre par un excès d'espérance. Ceux au contraire qui se perdent par un défaut d'espérance ou par désespoir, ce sont ceux qui, croyant leurs péchés trop énormes pour pouvoir être pardonnes même à leur repentir, et se regardant déjà comme damnés sans ressource, se disent à eux-mêmes : Je dois être damné ; pourquoi dès-lors ne pas faire tout ce qu'il me plait? Ainsi se conduisent en effet des gladiateurs destinés à périr dans le cirque. Leur désespoir même fait leur force; parvenus à l'excès de leurs maux, ils n'en sont que plus à redouter pour leurs adversaires. De telles 'gens se perdent par le désespoir, comme les autres par la présomption. Le bon parti est donc de tenir le milieu entre les deux. On doit craindre de se perdre par présomption , et d'encourir la damnation en espérant avec excès de la miséricorde divine ;

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mais on doit craindre également de se perdre par désespoir, ou de renoncer à faire pénitence en se persuadant qu'elle serait inutile , et d'encourir ainsi cette juste sentence de la divine sagesse : Je me rirai de vous au jour de voire ruine {Prov., I, 26). Que fait donc le Seigneur pour guérir les pécheurs de Tune comme de l'autre de ces deux maladies ? A ceux qui présument, il dit : Ne tardez pas à vous convertir au Seigneur, et ne remettez pas pour cela d'un jour à Vautre {Eccli,, F, 8). Et à ceux qui se désespèrent, que dit-il? En quelque jour que se convertisse le pécheur, j'oublierai toutes ses iniquités.

» Dieu a donc offert le port de son indulgence à ceux qui sont en péril d'être submergés par la tempête du désespoir, comme il a laissé dans l'incertitude de la mort ceux qu'un trop facile espoir de salut met en péril, et qui se laissent tromper par l'attente d'une conversion qu'ils diflèrent d'un jour à l'autre. Vous ne savez pas quand viendra votre dernier jour (1). »

17. Le même, Lib. L hamiliarum, hom. 50, c. 10 : « Sur quoi donc se fondent ces hommes vains qui se promettent un salut chimérique, tout en persévérant dans leurs désordres, puisqu'ils entendent l'Apôtre leur dire que ceux qui font ces choses ne posséderont pas le royaume de Dieu? Ils osent se promettre le salut en dehors de ce royaume même de Dieu , et voici le langage qu'ils se tiennent à eux-mêmes , pour s'enhardir à ne pas faire pénitence et à ne rien changer dans leur genre de vie. Je ne veux pas régner; c'est assez pour moi d'être sauvé. Et c'est en quoi ils se trompent , premièrement parce qu'il n'y a point de salut pour ceux qui persévèrent dans le mal. Car lorsque Notre-Seigneur a dit : Parce qv^ l'iniquité se sera accrue, la charité de plusieurs se refroidira^ mais celui-là sera sauvé, qui persévérera jusqu'à la fin (Matth., XXIV, 12 ) ; c'est à ceux qui persévèrent dans la charité qu'il a promis le salut , et non à ceux qui persévèrent dans l'iniquité... Qui donc osera se croire sauvé par cela seul qu'il porte le nom de chrétien, au lieu d'écouter avec soumission et frayeur ces paroles de l'Apôtre : Car sachez qm nul fomicateur, md impudique, nul avare, ce^qui est le même'gu'ttn idolâtre, ne sera héritier du royaume de Jésus-Christ et de Dieu, Que personne ne vous séduise par de vains discours. Car c'est pour ces choses que la colère de Dieu tombe sur tes hommes rebelles à l'en-

(t) Cf. Les Traités de saint Augustin sur V Evangile de saint Jean, tome il, pag. 32^-528.

