‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, trChapitre 34 sur 68 · IV · texte numérisé non relu

IV

58. Pmume CXVIII, 112 : « ]*ai porté mon cœur, etc. (comme dans le corps de la réponse). »

B9. Matthieu, XIX, 11-12 : a II leur dit : Tous n'entendent pas cette parole , mais ceux-là seulement à qui il a été donné de Tentendre. — Car il y a des eunuques sortis tels du sein de leurs mères ; il y en a d'autres qui ont été faits eunuques par les hommes ; et il y en a qui se sont rendus eunuques eux-mêmes en vue du royaume des cieux. »

60. // Timothée, IV, 7 : « J'ai bien combattu , etc. (comme dans le corps de la réponse). »

61. Matthieu, V, 11-12 : «Vous serez bienheureux, lorsque les hommes vous maudiront , qu'ils vous persécuteront , et qu'à cause de moi ils diront faussement toute sorte de mal de vous. — Réjouissez-vous alors, et tressaillez de joie, parce que votre récompense est grande dans les cieux. »

62. /d., VI, &t 0) 17, 18 : a Afin que votre aumône se fiisse en secret, et votre Père, qui voit tout ce qui se fait en secret, vous en rendra la récompense. — Mais pour vous, lorsque vous voudrez prier, entrez dans votre chambre, et, la porte fermée, priez votre Père en secret , et votre Père qui voit* tout ce qui se fait en secret, vous en fera toucher la récompense.. . — Mais pour vous, lorsque vous jeûnez, parfumez- vous la tète et lavez-vous le visage, — afin de ne pas faire paraître aux hommes que vous jeûnez , mais seulement à votre Père , qui est présent à ce qu'il y a de plus secret : et votre Père, qui voit tout ce qui se passe dans le secret, vous en rendra la récompense. »

63. Id.y X, hl : « Celui qui reçoit un prophète en qualité de prophète, recevra la récompense du prophète, etc. »

64. Apocalypse, II, 7, 10, 26, 27, 28 : «<}ue celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux églises : Je donnerai au vainqueur à manger du fruit de l'arbre de vie, qui est au milieu du paradis de mon Dieu. — Ne craignez rien de ce que vous aurez à souffrir : voilà que le démon va mettre quelques-uns de vous en prison, afin que vous soyez éprouvés; et vous aurez à soufiTrir pendant dix jours. — Soyez fidèle jusqu'à la mort, et je vous donnerai la couronne de vie. — Et quiconque aura vaincu et aura persévéré jusqu'à la fin dans les œuvres que je lui ai commandées, je lui donnerai puissance sur les nations : — il les gouvernera avec un sceptre de fer, et elles seront brisées comme un vase d'argile, — selon que j'en ai reçu moi-même le pouvoir de mon Père, et je lui donnerai l'étoile du matin. »

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65. Id., m, 41-12» 21 : (( Je viendrai bientôt : conservez ce que vous avez, de peur qu'un autre ne reçoive à votre place votre coaronne. — Quiconque sera victorieux, je ferai de .lui une colonne dans le temple de mon Dieu, et il n'en sortira plus; et je graverai sur lui le nom de mon Dieu , et le nom de la ville de mon Dieu, de la nouvelle Jérusalem, qui descend du ciel d'auprès de mon Dieu, et il portera pour signe mon nom nouveau. — Quiconque sera victorieux , je lui donnerai de s'asseoir avec moi sur mon trône, comme depuis ma victoire je suis assis moi-même avec mon père sur son trône. »

66. Ibid,, XIV, 13 : « Alors j'entendis du ciel une voix qui me dit : Ecris : Heureux sont ceux qui meurent dans le Seigneur; Dès à présent, dit l'Esprit, ils se reposeront de leurs travaux : car leurs œuvres les suivent. »

67. Matthieu, XIX, et Jean, V (comme dans le corps de la réponse ) .

68. Matthieu, XXV, 34-35 : a Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez , les bénis de mon Père ; possédez le royaume qui vous a été préparé dès le commencent du monde. Car j'ai eu faim , et vous m'avez donné à manger. »

69. Id.j VII, 21 : (( Tous ceux qui me disent, Seigneur, Seigneur, n'entreront pas pour cela dans le royaume des cieux; mais celui-là seulement y entrera , qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. »

70. Apocalypse, XXII, 11 : (c Que celui qui est juste, etc. (comme dans le corps de la réponse). »

71. Ecclésiastique, XVIII, 2^! : a Ne cessez point de croître dans les oeuvres de justice jusqu'à la mort, parce que la récompense de Dieu demeure éternellement. »

72. Psaume LXI, 12 : « Dieu a parlé une fois, et j'ai entendu ces deux choses : que la puissance appartient à Dieu , et que vous êtes, Seigneur, rempli de miséricorde ; car vous rendez & chacun selon ses œuvres. »

73. Matthieu, XVI, 27 : a fce Fils de l'homme doit venir dans la gloire de son Père avec ses anges , et alors il rendra à chacun selon ses œuvres. »

74. Romains, II, 6-13 : <( Qui rendra à chacun selon ses œuvres , — en donnant la vie éternelle à ceux qui , par leur patience dans les bonnes œuvres , cherchent la gloire , l'honneur et l'immortalité , — et en faisant peser sa colère et son indignation sur ceux qui ont l'esprit contentieux , et qui ne se rendent

point à la vérité , mais qui embrassent l'iniquité. — Tribulation et angoisse sur Tàme de tout homme qui fait le mal , du juif premièrement, et ensuite du gentil. — Mais gloire, honneur et paix à tout homme qui fait le bien , au juif premièrement et ensuite au gentil. — Car Dieu ne fait point acception des personnes. — Et ainsi tous ceux qui ont péché sans la loi périront sans la loi, et tous ceux qui ont péché sous la loi seront jugés pat la loi. — Car ce ne sont point ceux qui écoutent la loi qui sont joutes devant Dieu; mais ceux qui gardent la loi seront seuls justifiés. »

75. ICorinihims, III, 8-9, 13, 14, 18 : « Celui donc qui plante et celui qui arrose ne sont qu'une même chose. Mais chacun recevra sa récompense particulière selon son travail ; rparce que nous sommes les coopérateurs de Dieu , et vous êtes

le champ que Dieu cultive — L'ouvrage de chacun paraîtra

enfin, et le jour du Seigneur fera voir qui il est, parce qu'il sera manifesté par le feu, et que ce feu mettra à l'épreuve l'ouvrage de chacun. — Si quelqu'un a bâti sur ce fondement un ouvrage qui demeure sans être brûlé , il en recevra la récompense. — Si l'ouvrage d'un autre est. consumé par le feu , il en éprouvera de la perte : il ne laissera pas pour cela d'être sauvé, mais 'ce sera comme en passant par le feu . »

76. Galates, VI j 7-10 : <( Ne vous y trompez pas : on ne se moque point de Dieu. — L'homme ne recueillera que ce qu'il aura semé; ainsi, celui qui sème dans la chair, ne recueillera de la chair que la corruption , et celui qui sème dans l'esprit recueillera de l'esprit la vie éternelle. — Ne nous lassons donc point de faire le bien , puisque, si nous ne perdons point courage, nous en recueillerons le fruit en son temps. — C'est pourquoi , pendant que nous en avons le temps , faisons du bien à tous, mais principalement à ceux qui par la foi qu'ils professent ne font qu'une même famille avec nous. »

77. Ecclésiastique, LI, 38 : « Faites votre œuvre avant que le temps se passe , et il vous en donnera la récompense en son temps. »

TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION

1. S, CvpRiEN, Epist. I ad CorneUum Pontificem romanum: <c Courage donc, frère bien-aimé! Puisque les avertissements d'une miséricordieuse providence nous crient que le jour de notre combat est proche, nous vous exhortons autant que nous en sommes

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capable, et au nom de la charité qui nous lie ensemble, à vaquer constamment avec tout le peuple aux veilles, aux jeûnes et aux prières. Poussons des gémissements non interrompus, faisons entendre de continuelles supplications. Gémissements, supplications , voilà les armes célestes qui nous rendent forts et puissants contre Tennemi ; voilà Tarsenal spirituel qui nous protège véritablement (1). »

