‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, trChapitre 13 sur 68 · Genèse, IV, 10-14 : « Le Seigneur dit à Caïn : Qu'as-tu · texte numérisé non relu

Genèse, IV, 10-14 : « Le Seigneur dit à Caïn : Qu'as-tu

fait? La voix du sang de ton frère, crie de la terre jusqu'à moi.

— Maintenant donc tu seras maudit sur cette terre, qui a ouvert

Quomodo peccatur in Spiritum Sanctum desperatione?

Gum praesnmptioni , de qua dictum est , contrariam prorsus vitiam accesserif , at omnem spem abjiciat homo velimpetrandae apud Deam veniae, vel salutis œternae consequendae.

Hoc modo peccavit desperando Gain , ut suâ ipse voce testatur, cUm inquit : Sii^M est iniquitas mea, quam ut veniatn me' rear, Peccavit et Judas Christi prodilor, cîim salutis desperatione commotus, vitam laqueo sibi infelix abrupit. Atqui nuUa nimis est sera homini pœnitentia , uti Latronis exemplo demonstratur, qui in crace extremisque vitae spatiis GhrisU ingentem gratiam et ccelestem gloriam est consecutof •

sa bouche pour recevoir le sang de ton frère , versé par ta main. — Après même que tu l'auras cultivée , elle ne te donnera pas ses fruits : tu seras fugitif et errant sur la terre. — Gain répondit au Seigneur : Mon iniquité est trop grande pour que je puisse en obtenir le pardon. — Voilà que vous me chassez de dessus la terre, et je me cacherai de devant votre face, et je serai fugitif et errant sur la terre; et le premier qui me trouvera me tuera. »

2. Matthieu, XXVII, 3-S : <( Cependant Judas qui l'avait livré, voyant qu'il était condamné, en conçut du remords, et rapporta aux princes des prêtres et aux anciens du peuple les trente pièces d'argent, — en disant : J'ai péché en livrant le sang innocent. Mais ils lui répondirent : Que nous importe? C'est ton affaire. — Alors Judas ayant jeté cet argent dans le temple, se retira, et alla se pendre. »

3. Actes j I, 16-19 : « Il faut que ce que le Saint-Esprit a prédit dans l'Ecriture'par la bouche de David, au sujet de Judas, qui s'est fait le guide de ceux qui ont pris Jésus, soit accompli. •— Il était compté comme l'un des nôtres, et il partageait notre ministère. — Et il a acheté un champ du salaire de son crime ; et bientôt s'étant pendu, il a crevé par le milieu du ventre; et toutes ses entrailles se sont répandues. — Et cela a été connu de tous les habitants de Jérusalem, en sorte que ce champ a été appelé en leur langue hacel-dalna, c'est-à-dire le champ du sang. ))

4. Ephésiensj VI, 47-20 : « Je vous avertis donc, et je vous conjure par le Seigneur, de ne plus vivre comme les gentils, qui suivent dans leur conduite la vdnité de leurs pensées ; qui ont Tesprit plein de ténèbres ; qui sont éloignés de la vie de Dieu , à cause de l'ignorance où ils sont et' de l'aveuglement de leur cœur; — qui, ayant perdu tout espoir de salut, s'abandonnent à la dissolution, et se plongent avec une ardeur insatiable dans toutes sortes d'impuretés. : — Mais vous, ce n'est pas ainsi que vous avez été instruits à l'école de Jésus-Christ. »

5. 11 flois, II, 26 : « Alors Abner cria à Joab : Ignores-tu qu'il est dangereux de jeter son ennemi dans le désespoir? »

6. EzÉCHiEL, XVIII, 21-23, 27-28, 30-32 : «Si l'impie fait pénitence de tous ses péchés, s'il garde tous mes préceptes, et s'il agit selon l'équité et la justice, il vivra certainement; non, et ne mourra point. — Je ne me' souviendrai plus de toutes les iniquités qu'il aura précédemment commises; il vivra dans les œuvres de justice qu'il aura faites. — Est-ce que je veux la mort

de l'impie, dit le Seigneur Dieu, et non pas plutôt qu'il se retire de sa mauvaise voie, et qu'il vive...? — Lorsque l'impie se sera détourné de l'impiété où il aura vécu jusque-là, et qu'il agira selon l'équité et la justice , il rendra par ce moyen la vie à son âme. — Gomme il sera rentré en lui-même, et qu'il se sera détourné de toutes ses œuvres d'iniquité, il vivra certainement; non, il ne mourra point... — Convertissez-vous et faites pénitence de toutes vos iniquités, et l'iniquité ne sera plus pour vous un sujet de ruine. — Rejetez loin de vous toutes les prévarications dont vous vous êtes rendus coupables, et faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau. Eh! pourquoi mourrezvous, maison d'Israël? — Je ne veux point la mort de celui qui meurt, dit le Seigneur Dieu. Revenez à moi, et vivez. »

7. Id., XXXIII, 12, 14-16 : a En quelque jour que l'impie se convertisse, son impiété ne lui nuira point..., — si, après que j'aurai dit à l'impie : Tu mourras certainement, il fait pénitence de son péché, et qu'il se conduise selon l'équité et la justice; — si cet impie rend le gage qu'on lui avait confié , s'il restitue le bien qu'il avait ravi, s'il marche dans la voie des commandements qui donnent la vie , s'il ne fait rien d'injuste , il vivra certainement; non, il ne mourra point. — Tous les péchés qu'il aura pu commettre ne lui seront point imputés : il aura fait ce qui est droit et juste, et ainsi il vivra très-certainement. » •

8. I Jean, II, 11 ri 2 : a Si quelqu'un pèche, nous avons pour avocat auprès du Père Jésus-Christ, qui est juste; — car c'est lui qui est la victime de propitiation pour nos péchés, et nonseulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux, de tout le monde. »

9. Id.j L 7-9 : « Le sang de Jésus-Christ son Fils nous purifie de tout péché... — Si nous confessons nos péchés, il est trop fidèle et trop juste pour ne pas nous les remettre , ei ne pas nous purifier de toute iniquité, d

10. JÉRÉMiE, III, 1 : « On dit ordinairement : Si une femme^ après avoir été répudiée par son mari et l'avoir quitté, en épouse un autre , son mari la prendra-t-il encore? El n'est-elle pas à ses yeux une terre impure et souillée? Et loi, lu t'es attachée à une multitude d'amants; cependant, reviens à moi» dit le Seigneur, et je te recevrai. »

11. IsAÏE, I, 16-18 : a Lavez- vous, purifiez- vous , ôtez de devant mes yeux la malignité de vos pensées; cessez de faire le mal , — apprenez à faire le bien , recherchez ce qui est juste,

assistez l'opprimé, faîtes droit à Torphelin, défendez la veuve. — Et venez, et accusez-moi, dit le Seigneur. Quand vos péchés seraient comme l'écarlate, ils deviendront blancs comme la neige; et quand ils seraient rouges comme du vermillon, ilq. deviendront semblables à la laine la plus blanche. »

12. Psaume GKLIV, 8-9 : <( Le Seigneur est bon et compatissant; il est lent à s'irriter et riche en miséricorde. — Sa bonté se fait sentir à tous , et ses miséricordes s^étendent à toutes les œuvres de ses mains. »

43. Ecdésiasiique, XVII, 20-23, 26-28 : « Dieu ouvre la voie de la justice au repentir... — Convertissez-vous au Seigneur, quittez vos péchés; -^ offrez-lui vos prières, et éloignez-vous de plus en plus de ce qui est pour vous un sujet de chute. — Revenez au Seigneur, détournez-vous de l'injustice, et ayez en horreur ce que Dieu déteste, etc. — Ne demeurez point dans l'erreur des méchants; louez Dieu avant la mort. La louange n'est plus rien pour les morts, parce qu'ils sont comme s'ils n'étaient plus. — Louez-le tant que vous vivrez ; louez-le pendant que vous jouissez de la vie et de la santé ; louez Dieu , glorifiez-vous dans ses miséricordes. — Qu'elle est grande la miséricorde du Seigneur, et sa clémence pour ceux qui se convertissent à lui ! »

44. Luc, XXIII, 39-43 : «Or, l'un des deux voleurs qui étaient crucifiés avec lui, blasphémait contre lui en disant : Si tu es le Christ, sauve-toi toi-même, et nous avec toi. — Mais l'autre le reprenait en disant : N'as-tu donc aucune crainte de Dieu parce que tu es condamné au même supplice? — Encore est-ce avec justice que nous le sommes, puisque nous portons en cela la peine de nos crimes; mais lui, il n'a fait aucun mal. — Puis il dit à Jésus : Seigneur, souvenez-vous de moi, lorsque vous serez entré en possession de votre royaume. — Jésus lui répondit : Je te le dis en vérité, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis. »

TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION

I. S. AuGui^friN (4), Serm. LVIII de tempore : « Ce n'est pas celui qui aura péché , mais bien celui qui aura persévéré dans ses

(1) Ou plutôt saint Gésaire, au jugement de Noël- Alexandre et d'autres critiques. V. Nat. Alex., Eccl. hist, sec, V, p. 108, édit. de Venise; ^ermom de saint Césaire, t. II; p. (^6-49.

IT. il

péchés, qui sera odieux et abominable aux yeux de Dieu. C'est le Seigneur lui-même qui a la bonté de nous exhorter par son prophète , comme le plus tendre de tous les pères , à ne pas nous défier de sa miséricorde : Je m veux pas la mort du pécheur, dit-il , mais qu'il se convertisse et qu'il vive (Ezech., XXXIIl, 12); et encore : En quelque jour que l'impie se convertisse, son impiété ne lui nuira point (ilrid.). Quelle bonté! quel excès de miséricorde! Quelque grande cependant que soit cette bonté, mes frères , elle ne nous sera avantageuse , qu'autant que nous ne diflFérerons pas de nous convertir au Seigneur, et que nous n'ajouterons pas crimes sur crimes. Nous pouvons ^apprendre à connaître la conduite à tenir dans les infirmités de nos àraes , par celle que nous observons en cas de blessures ou de fractures qui nous atteindraient dans nos corps. Que quelqu'un se rompe le pied ou la main, ce n'est qu'avec bien de la peine qu'on le rétablit dans son premier état ; mais s'il lui arrive de se rompre encore ce pied ou cette main au même endroit une seconde et une troisième fois, ou même plus souvent, votre charité conçoit aisémenJt quelles douleurs il lui faudra endurer pour se guérir de ces dernières blessures : à peine, après des soins bien longs et bien multipliés, pourra-t-on réussir à rétablir ces membres dans leur premier état. Il faut raisonner de même des blessures et des fractures des âmes. Que quelqu'un pèche une première ou une seconde fois, s'il ne diffère pas, s'il n'hésite pas à recourir aux remèdes de la pénitence, il recouvrera bientôt sa première santé ; mais s'il ajoute péchés sur péchés, s'il ain\/î mieux laisser vieillir les blessures de son âme en les couvrant et les entretenant , plutôt que de travailler à les guérir en les confessant et en faisant pénitence, il est bien à craindre qu'il n^prouve ce qu'a dit l'Apôtre : Ignorez-vous que la bonté de Dieu vous invite à la pénitence? Et cependant, pair la dureté et V impénitence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colère j et de la manifestation du juste jugement de Dieu {Rom., Il, 4-5).