seîgnement de la vérité. N'ayez donc rien de commun avêc eux {Eph,^ V, S-7). Il s'explique encore davantage sur cet article dans sa première épîlre aux Corinthiens :*iVe vous y trompez pas, leur écrit-il ; ut les fomicateurs, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les impudiques, ni les abominables, ni les voleurs, ni les avares, ni les ivrogties, ni les médisants, ni les ravisseurs du bien d' autrui, ne seront héritiers du royaume de Dieu (/ Cor., VI, 9-10). Mais voyez aussi comme TApôtre a soin de rend?e la confiance et l'espérance du salut à ceux qui dans leur vie antérieure s'étaient rendus coupables de ces crimes : C'est, continue cet Apôtre, ce que quelquesuns de vous ont été autrefois; mais vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés , vom avez été justifiés au nom de Notre-Seigneur Jésus- Christ, et par l'esprit de notre Dieu. Quiconque donc après son baptême reste toujours esclave de criminelles habitudes, est ennemi de lui-même s'il hésite encore à changer de vie , tandis qu'il lui en reste encore le temps , puisque , s'il lui arrive de pécher, c'est qu'il est encore vivant. Car en persévérant, d'une part , comme il le fait , dans son état de péché , il s'amasse tin trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu {Rom., II, 5). Et de l'autre, comme il est encore vivant , la patience de Dieu l'invite à la pénitence. Ainsi embarrassé dans les funestes liens de ses péchés, il refuse, ou il diffère, ou il hésite de recourir à l'Eglise et aux clefs dont elle a le maniement pour être absous dans le ciel en même temps qu'il le sera sur la terre , et il ose se promettre le salut après cette vie , en s'appuyant uniquement sur sa qualité de chrétien, sans paraître s'effrayer de cet oracle redoutable sorti de la bouche de Jésus- Christ : Tous ceux qui me disent. Seigneur, Seigneur, n'entreront pas pour cela dans le royaume des deux, etc. (Matth., VII, 21). Que dit aux Galates le même apôtre? En faisant la même énumération des crimes qui excluent du royaume des cieux, ne les soumet-il pas à la même conclusion? Il est aisé, dit-il, de connaître les œuvres de la chair, qui sont la fornication, l'impureté, l'impudicité, la dissolution, l'idolâtrie, les empoisonnements, les inimitiés, les dissensions, les jabusies, les animosités, les querelles, les divisions, les hérésies, les envies, les meurtres, les ivrogneries, les débauches, et autres choses semblables, dont je vous déclare, comme je vous l'ai déjà dit, que ceux qui commettent ces crimes ne seront point héritiers du royaume de Dieu ( Gai., V, 19-21 ). »

18. S. Isidore, De summo bono, lib. //^ c. 13 : « Quelque pécheur et impie qu'on puisse être , on doit croire qu'on pourra

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obten^ son pardon, si Ton revient à pénitence. Car personne ne sauroit douter de la bonté de Dieu ; mais c'est la perversité de ceux, qui auraient à en recueillir le bienfait, qui seule met obstacle à l'indulgence divine. Ce n'est que dans cette vie qu'on est libre de faire pénitence ; après la mort, au contraire , tout moyen de se convertir sera ôté. C'est pour cela que Jésus-Christ a dit : Il faut que je fasse le$ œuvres de celui qui m'a envoyé^ pendant qu'il est jour : la nuH vient, et ce n'est pas dans la nuit qu'on peut agir (Joan., IX, 4). De là vient aussi ce qu'a dit le Prophète : Rendez gloire au Seigneur votre Dieu avant que les ténèbres votis surprennent (Jerem., XIII, 16), c'est-à-dire, avant que la mort éternelle ne vienne vous engloutir. Tandis que vous êtes en cette vie, rendez gloire à Dieu par votre vie pénitente. Tant que nous sommes en ce monde , la miséricorde de Dieu nous accueille du moment où elle nous voit faire des œuvres de pénitence. Au lieu que dans le siècle à venir nous n'aurons plus à travailler, mais seulement .à rendre compte de nos œuvres. Ce qui conSiOmme pour l'ordinaire la perversion des méchants, c'est le temps même que la patience de Dieu leur accorde pour se corriger, parce qu'au lieu de s'en servir pour faire pénitence , ils en abusent pour pécher avec plus d'audace. Or, c'est aller de mal en pis , que d'employer à faire le mal , le temps qui n'a été accordé que pour revenir à la pratique du bien. Chacun doit, tandis qu'il le peut , se hâter de revenir à Dieu en réparant ses fautes passées, de peur que, si on refuse de le faije tandis qu'on le peut , on ne le puisse plus lorsqu'on le voudra plus tard. C'est ce qui a fait dire au Prophète : Cherchez k Seigneur, tandis qu'il peut être trouvé; invoquez-le, tandis qu'il est proche de vous (Is., LV, 6), Et où peut-on le trouver, si ce n'est dans cette vie , comme c'est dans cette vie qu'il est tout proche de tous ceux qui rinvoqttent (Ps. CXLIV, 18)? Car il sera loin un jour de ceux, à qui il aura fait entendre ces paroles : Allez au feu éternel (Matth., XXV, 41). Maintenant au contraire il est près de nous , sans être vu de nous ; plus tard il n'en sera plus de même , mais il ne pourra plus ni être vu , ni être trouvé. Si , lorsque quelqu'un a péché, il prend le parti de faire pénitence, et de rétracter, tandis qu'il, vit encore, toutes ses habitudes criminelles, il est indubitable qu'à sa mort il pourra passer à l'éternel repos. Quant à celui qui , après toute une vie de désordres, fait pénitence quand enfin il se voit en danger de mort, autant sa réprobation est douteuse, autant sa réconciliation avec Dieu