2. Le concile de Trente, session Yl, chapitre X : « Les hommes étant ainsi justifiés, et devenus amis et comme les familiers de Dieu {Eph.j II, 19; Ps, LXKXllI, 8), s'avancent de vertus en vertus, et se renouvellent de jour en jour, comme dit TApôtre (/ C&r., IV, 16) , c'est-à-dire qu'en mortifiant les membres de leur corps, et les faisant servir aux œuvres de justice {CoL\ III, S), pour se sanctifier par l'observation des commandements de Dieu et de l'Eglise , ils croissent , par les bonnes œuvres que la foi leur donne la force de pratiquer, dans cet état de justice dont ils sont redevables à la grâce de Jésus-Christ, et se justifient ainsi de plus en plus, suivant ce qui est écrit : Que celui qui est juste, se justifie encore. Il est écrit de même ailleurs : Ne craignez point de vous avancer dans la justice jusqu'à la mort. Et dans un autre endroit : Vous voyez que l'homme est justifié par ses œuvres, et non pas seulement par sa foi. C'est là cet accroissement de justice que demande la sainte Eglise, lorsqu'elle dit dans ses prières : Donnez-nous, Seigneur, un accroissement de foi, d'espérance et de charités »

3. S. Augustin, Prœfat. in Ps. XXXI : a La fin de la loi, dit l'Apôtre (/ Tim., I, ^), est la charité qui naît d'un cœur pur, d'une bonne conscience et d'une foi sincère. II met la bonne conscience à la place de ce qu'il appelle ailleurs l'espérance : car celui-là a une bonne espérance, qui a la conscience pure. Et celui qui se sent déchiré par les remords d'une mauvaise conscience n'espère plus, et n'attend que sa condamnation. Pour espérer le royaume , ayez la bonne conscience ; et pour avoir la bonne conscience, croyez et agissez ensuite. Ce qui fait que vous croyez, c'est la foi; ce qui fait que vous agissez, c'est la charité. Dans un endroit, saint Paul nomme la foi la première : La foi, hspérance et la charité (/ Cor., XIII, 13). Dans cet autre, il commence par la charité : La charité qui nait d'un cœur pur, i^une bonne conscience et d'une foi sincère. Pour nous, nous venons

(l) Cf. Chefs-d'œuvre des Pères, trail. par M. de Genoode, t. V.

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de commencer par le milieu , c'est-à-dire par Tespérance et la bonne conscience. Je le répète : Que celui qui veut avoir une bonne espérance, s'applique à se faire une bonne conscience. Mais pour avoir une bonne conscience , qu'il croie et qu'il agisse. Nous commençons par le milieu , d'où nous allons au commencement et à la fin , qu'il croie et qu'il agisse. Ce qui le fait croire, c'est la foi; ce qui le fait agir, c'est la charité (i). »

4. Le même, Tract. LXVII in Emngelium Joannis : a Quand le Sauveur eut dit à ses apôtres : Ily a plusieurs demeures dans la maison de mon Père; si cela n'était, je vous l'aurais dit, car je m'en vais vous préparer le lieu; leur trouble fut calmé , dans la confiance où ils fiirent dès-lors d'obtenir très-certainement un jour, qu'après avoir essuyé les tentations et les dangers de la vie présente ils seraient reçus avec Jésus-Christ dans la maison du Père céleste, pour y demeurer éternellement avec lui; parce que, bien que parmi eux-mêmes il y en eût de plus forts, de plus sages, de plus jiistes et de plus saints les uns que les autres, comme il y a plusieurs demeures dans la maison du Père , pas un de ceux qui suivaient le Fils ne devait en être rejeté, et que chacun d'eux devait y être placé suivant le rang dû à son mérite. Il est vrai que le père de famille ( M atth., XX, 9), en payant ceux qu'il avait envoyés à sa vigne , ne fit donner à chacun de ses ouvriers qu'un denier, comme ils en étaient convenus avec lui, sans avoir égard au plus ou moins de temps que chacun d'eux avait travaillé. Mais c'est parce que ce denier représentait la vie éternelle , qui sera en efiet également éternelle pour tous ceux qui y seront admis. Car l'éternité n'ayant point de fin, la durée de y la vie qu'on y possède ne peut être réglée par des mesures différentes. Ce n'est, pas non plus ce que Jésus-Christ veut nous faire entendre par la diversité des demeures qu'il dit être dans la maison de son Père ; mais c'est la différence des degrés de gloire proportionnés aux mérites de chacun, dont ils jouiront dans cette éternité , d'ailleurs pour tous la même. Car le soleil a son éclat , la lune le sien , les étoiles le leur, et entre les étoiles l'une est plus éclatante que l'autre (/ Cor., XV, H). Il en sera de même dans la résurrection des morts. Comme donc les étoiles qui sont dans le ciel ont différents degrés de clarté , de même les saints qui seront dans le royaume de Dieu y auront différents degrés de gloire représentés par les différentes demeures dont

(1) Cf. Sermons de saint Augustin sur tes Psaumes, 1. 1*', p. 47H7J^.

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parle ici Jésus-Gbrist. Mais, pour marquer que ces saints seraient tous reçus dans ce même royaume sans qu'un seul en fût exclu , le père de famille donne le même prix, qui est un denier, à tous ceux qui avaient travaillé à sa vigne. Et ainsi , comme Dieu qui est charité sera tout en tous , il arrivera par ce moyen que ce que chacun d'eux aura de propre deviendra commun à tous. Car il suffit d'être bien aise de voir dans les autres ce qui nous manque et de l'y estimer, pour pouvoir dire en quelque manière que nous l'avons. C'est ce qui aura lieu dans le ciel, où l'inégalité de gloire ne fera naître dans les saints aucune jalousie , parce que la charité qui y régnera en eux les unira parfaitement (4). »

5. S. Ghégoire-le-Grand , Lib. IV Dialogorum, c. 35 : « C'est en parlant des élus que Jésus-Christ lui-même a dit dans l'Evangile : Ily a plus d'une demeure dnns la maison de mon Père (JoAN., XIV, 2). S'il n'y avait aucune différence dans la récompense accordée à ceux qui entreront un jour en possession de l'éternelle félicité , il n'y aurait pas plusieurs demeures , mais une seule et même pour eux tous, il y a done plusieurs demeures, en ce qu'il y a diverses classes parmi les bons, bien qu'ils reçoivent tous un même denier pour avoir travaillé à la même vigne, et que des mérites communs les fassent tous entrer en part d'une commune joie. S*il y a cependant pour eux distinction de demeures, c'est qu'en même temps que la félicité dont ils jouissent est de même nature pour tous , il y a des degrés dans celte félicité même, qui est pour chacun la récompense de ses propres œuvres. »

6. Le concile de Trente, session VI, chapitre XVI : « Les hommes étant donc justifiés de cette manière , soit qu'ils aient toujours conservé la grâce une fois reçue, soit qu'après l*avoir perdue ils l'aient recouvrée , il faut leur mettre devant les yeux ces paroles de l 'Apôtre : Employez-vous de plus en plus dans l exercice des bonnes œmres^ étant bien assurés que Notre-Seigneur ne lais- ^ra pas votre travail sans récompense (I Cor, y XK, 58). Car Dieu ri est pas injuste, pour oublier vos bonnes oeuvres et la charité que rms avez témoignée en son nom (Hébr., VI j 10). Et encore ces paroles : Ne perdez donc pas la confiance que vous avez, et qui doit être récompensée d'un grand prix ( Hébr., X, 55 ). Par conséquent il faut faire envisager la vie étemelle à ceux qui travaillent

(0 Cf. Les Traités de saint /éugustin sur l'Evangile de saint Jean, lomem,pag. 271-275.

