DE L*EXPIATION DES PÉGHÊS
ne s'amassent dans notre âme en assez grand nombre pour Faccabler(l)?))
9. S. Chrysostôme, Hom. LXXXVII {b\. 86) m Matthœum : « Il faut donc résister au mal dès ses premières approches ; car quand même le péché dont nous sommes tentés ne devrait en entraîner aucun autre après lui , nous ne devrions pas être pour cela sans inquiétude ; combien donc ne devons-nous pas en être plus occupés, assurés que nous sommes que ce péché négligé sera bientôt suivi de plusieurs autres? Faisogs donc tout au monde pour le détruire dès ses commencements. Car il faut considérer, non pas si ce péché est léger en lui-même , mais si , pour peu qu'on le néglige, il ne deviendra pas le principe et comme la racine d'autres péchés plus considérables.
» Vous allez être étonnés sans doute de ce que je vais dire : c'est que nous n'avons pas si grand besoin d'user de précaution contre les grands crimes, que contre ces fautes qui nous paraissent légères. Car nous sommes garantis contre les premiers par l'horreur même qu'ils nous inspirent, au lieu que la petitesse des autres est précisément ce qui fait que nous négligions de nous en défendre, et que nous soyons sans ardeur pour les combattre et les vaincre; aussi, dès que nous sommeillons à leur égard, ne tardent-elles pas à s'aggrarer...
» Personne ne passe tout d'un coup de la vertu à l'extrême perversité. Car il y a au fond de l'âme une certaine pudeur naturelle, une certaine honte de commettre le mal, qui ne permet pas qu'on s'y livre sans remords dès le premier instant , et qu'on ne peut éteindre ou étouffer que par degrés... Voyez, en effet : que quelqu'un s'emporte à rire sans sujet, et qu'un autre l'en reprenne, un troisième viendra qui n'y trouvera point de mal, et qui dira que c'est une chose toul-à-fait innocente. Car qu'est-ce qu'un éclat de rire? et quel mal peut-il s'ensuivre? Et pourtant c'est de là que naissent les paroles bouffonnes, comme des paroles bouffonnes naissent les paroles déshonnêtes, et de celles-ci les actions honteuses (2). »
10. Le môme. In epistolam I ad Corinthios hom. VIII : a Pour donner la mort, il suffit d'un coup d'épée; pour perdre tout un édifice, il suffit d'une fente ouverte dans la muraille; pour
(i) Cf. Les Traités de saint Augustin sur l'Evangile de saint Jean, (2) Cf. Homélies de saint Jean Chrysostôme sur saint Matthieu, 1. 111.
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frapper un rameau de stérilité , il n*y a qu'à le détacher de sa racine/ Ainsi les plus petites choses ne sont pas de petite conséquence, puisque les plus grandes en dépendent. Lors donc qu'il nous arrive de commettre une petite faute ou de tomber dans une légère négligence, que la légèreté de la faute ne nous porte pas à la négliger, puisque, négligée, elle deviendrait bientôt grande, de même qu*un vêlement qui commence à se rompre , s*il n'est pas promplement réparé, n'est bientôt plus susceptible de l'être, ou comme un toit qui n'est pas entretenu avec soin, devient par son délabrement la cause de la ruine de toute une maison. Pénétrés de ces vérités, ne nous permettons donc jamais facilement dos fautes même légères , de crainte quQ nous ne tombions dans de plus grandes (I). »
41. Le même, Serm. de leviiim peccatorum periculis : <c N'appelons i>as loger un mal qui, quand on le néglige, peut être mortel, ou tromper cruellement celui qui s'en fait un jeu, puisqu'il est étTÎl : Celui qui ne tient pas compte des petites choses, tombe peu à ;vM {Eccli,, XIX, 1). ))
15. S. Bernard, Sertn. I de couver sione S. Pauii : « Saint Paul a obtenu miséricorde, parce qu'il a péché par ignorance, n'ayant pas encore la foi. Apprenez de là, mes frères, que Dieu, comme un juste juge, ne considère pat seulement ce que font les hommes, mais encore dans quelle disposition d'esprit ils le font, et prenez garde en conséquence de croire légères les fautes même les plus légères, dès-lors que^vous les commettriez sciemment. Que personne ne dise en son cœur : Ce ne sont que des peccadilles, je ne me mettrai pas en peine de m'en corriger; je puis sans conséquence fâcheuse rester dans l'habitude de ces péchés véniels. Un tel langage, mes frères, serait celui de l'im pénitence; ce serait là le blasphème contre l'Esprit-Saint, blasphème irrémissible. »
13. Le même, Tract, de prœcepto et dispensatione : « Soit, appelons crime ce qui doit être puni du feu de l'enfer; quel nom donnerons-nous à ce que la Vérité même nous déclare ne devoir être condamné que par le jugement (Matth., V, 22)? Nous ne disconviendrons pas qu'il ne s'agisse encore là de quelque chose de condamnable, puisque celui qui le fait mérite d'être condamné au moins de celte manière. Si c'est quelque chose de
(l) Cf. S. Joannis Chrysostomi opéra, l, X , p. 70, édit. deMontfaucon; pag. 82-85, édit. de Gaume.