» Mais peut-être que quelqu'un, entendant ceci, pense en lui-même qu'il a commis des péchés si considérables , qu'il ne peut plus mériter la miséricorde de Dieu. A Dieu ne plaise qu'aucun pécheur ait de telles pensées ! Vous faites attention , mon frère, qui que vous soyez, à la multitude de vos péchés; eh ! que ne faites-vous aussi attention à la toute-puissance du médecin céleste? Pensez-y donc. Dieu veut bien avoir pitié de nous,

puisqu'il est bon ; il le peut , puisqu'il est tout puissant : c'est donc se fermer à soi-même la porte de la miséricorde , que de croire, ou que Dieu ne veut pas, ou qu'il ne peut pas avoir pitié de nous : c'est se méfier, ou de sa bonté , ou de sa toute-puissance. Que personne donc, après cent péchés, après mille crimes même, ne désespère de la miséricorde de Dieu. Non, je le répèle , qu'il n'en désespère pas ; qu'il se hâte cependant de se rendre Dieu favorable, qu'il ne tarde pas un instant, de crainte que, s'il s'engageait dans l'habitude de pécher, il ne puisse plus se délivrer des filets du démon, quand même il le voudrait. »

2. Le même, in Ps. L : (c Si quelqu'un est déjà tombé, si sa conscience lui reproche quelque crime , qu'il pèse attentivement les paroles de ce psaume; qu'il voie, d'un côté, la grandeur de sa plaie; mais que, de l'autre, il ne désespère pas du pouvoir du médecin. Le péché joint au désespoir est une mort assurée (l). Que personne ne dise donc : Puisque j'ai fait ce mal , Dieu me condamnera infailliblement. Il ne pardonne point de si énormes crimes : pourquoi n'ajouterais-je pas péchés sur péchés? Je m'en vais jouir de tous les plaisirs de ce monde, et me hvrer à toute sorte de débauches. Puisque j'ai perdu toute espérance de me relever, que je jouisse du moins, quant à présent, de ce que j'ai soxis les yeux , si je ne puis plus espérer pour l'avenir cet autre bonheur dont je n'ai que la foi.

» Ce psaume donc (le cinquantième) servira de remède à un si grand mal ; et comme, d'un côté, il est pour ceux qui ne sont pas tombés un avertissement de veiller sur eux-mêmes, il empêchera , de l'autre , ceux qui sont déjà tombés d'entrer dans le désespoir (2). »

3. S. 6régoire-le-6rand , Lib. VIII Moralium in Job, c. 14 (al. 13) : <( On peut entendre par ce mot A' enfer le désespoir du pécheur, dont parle David quand il dit : Qui^ dans l'enfer, célébrera vos louanges {Ps. VI, 6)? et dont il est écrit ailleurs : Lorsque le méchant est parvenu au plus profond abîme du péché, il méprise tout {Prov,, XVIII, 3). Or, quiconque se laisse aller au péché, donne la mort à son àme en abandonnant la vie de la justice ; mais celui qui après le péché est accablé de plus sous le poids du désespoir, n'est-il pas, déjà mort qu'il est, enseveli pour ainsi dire dans l'enfer? C'est donc avec beaucoup de raison qu'il

(1) Peccatum cum desperatione , certa mors.

(2) Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. II, p. 650.

164 DES PéCHÊS CONTRE LE SAINT-ESPRIT.

est dit ici : Comme les nuées se dissipent et passent, de même celui qui descend aux enfers n'en remonte plus. Parce que, quand le désespoir accompagne le péché , il ne reste plus aucune voie de retour à la justice. Et le cœur de chacun de ceux qui s'abandonnent au désespoir est fort justement comparé à une nuée, puisqu'il est ohscurci par les ténèbres de Terreur, et comme condensé sous la multitude de ses péchés ; mais ce sont des nuées qui se dissipent et passent, puisqu'elles s'évanouiront infailliblement au grand jour du jugement dernier (1). »

4. S. Isidore, Lib. Il de sUmmo bono^ c. 14 : « On s'approche de Dieu ou Von s'éloigne de lui, non par la distance des lieux, mais par la nature bonne ou mauvaise de ses affections. Car ce n'est pas par le mouvement des pieds, mais par la direction morale des actes que peut s'effectuer ce rapprochement ou cet éloignement. Commettre une action criminelle quelconque, c'est la mort de l'âme; dédaigner de faire pénitence et rester dans l'état de péché, c'est descendre dans l'enfer après qu'on est mort. Pécher donc, c'est mourir; désespérer de son salut, c'est descendre en enfer. C'est pourquoi l'Ecrivain sacré a dit : Lorsque le méchant est parvenu au plus profond abîme du péchés il méprise tout {Prov.f XVIII, 3). Souvent le démon tente de désespoir ceux qu'il voit disposés à faire pénitence, en les frappant vivement de l'énormité de leurs crimes, afin que, perdant tout espoir d'en obtenir le pardon, ils se découragent dans le bien, après n'avoir pu être amenés à persévérer dans le mal. Mais le pénitent doit se mettre en garde contre les pièges que lui tend son astucieux ennemi , et , tout en craignant la justice de Dieu pour les crimes dont il se sent coupable, conserver la confiance en sa miséricorde. Dieu se réjouit plus de la conversion d'une âme dont le salut paraissait désespéré , que d'une autre qui n'aurait jamais été perdue, de même que le retour de l'enfant prodigue, qui était mort et puis revenu à la vie, qui avait été perdu et puis retrouvé, fut pour son père le sujet d'une grande joie. C'est ainsi que Dieu et ses anges se réjouissent beaucoup plus au sujet de celui qui sort d'un grand péril que courait son âme, que pour un autre qui n'a jamais fait l'expérience du péché. Car, autant on est affligé d'une perte qu'on a subie , autant on se réjouit d'avoir retrouvé la chose perdue, comme nous voyons dans l'Evangile le berger transporté de joie , quand il peut rapporter dans son ber-

(i) Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. !«', p. 782.

DBS PÈCHES CONTRE LE SAINT-ESPBIT. 465

caii, en la chargeant sur ses épaules, la brebis qu'il a enfin retrouvée. Personne ne doit désespérer de son pardon, quand ' même il ne se convertirait qu'à la fin de sa vie. Car Dieu juge chacun de nous d'après l'état où nous nous trouvons à la fin , et non d'après un passé qui n'est plus. Cette vérité nous est signifiée par cet article de la loi {Exod,, XXXI V^ 20), qui prescrivait d'offrir une brebis pour le premier-né d'une ànesse, ce qui voulait dire qu'il fallait faire succéder au dérèglement de la vie antérieure l'innocence au moins des derniers jours. De là vient aussi que la loi ordonne d'offrir la queue de la victime , c'est-à-dire la fin de sa vie qu'on doit consacrer à la pénitence. Plusieurs, soutenus de la grâce d'en haut , reviennent à Dieu par la pénitence dans leurs derniers jours, s'appliquant à expier par des larmes continuelles tout le mal qu'ils ont commis , et à faire oublier à force de bonnes œuvres les mauvaises qu'ils ont pu faire : or, c'est avec justice que Dieu leur pardonne les pécb^ de leur vie passée , parce qu'ils se gardent bien de se les pardonner à euxmêmes. C'est donc surtout la fin qu'il faut considérer dans la vie de l'homme, parce que Dieu n'a pas égard à ce que nous avons pu être autrefois , mais à ce que nous serons à notre dernier jour. »

5. S. ChrysostAmb, Hom. II in Ps. L (i) : « Chose étonnante et tout-à-fait nouvelle ! Ceux qui tenaient pour ainsi dire le sceptre de l'impiété deviennent les prémices des nouveaux fidèles. Comme l'univers était tout entier livré à l'égarement ; que les uns étaient sous l'empire de l'infidélité , les autres dans le judaïsme et sous la loi du péché ; le Sauveur a inauguré sa venue en appelant à lui les prémices de tous ces pécheurs , afin que personne désormais n'ait à désespérer de son salut. Etes- vous infidèle? Rappelezvous les mages. Etes-vous ravisseur du bien d'autrui? Rappelezvous le publicain. Etes-vous impur? Rappelez-vous la femme pécheresse. Etes-vous coupable de quelque meurtre? Rappelezvous le bon larron. Etes-vous prévaricateur? Rappelé?- vous Paul , qui de blasphémateur est devenu apôtre ; qui de persécuteur est devenu évangéliste ; qui d'adultère est devenu ami de répoux; qui d'ivraie est devenu froment; qui de loup est devenu pasteur ; qui d'un plomb vil est devenu de l'or ; qui de pirate est

(i) Cette homélie, au jugement de D. Montfaucon comme de Frontonie-Duc, n'est pas de saint Chrysostème. Cf. S. Chrys. opéra, tom« V, pag. 585-587, édit. de Montfaucon; pag. 711-715, édit. Gaume.

166 DES PÉCHÉS GONTaB LE SÀlNT-ESPRlT .

devenu pilote ; qUi de dévastateur de TEglise est devenu ministre de TEglise ; qui , après avoir porté le ravage dans* la vigne du Seigneur, a été chargé de sa plantation et de sa culture, et après avoir fait ses efforts pour renverser le teraple a été appelé à tra- ^ vailler à sa construction. Voyez donc, d'un côté, cet excès de malice, de l'autre, cette perfection de vertu; d'un côté, cette méchanceté du serviteur, de l'autre , celte bonté du maître. Ne me dites pas : Je suis un blasphémateur ; ne me dites pas : Je 6uis un persécuteur ; ne me dites pas : Je suis souillé d'impuretés. Je vous ai ihis sous les yeux l'exemple d'un homme qui a été tout cela. Vous pouvez chercher votre asile dans tel port qu'il vous plaira. Choisissez le Nouveau-Testament, choisissez l'Ancien ; dans le Nouveau vous avez saint Paul , dans l'Ancien vous avez David. Ne m'alléguez ni prétextes, ni subterfuges. Avez- vous péché, faites pénitence. Auriez-vous péché mille fois, faites pénitence autant de fois. Voilà le remède que je ne cesserai de vous ofifrir, et qui suffira seul pour vous guérir de tous vos maux. Je n'ignore pas dans quel découragement, quel désespoir, la conscience de leurs crimes jette les pécheurs. Us ont à côté d'eux le démon qui leur dit en aiguisant ses armes : Toute ta jeunesse est maintenant déshonorée, c'en est fait de ta vie entière. Tu as commencé par devenir impudique , puis tu t'es souillé de brigandages et de larcins , de parjures et de blasphèmes. Quelle espérance peux-tu avoir encore d'être sauvé? Tu es perdu sans ressource. Ne songe donc plus qu'à jouir au moins des avantages de la vie présente. Voilà ce que vous dit le démon; mais moi, je, vous dirai tout le contraire. Vous êtes perdu, ditesvous; mais vous pouvez encore vous sauver. Vous vous êtes couvert d'impuretés; mais vous pouvez reprendre la pratique de la continence. Vous êtes devenu adultère; mais vous pouvez vous convertir. Vous êtes tombé; mais vous pouvez vous relever. Votre repentir est faible ; mais l'indulgence de Dieu est grande. Vous êtes coupable de meurtre; faites-en pénitence. Vous avez convoité le bien d'autrui ; dites à Dieu : J'ai péché. Vous vous êtes blessé; recourez aux remèdes. Tant qu'il vous reste un souffle de vie, fussiez- vous arrivé à votre dernier jour,, étendu sur votre lit de mort, poussant le râle de l'agonie, sur le point de quitter la scène de ce monde , témoignez à Dieu votre repentir. Les moments , si courts qu'ils soient , qui vous restent laissent toujours une libre carrière à la bonté divine... Qu'est-ce que le péché, si on le compare à la bonté de Dieu? Ce n'est qu'une toile

d'araignée. Le vent n'a qu'à souffler, pour que celte toile soit emportée. Que Dieu veuille seulement, et il ne restera du péché aucbne trace. Si je parle ainsi , ce n'est pas pour vous autoriser dans votre lâcheté , mais pour vous inspirer de l'ardeur et relever votre espérance. Ne désespérez jamais, ô homme; mais désespérez de celui qui désespère de lui-même. »