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Utilement jusqu'à la fin de leur carrière, et qui espèrent en Dieu, et comme une grâce que Dieu promet miséricordieusement à ses enfants adoptifs en considération des mérites de Jésus-Clirist , et comme une récompense qui , selon la promesse de Dieu même , doit être fidèlement décernée à leui*s bonnes œuvres et à leurs mérites. C'est là cette couronne de justice , que l'Âpôtre disait lui être réservée au terme de sa course et de ses combats, et qu'il attendait de son juste juge , comme promise non-seulement . à lui , mais aussi à tous ceux qui aiment et désirent le dernier avènement (// Tim., IVj 8). Jésus-Christ, en effet, répandant continuellement Tinfluence de sa vertu en ceux qui sont justifiés , comme le chef dans ses membres , comme le cep dans ses branches, et cette vertu précédant, accompagnant et suivant toujours leurs bonnes œuvres , qui sans elle ne pourraient être ni méritoires, ni agréables à Dieu , il faut croire qu'il ne manque plus rien après cela à ceux qui sont justifiés , pour qu'ils doivent être censés avoir pleinement satisfait à la loi divine , autant que le comporte l'état de la vie présente , par ces œuvres faites en la vertu de Dieu , et avoir véritablement mérité la vie éternelle , pour l'obtenir en son temps, supposé qu'ils meurent en cet état de grâce, comme l'a dit à ce sujet Jésus-Christ notre Sauveur :• Si quelqu'un boit de Veau que je lui donnerai, il n'aura jamais soif; mais cette eau deviendra en lui une fontaine d'eau qui rejaillira jusque dans la vie éternelle (Joan., IV, 13-14). Ainsi, ni nous ne prétendons que notre justice nous soit tellement propre qu'elle nous vienne de notre propre fonds, ni nous ne voulons méconnaître ou répudier celle de Dieu. Car cette justice que nous appelons notre justice , parce qu'elle est inhérente en nous du moment où nous sommes justifiés, est en même temps la justice de Dieu , parce que c'est Dieu qui la répand en nous par la communication qu'il nous fait des mérites de Jésus-Christ. Il ne faut pas non plus manquer d'observer, qu'encore que nos livres saints attribuent aux bonnes œuvres une telle valeur, que Jésus-Christ promet à celui qui aura donné au moindre des siens ne fût-ce qu'un verre d'eau froide , de ne pas le laisser sans récompense (Matth., X, 42) , et que l'Apôtre nous assure que le motnent si court et si léger des afflictions que notés endurons en cette vie produit en flous une gloire incomparable d'une éternelle durée {II Cor,, IV, 17), un chrétien cependant ne doit pas, ce qu'à Dieu ne plaise, se confier ou se glorifier en soi-même, mais se confieret se glorifier dans le Seigneur, dont la bonté pour les hommes est si grande,

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qu'il veut bien leur faire des méptes de ses propres dons. Et comme nous manquons tous en bien des choses (Jac, III, 2), chacun de nous doit avoir devant les yeux aussi bien la justice et la sévérité de Dieu, que sa miséricorde et sa bonté; et quand même OQ ne se sentirait coupable de rien, on ne devrait pas pour cela se juger innocent, parce que notre vie entière doit être examinée et jugée , non au tribunal des hommes , mais à celui de Dieu , qui portera la lumière jusque dam les plus épaisses témbres, et produira an grand jour les secrets des cœurs les pltis cachés; et alors chacun recevra de Dieu la louange qu*il aura méritée (/ Cor, IV, 5); car il rendra, comme il est encore écrit, à chacun selon ses œuvres (Matth., XVI, 27; Rom., II, 6). »

7. S. GvpRiEN, Liv, de l'unité : « La justice nous est nécessaire pour nous rendre favorable le divin juge ; et sans la soumission à ses préceptes et à ses avertissements, point de récompense pour nos œuvres. »

8. S. AcGusTiN, Epist. CV (al. 194) ad Sextum : a De quels mérites pourra donc se prévaloir Thomme justifié, lui qui, s'il eût été traité sçlon ses mérites, n'aurait pu attendre que sa condam« nation? Mais quoi! les justes n'ont-iis dont point de mérites? Certainement ils en ont, puisqu'ils sont justes; mais ce ne sont pas leurs mérites qui les ont rendus tels. Car être rendu juste, ■ c'est être justifié; or, c'est gratuitement, comme nous le dit l'Âpôtre, que nous avons été justifiés par l effet de la grâce de UsuS'Christ . , .

» Quel mérite pouvons-nous donc trouver dans Thomme , qui précède la grâce, et qui la lui fasse obtenir, puisque c'est la grâce seule qui fait tout ce qu'il y a en nous de mérites, et que Dieu , en couronnant nos mérites , ne fait que couronner ses propres dons? Car de même que dès les premiers pas de notre entrée dans la foi , nous avons reçu miséricorde, non parce que nous étions fidèles, mais afin que nous le devinssions; ainsi, à la fin de notre course où commence la vie éternelle. Dieu nous couronnera, comme dit l'Ecriture, par une abondance de miséricordes {Ps, Cil, 4). Ainsi c'est dans la plus exacte vérité que le Psalmiste bénit Dieu en disant : Sa miséricorde me préviendra (Ps. LVIII, 2); et : Sa miséricorde me suivra {Ps. XXII, 6). Cest pourquoi la vie éternelle que nous posséderons sans fin ^près la fin des siècles, et qui esl par conséquent la récompense des mérites précédents, est elle-même appelée une grâce, parce qv\e les mérites auxquels elle est accordée n'ont pas été produits

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en nous par nos seules forces , mais sont en nous l'œuvre de la grâce. Elle est , dis-je , appelée une grâce ; et pourquoi , sinon parce qu'elle est donnée gratuitement? Non qu'elle ne soit la récompense des mérites ; mais parce que les mérites mêmes , en vue desquels elle est accordée, nous ont été donnés. On demandera peut-être en quel endroit la vie éternelle est appelée grâce. Il ne faut pour le trouver qu'ouvrir les épitres de saint Paul, ce grand défenseur de la grâce. La mort, dit-il , est le payement et la solde du péché; mais la vie étemelle est une grâce de Dieu en Jésus-Christ Nôtre-Seigneur {Rom., Y, 23).

» Remarquez , je vous prie, avec quelle attention l'Apôtre, dans une phrase si courte , pèse toutes ses paroles. Il suffit de les considérer avec soin pour éclaircir ce qu'il y a d'obscur dans cette question. Après avoir dit que la mort est le payement ou la solde du péché , qui ne s'attendrait à l'entendre ajouter, par une conséquence naturelle et tout-à-fait convenable, que la vie éternelle est le payement ou la solde de la justice? En parlant ainsi, il n'aurait rien dit qui ne fOit très- vrai. Car comme la mort est la solde qui est due au péché , et qu'il mérite , la vie étemelle est aussi comme la solde qui est due à la justice , et qu'elle mérite

» Ce n'est qu'à la véritable justice que la vie éternelle est due. Mais sache aussi (ô homme), que ta justice, si elle est véritable, ne vient pas de toi, mais qu'eUe mmt d'en haut et descend du Père des lumières (Jac, I, 4). Si donc tu as cette justice véritable, tu l'as certainement reçue. Car enfin, qu'as-tu que tu n'aies pas reçu (/ Cor., IV, 7)? Qui que tu sois donc, ô homme, qui dois recevoir la vie éternelle, sache que, quoiqu'elle soit la récompense de la justice, elle est «en même temps une grâce pour toi, puisque la justice même que tu as est une grâce. Afin que cette récompense te fut due à toi, il faudrait que la justice, à laquelle seule elle est due, te vînt de toi. Mais il n'en est pas ainsi : nous n'avons rien de nous-mêmes. Nottë avons reça de la plénitude de Jésus-Christ, non-seulement la grâce par laquelle nous vivons maintenant selon la justice au milieu des travaux dont cette vie est remplie , et qui ne finiront qu'avec elle ; mais encore celle que saint Jean appelle grâce pour grâce (Joan., I, 16), une dernière grâce qui sera la suite de cette première grâce , et par laquelle nous vivrons sans fin dans un parfait repos. »

9. Le même, De moribus Ecclesiœ catholieœ, c. 25 : « Aimons donc Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout

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notre esprit, si nous nous sommes proposé d'acquérir la vie éternelle. Car la vie éternelle est toute la récompense qui nous est promise; or, la récompense ne peut pas précéder le mérite, et être donnée à l'homme avant qu'il en soit digne , puisque ce serait une injustice, tandis que Dieu est la justice même. Nous ne devons donc pas prétendre l'obtenir avant de l'avoir méritée (1). » 10. S. Augustin, InPs. XCIII : « Vous considérez le travail que vous endurez ici ; mais considérez de même quel repos Dieu vous promet. Pouvez- vous seulement vous le figurer? Si vous le pouviez , vous reconnaîtriez que ce que vous souffrez n'est rien en comparaison des biens que vous attendez. Ecoutez ce que disait saint Paul , qui voyait ces biens en partie : Le moment w court et si léger des afflictions que nous enduron§ en cette vie, produit en nous le poids étemel d'une souveraine et incomparable gloire. Quel est ce poids éternel d'une souveraine gloire? A qui Dieu le prépare-t-il ? L'Apôtre le dit ensuite : A nous qui ne considérons point les choses visibles^ mais les invisibles; parce que les choses visibles sont temporelles^ au lieu qv£ les invisibles sont étemelles. Ne soyez point lâche et paresseux dans un travail qui passe vite , et vous goûterez une joie qui ne passera jamais. Dieu vous promet une vie qui n'aura pas de fin . Jugez par quels travaux elle mérite d'être achetée.