est incertaine. Que celui donc qui voudrait obtenir à la mort la certitude du pardon de ses péchés , fasse pénitence tandis qu'il est en sanlé, et qu'il expie ses péchés avant que la mort le surprenne. Il y en a qui se hâtent de promettre aux pénitents l'assurance de leur salut , et qui méritent par là qu'on leur applique ces paroles du Prophète : Ils guérissaient les plaies de mon peuple d'une manière honteme^ en disant : La paix, la paix, lorsqu'il n'y avait point de paix (Jerem., VI, 14). C'est donc guérir les plaies d'une manière honteuse, que de promettre la paix de la conscience au pécheur dont la pénitence est défectueuse. C'est pourquoi le Prophète dit ensuite ( ibidem, 18) : Ils ont été confus , parce quHls ont fait des choses abominables; confus, dis-je, non en faisant pénitence , mais en portant la peine de leur iniquité. Car autre est la confusion qu'éprouve devant son juge le coupable qui subit son châtiment , autre est celle de celui qui rougit de ses mauvaises actions et cherche à s'en corriger. Car le premier est confus, parce qu'il subit la réprimande; le second l'est, parce que sa conscience lui reproche d'avoir mal fait. Quoique la pénitence assure le pardon des péchés , on ne doit pas cependant être sans crainte , parce que la satisfaction du pénitent a pour juge de sa valeur Dieu , et non les hommes. Comme donc la miséricorde de Dieu est pour nous un abîme impénétrable, le seul parti prudent pour un pécheur est de ne point mettre de bornes à sa pénitence. Car un pénitent ne doit jamais être tout-àfait tranquille au sujet des péchés qu'il a commis. Autrement, la sécurité engendre la négligence, et la négligence, si l'on n'y prend garde , fait retomber dans les fautes qu'on a d'abord désavouées. Si, après qu'on s'est relevé par la pénitence , une imprudente sécurité occasionne de nouvelles chutes , on soupire bientôt avec une nouvelle ardeur après les plaisirs illicites qu'on s'était autrefois procurés ; on retombe ainsi avec un danger nouveau dans ses perverses habitudes, et le dernier état de l'homme devient pire que le premier. »

19. S. Augustin, De perfeclione justitiœ contra Cœlestium, resp. 19 : « Pour répondre à notre adversaire, nous disons que la sentence de l'Ecrivain sacré {Prov., XX, 8-9) finit par ces mots: Qm se glorifiera d'avoir un cœur chaste? parce qu'elle commence par ceux-ci : Lorsqu'un roi juste sera assis sur son trône. Car quelque juste ou quelque saint que soit un homme, il doit craindre qu'il ne se trouve en lui, à son insu, quelque chose à reprendre, lorsque le roi juste sera assis sur son trône , ce roi à la connais-

sancaduquel aucun péché n'échappe, pas même ceux dont il est dit : Qui est celui qui cannait ses péchés (Ps. XVII h 13) ? Lors donc que le roi juste sera sur son trône , qui est-ce qui se glorifiera d'avoir un cœur chaste? Ou en d'autres termes : Qui se glorifiera d'être pur de tout péché? À moins que ce ne soient ces hommes qui tiennent à se glorifier de leur propre justice , au lieu de le faire de la miséricorde de Dieu. » .