6. S. Bernard, Serm. 5 m Naiali Domini : « C'est à bon droit que Dieu est appelé le père des miséricordes (// Cor., I, 3), lui qui a pour attribut de compatir et de pardonner. Quelqu'un dira peut-être : Gomment la miséricorde est-elle son attribut, si ses jugements sont un abime sans fond? Aussi ne disons-nous pas que toutes ses voies ne soient que miséricorde; mais elle& sont en même temps miséricorde et vérité. Il n'est pas moins juste que miséricordieux , celui dont la justice et la miséricorde sont à la fois l'objet des chants du Psalmiste {Ps. C, l). Il est bien vrai qu'iï fait miséricorde à qui il veut , et qu'il endurcit qui il veut (Rom,, IX, 18); mais quand il fait miséricorde, il prend sa miséricorde dans son propre fonds, au lieu que, lorsqu'il juge et qu'il condamne, c'est nous qui l'y forçons en quelque sorte, si bien que sa miséricorde semble lui naître du cœur tout autrement que sa sévérité. Ecoutez-le vous dire : Est-ee que je veux la mort de timpie, et non pas plutôt qu'il se convertisse et qu'il vive (EzECH., XYUI, 17)? C'est donc bien à propos que nous l'appelons, non le père des condamnations et des vengeances, mais le père des miséricordes, non>seulement parce qu'il est plus naturel à un père de faire miséricorde que de se livrer à son courroux, et que Dieu a pitié de ceux qui le craignent comme un père de ses enfants ; mais surtout parce qu'il trouve en lui-même ia cause et le principe de sa bonté , et en nous au contraire la principe et la cause de ses jugements et de ses vengeances. )>

7. Le même, Serm. II super Cantica : <c Si Gain avait été retenu par ce frein, jamais le désespoir ne l'eût porté à dire : Mon péché est trop grand pour que fen obtienne le pardon [Gen,, IV , 13). A Dieu ne plaise! car la bonté de Dieu est plus grande que la malice du plus grand pécheur. )>

8. S. Augustin, Lih. I Retractationum, c. 19 : « Il ne faut désespérer d'aucun pécheur, tant qu'il est en cette vie; et du moment où il n'y a pas à désespérer de quelqu'un , il y a de la prudence à prier pour lui. »

9. Le même, Lib, de correptione et gratid, c. 15 (al. 46) : <c II faut donc que les supérieurs fassent des réprimandes charitables

auK frères soumis à leur conduite , en variant la correction selon la diversité des fautes, de sorte qu'elles soient plus ou moins sévères, selon que les fautes sont plus ou moins considérables. * Car Vexcommunication même prononcée par un jugement épiscopal, et autrement appelée condamnation, anathème, qui est la plus grande des peines que TEglise puisse imposer, peut, si Dieu le veut , devenir un moyen très-salutaire pour la conversion de celui qui en est atteint. Nous ne savons aujourd'hui ce qui arrivera demain ; il ne faut donc jamais désespérer de personne, tant que la mort ne Ta pas enlevé. On ne peut pas non plus s'opposer à Dieu , et empêcher qu'il ne regarde un excommunié dans sa miséricorde, qu'il ne lui donne des sentiments de pénitence, qu'il n'accepte de sa part le sacrifice d'un esprit humilié et d^un coeur brisé de douleur, qu'il ne le délie des liens de l'excommunication, quoique justement prononcée, et qu'il ne fasse grâce à celui que les hommes ont condamné (i). »

10. Le même, Serm. CLXXXIde tempore, c. 16 (2) : « Jamais Dieu ne cebute le repentir, si ce repentir est humble et sincère ; il Taceueille au contraire avec joie et empressement , et il n'a rien plus à cœur que de réintégrer le pécheur repentant dans son premier état; et ce qui surpasse tout le reste, si ce pécheur ne peut accomplir toute la pénitence que sembleraient exiger ses crimes , il se contente d'obtenir de sa part une satisfaction légère et de courte durée, et non-seulement il l'accepte, mais encore il ne la laisse pas sans récompense. G^est ce que me semble indiquer Isaïe par ces paroles qu'il met dans la bouche de Dieu parlant au peuple juif : Tes péchés ont été cause que je t'ai quelque peu affligé et châtié, que j'ai un moment détourné ma face de toi, et tu t'en es affligé, et tu as marché l'air abattu, et aussitôt je t'ai consolé (fe., LIV, 7-8). Av^c ces exemples de pénitence sous les yeux, gardons-nous bien de persévérer dans le mal , ou de désespérer d'obtenir le bienfait de notre réconciliation avec Dieu, mais disons plutôt : Nous aussi , retournons à notre Père , et approchons-nous de Dieu. Croyez-moi ,^ jamais il ne détournera son visage de celui qui reviendra à lui. Car il a dit lui-même : Je suis un Dieu qui se tient proche de ses créatures, et non un Dieu qui ne

(i)Cf. Livre de la correctior^ et de la grâce, dans les Traités choisis de saint Augustin, t. P', p. 395-396.

(2) Ce sermon, au jugement de Noël-Alexandre et des docteurs de Louvain, ne paratt pas être de saint Augustin. V. Nat. Alex., Hist, eccL SCBC. r> p. 108 , édit. de Venise.

se tienne que deloin{l). Il a dit encore par le même prophète : Vos iniquités ont fait une séparation entre vous et Dieu (Is. , LIX, 2) . Si doDC ce sont les péchés qui nous séparent de Dieu, faisons disparaître cet obstacle, pour que rien ne nous empêche de nous unir à lui. Car Dieu nous a créés, ou tirés du néant, pour nous conférer les biens éternels et nous rendre héritiers du royaume des cieux. Non, ce n'est pas pour nous dévouer aux feux éternels de Tenfer qu'il nous a mis dans ce monde. Le royaume des cieux a été fait pour nous; l'enfer l'a été pour le démon. Montrons par rEvangile qu'il en est ainsi : Notre Seigneur dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, les bénis de mon père, entrez en possession du royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde (Matth., XXV, 54). Il dira au contraire à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel, qui a été préparé au diable et à ses anges. Si donc l'enfer a été préparé pour le diable, et le royaume des cieux pour l'homme dès le commencement du monde, tout ce que nous avons à craindre, c'est de nous exclure nous-mêmes des biens étemels , en persistant obstinément dans le mal. Car tant que nous sommes en cette vie , quelques péchés que nous ayons le malheur de commettre, nous pouvons tout effacer par la pénitence. Mais quand nous serons une fois sortis de ce monde , nous aurons beau nous repentir alors, nous ne retirerons aucun avantage de notre repentir, et en vain grincerons-nous les dents, en vain verserons-nous des pleurs et ferons-nous éclater nos gémissements , en vain nous répandrons-nous en supplications et en prières; personne ne nous écoutera , personne ne viendra à notre secours , personne n'approchera seulement son doigt pour étendre une goutte d'eau sur notre langue altérée (Luc, XVI, 24), et nous ne recevrons d'autre réponse que celle-ci que le mauvais riche reçut d'Abraham : Un grand abîme est creusé pour jamais entre vous et nom, de sorte que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous ne le peuvent^ comme on ne peut passer ici du lieu où vous êtes. »

U.S. Léon-le-Grand , Epist, XCI ad Theodorum Forojuliensem : « Il est de toute importance et de toute nécessité qu'on obtienne par les prières des prêtres le pardon de ses péchés avant le dernier jour. Quant à ceux qui implorent la grâce de la

(1) Deus approprians ego sum, et non Deiis de longé. Nous n'avons pu trouver ces mots dans Isaïe, dont il est dit ici quMls sont extraits. On trouve, il est vrai, presque ces mêmes paroles dans Jérémie CXXIII, 25); mais elles y présentent dans cet endroit un sens tout différent.

pénitence et aussitôt après celle de la réconciliation dans une nécessité urgente et lorsqu'ils sont surpris par le danger, il ne faut ni leur interdire la pénitence , ni leur refusa la réconciliation , parce que nous ne pouvons assigner ni bornes ni limites à la miséricorde divine , qui ne fait jamais attendre le pardon au repentir véritable , comme Dieu lui-même nous Talteste par ces paroles de son Prophète {l) : Du moment m vous serez rewn,Mà moi par un repentir sincère, mus serez sauvé (Ezech., XXXIII, là). Et ailleurs : Soyez le premier à vous accuser de vos iniquités, et Dieu vous les pardonnera (Is., XLIII , 26 , d'après les Septante). Et encore : Le Seigneur est plein de miséricorde, et on trouve en lui une rédemption abondante {Ps, CXXIX, 7). Nous ne devons donc pas nous montrer difficiles dans la dispensation des dons de Dieu, ni être insensibles aux. larmes et aux gémissements de ceux qui s'accusent eux-mêmes , puisque nous faisons profession de croire que ce sentiment même de repentir vient de l'inspiration de Dieu , suivant ce que dit l'Apôtre : Dans l'espérance qm Dieu pourra leur donner un jour ( à ceux qui résistent à la vérité) l'esprit de pénitence , pour la leur faire connaître, et qu'ainsi ils sortiront des pièges du diable , qui les tient captifs pour en faire ce qu'il lui plaît. )>

12. Le concile de Trente, session XIV, chapitre 7 : « Il entre dans la nature même des droits de Dieu que la réserve des péchés n'ait pas lieu seulement pour la police extérieure , mais qu'elle ait son effet dans le for même de la conscience. Cependant, pour que cette discipline ne soit l'occasion de la perte d'aucun pécheur, l'Eglise a toujours observé le pieux usage de lever toute réserve de péchés à l'article de la mort ; et par conséquent tous les prêtres indistinctement peuvent absoudre dans cette circonstance toute espèce de pénitents, de quelques péchés et de quelques censures que ceux-ci puissent être liés. Mais , hors de là, tout ce qu'ont à faire les prêtres qui n'ont pas le pouvoir d'absoudre des cas réservés, c'est d'engager les pénitents à s'adresser aux légitimes supérieurs pour que ceux-ci puissent leur en accorder l'absolution. »

(i) Cùm conversus ingemueris, salvus eris. Ces paroles ne'se trouvent ni dans l'endroit cité ici d'Ezéchiel , ni quelque part ailleurs que ce soit dans la Vulgate; mais elles n'ont pas d'autre sens que le passage indiqué du Prophète. On pourrait peut-être encore mieux y voir le sens de ces paroles d'isaïe (XXX, 15) d'après la Vulgate : Si vous revenez à moi, et si voitë demeurez en paix, vous serez sauvés.

Question ¥•

Quand est-ce qu^on pèche contre le Saint-Esprit en résistant à la vérité?

C*est quand on combat la vérité en matière de foi ou de piété , non par ignorance , mais de dessein formé et par malice , pour porter atteinte par-là à la croyance catholique.

Ce péché a été celui des pharisiens, que l'Evangile nous montre tout occupés à décrier, en dépit de la vérité et de leur propre conscience , tant la personne de Jésus-Christ que sa doctrine , et d'étouffer le témoignage que lui rendaient les apôtres , sans autre mobile pour agir de la sorte qu'une haine forcenée et aveugle. On peut ranger dans la même catégorie ceux dont le Prophète dit qu'ils sont assis dans la chaire de pestilence; ceux que saint Pierre appelle de faux docteurs qui introduisent de pemiciev^s hérésies; ceux enfin que saint Paul nous désigne sous les noms d'hérétiques , d'hommes corrompus dans r esprit et pervertis dans la foi^ qui suivent des esprits d'erreur et des doctrines didboliqu>eSj qui sont hors de la voie du salut et se condamnent euxmêmespar leur propre jugement. On peut encore compter comme de ce nombre l'imposteur Elymas, à qui saint Paul adressa publiquement, et avec une vigueur vraiment digne d'un apôtre, ce reproche mérité : 0 homme, plein de toute sorte de -tromperie et de malice y enfant du diable^ ennemi de toute justice, ne cesserezvoiis jamais de pervertir les voies droites du Seigneur?

C'est à cette même classe qu'il faut rapporter le blasphème contre l'Esprit-Sainl , péché que Notre-Seigneur Jésus-Christ reproche sévèrement aux Juifs, et qu'il représente comme le plus condamnable de tous. Et plût à Dieu que ce péché ne se commît plus de nos jours! Car ceux-là aussi blasphèment contre l'Esprit-Saint, qui profitent de toute occasion pour enfreindre insolemment les canons dictés par l'esprit de Dieu , ou pour en faire la critique, ou pour applaudir à ceux qui les critiquent ou les enfreignent. Une présomption aussi coupable est vraiment une sorte de blasphème contre l'Esprit-Saint (V).

Çuando verit'atem impugnans peccat in Spiritum Sanctum?

Cam de fide, et religionis negotio veritas non ex igDorantia, sed malilia studiosë

oppugoatur, ut hinc veritatis catholica laedatur sinceritas.