» Ecoutez ceci, mes frères. Ce que je possède est à vendre, vous dit Dieu. Ce que j'ai esta vendre; achetez-le. Qu'est-ce que Dieu a donc à vendre? dites-vous. Il a un repos à vendre : achetez-le par le travail. Ecoutez-moi, je vous prie, afin qu'au nom de Jésus- Christ nous devenions des chrétiens courageux... Ecoutez donc. )) Dieu vous propose d'acheter en quelque sorte le royaume du ciel. Vous lui demandez combien il coûte. Il vous répond que c'est par le travail qu'on l'achète. S'il vous disait qu'on l'achète avec de l'or, vous lui en demanderiez plus particulièrement le prix : car un grain d'or est aussi bien de l'or qu'une livre d'or. Lors donc que, pour vous épargner la peine de chercher comment on pourrait acheter ce royaume, on vous dit tout d'abord que c'est par le travail , demandez de même quel doit être ce travail , et combien il doit durer. Dieu, avant de vous répandre, vous dit : Je veux vous faire voir avant tout quel est ce repos ineffable que je vous prépare, afin que vous jugiez vous-même par quel travail on doit l'acheter.

(1) Cf. Les mœur$ de l'Eglise catholique, p. 80.

» Que Dieu nous dise donc combien ce repos doit avoir de charmes. Heureux ceux qui demeurent dans votre maison; ils vous loueront dans les siècles des siècles {Ps. LXXXIII, 5). C'est là le repos éternel. Ce repos n'aura point de fin; cette joie ne passera jamais, ne finira jamais; cet état d'incorruptibilité durera éternellement. Vous aurez une vie éternelle, vous aurez un repos sans fin. De quel travail doit être acheté un repos qui sera étemel? Si vous voulez être juste dans cette comparaison, si vous Voulez être équitable dans cette compensation des choses, n'avouerez-vous pas que, pour acheter un repos éternel, il faudrait aussi un travail qui le fût également? Cela est incontestable; mais ne craignez pas, Dieu est plein de miséricorde. S'il vous fallait travailler éternellement, quand arriveriez-vous à ce repos qui mériterait qu'on l'achetât par un travail qui durât toujours*? Faites la balance égale : pour mériter un repos éternel , il faudrait un travail éternel. Mais si vous travailliez toujours, vous ne vous reposeriez jamais. Donc, pour que vous puissiez jouir de ce que vous achetez , il est nécessaire que votre travail ait une fin; non qu'un repos éternel ne vaille bien un travail éternel, mais parce qu'autrement il vous serait impossible d'entrer jamais en jouissance de ce que vous achetez.

» Ce repos donc mériterait d'être acheté par un travail éternel ; mais il faut de toute nécessité que ce travail soit temporel. La justice voulant donc que ce travail n'eût pas de fin, que serait-ce qu'un travail de dix millions d'aftnées? Car, après tout, dix millions d'années, quelque longues qu'elles soient, ont pourtant une fin; et ce repos que je vous promets, nous dit Dieu, n'aura point de fin. 0 bonté, ô miséricorde de notre Dieu! Il ne vous dit pas même : Travaillez pendant dix millions d'années, travaillez pendant mille ans , pendant cinq cents ans ; mais : Travaillez pendant le temps si court des années de votre vie. C'est par-là que vous achèterez le repos , et ce repos n'aura pas de fin (1). ))

H. Le même, in Ps, CXX : « Que veut dire cette parole : Que votre main gauche ne sache pas ce que fait votre main droite (Matth., VI, 3)? Elle veut dire : Quand vous faites une bonne œuvre, faites-la en vue de la vie éternelle. Car si vous ne la faites qu'en vue de jouir des biens de la terre , votre gauche sail alors ce que fait votre droite ; vous mêlez la main droite avec la

(1) Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. V, p. i5l»-ib8.

main gauche. N'agissez qu'en vue de la vie éternelle, et vous agirez avec assurance : car c'est là ce que Dieu a commandé.

» Si vous n'agissez qu'e^ vue de la terre , et seulement pour la vie présente, la gauche alors agit seule en vous. Si, au contraire, vous n'agissez qu'en vue de la* vie étemelle, c'est votre droite seule qui travaille. Si vous avez en vue la vie éternelle, et qu'il se glisse en même temps en vous un désir secret de la vie temporelle , en sorte que vous y ayez quelque égard dans le bien que vous faites, en souhaitant que Dieu vous en récompense ici-bas , c'est alors la gauche qui se mêle avec votre droite , et c'est ce que Dieu défend (1). »

42. Le même, Lib. L Homiliarum, hom, XIV, c. 2 : « Ecoutons maintenant Tapôtre saint Paul nous dire aux approches de son martyre , et dans l'attente certaine de la couronne qui lui était préparée : Tai bien cmnbatiu; j'ai achevé ma course; fat gardé ma foi. Il me reste à atiendrMa couronne de justice , que le Seigneur, comme un juste juge, me rendra dans ce dernier jour, et mm-seukment à moi, mais aussi à tous ceux qui désirent son avènement. Le Seigneur, comme un juste juge, dit l'Apôtre, me rendra la couronne de justice : c'est donc que cette couronne sera due. Que rendra-t-il? La couronne de justice : le juste juge ne pourra donc manquer de la rendre. Car en voyant achevé l'ouvrage commandé, il ne pourra, lui qui voit tout, en refuser le salaire. Tai bien combattu; voilà l'ouvrage commandé, .rat achevé ma course; voilà l'ouvrage achevé. Tai gardé ma foi; voilà encore l'ouvrage qu'il lui était ordonné de faire. Il me reste à attendre la couronne de justice; voilà le salaire : mais pour le recevoir vous n'avez point à agir, et pour le gagner ou pour faire l'ouvrage, vous n'êtes pas réduit à agir seul. La couronne vous vient de lui; l'ouvrage vient de vous, mais non sans qu'il vous prête pour cela son concours. »

13. Le même, in Ps. LXXXIII, sur ces paroles. Dieu aime la miséricorde et la vérité : « Il aime la miséricorde, parce qu'il m'a prévenu de sa grâce. Il aime la vérité , parce qu'il acquitte fidèlement à celui qui a foi en lui la promesse qu'il lui a faite. Voyons comme cette miséricorde et cette vérité se sont exercées sur la personne de saint Paul. Comme il était d'abord persécuteur de Jésus-Christ, et qu'il avait besoin de miséricorde, il reconnaît que Dieu la lui a faite, lorsqu'il dit : Moi qui étais auparavant un

(t) Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. VI, p. 395.

blasphémateur, un persécuteur et un outrageux ennemi de son EgUse, fai trouvé cependant miséricorde (/ Cor., XV,iQ), et c'est par la ^âce de Dieu que je suis tout ce que je suis. II dit dans un autre endroit, et aux approches de son martyre : Tai bien combattu, fai achevé tna course, fai gardé la foi : il me reste maintenant à attendre la couronne de justice {II Tim., IV, 7). Celui qui m'a fait éprouver sa miséricorde, me fera éprouver aussi sa vérité. Comment lui fera-t-il éprouver sa vérité? Parce que le Seignewr, comme un juste juge, me rendra en ce jour-là cette couronne qu'il m'a promise. Il m'a accordé le pardon de mes crimes; il me donnera maintenant la couronne. Il m'a pardonné gratuitement mes péchés; il me doit maintenant la couronne par justice. Coiàment la doit-il? Dieu peut-il nous être redevable? De qui a-t-il reçu quelque chose qu'il doive ensuite lui rendre? Cependant saint Paul déclare que Dieu est son débiteur. Il a déjà reçu sa miséricorde, et maintenant il exige saj|6rité. Le Seigneur, comme un juste juge, me la rendra en ce jour. Que vous rendra-t-il , sinon ce qu'il vous devait ? Et que peut-il vous devoir? Que lui avezvous donné? N'avez-vous pas dit vous-même {Rom., XI, 35) : Qui est-ce qui lui a donné quelque chose avant d'avoir lui-même rien reçu de lui, pour prétendre avoir droit à ufie récompense? Non, répond-il , c'est Dieu lui-même qui se rend notre débiteur. 11 nous doit, non qu'il ait reçu de nous, mais parce qu'il s'est engagé lui-même par ses promesses. On ne lui dit point : Rendez-nous ce que nous vous avons donné ; mais : Rendez-nous ce que vous nous avez promis (i). )>

4&. Le même, in Ps. C : a Saint Paul, après avoir obtenu de Dieu miséricorde , le regarde ensuite comme engagé à lui rendre la récompense qu'il lui a promise. Il le reconnaît comme son bienfaiteur au temps de la miséricorde; mais il le regarde comme son débiteur au jour du jugement qu'il prononcera. Ma mort est proche, dit-il (// Tim. IV, 6), et le temps de consommer mon sacrifice n'est pas éloigné : Tai bien combattu, fai achevé ma course t j'ai gardé la foi. C'est comme s'il disait : Voilà ce que j'ai fait dans le temps de la miséricorde. Voyez comment il parle ensuite du temps où Dieu jugera. Il me reste à attendre b couronne de justice que le juste juge me rendra en ce jour. Il mêla rendra, dit-il : il ne dit pas qu'il la lui donnera. Quand d'abord il lui donnait sa grâce , il était miséricordieux ; mais en lui ren-

(1) Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. IV, p. 477-A79.