SO. Le même, Lib, ds corruptione et gratid, c. 13 (al. &0) : f( Y a-t-il quelqu'un dans la grande multitude des fidèles , qui , tant qu'il est sur la terre, soit assuré d'être du nombre des prédestinés? Aussi est-il à propos que cela nous demeure caché dans cette vie, où l'enflure de l'orgueil est tant à craindre, qu'un saint Paul même recevait des soufflets d'un ange de Satan pour en être préservé (J/ Cor, y XII, 7), C'est pour la même raison que Jésus-Christ disait à ses apôtres : Si vous demeurez fidèles à ma parole^ etc. (Joan., XV, 7), quoiqu'il fût assuré qu'ils lui demeureraient fidèles. Dieu dit de même par un prophète : Si vous voulez m' écouter et me croire ^ etc. (Is., I, 19), quoiqu'il sût parfaitement qui étaient ceux en qui il produirait lui-même ce bon vouloir {Philip., Il, 13). L Ecriture est pleine de textes semblables; et il faut croire qUe c'est qu'il est utile au& élus d'ignorer ce secret , afin que personne ne s'élève , mais que tous ceux-là mêmes qui courent avec ardeur dans la bonne Yoie soient toujours dans la crainte, par l'incertitude où ils sont de parvenir au but. »

31. Le même, Lib, L homiliarum, hom, il (1) : a Celui qui aura fait une sincère pénitence, et aura été délivré des liens dans lesquels il était auparavant détenu captif, en même temps que séparé du corps de Jésus-Christ, s'il vit à la suite de sa pénitence comme il aurait» dû toujours vivre, et qu'il vienne à mourir après avoir été réconcilié avec Dieu, sera adn^is à voir Dieu, à jouir du repos éternel, à entrer en possession du

(1) Voici le jugement que Noël- Alexandre porte de cette homélie. Le commencement n'est à ses yeux qu'un fragment de quelque homélie du saint docteur. A partir ensuite de ces mots : Sed dicat aliquis ( mais on dira, etc.), jusqu'à ces autres : Fis te dubio Uberare (voulez-vous vous tirer d'incertitude, etc.), ce serait une interpolation de quelque main maladroite, qui, en faisant l'énumération de l'ivrognerie, delà convoitise, du larcin, des paroles mauvaises, du rire immodéré, des paroles oiseuses, comme d'autant de péchés légers, les compte immédiatement après comme péchés graves : Ecce quàm levia dixi , omnia tamen gravia et pe^tifera. V. Nat. Alex., Eccl, hist. sœc. F, p. iO't, édit. de Venise.