Huic peccato pharisœi obnoxii erant quibus vel praecipuô videmus curae fuisse > tara maligne, quàm falsô blasphemare Christum, insectari doctrinam Evangelii,

TÉMOIGNAGES DE l' ÉCRITURE.

1. Matthieu, XII, 24 : « Les pharisiens entendant cela dirent : Cet homme ne chasse les démons que par Béelzébuth prince des démons. »

2. Id., XVj 1-3 : « Alors des scribes et des pharisiens de Jérusalem s'approchèrent de Jésus et lui dirent : — Pourquoi vos disciples violent-ils la tradition des anciens? Car ils ne lavent pas leurs mains lorsqu'ils prennent leurs repas. — Mais Jésus leur répondit : Pourquoi vous-mêmes violez-vous le commandement de Dieu? etc. »

3. Id., XXI, 37-41, 45-46 : « Enfin il leur envoya son fils, en disant : Au moins respecteront-ils mon fils. — Mais les vignerons, voyant le fils, dirent entre eux : C'est ici l'héritier; venez, tuons-le , et nous aurons son héritage. — Et s' étant saisis de lui, ils le jetèrent hors de la vigne, et le tuèrent. — Lors donc que le maître de la vigne sera venu , comment traitera-t-il ces vignerons? — Ils lui répondirent : Il fera périr misérablement ces misérables, et il louera sa vigne à d'autres vignerons, etc.. — Les princes des prêtres et les pharisiens, ayant entendu ces paraboles de Jésus, virent bien que c'était d'eux qu'il parlait. — Et voulant se saisir de lui, ils craignirent •le peuple, parce que celui-ci regardait Jésus comme un prophète. »

• 4. Id., XXII, 18-16, 18-19 : <c Après cela, les pharisiens s'étant retirés, tinrent conseil entre eux sur la manière dont ils pourraient surprendre Jésus dans ^es paroles. — Et ils envoyèrent leurs disciples avec des hérodiens lui dire : Maître, nous savons que vous êtes vrai dans tout ce que vous dites, et que vous enseignez la voie de Dieu dans la vérité, sans avoir égard à qui que ce soit, etc. —

testimonium supprimere, idqae contra suam ipsorum conscientiam. His non sunt absimiles, qui à propheta dicuntnr sedentes in cathedra pestilentiœ , à Petro autem magistri mendaces , qui introducant sectas perditionis , à Paulo demam vocantur haeretici homines, corrupti mente, reprobi circa fidem , attendentes spiritibus erroris, snbversi, et suornm ipsorum jndicio condemnati. Quibus annumerari potest seductor Elymas , quem Paulus palàm objurgans mira cum vehementia dixit : O ptene omni dolo et omni fatlacia, fili diabQli, inimice omnis JustiUœ, non

desinis suinertere vias Domini rectos,

Refertur ad banc quoque classem blaspbemia Spiritus : quod peccatum Ghristus in Judaeis magnopere taxât, ac reliquis peccatis deterius facit. Atqne utinam modo htc non peccaretur. Nam blasphémant Spiritum Sanctum et illi , ut scribit Damasus, qui contra sanctos Patrum canones, Spiritus Sancti instinctu dictatos, libenter aliquid aut proterve agunt, aut ioqui pr«sumunt, aut facere volentibus sponte consentiunt. Talis enim praesumptio manifesté unum genns est blasphemiarum in Spiritum Sanctum. Sic Damasui.

DES I^HiS CONTRE LE SÀINT-ESPBIT. 173

Jésus connaissant leur malice, leur dit : Hypocrites» pourquoi me tentez- vous? — Montrez-moi la pièce d'argent du tribut, etc. »

5. Jean, VU, 41-43, 47-82 : « Quelques autres disaient: C'est le Christ. Mais d'autres disaient : Est-ce que }e Christ viendra de Galilée ? — L'Ecriture ne dit-elle pas que le Christ viendra de la race de David , et de la petite ville de Bethléem , d'où était David? — Et ainsi le peuple était divisé à son sujet, etc. — Les Pharisiens répliquèrent aux archers : Etesvous donc séduits, vous aussi? — Y a-t-il un seul des sénateurs et des pharisiens qui ait cru en lui? — Car pour cette populace qui ne sait ce que c'est que la loi , ce sont des gens maudits. — Nicodème , l'un d'entre eux , et le même qui était venu trouver lésus pendant une nuit, leur dit : — Notre loi permet-elle de condamner un homme sans l'avoir auparavant entendu, et s'être informé de ce qu'il a fait? — Ils répondirent et lui dirent : Est-ce que vous êtes aussi galiléen? Lisez les Ecritures, et apprenez que nul prophète n'a été suscité de Galilée. )>

6. Id., XII, 10-11, 19 : « Cependant les princes des prêtres délibérèrent s'ils ne feraient pas mourir aussi Lazare , — parce qu'un grand nombre de juifs les quittaient à cause de lui , et croyaient en Jésus. — Les pharisiens se dirent donc les uns aux autres : Vous voyez que nous n'obtenons rien? voilà tout le monde qui le suit. )>

7. Actes, IV, 16-17 : « Que ferons-nous à ces gens-ci? Car ils ont fait un miracle qui est connu de tous les habitants de Jérusalem, cela est évident, et nous ne pouvons le nier. — Mais pour empêcher que le brnit ne s'en répande davantage parmi le peuple , défendons-leur avec menaces de prononcer désormais ce nom devant qui que ce soit. »

8. Ibid., V, 18 : « Ils arrêtèrent les apôtres, et les mirent dans la prison publique. »

9. Psaume 1, 1 : « Heureux l'homme qui ne suit point les conseils des impies, qui ne se fixe point dans la route des pécheurs , et qui ne s'assied point dans la chaire de pestilence. »

10. // Pierre, II, 1-3 : a Or, comme il y a eu de faux prophètes parmi le peuple, il y aura aussi parmi vous de faux docteurs qui introduiront de pernicieuses hérésies, et qui, renonçant au Seigneur qui les a rachetés, attireront sur eux-mêmes une prompte ruine. — Plusieurs les suivront dans leurs principes pervers , et à cause d'eux la voie de la vérité sera exposée au blasphème. — Leur avarice , en vous séduisant par des discours

artificieux, fera un trafic de vos âmes; mais le jugement qui les menace depuis longtemps s'avance à grand pas, et la main qui doit les frapper n*est pas endormie. »

11. Tite, III j 10-11 : « Fuyez celui qui est hérétique, après lui avoir donné un ou deux avertissements, — sachant qu'un tel homme est perverti, et qu'il pèche, étant condamné par son propre jugement.»

12. }/, Timothée, III, 8-9, 13 : <c Comme Jannès et Mambrès résistèrent à Moïse , ceux-ci de même résistent à la vérité. Ce sont des hommes corrompus dans leur esprit, et pervertis dans la foi. — Mais le progrès qu'ils feront aura ses bornes ; car leur folie sera reconnue de tout le monde , comme le fut alors celle de ces magiciens... — Mais les hommes méchants et les imposteurs se fortifieront de plus en plus dans le mal, étant dans Terreur, et y faisant tomber les autres. »

13. / TiraolUe, /K, 1-2 : « Or, l'Esprit dit ouvertement, que dans la suite des temps quelques-uns abandonneront* la foi , en suivant des esprits d'erreur et des doctrines, diaboliques, — enseignées par des imposteurs pleins d'hypocrisie, dont la conscience sera noircie de crimes , etc. »

14. Actes, XIII j 10 : (( 0 homme plein de toute sorte de tromperie et de malice, etc. (comme dans le corps de la réponse). »

15. MATTfflEu, XII, 31 : « Je vous déclare que tout autre péché et toutati^r^ blasphème sera remis aux hommes; mais le blasphème contre le Saint-Esprit ne leur sera point remis. »

TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION

1. S. LÉON, Epist, Xad Flavianum^ c. 1, dit en parlant d'Eutychès : a N'est-ce pas le comble de l'injustice, que de se complaire dans l'impiété au mépris des conseils des sages et des docteurs? Ils se rendent coupables de ce péché , ceux qui , ne pouvant franchir les obstacles qui les empêchent dfe parvenir à la connaissance de la vérité, ne s'empressent pas de recourir aux écrits des prophètes, aux épitres des apôtres et à l'autorité de l'Evangile, mais ne consultent qu'eux-mêmes. Ils enseignent l'erreur, parce qu'ils ne se sont pas faits disciples de la vérité. En eflet, quelle étude peut-il avoir faite des pages sacrées de l'Ancien et du Nouveau-Testament, celui qui ne comprend pas même les premières lignes du symbole? Ce vieillard ne sait

point encore par cœur ces vérités que les chants des Hommes régénérés font retentir par tout l'univers (1). »

2. S. Augustin, de Genesi ad litteram, lib. VII, c. 9 : « Les hérétiques lisent les Ecritures comme nous , et ils ne sont hérétiques, que parce que, faute de les entendre dans leur vrai sens , ils opposent avec opiniâtreté leur fausse manière de les entendre à l'Eglise catholique qui seule en a l'exacte intelligence. »

3. Le même, Tract, XVIII in Joannem : « Car toutes les hérésies et tcms les dogmes erronés,- qui sont comme des pièges où les âmes se prennent et tombent de là dans l'abîme, ont pour cause ordinaire TEoriture mal entendue , et la téméraire audace avec laquelle on soutient sa fausse interprétation. De sorte, mes frères, qu'il faut écouter avec beaucoup de précaution et de prudence ce que notre faiblesse d'intelligence nous rend incapables de comprendre, et avoir toujours cette règle sûre devant les yeux, de nous nourrir avec action de grâces des vérités que nous trouvons dans les livres saints conformes à ce que la foi nous en enseigne, et d'attendre l'intelligence des autres où nous n'apercevons pas la même conformité , sans suspendre pour cela notre foi sur ces vérités mêmes , c'est-à-dire , de croire toujours fermement que cela est bon et vrai , en attendant que Dieu nous fasse la grâce de le comprendre mieux (2). »

4. Le même, De utilitate credendi, c. I : « Si je regardais comme une même chose, cher Honorât, d'être hérétique et d'ajouter foi aux hérétiques, je n'aurais qu'à laisser en repos sur celle question et ma langue et ma plume. Mais comme ce sont là deux choses fort différentes, puisqu'un hérétique est à mon sens celui qui invente ou adopte des opinions fausses et nouvelles , en vue de quelque intérêt temporel, et particulièrement en vue de se faire un nom ou d'acquérir de l'autorité, et que celui qui ajoute simplement foi aux hérétiques est un homme qui se laisse séduire par certaines apparences de vérité ou de piété... »

5. Le même. Cité de Dieu^ liv. XVIU, c. 51 : u Ceux donc qui, au sein de l'Eglise de Jésus-Christ, débitent quelque doctrine malsaine et contagieuse, s'ils opposent à l'autorité qui veut les redresser et les guérir une résistance obstinée ; si , loin de se rétracter de leurs dogmes pernicieux et mortels , ils persistent à les défendre, ils deviennent hérétiques, et, sortis de l'Eglise, ils

(1) Cf. Chefs-d'osuvre des Pères de VEglise, t. XIV, p. 252-233. (^) Cf. Les Traités de saint Augustin sur l'Evangile de saint Jean, tome ir, pag. 585-5B6.

sont rangés par elle parmi les ennemis qui servent à réprouver. Ils sont un mal, et ils servent néanmoins aux vrais catholiques, membres de Jésus-Christ, Dieu tirant le bien même des méchants, et toutes choses contribuant au bien de ceux qui Taiment. »

6. Ibidem, liv. XXI, c. 2S : « (Ceux qui promettent le salut éternel aux chrétiens apostats "Du séparés de l'unité) ne voient-ils pas combien il est intolérable et contraire à la saine doctrine d'assurer que ces apostats de l'Eglise catholique, auteurs d'hérésies détestables, devenus hérésiarques, sont dans de meilleures conditions que ceux qui, n'ayant jamais été catholiques, se sont laissé prendre à leurs pièges? Hérésiarques,' ce qui leur épargne l'éternité des supplices, c'est le baptême reçu dans l'Eglise catholique, c'est le sacrement du corps de Jésus-Christ, reçu jadis dans le vrai corps de Jésus-Christ. Eh quoi ! un déserteur de la foi, de transfuge devenu persécuteur, n'est-il pas plus odieux que celui qui ne saurait trahir ce qu'il n'a jamais professé (1)? »

7. S. Damase (2), cité par Gratien, causa XXV, q. 1, c. Violatores : a Ceux qni violent les canons de propos délibéré sont jugés sévèrement par les saints Pères, et condamnés par l'Esprit- Saint qui a dicté ces saintes règles. Car ceux-là blasphèment contre l'Esprit-Saint, qui profitent de toute occasion, etc. » Le reste comme à la fin du corps de la réponse.

