‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, trChapitre 25 sur 68 · DE L^EXPUTION DES PECHES · texte numérisé non relu

DE L^EXPUTION DES PECHES

et autres semblables, qu'on a coutume d'appeler fautes journalières ou vénielles, et dont on ne peut être entièrement exempt dans celle vie, car, comme dil TApôlre, nous manquons tom en bien des choses , quoiqu'ils ne donnent pas la mort à l'àme, et qu'ils semblent peu considérables , ne doivent pas cependant être commis sans scrupule , ainsi que nous l'avons déjà observé. Car tous ces péchés déplaisent à Dieu, ou, comme dit saint Paul, contristent le Saint-Esprit, troublent la conscience , refroidissent la charité , arrêtent le progrès des vertus, et conduisent à d'autres péchés plus graves ou à des tentations plus dangereuses. De là ces maximes du Sage : Celui qui ne tient pas compte des petites choses, tombera peu à peu : Celui qui aime le danger, périra dans le danger : Tel fait une seule faute, à qui il en coûte la perte de grands biens.

Préservons-nous donc , autant que possible , de ces taches qui ternissent toujours plus ou moins la beauté de l'âme , puisqu'il est écrit que rien de souillé n'entrera dans la Jérusalem céleste. Et si nous ne prenons soin de nous en purifier dans cette vie, elles feront notre tourment après notre mort , et ne pourront plus être expiées que par les flammes si à craindre du purgatoire. Car, bien que ces flammes ne doivent pas toujours durer, elles seront cependant , si noua voulons en croire saint Augustin, un supplice plus terrible que tout ce que leâ hommes peuvent endurer de maux ici-bas (II) .

Quid verà de minutis peccalis est sentiendum f

Id scilicet, quod ejasmodi leyiora, uti mentis evagatio, verbum otiosum, risus immodcratus , et consimilia, quae qaolidiana seu venialia peccata dicuntur, et sine quibas haec vita non ducitur : In muttis enim ojfendimus omnes, ut ante quoqiie monaimas; etsi lethalia non sont, et in speciem minuta videntar, tamen haudquaqnam sunt contemnenda. SiquidemDeodisplicent, seu ut Paulus loqnitur, contrislant Spiritum Sanctum, obfuscant conscieDtiam , charitatis fervorem immi-

nunnt, ifirtutumque profectnm remorantnr, et ad graviora saepe vitia periculaque pertrahunt. Unde scriptum'est : Qui sper*nit modica, paulatim decidet : Qui amat pericuium, peribit in illo : Qui in unù peccaverit, mutta bona perdet,

Cavendœ sunt igitur, quantum licet, h»

labes et sordes animae : quoniam , ut legimus, non intrabit incœlestem Uierusor tem aliquid coinquinatum. Ac nisi in hao vita illae diluaatur, etiam post mortem liominem gravant, nec sine pœnis quidem acerbis purgatorii ignis expiantur. Qui quidem ignis , etsi perpetuus non sit , tamen , si Âuguslino credimus , gravior est , quàm quicquid homo in bac vita potest perpeli.

IVt

2Bâ bte L^EXPIATION DES PECHAS.

TÉMOIGNAGES DE l'ÉCRITURE.

1 . Jacques, III, 2 : « Nous faisons tous beaucoup de fautes. Si quelqu'un ne fait point de fautes en parlant, c'est un homme parfait. )>

2. I Jean, I, 8 : (( Si nous disons que nous soyons sans péché , nous nous séduisons nous-mêmes , et la vérité n'est point en nous. )>

3. Ecdésiasle, VII, 21 : « Il n'y a point d'homme juste sur la terre, qui fasse le bien et qui ne pèche point. »

4. Proverbes, XXIV, 16 : « Le juste tombera sept fois et se relèvera; mais les méchants seront précipités dans le mal. »

5. Psaume XXXI, 5-7 : « Je vous ai fait connaître mon péché , et je n'ai point caché mon injustice. — J'ai dit : Je confesserai contre moi-même mon injustice au Seigneur, et vous m'avez remis l'impiété de mon péché. — C'est pour cette raison que tout homme fidèle vous priera dans le temps favorable. »

6. Ephésiens, IV, 30 : « N'attristez point le saint esprit de Dieu, dont vous avez été marqués comme d'un sceau pour le jour de la rédemption. »

7. Ecclésiastique, XIX et ///; Ecclésiaste, IX (comme dans le corps de la réponse).

8. Apocalypse, XXI, 27 : <( Il n'y entrera rien de souillé, ni aucun de ceux qui commettent l'abomination ou le mensonge; mais ceux-là seulement qui sont écrits dans le livre de vie de l'Agneau..))