DBS B0NT4ES CBimiBS« 303

dant la couronne, il sera un juste juge : ce qui rappelle les premières paroles de ce psaume : Seigneur, je relèverai par mes can^ tiques votre miséricorde et votre justice. Il pardonne les péchés; il donne ensuite la couronne en récompensant les boQis, parce qu'il est un juste juge. Pourquoi est-il un juste juge lorsqu'il me récompense, et qu'il me rend la couronne de justice? C'est parce que foi bien combattu, que j'ai achevé ma course, et que fai gardé la foi. Un juste juge ne trouve rien qu'à couronner en toutes ces choses (î). »

IS. Le même, Tract. III in Evangelium Joannis : a En vivant de la foi , vous mériterez de posséder Dieu ; vous aurez Timmortalité et la vie éternelle pour récompense. Mais cette récompense est encore une grâce. Car par où aurez-vous mérité d'avoir la vie étemelle , sinon par la grâce qui vous aura été donnée? En effet, si la foi elle-même est une grâce, et si la vie éternelle est donnée pour récompense de la foi , Dieu semble , il est vrai, donner la vi^ éternelle comme acquittement d'une dette; mais cette dette elle-même, envers qui l'a-t-il contractée? Envers le fidèle qui sq l'est acquise par sa foi. Mais comme la foi elle-même est une grâce , la vie éternelle est alors grâce pour grâce.

» Ecoutez l'Âpôtre reconnaître avant tout la grâce que Dieu lui a faite , et ne demander qu'en conséquence de cette grâce la récompense qui lui est due : J'étais auparavant, dit-il (/ Tim., /^ 1 3), un hk^hémateur, un persécuteur, un outrageux ennemi de l'Eglise de Jésus-Christ; mais j'ai obtenu miséricorde. Voilà comment il reconnaît la grâce qu'il a reçue. Il confesse qu'il était indigne de la recevoir, mais que, malgré son indignité, il Ta reçue cependant, non par un effet de ses mérites, mais par l'effet delà miséricorde de Dieu. Et voici comment, après avoir reçu cette grâce sans l'avoir méritée , il réclame comme due la récompense du bien qu'elle lui a fait faire : « Je suis, dit-il (// Tim., IV, 6), comme une victime qui va être sacrifiée, et le temps de ma mort approche. J'ai combattu le bofi combat; j'ai achevé ma course; j'ai gardé ma foi. Il ne me reste plus qu'à attendre la couronne de juitice qui m'est réservée. Il réclame une dette , il demande qu'elle lui soit acquittée. Car écoutez* les paroles qui suivent : Que le Seigneur comme un juste juge me décernera dans ce dernier jour. Pour recevoir d'abord la grâce , il lui fallait un père plein de

(1) Cf. Sermons de saint Augustin, t. V, p. 358*359.

304 DES BONNES OEGYRES.

miséricorde; pour obtenir la récompense qui est la suite de celte grâce, il s'adresse maintenant à la justice de son juge (1). »

16. Le second concile d'Orange, canon 48 : ((La récompense est due aux bonnes œuvres; mais la grâce n*est due à personne, et elle précède nos bonnes œuvres, puisqu'elle en est le principe. »

17. S. Augustin, in Ps, XLIX: a Rassemblez devant lui les justes. Quels sont ces justes, sinon ceux qui vivent de la foi et qui font des œuvres de miséricorde? Car ces œuvres, selon l'Evangile, sont des œuvres de justice. Prenez garde, dit Jésus-Christ (Matth., VI, 1), de faire vos œuvres de justice devant les hommes dans l'intention fen être regardés. Et comme si on lui eût demandé : De quelle justice parlez- vous? il dit aussitôt après : Lors donc que vous faites F aumône^' marquant par-là que les aumônes sont des oeuvres de justice. Rassemblez devant lui les justes; assemblez devant lui ceux qui ont eu compassion du pauvre, qui ont abaissé sur lui les yeux de leur cœur. Assemblez-les enfin , pour que le Seigneur les conserve, et qu'il leur donne la vie. Assemblez devant lui ses justes, qui ont scellé leur alliance avec lui par des sacrifices, c'est-à-dire, qui pensent à ses promesses dans toutes les œuvres qu'ils font. Car toutes ces œuvres sont des sacrifices, puisque Dieu a dit luimême : Taime mieux la miséricorde que le sacrifice (Os., VI, 6). Qui ont scellé leur alliance avec lui par des sacrifices.

» Les deux annonceront saju>stice. Les deux nous ont en effet annoncé la justice de Dieu. Les Evangélistes nous l'ont prédit : nous avons appris d'eux qu'il y en aurait que Dieu mettrait à sa droite, et à qui il dirait : Venez, les bénis de mon Père, recevez... Quoi? Le royaume. Pourquoi? Parce que f ai eu faim, etqm vous m'avez donné à manger. Qu'y a-t-il d'aussi bas et d'aussi terrestre, que de donner un morceau de pain à un pauyre? Le royaume du ciel ne coûte pas davantage. Donnez de votre pain à celui qui a faim (Is., LVIII , 7) ; faites entrer chez vous le pauvre qui n'a point ds logement; lorsque vous verrez quelqu'un qui ^era nu, donnez-lui de quoi se couvrir. Mais peut-être n'avez-vous pas de pain à lui donner, ni de logis pour l'abriter, ni d'habits pour le vêtir. Donnez-lui un verre d'eau froide , donnez , comme la veuve de l'Evangile, deux petites pièces d'argent. Cette veuve acheta autant valant avec ses deux petites pièces, que saint Pierre en

(1) Cf. Les Traités de saint Augustin sur VEvangile de saint Jean, tome 1, pag. ^75-Si76.

quittant ses filets, et que Zachée en donnant la moitié de son patrimoine aux pauvres. Le royaume des cieuK ne coûte qu'autant que vous avez pour l'acheter (1). »

18. Le même, m Ps, CXI : « Sa race sera puissante sur la terre. Ce mot de race est remplacé dans Toriginal par celui de semence. Saint Paul dit que la semence qui nous prépare une moisson pour l'avenir, ce sont les œuvres de miséricorde. Ne nous lassons point, dit-il, de faire le bien, puisque, si notis ne perdons point courage, nous en recueillerons le fruit et la moisson m son temps (Gai., VI j 9). Et il dit ailleurs : Celui qui sème peu, recueillera peu [Il Cor., IX, 6). Or, qu'y a-t-il de plus puissant, que de faire que le royaume de Dieu , qui a coûté à Zachée la moitié dç tous ses biens, ne coûte à cette bonne veuve que deux petites pièces de monnaie , et que cette dernière possède dans le ciel autant que le premier? Qu'y a-t-il de plus puissant, que de faire qu'un royaume que l'homme le plus riche n'achète pas trop cher de tous ses biens, soit acheté par le pauvre au prix d'un verre (l'eau froide (2) ? »

19. Le même, de oeto DtUcitii quœstionibus , q. IV; c'est la répétition de ce que nous ycnons de citer de sa paraphrase sur le psaume CXL

Question III.

Quelles sont les principales espèces de bonnes œuvres, où se Élit reconnaître et s'exerce particulièrement la justice chrétienne?

L'Ecriture nous en marque trois, qui sont la prière, le jeûne et l'aumône. Car toutes les autres bonnes oeuvres à peu près, qui ont pour principe une foi vive, et qui font briller, croître et grandir la justice du chrétien , peuvent se rapporter sans peine à ces trois sources. De là ce sublime oracle de l'ange Raphaël : La prière, accompagnée du jeûne et de l'aumône, vaut mieux qus tous les trésors et tout Vor qu'on peut amasser. Saint Augustin a dit de même : « La justice de l'homme en cette vie consiste dans le jeune, l'aumône et la prière, w

Notre-Seigneur, dans l'Evangile de saint Matthieu , nous donne des instructions sur chacune de ces vertus , et il promet de plus la récompense céleste comme déjà toute préparée à ceux qui, faisant partie de son Eglise, pratiquent sans hypocrisie et de bon

(1) Cf. Sermons de saint Augustin^ 1. 11, p. Gi^t^lft. '"^'Cf. /6îd., t. VI,p. o7-58.

lY.