QaeAtion TI.

En quels cas l'envie que l'on porte aux grâces que d'autres reçoivent est-elle un péché contre l'Esprit-Saint?

C'est lorsque l'on conçoit un profond sentiment de chagrin et de tristesse de voir quelqu'un de nos frères comblé des dons de Dieu, ou faire des progrès dans la pratique des vertus.

Un péché de cette nature semble tenir moins encore de la malice de l'homme que de celle de Satan , qui ne saurait souffrir dans les hommes l'acquisition et surtout le progrès des grâces de Dieu, et qui, à cause de cela, non-seulement se fait l'accusateur de ses frères , mais encore est l'implacable ennemi de Dieu et de tous les gens de bien, cherchant sans relâche à faire des victimes, comme un lion rugissant qui ne se donne pas de repos.

(1) Cf. La Cité de Dieu , traduct. nouvelle. par L. Moreau, tom. IH, pag. 176-177 et 437-438.

(2) Cette décrétale n'est pas authentique. V. Labbe, Conc, t. Hi col. 862 et 863, édit. de Paris.

Aussi était-ce de vrais fils de Satan que ces juifs, qui enviaient aux gentils la grâce de l'Evangile dont ceux-ci à leur tour commençaient à être favorisés , comme nous le lisons dans les Actes des apôtres (VI).

TÉMOIGNAGES DE L'ÉGRtTURË.

l. SagessBj Ily 2ft-2S : a La mort est entrée dans le monde fdirt effet de l'envie du diable; — et ceux qui se rangent de son parti deviennent ses imitateurs. »

^. ^Apocalypse, XII, 10 : « L'accusateur de nos frères, qu'il accusait jour et nuit devant notre Dieu , a é^é précipité. »

3. 1 Pierre, Y, 8 : <( Soyez sobres, et veillez; car le démon votre ennemi tourne autour de vous, comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer. »

4. Actes, XI, 2-3 : ce Lorsque Pierre fut de retour à Jérusalem. les fidèles circoncis disputaient contre lui,- — et lui disaient : Pourquoi étes-vous entré chez des hommes incireoncis , et pourquoi avez-vous mangé avec eux? »

5. Ibid., XIII, 44-46 : a Le sabbat suivant, presque toute la ville s'assembla pour écouter la parole de Dieu. — Mais les luifs, voyant ce concours de peuple, furent remplis de colère, et ils contredisaient avec blasphème toutes les paroles de Paul. — Alors Paul et Barnabe leur dirent hardiment, etc. »

6. Genèse, IV, 4-S : « Le Seigneur regarda favorablement Abel et ses présents ; — mais il ne regarda point Gain , ni ce que celui-ci avait offert. C'est pourquoi Caïn entra dans une très-grande colère , et son visage en fut tout abattu. »

TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION

1. S. Augustin, Lib, I de Serin. Domini in monte, c. 43 : « C'est, à mon avis, un péché qui va jusqu'à la mort, que de se faire l'ennemi de ses frères après avoir été instruit de la vérité de Dieu par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ , et d'être jaloux de la grâce qui les a réconciliés avec Dieu. Au lieu que

Quomodo invidentia ftaternx gratiœ peccatum est in Spiritum Sanctum?

Qaaodo dolemas ac tristamar grayiter ^ splendore angmentove virtatam donorumqueDei, qaibus frater est conspicuus.

Quod crimen non tam hominis videtur «se proprium, quàm Satan œ, qui Dei

gratiam in homine tum augeri , tom conservari fert impatientissime ; et idcirco non modo fratrum accusator, verum etiambonorum omnium implacabilis est adversarius, qui tanquam leo rugiens circuit quaerens quem devoret. Satanae filii ex Judsis fuere, qui nascentem Evangelii gratiam omnino gentibus invidebant, ut in Actis Apostolicis legimus.

le péché ne va pas à la mort, si, sans cesser d'aimer son frère, on lui refuse par quelque faiblesse d'esprit un service qu'on devrait lui tendre. C'est pour cela que Notre-Seigneur a dit sur la croix : Mon Père, pardonnez-leur, parce qu'ils ne savent ce qu'ils font (Luc, XXII, 34) ; car la grâce de l'Esprit n'avait pas été communiquée à ces misérables pour leur faire contracter avec Noire-Seigneur les liens d'une fraternité sainte; et nous voyons dans les Actes des Apôtres saint Etienne prier pour ceux qui le lapidaient, parce que ceux qui le lapidaient n'avaient jamais été jusque-là disciples de Jésus-Christ, et ne résistaient pas par conséquent à une grâce qui leur eût été communiquée. D'un autre côté , saint Paul ne prie pas pour Alexandre , sans doute parce que ce dernier étant déjà du nombre des fidèles, avait péché morteltement en se laissant aller à Tenvie contre celui dont il était le frère. Quant à ceux qui , sans manquer mortellement à la charité , n'avaient fait que succomber à une crainte pusillanime, il prie pour qu'ils en obtiennent le pardon. Car voici ses paroles : Alexandre l'ouvrier en cuivre m'a fait essuyer bien des maux : le Seigneur lui rendra selon ses œuvres : gardezvous de lui , parce qu'il a fortement combattu la doctrine que nom enseignons. L'Âpôlre dit ensuite quels sont ceux pour qui il prie : La première fois, ajoute-t-il, que j'ai défendu ma cause, personne ne m'a assisté, et tous m'ont abandonné : je prie Dieu de ne pas le leur imputer {II Tim., IV, 14-16). » ^ 2. Ibidem» c. 44 : w Pécher contre le Saint-Esprit, c'est peut-être se rendre par malice et par envie l'ennemi de la charité fraternelle après qu'on a reçu la grâce de l'Esprit-Saint, péché que Notre-Seigneur déclare n'être pardonné ni dans ce monde ni dans l'autre. On demandera peut-être à cette occasion si les Juifs ont péché contre le Saint-Esprit , quand ils ont dit que Notre-Seigneur chassait les démons au nom de Béelzébulh prince des démons, ou si ces paroles n'ont pas plutôt offensé Notre- Seigneur lui-même , puisque Jésus-Christ dit ailleurs à leur sujet et en voulant parler de lui-même : S'ils ont appelé le père de famille Béelzébuth» combien plutôt traiteront-ils de même ses domestiques (Matth., X, 25)? Ou bien dira-l-on que, comme ils ne pouvaient parler de cette manière que par le principe d'une envie des plus violentes , en même temps qu'ils commettaient une énorme ingratitude pour les bienfaits qui leur étaient accordés dans ce moment-là même, celte envie seulç dont ils brûlaient suffisait, quoiqu'ils n'eussent jamais été disciples de

Jésus-Christ , pour les rendre coupables du péché contre TEsprit- Saint? Les paroles de Notre-Seigneur, en effe^t, ne décident pas cette question. Car quoiqu'il ait dit dans ce même endroit : Quiconque aura parlé contre le fils de rhomme en obtiendra le fardon , mais si quelqu'un vient à parler contre le Saint-Esprit , es fiché ne lui sera pardonné ni dans ce monde ni dans l'autre (Matth., XII, 32), on peut croire qu'il a voulu inviter par-là ceux qui Técoutaient à recevoir la gr&ce , et quand ils Tauraient reçue, à ne plus pécher de la même manière qu'ils l'avaient fait jusque-là. Car tant qu'ils ne l'avaient pas reçue, s'ils parlaient mal du Fils de l'homme, ce péché pouvait leur être pardonné, pourvu qu'ils se convertissent, qu'ils embrassassent la foi, et qu'ils reçussent le Saint-Esprit ; mais si, après avoir reçu cette gi^ce, ils portaient envie à quelqu'un de leurs frères et résistaient à la grâce même qu'ils avaient reçue , ce péché ne pouvait plus leur être pardonné ni dans ce monde ni dans l'autre. Car, s'il les avait regardés comme condamnés sans espoir de pardon, il n'aurait pas pris la peine de les avertir, comme il le fit en ajoutant : Ou dites que Varbre est bon, et que le fruit ert bon atmi; ou dites que, Varlre étant mauvais, le fruit aussi en est mums {ibidem, 35). Ces paroles donc. Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, priez pour ceux- qui vous ferdcutent, doivent s'entendre de manière qu'on admette néanmoins qu'il y a certains péchés de nos frères pour lesquels robligation de prier n'existe plus , si nous ne voulons pas, par UQ effet de notre ignorance et contre la nature de la chose, mettre les divines Ecritures en contradiction avec elles-mêmes, w 3. Le même, Lib. I Retractationum, c. 19 : « Ailleurs (savoir Ub. I de serm. Domini in monte, c. 43), j'ai défini de la manière suivante le péché à la mort, dont saint Jean a dit que ce n'était pas pour ce péché-là qu'il engagerait à prier : a C'est, à mon » avis, un péché qui va jusqu'à la mort, que de se faire » l'ennemi de ses frères après avoir été instruit de la vérité de » Dieu par la grâce de Jésus-Christ , et d'être jaloux de la grâce >» qui les a réconciliés avec Dieu. » En disant que c'était là mon avis, j'ai marqué suffisamment que je ne l'assurais pas; ïûais j'aurais dû ajouter que cela ne peut être vrai que pour le ^ où Von mourait dans cette perverse disposition d'esprit , Puisqu'il ne faut désespérer d'aucun pécheur tant qu'il est en celte vie, et que, du moment où il n'y a pas à désespérer de quelqu'un, il y a de la prudence à prier pour lui. »

Question ¥II«

Quelle est Tespëce d'obstination qui constitue un péché contre TEsprit-Saint?

G*est celle qui oppose une résistance inflexible aux sages avertissements qu'on lui adresse , sans qu'aucune raison puisse ramener à modifier en rien ses dispositions criminelles.

Ce fut bien là le péché du roi Pharaon , qui, tant de fois averti par Moïse, et successivement atteint de si terribles fléaux où se montrait visiblement le doigt de Dieu, n'en persista pas moins dans ses desseins tyranniques , et mourut victime de sod obstination. L'obstination des Juifs n'est pas moins connue, et saint Etienne l'a dépeinte sous ses vraies couleurs dans ce reproche qu'il leur en a fait : Têtes dures, hommes incirconcis de cœur et d'oreilles, vous résistez toujours au Saint-Esprit. Ceux-là leur ressemblent aujourd'hui, qui, s'attachan]; à des sectes nouvelles, ne veulent ni entendre ni consentir à lire les enseignements catholiques, comme ces aspics dont l'oreille se ferme à une douce mélodie, et semblent dire à quiconque leur propose la saine doctrine de l'Eglise : Retirez-vous de nous, nous ne voulons pas connaître vos voies. Ce qui n'est autre chose , que de s'amasser, comme dit saint Paul , un trésor de colère pour le jour de^ la colère et de la manifeslatiof% du juste jugement de Dieu. Car, comme Salomon l'enseigne aussi, V homme qui méprise avec une tête endurcie celui qui le reprend, sera tout-à-coup atteint d*un md dont personne ne pourra le guérir (VII).

Quœ obstinatio facit peccatum in Spiritum Sanctum ?

Ea nimirum, quae obfirmatum plané animam adfert adversus bene monentem , ut nallis qaidem rationibas ab instituto damnabi^ se deflecti qais patiatur.