9. Psaume XIV, 1-5 : « Seigneur, qui demeurera dans voire tabernacle? ou qui reposera sur votre sainte montagne? — Celui qui vit sans tache , et qui pratique la justice; — qui parle selon la vérité qu'il a dans le cœur; qui n'a point usé de tromperies dans ses paroles. )>

10. Ps. XXIII, 3-4 : (( Qui est-ce qui montera sur la montagne du Seigneur? ou qui est-ce qui s'arrêtera dans son lieu saint? — Celui dont les mains sont innocentes et dont le cœur est pur; qui n'a point pris son âme en vain , ni fait un serment trompeur à son prochain. ))

TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION

1. S. Augustin, Enchirid. ad Laurentium, c. 78 : «Quant à ce qui fait la différence entre les péchés légers et les péchés graves, çe n*est pas d'après le jugement des hommes qu'il faut en jugefi

bfe L^EXPÎATÎON DES PECHAS. ^BÔ

maïs par celui de Dieu lui-môme. Car nous voyons que les apôtres n'ont permis certaines choses que par indulgence. Tel est ce conseil que saint Paul donne aux personnes mariées : Ne vous privez pas Ttm Vautre de ce que vous vous devez, si ce n*est de concert et pour un temps, afin de vous appliquer plus librement à la prière; et er^suite vivez ensemble comme auparavant, de peur que Satan ne prenne occasion de votre incontinence pour vous tenter. On pourrait croire en lisant ces paroles, que ce n'est pas un péché d'user du mariage sans avoir pour motif la génération des enfants, ce qui est la fm naturelle du mariage, et pour le seul plaisir charnel , ou en vue d'éviter par ce moyen le danger de pécher mortellement par la fornication, par l'adultère, ou par quelque autre impureté qu'on ne saurait nommer sans honte, et où pourrait entraîner la passion que le démon excite en nous., On pourrait, dis-je, penser que l'usage du mariage dans de telles conditions serait entièrement exempt de pécher, si le même apôtre n'avait ajouté tout de suite aux paroles que je viens de citer : Je vous dis cela comme une chose qu*on vous pardonne, et non comme une chose qu'on vous commande (/ Cor,, VII, S) . Or, peut-on nier qu'il y ait du péché dans une chose pour laquelle un apôtre déclare que ceux qui la font ont besoin de pardon ? Il en est de même de ce que saint Paul dit encore dans cette épître : Il y en a parmi vous qui, ayant quelqm affaire contre un autre, ne craignent point d'aller la plaider devant les infidèles, au lieu de la faire juger par les saints ( / Cor., VI, i , etc. ). Et un peu après : Si donc vous avez des contestations entre vous four des intérêts temporels, prenez pour juges ceux qui sont les moindres dans VEglise. Je le dis à votre honte. Ne se trouve-t-il donc parmi vous aucun homme sage qui puisse juger entre des frères? Faut-il qu'un frère ait des procès- avec son frère? Et faut-il qu'il porte sa ^cause devant des infidèles ? On pourrait encore penser que le mal que saint Paul reprend n'est pas d'avoir des procès avec quelqu'un, mais seulement d'en porter la discussion hors de rassemblée des ûdèles. Mais ce que l'Apôtre ajoute nous oblige à en juger autrement : Cest déjà assurément une faute, dit-il, que vous ayez des procès les uns avec les autres (/ Cor., VI, 7) . Et afin que ceux qui étaient dans ce cas ne s'excusassent pas sur la justice de leur cause, sur l'injustice qu'ils avaient à souffrir et qu'ils voulaient uniquement faire cesser par la sentence des juges , l'Âpôtre prévient ces sortes de réflexions ou d'excuses en disant : Que ne souffrez-vous plutôt t injustice? Que ne vous laissez^

è6Ô DÉ L*EXPIATÎ0N DES PECHES.