306 DBS BONNES OEUVRES.

cœur le jeûne, la prière et raumône. De là cette assurance qu'il nous donne,- et qu'il nous réitère tant de fois, que notre Père, qui voit ce qui se- passe dam le secret, nous en rendra la récompense. C'est en ces choses aussi qu'il veut, que notre justice abonde pour que nous puissions un jour entrer dans le royaume des cieux ; c'est par-là qu'elle doit luire dctwit les hommes, afin que, wyant nos bonnes actions, ils en glorifient le Père céleste. C'est pour cela que nous avons été créés ou régénérés en Jésus-Christ; ce sont là les œuvres que Dieu nous a préparées pour nous occuper toute notre vie. Ce sera pour les avoir pratiquées par amour pour Dieu, que les justes seront admis dans le ciel où ils régneront élernellemenl , comme ce sera pour en avoir négligé la pratique , que les méchants seront précipités dans le feu éternel de l'enfer.

Or, autant c'est une chose vaine et pharisaïque de vanter sa propre justice en méprisant les autres , et de mettre sa confiance dans ses bonnes œuvres, autant il est raisonnable^ et digne d'un chrétien de s'adonner aux bonnes œuvres dans des sentiments d'humilité , ou , si l'on se glorifie , de se glorifier dans le Seigneur, qui opère en nous le vouloir et le faire j comme le dit l'Apôtre (III).

TÉMOIGNAGES DE l'ÉCRITURE.

l. ToBiE, XII, 8 : <( La prière, etc. (comme dans le corps de la réponse). »

Quot sunt gênera bonorutn operum, in quitus justifia Christiana prœcipuè cernitur et exercetur?

Ejnsmodi sunt triplicia, sicut sacris ë literis accipimus, videlicet Oratio, Jejunium et Eleemosyna. Nam reliqua ferè benefncta , quae ex fide viva proliciscuntnr, et justitiam Christianam commendant , augent atque consummant, ad hosce très fontes facUè referuntur. Hinc iUa praeclara vox augeli Raphaelis : Bona est Oratio cum J^'unio, et Eleemosyna magis quant thesauros auri recondere. Angusliniis Tei'6 dilacidè dixit : Haec jastitîa hominis inhacvita, Jejuniam, Eleemosyna, Oratio.

De quibus Christus apud Matthsum sigUlatim docet ,. addilque promissiones do parata cœlesti mercede iis , qui in Ëcclesia citra hypocrisiu sincère jejunant, orant,

ac eleemosynam tribuunt. Hinc fidelis illa sponsio toties repetita : Pater tuus qui videt in abscondito, reddet tibi. Et hsec ipsa sunt, in quibus Christus, ut benè beateque vivamus, abundare yult nostram justitiam, et ita Inccre coram hominibus, ut videant opéra nostra bona , et glorificent Patrem. Ad haec prxstanda in Ghristo creati, et destinati sumus, quae nirnirum praeparavit Deus , ut in iilis ambulemus. Propter haec è charitate praestita, jnsti in regnum adsciscentur aeternum : ob cadem verô neglecta, injusti in gehennam igois prœcipitabuntur.

Ut verô pharisaicum ac vanum est, cam aliorum contemptu se ipsnm justificarc, et suis operibus fldere, ita christianum est atque legitimum , hominem cum sut suIk missione operibus bonis operam sedulam dare, et si quando gloriari velit, in Domino gloriari , ut qui operatur in nobis velie et perûcere, Apostolo teste.

2. Matthieu, VI, 1-6, 16-18 : «Gardez-vous bien de faire vos bonnes œuvres devant les hommes pour attirer sur vous leurs regarJs; autrement vous ne recevrez point de récompense de voire Père qui est dans les cieux. — Lors donc que vous faites l'aumône, ne sonnez pas de la trompette devant vous, comme font les hypocrites dans les rues et les synagogues pour se faire honorer des hommes. — Je vous le dis en vérité, ils ont reçu leur récompense. — Pour vous, quand vous faites Taumône, que votre main gauche ne sache pas ce que fait la droite, — afin que votre aumône soit tenue dans le secret ; et votre Père , qui voit ce qui se passe dans le secret, vous en rendra la récompense. — Et quand vous priez , ne faites pas comme les hypocrites , qui aiment à prier debout dans les synagogues et dans les carrefours pour être vus des hommes. — Je vous le dis en vérité, ils ont reçu leur récompense. — Pour vous, quand vous prierez, entrez dans votre chambre, et après en avoir fermé la porte, priez votre Père en secret , et votre Père , qui voit ce qui se passe dans le secret, vous en rendra la récompense.

)) Quand vous jeûnez, ne soyez pas tristes comme les hypocrites; car ils exténuent leur visage, pour que leur jeûne apparaisse aux yeux des hommes. — Je vous le dis en vérité, ils ont reçu leur récompense. — Pour vous, quand vous jeûnez, parfumezvous la tête et lavez-vous la figure, — afin que les hommes ne voient pas que vous jeûnez, mais seulement votre Père, qui est présent à ce qui se passe dans le secret; et votre Père, qui voit ce qui se passe dans le secret, vous en rendra la récompense. »

3. Ibidem, V, 20, 10 : « Je vous le dis, si votre justice n'abonde plus quç celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux.

)> Que votre lumière luise devant les hommes, afin que, voyant vos bonnesœuvres, ik glorifient votre Pèrequi est dans les cieux. »

4. EphésienSj II, 10 : « Nous sommes son ouvrage, étant créés en Jésus-Christ pour les bonnes œuvres que Dieu a préparées, afin qu'elles soient l'occupation de toute notre vie. »

5. Matthieu, XXV, 34-56, 41-43, 46 : « Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, les bénis de mon Père, posséder le royauixie préparé pour vous dès le commencement du monde. — Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; j'étais sans asile, et vous m'avez recueilli; — nu, et vous m'avez vêtu; malade, et ^'ous m'avez visité; en prison, et vous êtes venus me voir.

» Il dira ensuite à ceux qui seront à sa gauche : Relirez- vous de moi, maudits, allez au feu éternel, préparé pour le diable cl ses anges. — Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire; — j'étais sans asile , et vous ne m'avez pas recueilli ; nu , et vous ne m'avez pas vêtu; malade, en prison, et vous ne m'avez pas visité.

» Et ceux-ci iront au supplice éternel , et les justes entrerait en possession de la vie éternelle. »

6. Jean, V, 28-29 : « Ne vous étonnez pas de ce que je vais vous dire : L'heure vient où tous ceux qui seront dans les sépulcres entendront la voix du Fils de Dieu. — Et ceux qui auront fait le bien sorlironr des tombeaux pour ressusciter à la vie; et ceux qui auront fait le mal en sortiront pour ressuscitera leur condamnation. »

7. Luc, XVIII, 10-14 : « Deux hommes montèrent au temple pour y faire leur prière; l'un était pharisien, et l'autre publicain. — Le pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : Moti Dieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme les autres hommes, qui sont voleurs, injustes, adultères, ni non plus comme ce publicain, etc. — Je vous déclare que celui-ci s'en retourna justifié dans sa maison, et non pas l'autre; car quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé. )>

8. Romains, X, 2-3 : « Je puis leur rendre (aux Juife) ce témoignage, qu'ils ont du zèle pour Dieu ; mais leur zèle n'est pas selon la science; — parce que, ne connaissant pas la justice qui vient de Dieu, et cherchant à étabUr leur propre justice, ils ne se sont pas soumis à Dieu pour recevoir cette justice qui vient de lui. »

9. 1 Corinthiens^ 1, 30-31 : <( Vous êtes établis en Jésus-Christ, qui nous a été donné de Dieu pour étre#otre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption; afin que, selon qu'il est écrit, celui qui se glorifie ne se glorifie que dans le Seigneur. »

10. // Corinthiens, X, 17-18 : « Que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur : — car ce n'est pas celui qui se rend témoignage à lui-même qui est vraiment estimable ; mais celui à qui Dieu rend témoignage. »

1 1 . Philippiens, II, lo : « C'est Dieu qui opère en vous et le vouloir et le faire, selon qu'il lui plaît. »

