Le même, Enchirid, ad Laurentium, c. 23 (al. LXVII
n. 18) : « Il y a des personnes qui croient que tous ceux qui ne
renoncent pas à la foi en Jésus-Christ, et qui, ayant été baptisés
dans l'Eglise catholique, ne s'en séparent ni par le schisme ni
par l'hérésie, seront sauvés en passant par le feu, quand même
ils auraient persévéré jusqu'à la mort dans les plus grands
crimes, sans les effacer par la pénitence , ni les racheter par des
aumônes. Ces personnes avouent bien que ces mauvais chrétiens
seront punis longtemps à proportion de la grandeur de leurs
crimes ; mais elles prétendent que le feu qui les brûlera ne sera
pas étemel. Pour moi, le jugement le plus favorable que je
puisse porter de ceux qui, étant d'ailleurs catholiques, ont une
pareille pensée , c'est qu'il se laissent tromper par un certain
sentiment d'humanité et de compassion toute naturelle. Car
(1) Cf. Les Pères de l'Eglise, etc., trad. par M. de Genoude, t. V bis, pag. 576-377.
2S6 DE l'expiation des péchés.
assurément, si nous consultons sur ce point rEcriture sainte, nous y trouverons une doctrine bien différente. J'ai composé sur cette question un traité qui a pour titre : De la foi et des œuvres. J'y ai prouvé comme je l'ai pu, avec l'aide du Seigneur, par l'autorité des saintes Ecritures, que la foi qui sauve n'est autre que celle que saint Paul a caractérisée très-clairement, quand il a dit qu'en Jésus-Christ ^ ni la circoncision ni r incirconcision ne servent de rien, mais que ce qui sert beaucoup c'est la foi qui opère par l* amour {GaL, V, 6). Si donc un chrétien fait de mauvaises actions au lieu de bonnes, sa foi alors, selon l'apôtre saint Jacques, est certainement urhe foi morte en elle-même (Jac, II, i7). Cet apôtre dit encore : Si quelqu'un dit qu'il a la foi, et qu'il n'ait pas de bonnes œuvres, sa foi pourra-t-elle le sauver (Jac, II, 14)? Or, si un homme qui vit dans le crime devait, par cela seul qu'il a encore la foi, être sauvé en passant par le feu , et si c'était ainsi qu'il faudrait entendre ce mot de saint Paul : /{ sera sauvé, mais pourtant comme à travers le feu (/ Cor., III, iS), il s'ensuivrait que la foi sans les œuvres pourrait sauver, et que ce qu'enseigne saint Jacques, apôtre comme saint Paul , serait faux . Saint Paul lui-même aurait parlé faussement, quand il a dit : Ne vous y trompez pas : ni les fomicateurs, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les abominables, ni les voleurs, ni les avares ^ ni les ivrognes, ni les médisants, ni les ravisseurs du bien d' autrui, ne posséderont le royaume de Dieu (/ Cor,, VI, 9 et suiv.). Car enfin, si les chrétiens qui persévèrent dans ces crimes ne laissent pas d'être sauvés en considération de leur foi en Jésus-Christ, comment l'Apôtre aurait-il pu dire qu'ils n'entreront pas dans le royaume de Dieu (1)? »
20. Le même, Lib. de fide et operibus, c. 16, comme plus haut, chapitre du sacrement de Pénitence, question IX, témoignage 6, tome III, p. 107.
21. Le même, Lib, de octo quœstionibus Dulcitii, quœstione I, ut ibidem.
Question II*
Que doit-on penser au sujet des péchés légers? Ce qu'il faut en penser, c'est que ces sortes de péchés légers, tels que les distractions, les paroles oiseuses, le rire immodéré
(I) Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. II, p. 394-396.