Fuit hoc peccato insigaiter obstrictus rex Pharao, qui etsi loties monerctur à Hoyse, etsabinde flagellis Dei gravissimis affligeretar, tamen in proposito tyrannico perstitit, et periit obstinatas. Nota est et Judaeoram invicta pertinacia , quos sais yelati coloribus depingens Stephanus : Jhtra cervice, inquit, et incireutncisis

corditfus et auribus, vos semper Spiritui Sancto resistitis. Nec sunt dissimiles hodie , qui novis addicti sectis , ne andire quidem aut légère sustinent catholicë docentem , quasi aspidam instar OGcIusis illi contra dulcem melodiam, id est, sanam Ecclesiae doctrinam auribas, dicere videantur : Recède à nobis, scientiam viarum tuarum nolumus. Quod nihil aiiad est, quàm, ut Paulus loquitur, secundiini duritiam et impœnitens cor thesaurisare sibi iram in die irae, et revelationis josti judicii Dei. Nam, ut Salomon quoqae docet, Viro qui corripientem dura cervice contemnit, repentinus ejus superveniet interitus, et eum sanitas non sequetur.

TÉMOIGNAGES DE L*ÉCRITURE

1. JÉRÉMiE, V, 2-5 : a S'il en est qui jurent par moi, en disant : Vive le Seigneur, ils me prennent faussement à témoin. — Seigneur, vos yeux regardent la vérité ; vous les avez frappés, et ils n'ont point gémi : vous les avez brisés de coups, et ils n'oDt point voulu se soumettre au châtiment ; ils ont rendu leur front plus dur que la pierre , et ils n'ont pas voulu revenir à mtë. — Et moi , je disais : Il n'y a peut-être que les pauvres qui sont sans sagesse , qui ignorent la voie du Seigneur et les ordonnances de leur Dieu. — J'irai donc trouver les princes du peuple , et je leur parlerai ; car ceux-là sans doute connaissent la voie du Seigneur et les ordonnances de leur Dieu. Et voilà qu'eux aussi ont brisé tous ensemble le joug du Seigneur et ont rompu ses liens. »

2. Id.j VIII, 4-6 : a Tu leur diras : Voici ce que dit le Seigneur : Est-ce que celui qui tombe, ne se relèvera pas, et que celui qui s'est détourné du droit chemin, n'y rentrera jamais? — Pourquoi donc ce peuple de Jérusalem s'est-il détourné de moi avec uqe aversion si opiniâtre ? Ils se sont attachés au mensonge, et n'ont pas voulu revenir. — Je les ai considérés et je les ai observés; il n'y en a pas un qui parle selon la justice, qui fasse pénitence de son péché en disant : Qu'ai-je fait? Tous s'enfoncent dans leurs voies , comme un cheval impétueux, court au combat. ))

?. IsAïE , XL VIII , 4 : « Je sais que vous êtes intraitable , que voire cœur est comme une barre de fer, et que vous avez un front d'airain. »

i. Zagharie, VII, 9-12 : <( Voici ce que dit le Seigneur des armées : Jugez selon la vérité , et que chacun exerce la miséricorde et la charité 'en vers son frère. — N'opprimez ni la veuve, ni l'orphelin, ni l'étranger, ni le pauvre, et que nul ne forma dans son cœur de mauvais desseins contre son frère. Mais ils n'onl pas voulu se rendre attentifs à ma voix ; ils m'ont tourné le dos, et ils ont endurci leurs oreilles pour ne pas m'entendre. — Ils ont rendu leur cœur dur comme le diamant, pour ne point écouter la loi , ni les paroles que le Seigneur des armées leur avait adressées par son Esprit et par la voix des prophètes des premiers temps. C'est pourquoi une grande colère , allumée

au souffle du Seigneur Dieu des armées y a éclaté contre

eux. »

183 DES PÉCHÉS CONTRE LE SAINT-ESPRiT.

5. Genèse j XLIX, 5-7 : « Simon et Lévi, tous les deux frères; la fraude les a faits des instruments de violence. — Mon âme n'est point entrée dans leurs conseils , mon cœur ne s'est point uni à leur troupe , quand dans leur fureur ils ont tué des hommes, quand dans leur vengeance ils ont renversé une ville. Maudite soit leur colère, parce qu'elle a été persévérante; maudite soit leur colère, parce qu'elle a été cruelle; je les diviserai dans Jacob, et je les disperserai au milieu d'Israël. »

6. Actes^ VII, 81 : « Têtes dures, etc. (comme dans le corps de la réponse). »

7. Psaume LVIl, 8-7 : « Leur fureur est semblable à celle d'un serpent irrité , à celle de l'aspic qui ferme l'oreille , — et qui n'écoute plus la voix de celui qui veut le charmer, ni les accents de l'enchanteur le plus habile. — Dieu brisera dans leurs bouches leurs dents meurtrières; il brisera les mâchoires de ces lions féroces. »

8. JoB, XXI, 7, 12-18 : « Pourquoi donc les impies viventils? Pourquoi sont-ils élevés et affermis dans l'abondance?....— Ils ont la harpe et les timbales à la main , et ils dansent au son des instruments. — Ils passent leurs jours dans les plaisirs; et en un moment ils descendent dans les enfers. — Ils ont dit à Dieu : Retirez- vous de nous, nous ne voulons point connaître vos voies. — Qu'est-ce que le Tout-Puissant, pour nous obliger à le servir? Et que nous reviendra-t-il de le prier ? »

9. Romains, II, 4-6 : « Est-ce que vous méprisez les richesses de sa bonté, de sa patience , et de sa longue tolérance? Ignorez-, vous que la bonté de Dieu vous invite à la pénitence? — El cependant , par votre dureté et par l'impénitence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du j liste jugement de Dieu , — qui rendra à chacun selon ses œuvres. »

10. Proverbes, XXIX, 1 : « L'homme qui méprise avec une tête dure, etc. (comme dans le corps de la réponse). »

TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION

1. S. Augustin, Enchirid. ad Laurentium, c. 83 : « Quant à ceux qui, ne croyant pas que l'Eglise ait le pouvoir de remettre les péchés, méprisent une si grande faveur de la bonté "de Dieu, et terminent leur vie dans le refus opiniâtre de faire pénitence , ils se rendent coupables du péché que Jésus-Christ déclare irré-

DBS PÊGHés CONTRE LE SAINT-ESPRIT. 183

roissîble, et qui outrage rEsprit-Saint, par la vertu duquel Jésus*- Christ remet les péchés (1). »

i. Le même, inPs, LVIII, Conc. 1 : a N'ayezpoint de compassion de ceux qui commettent F iniquité. Ceci peut s'entendre de deux manières, ou en ce sens que Dieu ne laisse aucun pécbé impuni, ou en cet autre qu'il y a une sorte de péchés pour lesquels les coupables ne trouvent en Dieu aucune miséricorde. Disons un mot de chacune de ces deux manières d*expliquer le Psalmiste.

)) Il faut nécessairement que tout péché , petit ou grand , soit puni, ou par Dieu qui s*en venge, où par l'homme qui s'en repent : car on peut dire d'un homme qui se repent , qu'il se punit lui-même. Si nous voulons trouver grâce auprès de Dieu , punissons nous-mêmes nos péchés. 11 est impossible que Dieu ait compassion de ceux qui commettent l'iniquité en flattant leurs vices , ou en ne faisant rien pour les détruire. Il faut de deux choses Tune : ou qu'il vous en punisse, ou que vous vous en punissiez vous-même. Voulez- vous que Dieu ne vous punisse pas? Punissez- vous vous-même.

D Ce qui est constant , c'est que vous avez fait une chose qui ne peut demeurer impunie. Punissez- vous donc plutdt vousmêmes , afin de faire ainsi ce qui est marqué dans le psaumo (XCIV, 2) : Prévenons par une humble confession de fws fautes le regard de notre juge. Que veulent dire ces paroles : Prévenons son regard? Cela veut dire : Avant qu'il s'arrête lui-même & considérer vos péchés pour les punir, prévenez-le en les confessant, et en vous en punissant vous-mêmes. Qu'il ne trouva rien en vous qu'il soit obligé de punir ; car en vous punissant vous-mêmes d'un acte d'injustice, vous faites un acte de justice. Et Dieu aura pitié de vous, parce qu'il vous trouvera occupés à faire ce qui est juste, c'est-à-dire, qu'il vèira que vous haïssez en vous ce qu'il peut y haïr lui-même : et ainsi vous commencerez à plaire à Dieu , en punissant en vous ce qui lui déplaît. Car enfin le péché ne saurait demeurer impuni, et cett« parole aura toujours son accomplissement : N'ayez point de conh passion de ceux qui commettent l'iniquité.

» Passons maintenant à l'autre sens que l'on peut donner à ce langage du Prophète. Il est une sorte d'iniquités, pour laquelle CD ne saurait trouver miséricorde auprès de Dieu. Vous deman-

(1) Cf. Le Manuel de saint Augustin, parmi ses Traités choisis, t. Il,

derez quelle est cette iniquité? C'est la prétention qu'on aurait de prendre la défense de ses propres péchés. Quand quelqu'un soutient ses péchés , il commet une iniquité énorme , puisqu'il soutient alors et défend ce que Dieu déteste. Et voyez combien cela est déraisonnable « combien cela est injuste. Si l'homme fait quelque chose de bon, il veut qu'on le lui attribue; s'il fait quelque chose de mauvais, il le rejette sur Dieu. Car ce qu'il y a de pire , c'est que les hommes, pour se justifier de leurs excès, osent en accuser Dieu même.

)) Que voulons-nous dire par-là? C'est qu'il n'y a personne assez hardi pour oser dire que l'adultère, par exemple, soit une bonne chose , que l'homicide soit une bonne chose , que le mensonge , que le parjure soient des choses louables ; non , il n'y a personne qui ose dire cela. Car ceux-mémes qui commettent ces crimes sont les premiers à les détester, quand les autres s'en rendent coupables à leur égard. Ainsi vous ne trouverez point d'âme si corrompue , si étrangère à l'humanité ou aux sentiments gravés dans le cœur de tous les enfants d'Adam, qui puisse, comme je l'ai dit, approuver l'adultère, la tromperie, les rapines et le parjure.

» Que font donc ces personnes pour se défendre de ces crimes? Elles disent : Si Dieu l'avait voulu, je n'aurais pas commis ce péché. Comment voulez -vous que je m'oppose à ma destinée (1)?»

3. S. Grégoire-le-Grand, Hom. XI super Ezechielem : « Les jugements du Tout-Puissant sont sévères. Après avoir longtemps attendu le pécheur à revenir à lui , il le punit de ses délais et de ses refus en lui donnant Ueu de faire de nouvelles chutes encore plus funestes que les premières. Car tout péché qui n'est pas promptement effacé par la pénitence est, ou péché simplement dit, ou cause de péché, ou peine du péché. En effet, le péché le premier commis est ce que j'appelle le péché simplement dit. S'il n'est pas promptement réparé par le repentir, Dieu par un juste jugement permet que l'âme pécheresse tombe encore dans quelque péché nouveau, et qu'ainsi, pour ne s'être pas purifiée par les larmes de la pénitence, elle entasse malheureusement faute sur faute. Le péché donc q[ui n'est pas effacé par la pénitence est tout à la fois péché et cause de péché , puisqu'il en résulte que Je pécheur s'engage de plus en plus profondément dans l'abîme du vice. Mais ce nouveau péché, qui est la suite d'un

(i) Cf. Sermons de saint Augustin, t. III, p. 26t3-266^

premier non réparé, est donc tout à la fois péché et peine du péché, puisqu'il est l'effet d'un aveuglement de plus en plus grand, en punition d'une faute précédente , de sorte que le seul progrès dans le mal est déjà un supplice pour le pécheur. Or, il arrive quelquefois qu'un seul et même péché soit en même temps péché, cause de péché et peine du péché...