VOUS phtôt enlever ce qui vous appartient ? Et par conséquent il en revient à ce que Notre-Seigneur nous dit lui-même : Si quelqu'un veut vous enlever votre robe , et vous intenter sur cela un prom, abando7inez-lui encore votre manteau (Matth., V, 40). Et dans un autre endroit : Ne redemandez pas votre bien à celui qui h pris (Luc, VI, 30). Jésus-Christ a donc défendu à ses serviteurs d'avoir des procès avec d'autres pour des choses temporelles (1); et c'est en suivant cette doctrine , que l'Apôtre déclare (Ju'il y a du péché. En permettant cependant que ces procès entre des frères se terminent dans l'Eglise par le jugement des autres frères, et en défendant au contraire très-sévèrement de les porter aux tribunaux des infidèles, il est évident que la permission qu'il donne est encore ici un pardon accordé aux faibles. C'est à cause de ces sortes de péchés et d'autres semblables, ou mêrae^ moindres, dans lesquels on tombe, ou par paroles, ou par pensées , que l'apôtre saint Jacques reconnaît et déclare que nom péchons tous en bien des choses (Jac, III, 1). De là vient la nécessité où nous sommes de prier tous les jours, et de répéter souvent à Dieu : Pardonnez-nous nos offenses; mais n'oublions pas avec quelle sincérité et quelle vérité nous devons ajouter aussi : Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés (2). » 2. Ibidem^ c. 79 ( al. 24 et 21 ) : « Il faut encore remarquer qu'il y a des péchés qu'on croirait fort légers , si l'autorité des saintes Ecritures ne nous apprenait qu'ils sont plus considérables qu'on ne pense. Qui croirait, par exemple , qu'on se rende digne de l'enfer en appelant son frère fou, si la Vérité elle-même ne l'avait déclaré? Mais en même temps, elle nous présente un remède bien puissant pour guérir la plaie que ce péché fait à l'âme, en ajoutant, immédiatement après, le précepte de la réconciliation fraternelle : Si vous présentez, dit Jésus -Christ, une offrande à l'autel , et que là vous vous souveniez que votre frère a quelque chose contre vous (Matth., V, 23), et le reste que

(i) Selon les commentateurs tant anciens que modernes, le sens de ces paroles du Sauveur et de son apôtre se réduit à ce principe constant et invariable, qu'il faut toujours être prêt du fond du cœur à tout souffrir, à tout céder, à tout perdre, pour conserver la charité , qui est le plus grand de tous les biens , et que la plus juste défense cesse même d'être permise, dès qu'elle est mêlée de l'esprit de vengeance, de colère, de haine ou d'avarice. On ne peut attribuer d^autres sentiments au saint docteur dans le texte dont il s'agit.

(9) €f. Le Manuel de saint Augustin, dans l'ouvrage cité, tome H, pag. /Il3-4i6.

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tout le monde sait. De même, qui se persuaderait que c*est un si grand péché d'observer les jours , les mois , les années et les temps , comme le font ceux qui veulent commencer quelque ouvrage à certains jours, à certains mois, à certaines années, et ne le veulent pas à d'autres, parce qu'ils s'imaginent, suivant des préjugés pleins de vanité et de fausseté , que ces temps-là sont heureux ou malheureux, si saint Paul ne nous faisait sentir la grandeur de ce mal par l'idée qu'il en avait lui-môme? Il tremble pour ceux qui se livraient à ces vaines observances : h ^(x%m bien pour vous, leur dit-il , que ce ne soit en min que faie travaillé au milieu de vous (4). »

3. Le même. Cité de Dieu, liv. XXI, c. 27 : « Mais quel est cet ordre de vie, quels sont ces péchés qui ferment les portes du royaume, sans toutefois qu'elles demeurent inflexibles aux prières des saints amis? Il est très-difficile de le découvrir, et trèspérilleux de le décider. Quant à moi, malgré tous les efforts que j'ai pu faire jusqu'à ce jour, je n'ai pas su parvenir à sonder ce mystère. El peut-être nous demeure-t-il caché, de peur que notre zèle à éviter tout péché ne se ralentisse. Car, si l'on savait quelles sont ces vicieuses habitudes qui, malgré leur persévérance fortifiée par l'oubli de tout amendement moral, permettent cependant de rechercher et d'espérer l'intercession des saints, la paresse humaine, s'enveloppant sans souci dans le tombeau de ses vices, ne demanderait à aucune vertu de l'en dégager, en se reposant du soin de sa délivrance sur les mérites de ces amis obtenus au prix des aumônes du trésor d'iniquités. Mais comme nous ignorons aujourd'hui quelle est la mesure d'iniquité qui obtient pardon malgré qu'on y persévère, le zèle de notre réforme intérieure redouble dans cette incertitude la vigilante assiduité de nos prières, et empêche notre ardeur de se ralentir dans le soin de nous faire de saints amis avec l'argent d'iniquité (2). »

k, S. Isidore, Lib, II de summo bono, c. 18 : « Beaucoup peuvent passer leur vie sans commettre de crimes, mais ils ne le peuvent pourtant pas sans commettre de péchés. Car de quelques vertus qu'on puisse être orné ici-bas, on ne saurait parvenir cependant à se rendre exempt de tout péché , ainsi que nous le déclare l'apôtre saint Jean par ces paroles : Si mus disons que