TÉMOIGNAGE^ DE LA TRADITION

1. S. Pierre Chrysologue, évêque de Ravenne, Serm. XLIII : « Il est trois choses, raes frères, qui soutiennent la foi, conservent la dévotion , entretiennent la vertu : la prière , le jeûne et la miséricorde. Ce que la prière demande, le jeûne l'obtient, et la miséricorde le reçoit. La prière, la miséricorde et le jeûne sont trois choses qui n'en font qu'une, et qui se donnent réciproquement la vie. Car le jeûne est l'âme de la prière , et la miséricordç est la vie du jeûne. Que personne n'entreprenne de séparer ces trois choses : elles sont inséparables. Celui qui possède l'une des trois sans posséder en même temps les deux autres , est comme s'il n'en possédait aucune. Que celui donc qui prie n'omette pas déjeuner; que celui qui jeûne n'oublie pas d'exercer la miséricorde; qu'il exauce les supplications qui lui sont adressées, s'il désire être exaucé lui-môme: il engagera Dieu à lui prêter l'oreille, s'il prête lui-même l'oreille aux malheureux qui le supplient. Que celui qui jeûne par pénitence compatisse à celui qui jeûne par besoin; qu'il comprenne la faim dont souffrent ses semblables, s'il veut que Dieu comprenne celle qu'il endure volontairement lui-même; qu'il fasse miséricorde, s'il espère obtenir lui-même miséricorde ; s'il réclame l'indulgence , qu'il soit lui-même indulgent ; s'il implore la bonté de Dieu , qu'il soit bienfaisant lui-même. 0 homme, appliquez-vous à former en vous-même comme un échantillon de la miséricorde que vous voulez trouver en Dieu : que votre charité pour votre prochain soit aussi empressée, aussi abondante, aussi officieuse et bienveillante que celle que vous voulez que Dieu ait pour vous. Que la miséricorde, la prière et le jeûne fassent donc pour nous auprès de Dieu l'office d'un même avocat ou d'une même plaidoirie, ou que ce soit une même prière sous trois formes différentes. Voilà, mes frères, ce qui vous ouvrira l'entrée du ciel, ce qui vous gagnera le cœur de votre souverain juge, ^e qui plaidera au tribunal de Jésus-Christ la cause du genre humain, ce qui obtiendra pardon pour les pécheurs, indulgence pour les coupables. Celui qui n'aura pas ce triple patronage dans le ciel, n'a qu'à se désespérer sur la terre; car, en môme temps que c'est là cfi qui met à notre disposition tolis les biens célestes, c'est là aussi ce qui règle les choses d'ici-bas, ce qui nous modère dans ■a prospérité, ce qui nous soutient contre l'adversité, ce qui uonnela mort à tous les vices, la vie à toutes les vertus, ce qui

rend nos corps chastes, nos cœurs purs, ce qui met la Iranquillilé dans nos membres, la paix dans nos âmes, la subordination dans nos sens; c'est là ce qui fait de la poitrine du chrétien comme un temple de Dieu, du chrétien lui-même un ange, de Thomme enfin, osons le dire , quelque chose de divin. C'est là en effet ce qui fit de Moïse le dieu de Pharaon {Exod.y VU, l et suiv., Xl\\ 21), ce qui lui soumit tous les éléments devenus les instruments de ses victoires et de ses triomphes; ce qui lui ouvrit la mer, en suspendit les eaux, en dessécha le lit , ce qui changea pour son' peuple la rosée du ciel en un pain substantiel et nourrissant, ce qui obligea les vents à lui apporter des viandes succulentes , les nuits les plus profondes à resplendir pour son armée de tout l'éclat du jour, le soleil le plus brûlant à tempérer à son tour l'ardeur de ses rayons , les rochers les plus durs à se fondre pour son peuple altéré en sources d'eau vive : ainsi mérita-t-il d'être choisi pour révéler à la terre les lois du ciel, pour tracer le [premier dans ses écrits la règle des mœurs, pour marquer les devoirs des rois et des peuples C'est aussi par-là qu'EJie a su échapper à la mort, s'élever de la terre au ciel, devenir le concitoyen des anges, l'hôte familier de Dieu, et transporter dans les demeures célestes un corps formé de limon {IV Reg., II, il). C'est là ce qui a fait de Jean un ange revêtu de chair, un habitant du ciel vivant parmi les hommes , et lui a procuré le singulier avantage d'entendre, de voir, de toucher la Trinité entière (Marc, 1, 2, iO). Nous donc aussi, mes frères, si nous voulons être associés à la gloire de Moïse, au triomphe d'Elie, aux vertus de Jean, aux mérites de tous les saints, appliquons-nous à la prière, pratiquons le jeûne, exerçons-nous aux œuvres de miséricorde; celui qui se rendra ces pratiques familières, qui en fera ses armes de défense, n'aura rien à craindre, valeureux soldat du Christ, ni des amorces du péché, ni des traits enflammés du diable , ni des séductions du monde, ni de la tourbe des vices, ni des convoitises de la chair, ni des attraits de la volupté, ni de fbut ce qui pourrait donner la mort à son âme. Mais nous qui tous les malins à notre réveil ne savons comment se passera la journée, qui vivons au milieu des périls, pour qui la variété des saisons , l'inconstance du temps , une parole qui échappe, un mouvement de la pensée, tout enfin est occasion de péché, quelle raison avonè-nous qui nous empêche d'aller à l'église oflVir à Dieu tous les matins les prémices de la journée, de nous assurer par la prière du matin la protection de Dieu pour chaque jour,

de faire au moins quelques instants la cour à notre Dieu , nous

qui ne craignons pas la peine de la faire toute notre vie à des

hommes? Ce n'est pas là, mes frères, consulter nos intérêts,

mais c'est obéir aux. suggestions de notre ennemi, qui s'apprête

h nous tromper, et qui, pour mieux y réussir, nous inspire le

dégoût de la prière. Quel droit a de se plaindre des adversités qui

lui surviennent, celui qui dédaigne de faire des vœux pour son

bonheur? Ecoutons cet avertissement que Dieu nous donne : Priez ^

afin que V(ms ne tombiez point dans la tentation (Matth. , XXVI, 41 )-

C'est se jeter dans la tentation, que de ne pas recourir à la prière.

Le Prophète ne l'ignorait pas, quand il disait : Vmez, adorons

Dieu, prosternons-nom et pleurons devant le Seigneur qui nous a

créés (Ps. XCIV, 6). Daigne-t41, pensez- vous, répandre ses

larmes devant le Seigneur, celui qui ne daigne pas même remuer

ses lèvres pour une formule de prière? Si l'amour de Dieu ne

suffit pas pour nous porter à le prier chaque malin , que la crainte

au moins nous en fournisse le motif, et si nous ne cédons pas à

l'attrait des biens pour remplir ce devoir, cédons à la perspective

des maux. Le malheur des temps est pour nous, croyez-moi,

l'effet du mépris que nous faisons de Dieu , et non le résultat du

cours naturel des choses. Ce que notre impiété nous a fait perdre,

tâchons de le regagner par le jeûne ; que le jeûne soit le glaive

avec lequel nous immolions nos âmes à Dieu ; car il n'y a point

de sacrifice plus agréable à Dieu que celui-là , comme nous en

assure le Prophète par ces paroles : Un esprit brisé de douleur

^l un sacrifice digne ^e Dieu; Dieu ne méprise point un cœur

contrit et humilié (Ps. L, 19). 0 homme, offrez à Dieu votre âme

en sacrifice , et que ce sacrifice revête la forme du jeûne , pour

^ue l'hostie soit sans tache, le sacrifice saint, la victime vivante,

vivante pour Dieu et vivifiante pour vous-même. Refuser à Dieu

un sacrifice semblable, c'est s'enlever à soi-même toute excuse ,

puisqu'on ne s'appauvrit en rien , on ne se dépossède au fond de

ïienparune telle offrande. Mais pour qu'elle soit agréée, elle

doit être accompagnée de la miséricorde ; le jeûne est stérile , si

la miséricorde ne le féconde ; la miséricorde est une rosée sans

laquelle le jeûne ne germe pas ; la miséricorde est pour le jeûne

ce que la pluie est pour la terre. En vain le jeûne purifierait-il

l'âme et le corps, détruirait-il les vices, produirait-il des semences

tl« vertus : ces vertus ne produiront de fruits qu'autant que la

niiséricorde, comme une douce rosée, en fera monter la sève.