» Considérons avec crainte la manière dont un Dieu tout-puissant et souverainement juste, lorsqu'on a provoqué sa colère par de premiers crimes, permet qu'on s'aveugle jusqu'à en commettre de nouveaux. C'est en ce sens que Moïse a dit : La mesure des iniquités des Amorrhéens n'est pas encore remplie (Gen., XVj 16). David a dit de même : Laissez-les amasser iniquité sur iniquité, et qu'ils n'entrent point dans votre justice {Ps. LXVlIh 28). Un autre prophète a dit encore : Les outrages, le mensonge, l'homicide, le larcin et l'adultère se sont répandus comme un déliAge, et on a commis meurtre sur meurtre (Os., IV, 2), mot à mot, le sang a touché le sang. Car le sang louche le sang , quand un péché vient s'ajouter à un autre péché , de telle manière qu'aux yeux de Dieu l'âme est comme ensanglantée par cet amas d'iniquités dont elle se couvre^ L'apôtre saint Paul a dit de même : Qu'ils comblent la mesure de leurs péchés (/ Th€ss,, II j 16). Dieu dit à saint Jean par le ministère de l'Ange : Que celui quij{ait rinjmtice la fasse encore, que celui qui est souillé se souille encore {Apoc, XXII, 11 ). C'est encore pour cela que le Seigneur dit dans le passage même que nous expli^ qaons : Si le juste abandonne sa justice et qu'il commette liniquité, je mettrai devant lui une pierre d' achoppement (Ezech., III, 20). C'esl comme s'il disait en termes plus explicites : Parce qu'il n'a pas voulu voir, en se laissant toucher par le repentir, l'abîme où il est tombé, je lui donnerai lieu, en l'abandonnant par un juste jugement, de tomber encore dans un autre abîme. Quand Dieu dit qu'il mettra une {Herre d'achoppement devant celui qui abandonne sa justice , cela ne veut pas dire qu'il le pousse au péché, mais seulement qu'il n'a pas la volonté de l'en délivrer, de même qu'il avait dit de Pharaon : J'endurcirai son cœur [Exod., IV, 21, et VII, 3). Car Dieu n'endurcit pas à proprement parler le cœur de celui qui pèche, mais c'est pour dire qu'il ne le délivre pas de son endurcissement. Dieu, en eiBfet, dans sa miséricorde nous laisse le temps de faire pénitence^ mais lorsque nous abusons de cette patience qu'il nous naontre pour ajouter à nos fautes anciennes des. fautes nouvelles, lui à son tour emploie

à nous frapper le temps qu'il avait ménagé pateraellcment pour nous pardonner, afin que, pour n'avoir pas voulu se convertir en temps favorable , le pécheur aggrave ses maux avec ses crimes à l'occasion même de ce qui lui en aurait procuré la délivrance, s'il avait voulu se convertir. De là vient qu'il est écrit : Ignorezvous que la hanté de Dieu vous invite à la pénitence ? Et cependant par votre dureté et par Vimpénitence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu {Rom., II, 4-8). C'est donc en abusant de la bonté de Dieu que le réprouvé s'amasse un trésor de colère pour le jour de la colère , parce qu'en employant à pécher le temps qui lui est donné pour faire pénitence , il fait du remède qui lui est oflFert un moyen d'augmenter son mal. Dieu voyant ainsi la chose même destinée à la guérison du pécheur ne servir qu'à accroître sa maladie , change à son tour sa bonté en sévérité, et frappe d'autant plus fort, que sa patience a attendu plus longtemps. Et puisque l'homme refuse de s'éloigner du mal pour vivre de la véritable vie, il croîtra dans le mal, mais ce sera pour y trouver la mort. »

4. S. Bernard, Lib. I de Consideratùme ad EugeniuM Pontificem maximum : « Ne cherchez pas à savoir ce que c'est qu'un cœur endurci ; car si vous n'en êtes pas effrayé , je vous dirai que c'est le vôtre. Il est tel, celui qui n'a pas. horreur de lui-même, parce qu'il est insensible. Ne vous arrêtez pas âmes paroles ; interrogez Pharaon : il vous apprendra qu'un homme au cœur endurci n'a jamais fait son salut , à moins que Dieu , dans sa miséricorde, « ne lui ait, suivant les paroles du Prophète (Ezech. XXXVI, 26), arraché son cœur de pierre pour lui en donner un de chair. » — Qu'est-ce donc qu'un cœur endurci? C'est celui qui n'est point brisé par la componction , touché par la pitié , ému par la prière ; qui lie cède point aux menaces et résiste aux châtiments; celui qui est ingrat envers ses bienfaiteurs, perfide dans ses conseils, cruel dans ses jugements , effronté dans le péché , téméraire dans le danger, inhumain pour ses frères, audacieux à l'égard des choses divines , ouHiant le passé , négligeant le présent et sans prévoyance pour l'avenir; c'est celui qui ne conserve du passé que le souvenir de ses injures; qui ne profite point du présent, et ne s'occupe de l'avenir que pour préparer sa vengeance ; et pour comprendre en peu de mots toutes les mauvaises qualités de cet horrible monstre , c'est celui qui n'a ni crainte de Dieu ni considération pour les hommes. »

5. Le même, in Serm. de conversione ad Clerieos, c. h : « Quelqu'un s'étonnera peut-être de ces paroles du Psalmiste : Celui qui aime T iniquité hait son âme {Ps, X, 6). Et moi, je dis qu'il hait de plus son propre corps. Car n'est-ce pas le haïr, que de travailler d'un jour à l'autre à le précipiter dans l'enfer, et de lui amasser un trésor de colère dans la dureté et l'impénitence de son cœur pour le jour de la colère? Au surplus, cette haine du pécheur pour son corps et son àme est plutôt dans les effets que dans le sentiment. C'est dans le même sens qu'un frénétique hait son propre corps, lorsque, tout hors de lui-même, il cherche à s'ôter la vie. Or, y a-t-il frénésie plus forcenée que l'impénitence du cœur et que la volonté obstinée de pécher? C'est bien là s'arracher la vie de ses propres mains , et se ronger la chair de ses propres dents, au moins dans le sens spirituel. »

6. S. AUGUSTIN, Quœst. XVIII super Exodum : « Pharaon ne pouvait imputer qu'à lui-même cette disposition de son cœur, qui ie portait à abuser de la patience de Dieu pour se montrer de plus en plus impie envers lui, au lieu de s'en servir pour se corriger. Quant aux événements qui se sont succédé, et qui ont mis en évidence l'opposition de son cœur pervers à tous les ordres de Dieu; qui ont donné à l'écrivain sacré l'occasion de dire que son cœur s'était endurci, c'est-à-dire, qu'au lieu de céder docilement, il résistait à outrance; on doit les attribuer à la Providence divine , qui disposait les choses de manière à faire subir à ce cœur endurci son juste châtiment, et à en faire pour les autres une leçon salutaire. Si l'acquisition de quelques richesses estDfferte en perspective comme le fruit d'un meurtre, n'est-il pas vrai qu'une considération semblable affectera un avare autrement qu'un autre pour qui l'argent aurait peu d'attrait; que le premier sera engagé par-là à commettre le crime , et le second à l'éviter? Cependant, l'un pas plus que l'autre n'aura été le maître d'avoir ou de n'avoir pas cette perspective. C'est ainsi que les occasions se présentent aux hommes méchants indépen^ damment de leur volonté , et n'en sont pas moins exploitées par eux au profit d'une perversité qui est l'effet de leur dérèglement volontaire. Il est bon d'examiner si ce mot, Teiidurcirai, ne pourrait pas aussi s'expliquer de cette manière : Je montrerai combien il est endurci. »

7. Ibidem, Quœst. XXIV: « £( Pharaon vit que le fléau s'était ralenti, et son comr s'appesantit, et il ne les exauça point, ainsi qm k Seigneur l'avait ordonné. Nous voyons ici que ce qui endurcit le

188 DES PÉCHÉS CONTRE LE SÂlNT-ESPRlT.

cœur de Pharaon , ce ne fut pas seulement que ses magiciens faisaient des prodiges semblables à ceux de Moïse ,. mais aussi qu'il était épargné par la patience de Dieu. Car, selon que les cœurs des hommes sont bien ou mal disposés, la patience de Dieu présente aux uns la facilité de' foire pénitence, et aux autres celle de résister à Dieu et de persévérer dans le mal : toutefois ce n'est pas par elle-même qu'elle n'a pas de bon résultat dans ce dernier cas, mais, comme nous l'avons déjà dit, par l'efifet de la perversité du cœur humain. C'est ce que l'Apôtre nous fait entendre par ces paroles : Ignorez-vous que la patience de Dieu vous invite à la pénitence ? Et cependant^ par votre endurcissement et par Vimpénitence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colère et delà manifestation du juste jugement de Dieu, qui rendra à chacun selon ses œuvres {Rom,, 11^ 4-5). Ailleurs encore, après avoir dit : Nous sommes en tout lieu la bonne odeur de Jésus-Christ (Il Cor., II, 18), il ajoute : Soit à V égard de ceux qui se sauvent, soit à l'égard de ceux qui se perdent. Il ne dit pas qu'il soit la bonne odeur de Jésus-Christ pour ceux qui se sauvent, et une mauvaise odeur pour ceux qui se perdent, mais seulement qu'il est la bonne odeur de Jésus-Christ. Ceux qui se perdent, se perdent donc en respirant cette bonne odeur même, à cause, comme nous l'avons dit, de la disposition particulière de leur cœur, qui a besoin de la grâce pour être purifié par le changement de la volonté en bien , et ce ne sera qu'alors que les jugements de Dieu leur seront aussi désirables, qu'ils leur sont maintenant à craindre. )>

8. Le même, Serm. LXXXVIII (1) de tempore : « Avant tout, croyez fermement que Dieu n'abandonne jamais personne, que celui-ci ne l'abandonne le premier. Car, que quelqu'un ait péché grièvement une fois, deux fois, trois fois. Dieu l'attendra encore, comme il le dit lui-même par le Prophète , que sa volonté est que le pécheur se convertisse et revienne à la vie (Ezech., XXXIII, 11). Mais si l'homme persiste dans ses péchés , alors de la multitude de ses péchés naît le désespoir, et du désespoir l'endurcissement. On commence par se mettre peu en peine des péchés qu'on a

(1) Ce sermon ne parait pas à Noël-Alexandre être digne de saint Augustin , ni s'accorder pour la doctrine avec la manière dont nous avons vu plus haut, témoignage 6, que cet habile docteur a cherché à expliquer Pendurcissement de Pharaon. Mais il faut se rappeler ici que Noël- Alexandre était thomiste outré, et opposant à la bulle Unigenitus. Cf. Hist. cccles. sœc. F, p. 106, édit. de Venise.