(1) Cf. Le Manuel de saint Jugustin, dans l'ouvrage cité, tome II, pag. ftl6-417.

(i) Cf. La Cité de Dieu, etc., trad. par L. Moreau, t. III, p. 2kb5.

S62 DE L^EXPUTION BBS PÂCHÂS.

nous soyons sans péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et k vérité n'est point en nous (I Joan., I, 8). Certaines actions semblent être des péchés , qui n'en sont pas si elles se font avec une intention droite : tels sont les supplices infligés au& malfiniteurs par l'autorité publique , si l'on s'y propose non de satisfaire ses ressentiments, mais d'exercer la correction. Il y a en outre certains péchés légers, que commettent tous les jours, tout en prenant soin de s'en corriger, ceux qui ne font encore que commencer à entrer dans la voie de la perfection, et dont se préservent comme de crimes ceux qui sont plus avancés dans cette même voie. Que. ne doit-on donc pas faire pour se préserver des crimes énormes, puisque les hommes jaloux de leur perfection déplorent comme des fautes graves les fautes légères où il leur arrive encore de tomber? Appliquons-nous à nous garantir nonseulement des péchés considérables, mais encore des fautes légères. Car beaucoup de péchés légers en font un considérable, comme des gouttes d'eau en se multipliant deviennent des^ fleuves immenses. Entassez des grains de sable, et vous aurez des montagnes. Des péchés qui ne sont rien dans un homme du peuple, sont des crimes dans un autre qui se trouve voué à un état de perfection. Car le péché est d'autant plus considérable, que celui qui le commet est plus élevé au-dessus des autres. L'énormité de la faute croit en eflet à proportion des mérites du coupable, et souvent ce qui se pardonne aux petits ne se pardonne pas aux grands. »

5. S. Augustin, De decem chordis, c. H : (c Si les voluptés du siècle s'offrent à vous pour vous séduire, appliquez-vous aux œuvres de miséricorde, à la pratique de l'aumône, du jeûne et de la prière. Car tels sont les moyens de vous purifier de vos péchés journaliers, péchés dont on ne saurait entièrement se préserver, à cause de la fragilité humaine. Ne vous rassurez pas sur ce que ce sont des péchés légers, mais craignez-les à cause de leur nombre. Faites-y attention, mes frères, ce sont des péchés légers, ce ne sont pas de grands péchés : c'est-à-dire, que ce n'est pas ici un lion, dont une seule morsure suffirait pour donner la mort; mais de simples insectes qui, quand ils sonl nombreux, peuvent également la donner. Quelqu'un qu'on jetterait dans un nid de guêpes n'y perdrait-il pas la vie? Ce ne sont pas là des animaux bien forts, sans doute; mais notre nature est faible, cl des cirons suffiraient pour nous donner la mort. Faites donc de même attention aux péchés légers, précisément parce qu'ils sont

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peu considérables en eux-mêmes, et craignez-les parce qu'ils sont nombreux. Qui ne mépriserait un grain de sable? Et cependant laissez beaucoup de ces grains entrer dans un navire, et ce navire sera submergé. Qu'est-ce qu'une goutte de pluie ? Et pourtant ce sont les pluies qui alimentent les fleuves, et qui dégradent les édifices. Gardez-vous donc bien de rien mépriser de tout cela. Mais vous direz peut-être : Eh ! qi^i peut vivre sans comn^etlre de ces péchés? Pour vous ôter cette excuse, Dieu qui connaît notre fragilité, nous a, dans sa miséricorde, fourni des remèdes dont ilne tient qu'à nous de nous servir. Quels sont ces remèdes? Us sont au nombre de trois : les aumônes, les jeûnes et les prières. Mais pour que vos prières elles-mêmes ne soient pas menteuses, il faut qu'il ne manque rien à vos aumônes. En quoi consiste la perfection de l'aumône? En ce que vous donniez votre superflu à celui qui manque du nécessaire , et que vous pardonniez à votre