Jeûneur, croyez -moi, votre champ manque d'engrais quand la

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miséricorde y manque ; si vous voulez remplir vos greniers de vos récoltes , confiez à la miséricorde l'emploi de vos biens. Au lieu donc de tout perdre par vos épargnes, faites profil de, tout par vos libéralités; donnez à vous-même en donnant aux pauvres, au lieu que ces mêmes biens que vous laisseriez à vos héritiers seraient perdus pour vous. »

2. S. LÉON, Serm, I sur le jeûm du dixième mois : « Les principaux actes de la religion sont au nombre de trois, la prière, le jeûne et l'aumône ; tous les temps sont propres à la pratique de ces vertus, mais il faut redoubler de zèle à l'époque que leur a consacrée la tradition apostolique. Selon cette loi antique, le dixième mois est celte époque où nous devons exercer avec le plus de piété ces trois vertus dont je viens de vous parler. La prière nous rend la Divinité propice, le jeûne amortit la concupiscence de la chair, les aumônes effacent nos péchés , et ces trois vertus réunies nous rendent de nouveau semblables à Dieu, pourvu que nous soyons toujours prêls à chanter ses louanges, et que nous veillions sans cesse à être purs de tout péch^ et à secourir notre prochain dans son infortune. Ces trois vertus, bien observées, renferment à elles seules tous les mérites et toute l'efficacité des autres. Elles impriment en nous les traits de la Divinité, et nous unissent inséparablement au Saint-Esprit. La prière conserve la rectitude de la foi, le jeûne contribue à rendre notre vie pure, et Taumône accoutume notre cœur à la bienfaisance. Nous jeûnerons aussi la quatrième et la sixième férié, et le samedi nous célébrerons les vigiles dans l'église du bienheureux apôtre Pierre, afin qu'il daigne par son intercession donner plus de crédit à nos prières, à nos jeûnes et à nos aumônes, par ta grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. »

3. Le même, Serm. IV de jejunio decimi mensis; voir ce passage rapporté plus bas, à la question qui suivra immédiatement celle-ci, témoignage 42.

4. S. Bernard, in Sententiis, sect. H : ci II est trois choses dont doivent s'abstenir tous ceux qui ont besoin de la grâce de la justification, et qui désirent en être favorisés. La première, ce sont les œuvres de ténèbres; la seconde, ce sont les désirs de la chair; la troisième, ce sont les embarras du siècle. Il y a de même trois ^choses auxquelles ils doivent s'appliquer, et que Notre-Seignear lui-même leur recommande dans son sermon de la montagne : ce sont l'aumône, le jeûne et la prière. Car l'œuvre de la juslifi-

cation s'accomplit en nous , lorsque nous nous interdisons ce qui nous est défendu, et que nous nous portons fidèlement à tout ce qui nous est commandé. Sachons donc opposer aux œuvres de ténèbres les œuvres de miséricorde, aux désirs de la chair la pratique du jeûne , et aux embarras du siècle l'amour de Dieu et l'exercice de la prière. »

S. S. Augustin, de perfecUone justUiœ, respansione XVII : « Après cette vie sera donnée la récompense céleste, mais à ceux-là seulement qui pendant la vie présente auront travaillé à la mériter. Car on ne pourra être rassasié dans Tautre monde par la possession de la justice souveraine, qu'autant que dans celui-ci on en aura été affamé et altéré. Bienheureux, 'nom dit Jésus-Christ, ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu*ils seront rassasiés (Matth., V, 6). Tant que nous sommes éloignés du Seigneur et ainsi hors de notre patrie, nous ne marchons qu'éclairés par le flambeau de la foi ,' au lieu de l'être par la claire vision du soleil des esprits {Il Cor., V, 6-7); de là ce mot du Pmphète : Le juste vit de la /©«(Habac, II, 4). La perfection de noire justice dans ce lieu de pèlerinage consiste donc à tendre d'un pas droit et d'une marche résolue vers cette justice parfaite et souveraine , dont la. beauté contemplée à découvert contentera tous nos désirs, en châtiant notre corps et le réduisant en servitude, en faisant l'aumône avec joie et de bon cœur, soit par le sacrifice de nos biens en faveur des pauvres, soit par le pardon des offenses commises contre nous, en nous adonnant enfin à l'exercice assidu de la prière, en même temps que, fermement attachés à la saine doctrine,'^nous nourrirons et ferons croître en nous la foi, l'espérance et la charité. Voilà quelle peut être présentement notre justice, affamés et altérés que nous devons être, dans notre course laborieuse, de celte justice parfaite et souveraine qui nous rassasiera un jour. Aussi lisons-nous dans l'Evangile , que Noire-Seigneur, après avoir dit : Ne faites pas vos bofiiies œuvres devant les hommes en vue d'attirer sur vou>s leurs regards (Matth., VI, 1), pour nous détourner de nous proposer la {i;loire humaine pour but de nos efforts, ne nous a pas enseigné d'autres moyens de bonnes œuvres, que ces trois : le jeûne, l'aumône et la prière; en entendant par le jeûne toute sorte de morlifications corporelles, par les aumônes tous les actes de bienfaisance ou de bienveillance, tels que l'aumône proprement dite et le pardon des injures, et par la prière tous les divers exercices de rc igion el de piété. »

6. S. Augustin, in Ps, XLII : « Voici l'abrégé de toute la justice de l'homme en cette vie : le jeûne, l'aumône et la prière. Voulez- vous que votre prière vole et s'élève jusqu'à Dieu? Donnez-lui pour ailes le jeûne et l'aumône (1). »

7. Le même, Serm. LX de tempore : « Celui qui fait l'aumône en vue d'être loué des hommes, est comme s'il la faisait devant les hommes quand même il la ferait en secret, parce que c'est leur louange qu'il cherche en cela. Celui au contraire qui fait l'aumône uniquement par amour pour Dieu, afin que son exemple soit imité des autres à l'avantage commun, et pour que Dieu en soit loué et non lui-même, fait son aumône en secret quand même il la ferait en public, parce qu'en faisant cette aumône il cherche à se procurer, non les biens qui se voient, mais ceux qui ne se voient pas, et qu'il ambitionne de recevoir non la louange des hommes, mais la récompense de Dieu même. Disons la même chose du jeûne. De ce que Notre-Seigneur a dit : ParfumeZ'Vom la tête et lavez-vous la figure, pour que les hommes ne voient pas que vous jeûnez (Matth., VI, 18), s'ensuit-il que^ous allons contre son précepte , lorsque nous ordonnons des jeûnes publics, ou que nous jeûnons à la vue du peuple et le peuple avec nous? Il faut donc entendre par-là, qu'on ne doit pas jeûner en vue d'être loué des hommes, mais pour obtenir le pardon de nos péchés et nous concilier la miséricoi'de divine. Que chacun interroge là-dessus sa conscience, et si c'est pour l'amour de Dieu seulement qu'il fait l'aumône, qu'il ne craigne pas de la faire en public, afin que ceux qui le verront puissent l'imiter. Car ces paroles qu'a dites aussi Notre-Seigneur : Que votre main gauche ne sache pas ce que fait votre droite ^ doivent être entendues dans le même sens que ce que nous venons de dire. La main droile en effet signifie l'amour de Dieu, et la gauche la vanité ou la cupidité mondaine. Si vous faites l'aumône pour être loué des hommes, votre gauche alors fait tout, et votre droite ne fait rien. Mais si vous faites l'aumône pour que Dieu vous pardonne vos péchés, et qu'il vous donne la vie éternelle, c'est alors votre main droite toute seule qui agit. Que veulent donc dire ces paroles : Que votre gauche ne sache pas ce que fait votre droite, sinon, que vous ne devez pas permettre à la vanité et à la cupidité mondaines de gâter et de perdre en vous ce que vous a fait faire l'amour de Dieu?...

(l) Cf. Sermons de saint Aagastinj t. II, p. 386.

» Si dans vos prières vous demandez à Dieu qu^^lqu'un des biens visibles, c'est comme si vous faisiez voire prière devant les hommes, parce que c'est ce que les hommes voient que vous demandez h Dieu. Mais si vous faites votre prière en vue d'obtenir le pardon de vos péchés et la vie éternelle , vous la faites dans le secret, quand même vous la feriez en public , parce que la chose que vous demandez ù Dieu n'est pas ce que voient les hommes, mais ce qu'ils ne voient pas. Car ce qui se voit, ce sont les Mens temporels; ce qui tie se voit pas au contraire^ ce sont les biens élernels {II Cor. /F, 18). )>

8. Le concile de Trente, session VI, chapitre XVI : voir dans ce chapitre ce qui est dit des bonnes œuvres, passage rapporté plus haut, question II, témoignage 6, page 295.

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