454 DES PiCHÉS CONTRE LE SAINT-ESPRIT.

royaume céleste, et sera à jamais séparé de la société des démons. Mais si quelqu'un attend pour faire pénitence qu'il se voie au lit de la mort , s'il meurt ensuite après avoir été réconcilié, j'avoue que nous ne lui refusons pa,s ce congé qu'il nous demande, mais nous ne présumons pas pour cela qu'il fasse une bonne mort. Non, je ne présume point cela, je le confesse; j'aurais plutôt une présomption toute différente. Le fidèle qui remplit ses devoirs dans l'état de santé , quitte ce monde assuré de son bonheur. Celui qui meurt aussitôt après son baptême, est de même assuré de son salut. Celui qui fait pénitence, et qui réconcilié avec Dieu quand il est encore en santé , continue ensuite à bien vivre, est encore assuré de son bonheur. Celui qui ne fait pénitence qu'à la fin de sa vie, et qui ne se réconcilie qu'alors avec Dieu , peut se croire assuré de son salut ; pour moi , je ne l'en tiens pas assuré. Si j'en étais assuré moi-même, je le dirais, et en le disant , je donnerais la sécurité aux autres ; mais ne pouvant l'être, je puis bien donner la pénitence , mais je ne puis pas donner la sécurité. Quelqu'un me dira peut-être : Bon prêtre , tu nous dis que tu n'es pas assuré et que tu ne peux pas nous assurer nous-mêmes , si celui qui a été impénitent pendant qu'il était en santé , et à qui tu donnes la pénitence au moment de sa mort , obtiendra le salut et méritera d'aller avec Jésus- Christ : Enseigne-nous donc de grâce ce que nous devons faire pour bien vivre après avoir été admis à la pénitence. Le voici, mes frères : Abstenez -vous de l'ivrognerie, de la convoitise, du larcin , du rire immodéré , du bavardage et des paroles inutiles , dont il faudra que les hommes rendent compte au jour du jugement. Que de péchés en apparence légers, et tous cependant assez graves pour donner la mort à l'âme ! Je dis de plus : Ce n'est pas seulement après la pénitence que chacun doit s'abstenir de tous ces vices , mais c'est aussi avant la pénitence et tandis qu'on se porte bien, parce que, si l'on attend jusqu'à la fin de sa vie , on ignore si l'on pourra recevoir la pénitence elle-même, et confesser ses péchés à Dieu et à son ministre. C'est pourquoi j'ai dit qu'il fallait vivre bien avant la pénitence, et mieux encore après l'avoir reçue. Faites bien attention à mes paroles : je vais les expliquer encore davantage , de peur que l'on ne me •prête quelque sentiment erroné. Est-ce à dire qu'un homme dans ces conditions sera damné? Ce n'est pas là ce que je dis. Est-ce donc à dire qu'il sera sauvé? Je ne le dis pas non plus. Qu'est-ce donc à dire ? C'est-à-dire que je n'en sais rien ; je ne présume

DES PÉGHÉd CONTRE LE SAINT-ESPRIT. iSS

rien, je Qe puis rien promettre , je n'en puis rien savoir. Voulezvous sortir de cette incertitude? Voulez-vous échapper à tout danger? Faites pénitence, tandis que vous êtes en santé. Car si vous faites une sincère pénitence dans votre état de santé, vous vous trouverez également bien disposé à votre dernier jour. Hàtez-vous de vous réconcilier; si vous le faites, vous n'avez rien à craindre. Pourquoi? parce que vous aurez fait pénitence dans un temps où vous auriez pu pécher. Si au contraire vous ne voulez faire pénitence que lorsque vous ne pourrez plus pécher, ce ne sera pas vous qui aurez quitté le péché, mais ce sera le péché qui vous aura quitté. Mais qui vous a dit, m'objecterez-vous , que Dieu ne me pardonnera pas? Vous dites vrai : je n'en sais rien. La seule chose que je sache , c'est que je n'en sais rien. C'est parce que je n'en sais rien , que je vous accorde la pénitence. Je vous la refuserais, si je savais qu'elle devrait vous être inutile. D'un autre côté , si je savais qu'elle vous servirait, je ne prendrais point tant la peine de vous avertir et de vous effrayer. De deux choses l'une : ou vous obtiendrez votre pardon , ou vous ne l'obtiendrez pas. Je ne sais laquelle de ces deux choses sera votre partage : tenez-vous-en donc à ce qui est certain, et laissez l'incertain. y>

22. Le même, Serm. Illdelnnocentibus (c'est le 10* de Sanctis) : ft Si l'on voulait ne pas perdre la pensée du jour de sa mort , on saurait se tenir eu garde contre tout péché et contre toute convoitise. Mais, parce qu'on repousse actuellement cette pensée salutaire , on rend irrémédiable pour la suite ce mal qu'on ne saurait éviter. Car le dernier jour, le jour du jugement, viendra alors quand on ne pourra plus ni faire pénitence , ni pratiquer de bonnes œuvres pour échapper à la mort éternelle, parce que telle est la peine infligée au pécheur, qu'il s'oublie soi-même à la mort, pour avoir oublié Dieu pendant la vie. »