ennemi le tort qu'il vous fait

» J'appelle fautes journalières celles qui se commettent avec la langue presque sans qu'on s'en aperçoive, comme serait une parole dure, ou bien un rire immodéré, ou toute autre peccadille de ce genre. On peut pécher même dans les choses permises. Le mari qui se donne des licences avec sa légitime épouse, pèche si exceditur concumbendi modns procreandis liberisdebitits. Car le but du mariage, c'est la procréation des enfants; les lois même civiles le déclarent formellement, lorsqu'elles traitent de cet objet : du moment où l'acte conjugal dépasse ce but légitime, il y a péché; mais ce péché pourra être expiç par l'aumône. Il vous est bien permis de prendre des aliments; mais si vous en prenez au-delà du besoin, vous péchez par-là même. Les péchés que je viens de dire sont de ces péchés qui se commettent tous les jours ; et ils cessent d'être légers, dès-là qu'ils sont nombreux. Ils peuvent triompher de nous par leur nombre, s'ils ne le peuvent pas par *lepr grandeur. Nous disons que des péchés de cette nature peuvent être expiés par des aumônes journalières. Ne laissez donc passer aucun jour sans faire l'aumône. Faites attention que tous les jours aussi vous commettez mille péchés, je parle de ces péchés légers. »

6. Le même. In Ps, CXXIX : a Si vous vous mettez peu en peine de tel péché parce qu'il vous semble petit, qu'au moins la grandeur de la peine vous épouvante. Mais ce sont des fautes légères, dites-vous; ce sont des fautes peu importantes; on ne peut s'empêcher d'y tomber dans celle vie. Rassemblez toutes

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ces fautes que vous appelez légères : vous verrez qu'elles feront une masse énorme. Chaque grain de blé esl quelque chose de fort menu; mais tous ces grains menus, pris à part, ne laissent pas de faire, mis ensemble, un tas considérable. Qu'est-ce qu'une goutte d'eau? Cependant ces gouttes réunies suffisent pour remplir les fleuves et pour rompre toutes les digues (1 ) . »

7. Le même, Serm, CCXLIV de tempore (2) : « Vous direz peut-être : C'est bien là un péché, mais ce péché est léger. Nous ne disons pas non plus que ce soit un péché mortel; mais cependant si on le commet fréquemment, et qu'on ne le rachète pas par des Jeûnes ou par des aumônes, l'âme ne s'en trouvera que trop souillée. Gardez- vous bien de vous tranquilliser sur vos péchés sur ce prétexte, que ce sont des péchés légers. Car des. gouttes de pluie amoncelées suffisent, et pour remplir les fleuves, et pour renverser des édifices, et pour déraciner des arbres. Vous qui .dites que ce sont des péchés légers, je voudrais bien savoir si

vous consentiriez à ce qu'on fît à voire corps autant de petites plaies, ou à vos vêtements autant de déchirures ou de petites taches qu'il vous arriverait de fois de les commettre. Quoi! vous ne pourriez souffrir qu'on fit à votre oorps ces plaies, ou à vos vêtements ces déchirures ou ces taches , et vous ne craignez pas de les faire à votre âme? »

8. Le même. Tract. XII in Joannem : « Les péchés qui paraissent petits en comparaison d'autres plus considérables, ne laissant pas de donner la mort, si on les. laisse se multiplier; semblables en cela aux gouttes d'eau qui , quoique peu de êhose en elles-mêmes, parviennent par leur multitude à former des fleuves entiers, ou aux grains de sable qui, en s'amoncelant, finissent par écraser ce qui les supporte. Notre âme ressemble encore à un vaisseau que sa senti ne mal vidée ne ferait pas moins couler à fond qu'une vague impétueuse qui viendrait toutà-coup le renverser. L'eau n'entre à la vérité que goutte à goutte dans la sentine; mais à force d'entrer sans qu'on se donne la peine d'en vider le navire, elle finit par le submerger. Or, qu'est-ce que vider lasentine de notre âme, sinon empêcher, au moyen des bonnes œuvres, des gémissements, des jeûnes, des aumônes, du pardon des ennemis, que les péchés de chaque jour

(1) Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. VI, p. 605.

(2) Ce sermon, au jugement de Noël-Alexandre , ne saurait être de saint Augustin. V. £ccL hist, sœc, V, p. 100.

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