commis d'abord, parce qu'ils sont légers; mais, à mesure qu'on en augmente le nombre , on s'habitue à en commettre de plus grands , et ceux-ci , à force de s'accumuler, xous entraînent au fond de l'abîme. Alors s'accomplit cette parole de TEcriture : Lorsque le méchant est parvenu au plus profond abîme du péché, il méprise tout {Prov., XVIIL 3). C'est à cette sorte de personnes ' que l'Apôtre adresse ce reproche : Ign&rez-vous que la bonté de Dieu vous invite à la pénitence ? Et cepe^idant, par votre endurcissement et par Pimpénitence de votre cœur, vous vous amassez des trésors de colère pour le jour de la colère {Rom,, II, 4-5). C'est au sujet d'un endurcissement de cette espèce que nous lisons dans un autre endroit : Un cheval indompté devient intraitable, et f enfant abandonné à sa volonté devient insolent {Eccli,, XXX, 8). L'Ecriture, parlant du soin que les parents doivent prendre de corriger leurs enfants, dit encore -.Châtiez votre fils avec la verge pendant qu'il est enfant, de peur quil ne s'endurcisse, qu'il ne veuille plus votts obéir, et que votre âme ne soit percée de douleur {Eccli,, XXX, 12). Je vous ai rapporté ces témoignages des Ecritures, afin de vous faire comprendre que l'endurcissement n'est pas reifet de la puissance de Dieu qui y pousserait le pécheur, mais plutôt un abus de son indulgence : et ainsi Pharaon s'est endurci , non par quelque effet de la puissance de Dieu , mais par une suite de sa patience. Enfin, n'est-il pas vrai qu'à chaque fois que Dieu le frappa de quelque nouvelle plaie , il témoigna du regret et du repentir? Chaque fois au contraire que Dieu suspendit ses coups à son égard et lui pardonna, il se laissa de nouveau emporter par l'orgueil. Croyez donc fermement, et gravez bien cette vérité dans vos cœurs, que loutes les fois que Dieu disait : f endurcirai le cœur de Pharaon, il ne voulait faire entendre autre chose, sinon qu'il suspendait par rapport à lui ses plaies et ses fléaux, et qu'il lui donnait lieu de s'endurcir par l'indulgence dont il usait- à son égard. Mais quelqu'un dira peut-être : Pourquoi Dieu l'a-t-il endurci en l'épacgnant comme il l'a fait? Pourquoi écartait-il ses fléaux de lui? A cette question, voici ce que je répondrai avec confiance : Dieu a fait cesser tant de fois les fléaux qu'il envoyait à Pharaon, parce que ce roi, à cause du nombre et de l'énormité de ses péchés, ne méritait pas d'être corrigé comme un enfant l'est par son père , mais plutôt d'être endurci comme un étranger ou un ennemi. Car tels étaient ses crimes commis jusque-là, tel avait été son mépris sacrilège pour le vrai Dieu, qu'on voyait en lui l'accomplissement de ce que dit l'Esprit-Saint de tous les gens de ce caractère : Ils sont

exempts des peines des humains, et à Vabri des coups qui frappent les autres hommes. Aussi, ils se parent de leur orgueil comme d'un collier; l'iniquité l^s enveloppe comme un vêtement; leur criminelle arrogance naît de V excès de leur embonpoint {Ps. LXXII, S-7). Yailà comme s'endurcissent ceux qui ne méritent pas que Dieu les châtie pour leur amendement. L'Ecriture dit au contraire de ceux dont la miséricorde divine prévient Tendurcissement : Dieu frappe de verges tous ceux qu'il reçoit au nombre de ses enfants {Hébr., XII, 6). Et de même : Je reprends et chdtie ceux que faime {Apoc, III, 19). Et encore : Le Seigneur chdtie celui qu'il aime {Prov,, III, 12). C'est aussi de cet endurcissement que parle le Prophète, lorsqu'il dit à Dieu, eu représentant dans sa personne le peuple entier : Pourquoi avez-vow endurci notre cœur au point que tious avons perdu votre crainte (Is., LXIII, 17)? Ce qui veut dire sans doute que Dieu les avait abandonnés, en sorte qu'ils ne songeaient plus à se convertir à lui. Prophétie dont nous voyons Taccomplissement dans le peuple juif, en punition de tant de sacrilèges dont ce peuple s'est rendu coupable. Que personne donc ne soit assez téméraire pour blâmer ou inculper la justice divine à l'exemple des païens ou des manichéens; mais que chacun croie sans hésiter que, si Pharaon s'est endurci , ce n'est pas que Dieu ait forcé en cela sa volonté , mais que c'a été l'effet de sa propre perversité , et de cet orgueil indomptable qui lui a fait mépriser à tant de reprises différentes les préceptes divins. Que signiGent ces paroles, J'endurcirai son cœur, sinon : Ma grâce s'éloignera de lui, et dès-lors sa propre méchanceté l'endurcira ? Et pour rendre la chose plus évidente , empruntons une similitude aux choses matérielles. De même que dans les jours d'hiver la glace se fond à la chaleur du soleil , et se reforme aussitôt que le soleil s'est retiré, ainsi la charité de plusieurs se refroidit par l'effet du péché, et se ranime à la chaleur de la. miséricorde divine, à cette chaleur dont il est écrit : Il n'y a personne qui puisse se somtraire à sa chaleur {Ps. XVIII, 7). Ce que nous voyons s'être encore accompli dans la personne de Pharaon, qui s'endurcissait et se révoltait contre Dieu toutes les fois que les fléaux cessaient de le frapper, et qui recourait aux supplications et aux prières , toutes les fois que la main de Dieu s'appesantissait sur lui de nouveau. »

9. S. Grégoire-le-Grand , Moralium lib. XXXI, c. 11 (al. 7) : a II est dit dans l'Ecriture que Dieu avait endurci le cœur de Pharaon : non qu'il eût lui-même produit cet endurcissement

dans le cœur de ce roi impie ; mais parce qu'en punition de ses crimes, il n'avait pas jugé à propos d'amollir sa dureté en lui inspirant le sentiment de sa crainte (4). »

40. Ibidem, Lib. XI, c. S (al. k) : « Dieu dit à Moïse, en parlant de Pharaon : J'endurcirai son cœur {Exod., VI et XII). il est dit de Dieu, qu'il endurcit par sa justice les cœurs des réprouvés, lorsqu'il ne les amollit pas par sa grâce ; et il enferme un homme comme dans une étroite prison , lorsqu'il le laisse dans les ténèbres de ses péchés (2) . )>

H. S. Bernard, Serm. XLII super Cantica : « Si j'use de correction et que je fasse pour cela ce qui est en moi, mais que la correction elle-même, frustrée de son effet, ne fasse pas ce qui est en elle ou ce que je me suis proposé en la faisant , et qu'au lieu de toucher ceux à qui elle s'adresse , elle revienne vers moi comme une flèche qui retourne à celui qui l'a jetée , quels pensez-vous que doivent être alors les sentiments de mon cœur? Ne dois-je pas être alors chagrin, attristé? Et pour employer ici les expressions du Maître, qui suppléeront à la stérilité de mon propre langage, je me trouve alors pressé des deux côtés, sans savoir que choisir {Philip,, I, 22-23), ou de me complaire en ce que j'aurai dit, puisqu'après tout je n'aurai fait que mon devoir, ou de me repentir de l'avotr dit, puisque je n'aurai pas obtenu l'effet que j'aurais voulu. Car j aurais voulu abattre l'ennemi de mon frère, arracher celui-ci à son esclavage, et bien loin d'obtenir ce succès, je lui aurai occasionné tout le contraire. J'aurai blessé son âme , je Taurai rendu plus coupable , puisque à ses péchés antérieurs il aura ajouté le mépris de la correction. Ils ne veulent pas t* écouter, me dit Dieu par son prophète (EzECH., III, 7), parée qu'ils ne veulent pas m' écouter moimime. Voyez donc quelle est la majesté qui aura été offensée en cette circonstance. Ne pensez pas, ô vous qui aurez méprisé ma remontrance, que ce soit moi seul que vous ayez méprisé; car c'est le Seigneur qui vous parlait par ma bouche. Et ce que Dieu a dit au Prophète, il l'a dit aux Apôtres : Qui vous méprise me méprise (Luc, XI, 46). Je ne suis ni prophète ni apôtre, et pourtant, j'ose le dire, je remplis la fonction des prophètes et des apôtres , et quelque loin que je sois de les égaler en mérite , je partage leur sollicitude. Je me^ trouve, bien qu'à ma grande

(i) Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. IV, p. 388. (i) Cf. Ibid., t. II , p. 25».

192 DES PÉCHÉS GONtRE LE SAINT-ESPRIT.

confusion et avec bien du danger pour mon àme, assis sur la chaire de Moïse , tout en reconilaissant que je n'ai rien de ses vertus , et que je ne suis point favorisé des mêmes grâces. Mais quoi? cette chaire n'a-t-elle plus droit au respect, parce qu'elle est occupée par un indigne? Eh! quand même ce seraient des scribes et des pharisiens qui y seraient assis, faites toujours ce qu'ils disent i c'est Jésus-Christ qui vous Tordonne. Souvent même l'impatience se joint au mépris, tellement que non-seulement la personne réprimandée ne se met nullement en peine de se corriger, mais qu'elle s'indigne même contre celui qui la reprend, comme le ferait un frénétique qui repousserait la main du médecin. Prodigieux degré de malice! On s'irrite contre la main qui guérit, et on ne s'indigne pas contre la main qui blesse. Vous n'ignorez pas quelle est cette main qui tire des flèches dam V obscurité contre ceux qui ont fe cœur droit {Ps, X, 3), qui a décoché contre vous-même un trait mortel; et vous ne vous indignez pas contre cette main ennemie ! et vous vous emportez contre moi, qui ne désire que votre guérison! Mettez-vous en colère, vous dit le Psalmiste, et ne péchez pas {Ps. IV, 5). Si c'est contre le péché que vous vous mettiez en colère, non seulement vous ne péchez pas en cela , mais vous efifacez même vos fautes passées. Mais au heu d'agir de la sorte, vous entretenez votre péché en repoussant ce qui en serait le remède, vous y en ajoutez un nouveau en vous livrant à une colère coupable, et vous entassez sans mesure péché sur péché. Quelquefois encore l'impudeur vient se joindre au reste , en sorte que non-seulement on repousse impatiemment la correction , mais qu'on cherche de plus à justifier effrontément la faute qui en fait le sujet. Parvenu à ce degré, le mal est irrémédiable. Vms avez pris le front d'une femme débauchée y disait un jour Dieu à son peuple; vous n'avez point voulu rougir (Jerem., III, 3). Il ajoutait : fai retiré de dessus vous le zèle que j'avais de votre salut; je me tiendrai en paix, et je ne me mettrai plm en colère contre vous (Ezech., XVI, 42). Ces seules paroles me font trembler. Comprenez- vous combien il est dangereux, combien c'est un mal effrayant, que de chercher à justifier ses fautes commises? Dieu a dit encore : Je reprends et châtie ceux que j'aime {Apoc, III, 19). Si donc on renonce à vous reprendre, c'est qu'on aura cessé de vous aimer. Vous ne serez plus digne d'être aimé, du moment où vous serez jugé indigne d'être repris. Jamais, croyez-moi. Dieu n'est plus en colère contre nous, que lorsqu'il cesse de nous témoigner sa colère. Faisons

grâce à rimpie, dit-il encore , et il n'apprendra point à être juste (Is., XXVI, 10). Non, je ne veux point d'une grâce semblable. Une miséricorde de ce genre est plus à craindre pour moi que la colère la plus terrible; car elle a tous les caractères d'une justice inexorable. Il vaut beaucoup mieux pour moi suivre le conseil du Prophète , et songer à me corriger, de peur qu'enfin le Seigneur ne se mette en colère, et qtie je ne périsse hors de la voie de la justice • (Ps. II, 12). Mettez-vous, je vous prie, en colère contre moi, ô vous le Père des miséricordes ; mais que ce soit de cette colère qui remette dans la voie celui qui s'en est écarté, et non de cette autre colère qui l'en éloigne pour toujours. La première est celle qui nous parle un langage sévère, mais paternel ; la seconde se tait et dissimule, mais n'en est que plus à redouter. Car ce n'est pas lorsque j'ignore, mais bien plutôt lorsque je sens que vous êtes irrité contre moi , que je me dis à moi-même que vous me pardonnerez; car lorsque vous serez en colère, vous vous soumettrez de votre miséricorde (Habac, III, 2). 0 Dieu, disait le Psalmiste, vous avez usé envers eux de miséricorde, lors même que vous punissiez en eux tout ce qui pouvait vmis déplaire (Ps. XCVIII, 8). C'est de Moïse , d'Aaron et de Samuel qu'il dit ces paroles, et il appelle miséricorde en Dieu la sévérité avec laquelle il reprenait en eux ce qui pouvait lui déplaire. Allez donc maintenant, et bannissez toute espérance d'obtenir miséricorde de Dieu, vous qui voudriez justifier vos désordres et qui vous plaignez de la correction. N'est-ce pas là appeler mal ce qui est bien, et bien ce qui est mal? Que peut-il naître de cette damnable impudeur autre chose que l'impénitence, mère du désespoir? Car qui se repentira jamais de ce qu'il croit être une bonne action ? Malheur à ceux-là, dit le Prophète {Eccli,, XXXI, 7). Oui, malheur, et malheur éternel! Ce sont deux choses bien différentes , que quelqu'un soit tenté par sa propre concupiscence qui f emporte et qui l'attire dans le mùl (Jac, I, 14), ou qu'il se porte de lui-même à faire le mal qu'il envisage comme un bien, et que, dupe volontaire d'une sécurité trompeuse, il coure à la mort comme il courrait à la vie (1). »

(1) Cf. Sermons de saint Bernard sur le Cantique des cantiques, P. 5-7.

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