23. S. Ghégoire-le-Grand , Lib. XVI Moralium in Job, c. 51 (al. 20), sur ces paroles, Usque ad inferos peccatum iUius : « Que son péché aille jusqu'aux enfers, c'est-à-dire, qu'il ne s'en corrige point par la pénitence avant la fin de la vie présente. Et c'est de ce péché que parle l'apôtre saint Jean, quand il dit : Il y a un péché qui va à la mort; et ce n'est pas pour ce péché-là que je vous dis de prier (I Joan., V, 16). Car c'est en vain qu'on demande à Dieu le pardon d'un péché, dont le coupable ne s'est point corrigé avant sa mort. C'est encore de ce pécheur que Job dit ensuite : Que la miséricorde m se souvienne pas de lui. La miséricorde de Dieu oublie celui qui a oublié sa justice , parce

que le pécheur qui ne craint pas Dieu présentement comme un juste juge, ne le trouvera pas un jour miséricordieux et indulgent. Gela doit s'entendre non-seulement de ceux qui abandonnent la vraie foi , mais aussi de ceux qui l'ayant embrassée ne laissent pas de mener une vie charnelle , puisqu'il est impossible d'éviter la damnation , soit qu'on pèche dans la foi, soit qu'on pèche dans les œuvres; car, bien qu'il y ait quelque différence dans la qualité et la mesure de la peine , il n'en est pas moins certain qu'il ne reste aucune espérance de pardon pour les péchés qui n'ont pas été effacés dans cette vie par la pénitence (1). »

24. S. Br^iRNARD, m parvis sermonibus, Sertn, S2 : « Je compte trois baisers : le baiser des pieds, celui des mains et celui du visage. Dans le premier moment de notre conversion, ce sont les pieds de Notre -Seigneur que nous baisons. Or, les pieds de Notre-Seigneur sont, le premier la miséricorde, et le second la vérité. Dieu imprime l'un et l'autre sur le cœur de ceux qui se convertissent , et tout pécheur vraiment pénitent les baise tous les deux. Car, s'il n'acceptait que la miséricorde $ans accepter la vérité, il tomberait par présomption. Si au contraire il acceptait la vérité sans accepter la miséricorde , il périrait par le désespoir. Si donc il veut être sauvé , qu'il se prosterne humblement au pied de la miséricorde comme au pied de \à vérité, afin que celle-ci lui fasse condamner ses péchés , et que celle-là lui fasse espérer son pardon. »

35. Le même, Serm. VI in Cantica : « Heureuse est l'ânie, à qui le Seigneur Jésus a fait la faveur d'imprimer sur elle ses deux pieds. Vous reconnaîtrez cette âme à deux signes ; car il est nécessaire qu'elle retienne l'impression des pieds divins. Ces deux signes sont la crainte et l'espérance; celle-là lui retrace l'image des jugements de Dieu, celle-ci l'image de sa miséricorde. Le Psalmiste a dit avec raison que le Seigneur met son plaisir en ceux qui le craignent, et qui espèrent en sa miséricarde {Ps, CXLVI, 11 ), puisque la crainte est le commencement de la sagesse, et que l'espérance en est le progrès. Car quant à la perfection de la sagesse, c'est le privilège de la charité. Les choses étant ainsi , ce n'est pas un médiocre avantage, que celui qu'on retire du premier baiser, ou de clslui qui s'imprime sur les pieds. Ayez soin seulement de baiser également les deux. Car si vous vous bornez à ressentir la douleur de vos péchés et la

(1] Cf. les Morales de saint Grégoire , t. Il , p. 692.

crainte des jugements de Dieu , vous ne baisez encore qu'un pied, celui de la vérité et de la justice. Mais si vous savez tempérer ce sentiment de crainte et de douleur par la considération de la bonté divine, alors vous embrassez aussi le pied de la miséricorde. Au lieu qu'il ne serait pas avantageux pour vous de baiser Tun sans l'autre , parce que la pensée de la justice toute seule jette dans le gouffre du désespoir, et qu'une appré^ dation exagérée de la miséricorde engendre une sécurité funeste. Il m'a été donné plus d'une fois à moi-même , quelque indigne que j'en fusse, de m'asseoir aux pieds du Seigneur Jésus, et d'embrasser avec une vive ferveur tantôt l'un , tantôt l'autre , autant que sa bonté daignait m'en faire la faveur. Si quelquefois, le souvenir de mes péchés me faisant perdre de vue la miséricorde , je m'arrétaiâ trop longtemps à me représenter la justice divine , bientôt saisi d'un sentiment indicible de frayeur en même temps que de confusion, et plongé dans d'horribles ténèbres, j'avais à peine la force, tant j'étais abattu , de m'écrier comme du fond de cet abime : Qui peut comprendre. Seigneur ^ l'étendue de votre colère , et combien voire indignation est redoutable (Ps, LXXXIX, 11)? D'autres fois, si me détournant du pied de la justice je m'attachais de préférence à celui de la miséricorde , je tombais tout-à-coup au contraire dans une telle négligence et une telle incurie , que mon oraison en devenait plus tiède , mon action plus lente , mon penchant à rire plus effréné , ma conversation plus indiscrète , ma conduite entière plus ennemie de la retenue. Instruit donc par ma propre expérience , je chanterai. Seigneur, devant vous, non votre seule justice ou votre seule miséricorde, mais votre miséricorde et votre justice à la fois (Ps. C, 1). Je n' oublierai jamais la justice de vos ordonnances (CXVIII ,93). Vos ordonnances, pleines à la fois de justice et de miséricorde , me tiendront lieu de cantique dans le lieu de mon exil (ibid,, 54), jusqu'à ce que, la miséricorde s'élevant au-dessus de la justice, ma misère disparaisse devant ma gloire, et que je ne chante plus que vos louanges, sans ressentir désormais les pointes de la tristesse (Ps. XXIX, 13). »

26. S. Augustin , Tract, de uiilitate pœnitentiœ, c. ult. : « De même que celui qui tombe dans le désespoir augmente la somme de ses péchés , de même celui qui espère son pardon peut aussi en augmenter la somme, s'il se dit, par exemple : Je ferai ce que je voudrai ; Dieu est bon ; quand je me convertirai , il me pardonnera. Dites-vous à vous-même, j'y consens : Quand je me

convertirai , il me pardonnera ; si vous êtes assuré de votre lendemain. L'Ecriture ne vous donne-t-elle pas cet avertissement : Ne tardez pas à vous convertir au Seigneur, et ne remettez pas pour cela d'un jour à Vautre; car sa colère éclatera tout d'un coup, et il vous perdra au jour de la vengeance {Eccles., V, 8-9). La providence de Dieu nous a fourni les moyens d'éviter ces deux écueils : pour que nous n'augmentions pas la somme de nos péchés par le désespoir, elle nous offre le port de la pénitence; et pour que nous ne les augmentions pas non plus par une espérance mal réglée , elle nous a rendu incertain le jour de notre mort. »

Qaestion IV.

Comment pèche-t-on contre le Saint-Esprit par désespoir?

C'est en tombant dans le défaut opposé à la présomption dont nous venons de parler, c'est-à-dire en perdant toute espérance , soit d'obtenir notre pardon de Dieu , soit de parvenir au salut éternel.

C'est ainsi que Caïn pécha par désespoir, comme le témoignent assez ces paroles que l'Ecriture lui met à la bouche : Mon iniquité est trop grande, pour que j'en obtienne le pardon {Gen., IV, 40-14). Judas qui trahit Jésus-Christ pécha de même par désespoir, lorsque , perdant toute espérance de son salut, il mit fin à ses jours en s' étranglant avec un lacet. Or, il n'est jamais trop tard pour que nous fassions pénitence, comme le prouve l'exemple du bon larron , qui déjà sur la croix, et n'ayant plus qu'un souffle de vie , obtint de Jésus-Christ le pardon complet de ses crimes et l'assurance de la gloire céleste (IV).

TÉMOIGNAGES DE l'ÉGRITURE.

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